i'.'. T. '('.•i't'i'l' >'•'»••'» ^^^f'i m.» V 7 > '.'l'i'.'t'i'i* •'•'•'•'rti m 9'^^^ if^&- 7* ^^4mf •_ '^■r i ^■'!!^ m.^ V t' •< • S».^-. v: 'W* Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/lesdialectesindoOOmeil COLLECTION LINGUISTIQUE PLBLIlÎE l'AR LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS — I LES DIALECTES INDO-EUROPEENS A. MEILLET l'KOFESSEUR AU COLLEGE DE rRA>CE OIRECTELR-ADJOINT A lÉCOLE DES HAI TES ÉTUDES PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR Libraire de la Société de Linf,'uistiquc de Paris Ô, gUAI MALAQUAIS, 5 1908 COLLECTION LINGUISTIQUE PUBLIEE PAR LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS Soias presse: Tome II A.. BRN'OXJT LES ÉLÉMENTS DIALECTAUX DU VOCABULAIRE LATIN LES DIALECTES INDO-EUROPÉENS COLLECTION LINGUISTIQUE PUBLIEE PAR LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS — I LES DIALECTES INDO-EUROPEENS PAR A. MEILLET PARIS I,IIJI{.\IHIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR I.ihiairc do la SociiHc- de Lin^uisti(|ue do Paiis 5, QUAI MAI.AQUAIS, 5 1908 \AS\^Sd( COLLECTION LLNGUISTIOUE PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS — I LES DIALECTES INDO-EUROPEENS PAR Af^EILLET PROFESSKl'R AU COLLEGE DE FRANCE niRECTEUR-ADJOIXT A l'ÉCOLB DES HAUTES ETUDES PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR Libraire de la Société de Linguistique de Paris 5, QUAI MALAQUAIS, 5 1908 Ce petit ouvrage est sorti cran cours professé nu Col- lège de France en 1906-1907. On s est efforcé d\j mettre au point le problème très discuté des dialectes indo-européens. Pour traiter à fond chacun des sujets que comporterait V examen complet de la question., il aurait fallu passer en revue toute la grammaire com- parée des langues indo-européennes ; on s'est borné à rappeler très brièvement les faits connus, sans même ren- voyer la plupart du temps aux ouvrages où ils sont étudiés. La table des matières donne une idée suffisante des sujets traités. Il a semblé inutile d'y ajouter un index. M. Grammont et M. Vendryes ont bien voulu lire chacun une épreuve., et Vouvrage a beaucoup profité de leurs avis. LES DIALECTES INDO-EUROPÉENS INTRODUCTIOX On ne rencontre nulle pari Tunilé linguistique com- plète. Une même personne parle de manière sensiblement différente, suivant Tétat physique et mental où elle se trouve à un moment donné, suivant les personnes aux- quelles elle s'adresse, suivant le lieu, le temps et les cir- constances extérieures. Toutefois, les habitants dune même localité tendent à parler d'une même manière, pour autant qu'il n'existe pas de différences de condition sociale qui se manifestent par des différences de langage, ou que certains groupes d'individus ne marquent pas leur autonomie par des par- ticularités linguistiques. Celte unité n'est matériellement saisissable nulle part; elle n'a qu'une existence abstraite, aussi longtemps qu'elle n'est pas formulée et fixée par des grammairiens: c'est la norme à laquelle chacun tend à se conformer et dont toule déviation, de la pari d'un individu, choque les autres habitants indigènes de la localité. Sans doute, personne ne réalise tout à fait cette norme; la localité peul, du reste, comprendre des indi- Ditilt'ili's inilo-Piivitjn'i'ns 1 DIALECTES 1 N bO-EUROPEENS vidus venus d autres endroits et dont le langage est plus ou moins différent, et surtout des personnes d'âges divers ; or, Tobservation montre que les générations suc- cessives apportent au langage des changements plus ou moins importants (\. en dernier lieu l'article de M. Gau- chat sur Vinilé phonétique, dans les Mélanges Morf). Abstraction faite de tontes les différences dues à des circonstances sj^éciales ou à Tàge des sujets, il y a donc dans chaque localité un type linguistique idéal dont toutes les réahsations de fait ne sont que des approxima- tions. Or, comme les faits particuliers n'ont pas d'in- térêt, ce type idéal — variable suivant les générations — doit être l'objet principal de l'étude des linguistes. Les déviations n'ont d'importance qu'autant qu'elles peuvent servir à rendre compte du développement durant la période précédente et à faire prévoir et à expliquer les changements ultérieurs. On a beaucoup médit du témoignage des langues litté- raires, sans pour cela cesser de l'utiliser. Ce témoi- gnage a, entre autres défauts, celui de dissimuler beau- coup de particularités individuelles et celui de ne faire apparaître la plupart des changements qu'après leur accomplissement, donc d'en dissimuler les debuls. Mais il a le mérite de mettre en évidence dès l'abord, non des accidents individuels et momentanés, mais une norme, car la langue écrite est fixée et reproduit en géné- ral le type idéal auquel tous les sujets pailanls visent à se confoi'nifr. Grâce au fait que la linguistique s'est d'abord attaquée aux langues écrites, elle a, comme il convient, considéré les traits essentiels des langues et leur lyjjc général. (Jette circonstance, (jii'on déplore sou- INTROU LCTlOiN 3 vent, et qui a eu et a encore en effet ses inconvénients, a été en réalité hautement favorable au clévelopjDemenl de la science, lors de ses débuts. Soit maintenant une langue sensiblement une, par- lée sur un domaine étendu comprenant un nombre no- table de localités diverses ; si Ton fait abstraction des changements qui résultent d'emprunts de mots ou de substitutions phonétiques et grammaticales par imitation, les changements amenés par la succession naturelle des générations se réalisent d'une manière indépendante dans chaque localité. Comme ces changements pro- viennent de causes générales, ils ont lieu pour la plupart dans un nombre plus ou moins grand décentres, et, d'or- dinaire, de centres groupés ensemble; et, comme, d'autre part, le changement se produit indépendam- ment dans chaque localité, chacune des lignes d'iso- glosses diverses qui, sur une carte linguistique, marquent la limite des innovations, est autonome et indépen- dante des autres. A prendre les choses à la rigueur, il n'y a donc, dans le cas idéal considéré, que des limites particulières de faits linguistiques ; il \\\ a pas de limites de dialectes, car les lignes des divers faits se croisent, et ne coïncident jamais que par accident. M. Dauzat (Essai de méthodologie linguistique , 218 et suiv.) a réuni un certain nombre de déclarations de romanistes éminenls (M. Schuchardt, G. Paris. M. P. Meyeri qui ont formulé ce principe dans les termes les plus clairs et les plus péremptoires. Partout ailleurs où l'on a pu exa- miner les choses de près, sur le domaine lituanien, par exemple, le principe s'est trouvé véritié. M. Buck a montré récemment, j)ar un grand nombre de faits, que Di ALKC lEs I .NDo-f ;lhoi'i;i;ns les parlers grecs présentent ainsi des lignes indépen- dantes d'isoglosses [The interrelations of the Greek dia- Jects^ Classical Philologij , II, p. 243 et suiv.). Toutefois, les changemenls linguistiques se condi- tionnent les uns les autres. De plus, le groupe de loca- lités oîi a lieu un même changement important est un groupe où se manifeste l'action de causes communes. Il y a donc chance pour que les lignes qui enserrent les groupes de localités où se produisent plusieurs innova- tions indépendantes viennent à coïncider entièrement, ou du moins se rapprochent et se suivent souvent de très près. Un ensemble de localités où se produit ainsi, de manière indépendante, une série de changements concordants, qui sont en conséquence enserrées par un certain nombre de lignes d'isoglosses et s'opposent par là aux parlers voisins, constitue un dicdecte naturel. La notion de dialecte naturel n'a donc pas la même rigueur que celle des isoglosses qui limitent un groupe de localités pour un fait déterminé ; le dialecte n'est pas limité par une ligne, mais par une série de lignes distinctes lés unes des autres. Mais, pour être un peu flottante, la notion n'en est pas moins réelle, et les sujets parlants de certaines régions ont le sentiment de parler un dialecte et par là de s'opposer à ceux de telle ou telle région voi- sine. Les faits dont on vient d'esquisser brièvement la théo- rie se sont souvent réalisés ; le dévelo|)pemenl des langues romanes en fournit d'illustres exemples ; nulle part mieux que sur le sol français, par exemple, on ne peut observer l'indépendance des lignes d'isoglosses jointe au paralléhsnie d'un certain n()Mi])rc de ces lignes INTBODl CTION qui caractérise des dialectes naturels nettement sensibles aux sujets parlants. L'existence de dialectes naturels ainsi définis n'enlève rien àrautonomie des parlers locaux , Avec le temps, chaque parler diverge donc de plus en plus d'avec les autres, et l'aboutissement naturel de ce développement serait la création d'autant de langues distinctes qu'il y a de loca- lités sur le domaine d'abord occupé par une langue une. Les patois français, si profondément différents les uns des autres et souvent inintelligibles à quelques dizaines de kilomètres de distance, donnent une idée du terme vers lequel tend cette évolution. Mais l'évolution n'aboutit pas. Avant qu'elle réussisse à rendre le langage impropre à son objet naturel, qui est la communication entre le plus grand nombre possible d'hommes, elle est interrompue par l'extension de quelque langue commune — parler local généralisé, tel le français, qui est essentiellement le parler parisien, ou mélange de parlers, tel l'anglais, où se rencontrent des particularités empruntées à plusieurs parlers dis- tincts— qui se superpose d'abord aux langues locales, et qui bientôt, offrant plus d'utilité et répondant mieux aux besoins, élimine entièrement celles-ci, Des circonstances historiques : conquête, unification politique, etc., donnent lieu d'abord à ces extensions, et l'avantage qu'ont les sujets parlants à employer une langue dont le rayon d'utilisation soit le plus grand possible, précipite le déve- loppement. Inversement, toute division politique, toute interruption de relations économiques et sociales, donne lieu de nouveau à des différenciations linguistiques. L'histoire des langues se compose ainsi d'une succession () DIALECTES INDO-EUROPEENS de grandes iinificaLions et de grandes différenciations, auxquelles il faut ajouler les unifications partielles qui se produisent constamment, sur des domaines plus ou moins vastes, même dans les groupes de parlers les plus diffé- renciés, et les différenciations qui se produisent dans les groupes de parlers les plus unifiés. Pareil événemenl s'est produit deux fois déjà dans riiistoire des langues italiques. Une langue, qui à un moment donné a été sensiblement une, s'est brisée d'abord en deux groupes : le latin et l'osco-ombrien ; chacun des deux groupes s'est différencié, au point que l'osque, l'ombrien et le latin en sont venus à former trois idiomes distincts, dont, à l'époque historique, aucun n'était intelligible à un sujet parlant l'un des deux autres. Les parlers locaux eux-mêmes se sont différenciés à leur tour; on s'exprimait aux environs de Home tout autre- ment qu'à Rome même, et, par exemple, ce qui était à Rome lïina était lôsna à Préneste. Les circonstances politiques, en créant la suprématie politique de Rome, ont déterminé l'extension du parler romain qui, non sans subir fortement l'influence de ces assimilations et en rete- nir certaines particularités, a absorbé les autres parlers latins, et qui a éliminé non seulement les parlers osques et ombriens, mais aussi les autres langues parlées en Ita- lie : étrusque, gaulois, vénète, messapien, grec, etc. La dislocation de l'empire romain a entraîné la disloca- tion de l'unité linguistique ainsi créée; de nouveau, il s'est développé autant de parlers distincts qu'il y avait de localités, ou, du moins, de petits groupements féo- daux, jus(|u'à la constitution des nationalités modernes; alors cluujue nationalité a adopté nue langue comme INTRODUrTIOX moyen de communication national, et cette langue tend à éliminer les parlers locaux ou régionaux ; ce développe- ment est déjà très avancé en France, où la substitution du français général aux patois est dans beaucoup de régions un fait accompli, au moins pour la plus grande partie. Tels sont — sommairement indiqués — les principes généraux du développement des dialectes naturels. On laisse ici de côté, à dessein, les deux types d'unité dialec- tale par généralisation : I " Tunité qui provient de ce qu'un même type de parlers est étendu par des conquêtes, ainsi les parlers doriens en Grèce ; ce genre d'unité ne résulte pas d'innovations autonomes ayant mêmes limites appro- ximativement, mais d'une identité initiale généralisée ; 2'M"unité qui provient de la reproduction du parler d'un groupe dominant. Ces deux types d'unité par généralisa- tion ne se laissent bien souvent distinguer de l'unité des dialectes naturels que d'une manière théorique. Reste à appliquer ces principes à l'indo-européen com- mun. Il y a ici plusieurs moments à distinguer. \u moment oi^i elle est attestée pour la première fois par des textes littéraires ou épigraphiques, chacune des langues indo-européennes avait déjà passé par une période propre d unité, consécutive à la période générale d'unité indo-européenne. Les langues conservées ne permettent jamais de remonter directement à l'indo- européen; entre lattique et l'indo-européen, par exemple, il y a une période hellénique commune. L'état linguis- tique d'aucune de ces périodes communes n'est directe- ment attesté ; on n'en a jamais une idée que par les correspondances entre les langues connues par des 8 DiALKCïES i>DO-i:rnoi'i':i:Ns textes. Ainsi le grec commun est le système des corres- pondances entre lesparlers helléniques : ionien et attique, groupe éolien (lesbien, thessalien, béotien), groupe arca- dien et cypriote, parlers doriens, etc. L'indo-européen n'est de même rien autre que le sys- tème des correspondances entre les langues communes ainsi définies : grec commun, germanique commun, slave commun, indo-iranien, etc. Ce n'est donc pas à une langue qu'il s'agit d'appliquer les principes posés sur le développement dialectal, c'est à un système de correspondances linguistiques entre des systèmes de correspondances linguistiques. Le problème prend ainsi un aspect tout particulier. La langue dont l'existence est supposée par le système de correspondances connu sous le nom d'indo-européen, devait être parlée sur une aire étendue, comprenant un certain nombre, et sans doute même un assez grand nombre, de groupes distincts d'habitants. Dès lors, il a pu se produire des changements qui atteignaient seule- ment une partie du domaine; et, si l'on pouvait obser- ver directement l'indo-européen, on y trouverait des lignes d'isoglosses. Ces lignes se traduisent dans les systèmes de correspondances par des groupements partiels : au lieu que chacun des groupes attestés suive sa voie propre, on constatera qu'un certain nombre de langues présentent un type donné par contraste avec les autres. Par exemple, l'indo-iranien, le baltique et le slave, l'al- banais et l'arménien s*'accordent à présenter des semi- occlusives, des chuintantes ou des siHlantes, là où les autres langues ont des gutturales : le sanskrit a ç, le 7X'nd .V, le slave v, le lituanien 6-;: (c.-à-d. À), l'albanais .9, INTKODLCTION 9 l'arménien s, là où le grec a x, le latin c, le celtique A-, le germanique œ (d'où h et "DO-RrHor'i':i;.\s séparation, il y a une autre possibilité à envisager. Les éléments de population qui ont transporté l'indo-euro- péen sur l'Europe et une partie de l'Asie et qui ont cons- titué chacune des familles de langues attestées ne se sont pas nécessairement séparés dès le début exactement en autant dégroupes qu'on en constate au début de l'époque historique; certains groupes ont pu se scinder seulement après une période de communauté intermédiaire entre la période indo-européenne et la période où s'est fixée la forme commune du groupe historiquement attesté. Divers faits amènent ainsi à supposer une période indo-ira- nienne antérieure à la période indienne et à la période iranienne commune; une période italo-celtique, puis, une période italique (antérieure à la période osco- ombrienne d'une part, latine de l'autre; il va sans dire que celte période « italique » peut être antérieure à l'en- trée de tribus de langue indo-européenne en Italie et s'être écoulée ailleurs que sur sol italien) ; peut-être une période balto-slave. Les éléments de population qui ont fourni ces groupes linguistiques divisés par la suite ont dû se composer dès le début d'individus appartenant à des localités diffé- rentes, et la communauté momentanée par laquelle ils ont passé n'emporte pas identification complète de la langue, pas plus qu'elle n'emporte la suppression de toutes les distinctions de tribus, de phratries, etc. : il peut donc subsister à l'intérieur de ces groupes la trace de distinctions dialectales indo-européennes ; on sera amené, dans la suite de ce travail, à supposer que cer- taines lignes d'isoglosses passent entre l'iranien et le sanskrit, cuire le celtique et Titalique. INTRODUCTION 13 On reconnaît le passage par une période plus ou moins longue de communauté à des coïncidences de détail, à des innovations singulières, à des formes qui ne repro- duisent ni l'usage, ni même le type général de l'indo- européen, en un mot à toutes les particularités que deux langues ne peuvent pas introduire dune manière indé- pendante et qui supposent des rapports intimes prolongés durant un certain laps de temps ; ce sont précisément les rapports qu^on a le droit d'imaginer entre les groupes de colons et de conquérants qui ont propagé chacune des familles de langues indo-européennes. 11 y aura donc lieu d'examiner sur quoi se fonde l'hy- pothèse des groupes les mieux établis : indo-iranien, italo-celtique, balto-slave. Et c'est seulement après cette étude des faits postérieurs à la séparation qu'on pourra passer en revue les faits dialectaux antérieurs, c est-à- dire ceux de date proprement indo-européenne. Les développements dont on vient d esquisser le schéma général ne sont qu'une partie des faits très com- plexes qu'a comportés l'extension des langues indo- européennes. Il n'est pas douteux par exemple que des territoires, d'abord colonisés par une certaine tribu par- lant un certain dialecte, ont pu l'être et. en fait, l'ont souvent été ensuite par une autre parlant un dialecte dis- tinct du précédent; divers indices permettent d'entrevoir encore ces séries de substitutions dans quelques parties de la Grèce, ainsi que Ta montré surtout M. Solmsen (voir la série de ses articles dans les volumes LVIII-LXII du liheini'sches Muséum). Il serait sans doute malaisé de reconnaître les faits de ce genre dans le développement préliislorique des plus anciennes langues communes de 14 DIALECTKS l.\ UO-KLROPÉENS la famille indo-européenne, qui est l'unique objet de ce travail. Si l'on doit jamais y parvenir, ce ne sera en tout cas qu'après avoir posé d'une manière précise les dia- lectes indo-européens. Quand on aura réussi à déterminer en quelque mesure les faits dialectaux de date indo-européenne, on aura constitué l'un des fondements les plus nécessaires à l'étude de chacune des langues communes ; indo-iranien, grec commun, slave commun, etc. D'abord, on aura une première esquisse de chronologie entre les phénomènes, puisqu'on pourra distinguer les faits indo-européens de ceux qui ont été réalisés par la suite. En second lieu, on saura sur quelle forme particulière de l'indo-euro- péen repose chaque langue, et comment le développe- ment ultérieur a été conditionné par là. Enfin, et c'est peut-être ce qui importe le plus, on pourra faire le départ entre les faits indo-européens et ceux qui sont résultés des conditions spéciales à chacun des groupes qui ont transporté la langue sur un sol nouveau : unité plus ou moins grande du groupe qui a transporté l'indo-européen, nombre plus ou moins considérable des hommes qui le composaient, réaction des populations parlant d'autres langues, éparpillement progressif des éléments de langue indo-européenne sur une aire de plus en plus vaste et perte progressive de contact de ces éléments, etc. Si donc l'objet propre de la présente étude est de cher- cher des faits de date indo-européenne, communs à telle ou telle partie du domaine indo-européen, le résultat principal en est de mettre en évidence l'originalité propre du développement des grandes familles de langues, en faisan I icssorlir, j);ii- iint' simple comparaison, (pielles I.N'IRODICTION J5 sont les innovations propres qu'elles ont introdiiiles. Presque tous les manuels actuels placent, au moins en apparence, sur le même plan des faits qui sont de date et d'espèce différentes ; en groupant ici des faits dialec- taux déjà connus pour la pluj3art, on essaiera de mon- trer la possibilité de distinguer des moments successifs dans le développement des langues indo-européennes entre la période d'unité et celle des plus anciens témoi- gnages écrits. CHAPITRE I LE VOCABULAIRE DU NORD-OUEST M. Fick, dans son Dictionnaire étymologique, pose un vocabulaire de l'indo-iranien et un vocabulaire des langues eiu'opéennes en contraste l'un avec l'autre. Ce procédé a pu sembler admissible aussi longtemps qu'on croyait reconnaître un certain nombre d'innovations phonétiques et morpholo- giques qui auraient caractérisé l'européen, et qui se seraient produites postérieurement à la séparation de l'indo-iranien ; mais personne ne croit plus aujourd'hui à ces innovations proprement européennes. Dès lors, si l'indo-iranien se trouve ne pas posséder quelques mots qui sont bien attestés dans la plupart des langues de l'Europe, il n'y a rien là de caracté- ristique, ni qui suppose une antériorité de la séparation du groupe indo-iranien ; il n'est pas de langue indo-européenne à laquelle il ne manque certains mots qui se trouvent dans la plupart des autres ; par exemple, les noms indo-européens du « fils -> et de la (* lille ». (skr. siuu'ib et diibllà) manquent en italique et en celtique où ils sont renqDlacés par des mots nou- veaux; et pourtant, il n'y a pas de mots plus généralement attestés sur l'ensemble du domaine. Il est vrai que quelques-uns des termes qui manquent à l'indo- iranien ont trait à des notions agricoles importantes : « labou- rer I) (lat. arâre), « moudre » (lat. mokrc), ou à des notions connexes, comme celle de « sel » ^lat. sâJ) \ mais on conçoit que les hommes qui ont transporté l'indo-iranien à travers r.Vsii- aient perdu quelques termes relatifs à l'agriculture, et Dinlfilvs indo-curDpéens. 18 blALKCTKS l.\DU-i;i ROl'ÉENS toute la valeur probante de la constatation a disparu depuis cpi'on a noté en indo-iranien le nom d'une céréale (skr. yâvah, zd yava-) et une formation d'une racine sig-niliant « moudre » (pers. ârd., hind. âtà « farine »). L'agriculture était pratiquée au moment où 1 indo-iranien s'est séparé, et la question d'un vocabulaire proprement européen n'a plus à se poser. Mais on relève un assez grand nombre de mots qui, se ren- contrant dans les dialectes du nord et de l'ouest : slave, bal- tique, germanique, celtique et italique, manquent dans les autres : indo-iranien, arménien, grec. Beaucoup de ces mots se l'apportent à des faits de civilisation, si bien que la coïnci- dence indiquerait un développement de la civilisation projare aux peuples qui ont répandu les dialectes du nord et de l'ouest. Beavicoup de ces mots sont des termes d'agriculture : c< semer » : v. si. sèti, lit. s'ùti^ g'ot. saian, lat. sen're isèuî) ; V. si. sème « semence », lit. sèmenys^ v. h. a. sà)}w, lat. sêmen. et V. irl. 5/7, g"all. had (cf. lat. satus). Le rapprochement du grec : 'îfj[j.i « j "envoie » est faux; on a vu depuis longtemps que 'ir,\u^ f/z.aest à lat. iaciô, iêch ce que t{0-/;;j.',, ïH-çaix est kfaciô,fècl. Le skr. stri « femme » n'a rien à faire ici ; dire que la c femme » a été nommée la « semeuse )) parce que, à un certain stade de civilisation, c'est la femme qui cultive la terre, est un simple jeu d'esprit ; du reste, on attendrait * scitn ou, tout au plus, * sitrl. Seul, arm. hund « semence )i, qui serait formé comme serund « descendance » à côté de serel « engendrer » pourrait peut-être être rapporté à * 5^- des langues du nord-ouest; mais la racine ne serait pas représentée par ailleurs en armé- nien, et l'on sait que d'ordinaire /;, issu de i.-e. * .f, ne se main- tient pas dans cette langue; le rapprochement est donc très suspect ; et l'existence de * se- « semer » n'est certaine (juedans le groupe du nord-ouest. « grain » : lat. grâniiin, irl. t^rân, gall. gnnvn (plur.), got. kauni, V. si. ■jQ-ûno (s. zrno)\ Ht. iirnis << pois »>. Le rapproche- ment avec skr. jïnjâh « vieilli », etc., est entièrement incer- tain ; même si on l'admet, il demeure que le sens de « grain >- est limité aux langues du nord-oue.st, et une particularité de sens aussi définie suffit à caractériser un groupe. LI-: VdCAin LAiHi; ul: nuud-ui;i;si' 19 Un mot désignant un aliment extrait des céréales : lat. far (farris) et farina, ombr. farsio fasiu « farrea », v. isl. barr « céréales », g"ot. bari~eins « d'org-e », v. si. brasuw « nourri- tm'e, ^pfî^H-^'^î "pcoaî, ï-'.^i-\Q\>.bq, 'éltij\j.% », s. brùsno « farine », r. bôrosno « farine de seigle ». 11 n'y a aucune raison de rap- procher skr. bhàrvati « il mâche », ni par suite zd -baoïtrva-. « sillon » : lat. lira {etdt'-lîrus, clêllrô, dêlêrô), v. h. a. [ivagan]- leisa, m. h. a. leis " trace de voiture >;, v. si, léxa « ~pai. « couper » ; lat. secô, v. si. scka: lat. secfiris, v. si. sehyra, « hache »; v. h. a. seh « couteau », 5^!,^^ <( scie », sahs « cou- teau » (sur le celtique, v. A\'. Stokes, K. Z., XL, 249). '< tresser » : lat. plcctô. v. h. a. flehfaii et a'. si. plcta repré- sentent une même forme, dont gr. TrXr/.o) et le substantif skr. praçnah " objet tressé » s'éloignent davantage. Le traitement de *-kt- qu'on a dans v. si. pJeta, est le traitement régulier devant voyelle postpalatale iv. si. nostî est un exemple clas- sique du traitement de *-kt- devant voyelle prépalatale). "• roue » : lat. rota. irl. roth^ gall. rhôd, v. h. a. rad, lit. ratas ; le mot correspondant de l'indo-iranien, skr. rathah, zd raôô, signifie « char ». (' timon » : lat. tèmC\ v. h. a. dïhsala, v. angl. ^7a7, v. isl. f>lsl, V. pruss. teansis. « bouclier m : lat. scûtiiuu irl. sclath. v. pruss. staitan (lire scaitan']), v. si. stitn ; si lit. skxdas et gr. àa-iz (às-'oiç) sont parents, ils diffèrent du moins par le d en face du t des autres langues. 0 anse <> : lat. ansa, lit. asà, et v. isl. rt% « trou fpour passer un lacet) ». Mots relatifs aux relations sociales : « peuple » : osq. lotito, ombr. totani (ace), x. irl. tilatb, go t. i^iuda, lit. tant a. « étranger, hôte » : lat. hostis. got. gasts. v. si. gosti \ si le gr. çÉvp:; est parent, il aune forme entièrement différente. « dette » : v. si. dlngiï (s. ^m^''), got. dulgs. v. irl. ^//V^^ [dligim « je dois ») ; la diphtongue radicale du slave étant intonée douce, le mot slave n'est sans doute pas emprunté au germanique; et il n'y a pas de raison positive de croire que le mot germanique soit emprunté au celti((ue, comme l'a sup- posé M. d'Arbois de Jubainville. 22 DIALECTES INDO-EmOl'ÉKNS lat. uas {nadis) « gag-e », got. ivadi, \. isl, veâ, v. h. a. u'etti; lit. vadûti K dégager, délivrer ». « dominer » : v. si. vlada^ lit. valdafi et -veldii, got. ivaJdan; cf. irl. ^fltîV/; « souveraineté » (certaines formes Scandinaves ont également/), et aussi Lit. uahv. Mots divers : <( homme ». désigné par l'expression de « terrestre » : lat. homô, goi. guma, lit. ipiù {^mariés) ; en indo-iranien, en armé- nien eteng-rec, on rencontre plutôt l'expression de <( mortel » : hom. ^po-bç, arm^ mard, /d inar.Va et masyô^ v. perse iiiariiya, skr. mârtyah, màrtah. « barbe » : lat. barba, v. h. a. Aar/, lit. bar^dà, v. si. /^r^af^rtf ; de là l'adjectif : lat. barbàtits, lit. bai\dâtas, v. si. bradatn. (( poli, glabre » : lat. glaber. \. angl. glaed, v. h. a. glaL lit. glodùs, V. si. gladûkû. (( glace, froidure « : lat. o^f/n et glaciês, v. h. a. /i'a'// eikuoli, lit. gélmenis « froid vif », v. s\. golotl c< glace » et ^Jëdica <• ver- glas, givre ». On lit YîXavopiv "'l/jypov chez Hesychius, mais cette glose est à rapprocher du sicilien yé'Kx, qui doit être un emprunt à l'italique. Les parlers siciliens semblent avoir été un peu moins rebelles aux emprunts que les autres parlers grecs ; on a vu plus haut zipy.sç ; M. W. Schulze, K. Z., XXXIII, 223 et suiv., a reconnu dans '/d-px un autre emprunt sicilien. — On a de même lat. calère en face de lit. s:(îlti « devenir chaud». « parole » : lat. nerbum, got. waurd, v. pruss. iuirds,,\ii. vardas (la racine est indo-européenne commune ; v. le diction- naire de M. Walde, sous uerbum). « pousser » : lat. trûdô, got. ^riiitan, v. si. trudu. (' vent du nord » : lat. caums, got. skilra-, v. h. a. skiir, lit. s^iàurè « nord » et « vent du nord », v. si. sèverû « nord ». « vrai » : lat. uèrtis, v. irl. fir, v, h. a. luâr; v. si. vcra « foi ». « abondant » : irl. meriicc, got. nianags^x. si. mnuogn. « mei " : lat. nuire, irl. inuir, gaul. {arc-)inorica, got. marri et )nari-[.uikvs j, lit. màrès, v. si. ///o/yV' ; ce nom de la « mer » n'est usuel que dans les langues du nord-ouest; toutefois il LE VOCABULAIRE DU NORD-OUEST 23 semble que le sanskrit en ait trace dans le mot ol)sciir marycidâ. Inversement, la négation prohibitive ""mè nest attestée qu en indo-n'amen (;mt), grec (i^rj, arménien (mi), et manque totale- ment par ailleurs. Une disparition indépendante en slave, en baltique, en g-ermanique, en celtique et en italique est peu vraisemblable; car, dans les langues où*m? a existé, ses repré- sentants sont encore aujourd'hui en usage, et le grec moderne, l'arménien moderne, le persan ne ditîèrent pas àcet égard du grec ancien, de l'arménien ancien et du vieux perse. Le tait est du reste trop isolé pour prouver beaucoup. Telle ou telle de ces coïncidences peut être fortuite, et 1 on ne saurait rien affirmer d'aucune en particulier ; mais l'en- semble ne saurait l'être, surtout si l'on tient compte des grou- pements de sens. Il v a donc une certaine communauté de vocabulaire entre les langues du nord et de l'ouest, et cette communauté paraît provenir d'un développement de civilisa- tion commun. CHAPITRE II L'INDO-IRANIEN De tous les groupes dialectaux qui reposent sur une période de communauté postérieure à la période indo-européenne, le seul dont la réalité soit attestée par un témoignag-e direct est lin do-iranien. Ce témoignage est le nom, identique, par lequel se désignent les peuples qui ont apporté l'indien d'une part, l'iranien de l'autre. On a en eifet : zd airya- (opposé à tûirya- et k anairya-), v. perse ariya- dans Dàrayavàu's ariyaci^ra « Darius de famille aryenne » ; ce nom est connu des Grecs ("Apic) et des Arméniens [Arikh), et il subsiste encore ; Erân (prononcé maintenant îrâii), le nom que porte aujourd'hui le pays des Aryas occidentaux, i^epré- sente un génitif pluriel *arxânâiii. skr. tir[i)yah désigne le peuple dont la langue est le védique; peut-être a-t-on aussi ^rya- ; le mot ar[i)yah est iden- tique au mot iranien, à la vrddhi près. L'étymologie du nom n'est pas connue ; on peut, si l'on veut, rapprocher skr. âryah « favorable »; rien ne prouve d'ailleurs qu'on doive le faire ; et le rapprochement est dénué d'intérêt (cf. Bartholomae, I. F. xix, Beiheft, p. lOtS et suiv.). On n'a aucun droit de rapprocher arm. ari « brave », qui ne doit sans doute j)as être isolé àe aru « mâle » et de ^^r** homme (uir) ». (Kiant au rapprochement avec irl. aire (gén. airech) gl. primas, il est évidemment faux; irl. aire ne peut être séparé de irl. ar « devant », cf. irl. airchinnech « princej^s )i. gall. arhcnnig; l.'iNDO-IRAMKN 25 c'est un mot de la famille de gr. r.ip'., r.pz, etc., de lat. prunus. etc. ; le *nryo- sur lequel repose irl. aire se trouve aussi dans gaul. Ario-{mamis). composé dont le premier terme n"a par suite rien à faire avec le nom propre *Ar\a- du peuple qui parlait lindo- iranien. * Arya- est un nom propre, dont il n'y a pas lieu de recher- cher le sens, mais dont l'existence atteste l'unité d'une popu- lation dlndo-lraniens, qui s'est divisée par la suite. On peut donc déterminer sur ce cas bien établi à quel type de faits se reconnaît une comnninauté de ce "^enre postérieure à la séparation d'avec l'ensemble indo-européen : lindo-ira- nien présente toute une série de particularités de détail qui ne se retrouvent nulle part ailleurs, et qui proviennent de la période de vie commune particulière au g-roupe. En voici quelques-unes qui ne sauraient être fortuites : 1° Les voyelles de timbre e et o, demeurées distinctes dans toutes les autres langues sans exception, se sont fondues dans le timbre unique a '. en entraînant la perte des alternances morphologiques de e et de o, cette confusion a modifié g-rave- ment tout le système des formes, elle a eu pour conséquence un développement important des alternances quantitatives qui se présentent sous la forme a : â. Cet ensemble de faits caractérise éminemment 1 indo-iranien par rapport aux autres lang'ues de la famille. 2" Le*<' indo-européen, au lieu de se confondre ■A\ec*a comme partout ailleurs (sauf partiellement en grec où il ne donne du reste jamais m, aboutit à /'. Après et avant v. le même*.' donne cependant ^7. même en indo-iranien. 3° Les jj^roupes de la forme : sonore aspirée -j- sourde, aboutissent à : sonore -|- sonore aspirée (loi de Bartholomae) : -bb-\- l- donne -bd h-. -bh-{-s- donne -/;;(/;-, etc. Les autres langues ont toutes dune manière normale un traitement con- forme aux règles ordinaires de l'indo-européen : la sonore aspirée s'assourdit devant sourde, comme toute autre sonore. Les traces — très rares — d'un traitement pareil à celui (pie délînit la loi de Bartholomae et ([u on a essayé de retrouver dans 26 . DIAIJIC.THS im)()-i;iroi'Ki;ns les autres langues sont toutes ou fausses ou incertaines. 11 est vrai que -0"/.- donne -t/- en grec [T,j.Q-/iù de *-::aOr/.w), mais c'est un cas tout spécial, et qui n'autorise pas à poser une loi géné- rale; on explique gr. à'cj/a-oç par *eghs-qo-\ mais rien ne prouve que à| repose sur * eghs : la forme locr. èyOor et les formes analogues représentent le traitement phonétique --/O- de *-hst- en grec, et ïv-bz doit son-: à l'analogie de vr.iz ; si ëaya-roç est à tirer àeïz. — ce qui n'est pas évident — . il suffît de poser *eks-ko- donnant * àcry.c-. Quant ;i alcrysç en face de got. aiwiski. si le rapprochement est exact, on en rendra compte soit par * cïib^'hskos donnant yJ.7'/c: (type de zâcyo)), soit tout simplement par * aiks'^^'kos donnant y.hyo; (type de sjya-o;). Le grec n'offre donc aucune trace de la loi de Bartholomae ; les autres langues n'en présentent pas davantage. i" Tous les thèmes terminés par une voyelle : -a, -â. -/. -//, ont le génitif pluriel en-n-âin. Pareille introduction de -»- ne se rencontre par ailleurs que dans certains dialectes germa- niques, et là même pour certains types de thèmes seulement. .)" Les thèmes en -^7- ont, à côté des formes en -â-. des formes du type degén.-abl. skr. -âyâb, v. perse -nyâ, zd -ayâ; on retrouve, au moins en arménien et en celtique, trace de -(i)y-, à certains cas des thèmes en -â-, mais nulle part le type -àyà-. 6° Les 3"'" personnes de l'impératif ont un -u final ainsi skr. bhâratîi = zd haratii = v. perse baratiiv. 7** Le parallélisme de certaines formations est absolu ; le pronom personnel de 1 '"^ personne en donne une idée : skr. zd V. perse Singulier Nom. ahàm a^^m adam Ace. ton. mam ma m ma m Ace. atone nul ma Gén. dal. atone me me maiy (ién. lonicpic ma ma mana mnnâ Diit. ton. mûhxiH m i maihyà lg;dh. i Abl. mal ;//(// ma l.'lNT)0-m AMKN 27 Pluriel Nom. vayâiii vaêm{\.vayim)vayam Acc.-gén.-dat. at. nah nô Ace. ton. asmàn ahma Gén. ton. asmiikani ahmàhm amUxam etc. Aucune langue indo-européenne ne présente, à beaucoup près, l'équivalent de coïncidences aussi complètes, et poursui- vies dans un si menu détail, avec lune des langues du groupe indo-iranien. S'il existe de pareilles coïncidences de détail, il va de soi que les sytèmes des deux groupes doivent être tout semblables dans leur ensemble ; et en effet on a construit, sur les fragments de textes subsistants, la grammaire de l'iranien ancien à l'aide de celle du sanskrit. Et, comme on l'a souvent répété, la simple application de quelques l'ègles de correspondances phonétiques ou morphologiques permet de transformer tel passage de l'Avesta en un morceau védique presque correct, ou inverse- ment. Les vocabulaires des deux groupes se recouvrent à peu près entièrement. Ainsi, en regard de *k^ initial de toutes les autres langues pour le nom du « cœur » (arm. sirt^ v. si. sriidice, lit. szjrdis^ gr. xapBiâ et x^^p, lat. cor, v, irl. cride, got. hairto), le sanskrit et l'iranien ont les représentants d'une sonore aspirée : skr. hrd- et hrdayani, v.à ~.v3d- et ^JrPcacni, pers. dil. Ceci n'empêche pas que l'indien et l'iranien proviennent sans doute de parlers indo-européens différents, et dont la période de développement commun n'a pas suffi à déterminer la fusion totale. Les isoglosses de la chute de *.' intérieur (v. chap. viu) et du traitement de * luy (v. chap. ix) passent entre l'indien et l'iranien ; et l'on constate certaines coïncidences de vocabulaire entre l'iranien et le slave, qui ne s'étendent pas au sanskrit. Les deux groupes, tout en se développant parallèlement, sont donc demeurés légèromenl distincts. Il n'apparaît pas qu'il y ait de rapports paiticuliers entre 28 DiALiccTKS iMj(t-i:riioi'r:i:Ns tel dialecte iranien et tel dialecte de llnde. Au premier abord on pourrait attacher à cet éj2^ard quelque importance à la coïncidence du traitement -à de *-as final en sanskrit et dans les prâkrits occidentaux, d'une part, et dans TAvesta, qui est de l'iranien oriental, de l'autre. Mais il sullit d'examiner les faits de près pour reconnaître que le traitement zend et le traite- ment sanskrit sont indépendants l'un de l'autre. En effet, le traitement -o (c.-k-d. -à) du sanskrit est propre aux cas oîi -s se trouve devant une sonore suivante. Or, la loi générale du traitement des finales à l'intérieur de la phrase indo-iranienne est : sourde devant sourde, sonore devant toute sonore (occlusive, sonante ou vovelle proprement dite); ce traitement des finales se distingue de celui de l'intérieur du mot par ceci que, à l'intérieur du mot, les sourdes deviennent sonores devant occlusive sonore, mais demeurent sourdes devant sonante (voyelle ou consonne) ou voyelle, soit donc : intérieur final -asla- -n~da~ -asna- -asya- -asa- ou, dans les cas où v devient s en indo-ii-anien -iÈta- -i^da- -isna- -iiya- -isa- C'est *-a\^ final devant un élément consonantique (consonne proprement dite ou sonante consonne) (pii donne au sanskrit -0 lin;il ; ii rintériciir du mol, indo-iran. *a~da aboutit à skr, cda \ devant consonne, -(i~ siibsisle toujours en iranien à l'in- -as ta- -a- da- -a; na- -ai ya- -a~ a- -is ta- -'x da- < na- -'x \a -/^ a- l'lndo-ikamen 29 térieur et à la iinale ; on a ainsi, à la tin d'un premier terme décomposé, c'est-à-dire dans une position où sont appliquées les règles de la lin de mot, skr. ojo-dàh « qui donne la force », mais zd aogax_-dast?ma- « qui donne le plus la force ». Le traitement tinal skr. -o de indo-iran. *-«;( est donc parallèle au traitement de -a:^d- intérieur donnant skr. -t'rf-, et l'on conçoit que dans les pràkrits orientaux [Mâgadhî), -e se trouve à la finale aussi bien qu'à l'intérieur du mot. L'-ô final avestique s'est réalisé dans de tout autres con- ditions et par un tout autre procès. Ce n'est pas un traitement particulier ; c'est le traitement de tout *-as final, à la pause comme à l'intérieur de la phrase. Le zend n'a pas, comme le sanskrit, des règles de sandhi compliquées ; sauf les mots étroitement liés dans la prononciation, il n'a qu'un traitement pour tous les cas ; or. ce traitement n'est pas le traitement sonore ; dans les cas où s a passé à 5, on a partout -is, -iis^ -xs, -fs, etc. ; de même que *-ts est représenté par -s : bas, stavas, pourutâs, gaoôtûs, etc. Ce n'est donc pas *-fl^ (traitement ancien devant sonores) qui a donné -ô. En réalité *-as final a passé à -ah, -h étant le traitement universel de s en iranien partout où une consonne ne suit pas immédiatement (cas de -as ca, -as te) ; et en etVet le vieux perse a -a, c'est-à-dire -ah, comme représentant de indo-iran. * -as. La fermeture de a devant /; terminant la syllabe se produit dans les gathas même à l'inté- rieur du mot : * asiiii donnant gâth. jbiiii, * iiiasniadi donnant gâth. mdhmaidî\ cette même voyelle -j est celle qui, dans les gâthris, représente *-rt/; final issu de *-rt5, constamment dans les monosyllabes (/;,?, y,', nd, etc.), et partiellement dans les polysyllabes : vacd par exemple. Un à a été parallèlement altéré en -àd (résolution de la ligature qu'on transcrit par à) devant -/; final, de sorte que zd -à (c.-à-d. -ùJ) répond à skr. -âh final ; ici le traitement -ât'iha- de -àsa- est exacte- ment conforme au traitement de *-âh final (ancien *-às) ; et, comme *-âsi-, *-âsu- aboutissent k-âbi-, -âbu-, on voit que c'est la nasale développée après a qui a provoqué la fermeture de cet a ; ceci concorde avec un fait connu de phonétique gêné- 30 DlALr;CTES liMJO-iaHOPlÔI-JNS raie : les voyelles nasalisées tendent souvent à se fermer ; en zend même, *- être » est lat. suiii, osq. siim. Les formations d'adverbes sont toutes pareilles : lat. osq. ombr. mi ht iiiehe tib'i t(i)fei tefe siln sifei prohè{d) aiiipnifid prufe cxtràid) ehtrad si(prn{d) subra 32 DIALIJCTIJS I.NDO-KLIKJPKENS Le présent de la racine *dbc a une même forme, dont voici par exemple la 3'" personne du subjonctif : faciat i" a k i i a d f a ç i a Le type deskr. dàdhâiiii, gv. -i(ir,[j.'., lit. desti n'est pas repré- senté pour ce verbe, non plus que pour iaciô en face de lr,\u. L'existence des mêmes formations de dénominatifs, comme dans osq. ùpsannam, ombr. osatuei lat. operâiî, oudansosq. pr iif atted et l&t.prohâre, suffirait à dénoncer une parenté intime du latin et de Tosco-ombrien. Il y a aussi des faits sémantiques, comme le passage de la racine * deik\- « montrer» au sens de (■ dire » ; lat. dlcerc, osq. deikum, deicuDi, ombr. deitii <■ dicito ». Ces menues coïncidences établissent la période d'unité ita- lique; c'est aussi cette unité qui explique le parallélisme com- plet des grammaires latine et osco-ombrienne : de même qu'on a fait la grammaire iranienne ancienne k l'aide de la grammaire sanskrite. c'est à l'aide du latin qu'on a réussi à déchiffrer les textes osco-ombriens, tous épig-raphiques, etdont aucune traduction ne donnait la clé. Les coïncidences des deux troupes sont multiples : les voyelles longues sont fer- mées ; les anciennes sonores aspirées sont représentées par des spirantes sourdes, puis la spirante *^ est remplacée par / (toutefois ce fait n'est pas italique commun, comme le montre la dentale de lat. incdia en face de 1'/ de osq. niefiiï; il y a eu développement parallèle); s intervocalique devient sonore; la nasale finale est -/// et non -n comme en grec, en celtique et en germanique ; les voyelles brèves en syllabe linalc tendent à tomber; la syntaxe est pareille. Néanmoins, à la date où ils sont attestés, les parlers osco- ombriens, déjà très distincts entre eux, dill'èrent du latin beaucoup plus que les anciennes langues iraniennes ne dif- fèrent du sanskrit : jamais en transcrivant [)urement et sim- plement de l'osque ou de l'ombrien en latin, on n'obtiendrait du latin correct ou même intelligible ; il résulte de là, pour le dire en passant, 7:;/,:ç et de ^io'j-vS/.oç ; le grec a aussi cj/îaa',, en regard de lat. iioncô, ombr. vufetes « consecratis » et de gàth. aogJdâ « il a dit ». De même, après m, l'arménien n'a que les représentants des anciennes prépalatales, ainsi arm. iisanim « j'apprends », en regard de v. si. vykngti, ucili. Si frappante qu'elle soit, la concordance est peut-être fortuite. D'une part, en effet le traitement grec est contesté [\. Osthoff, 7. F., IV, 281); et, s'il est authentique, il semble s'être réalisé au cours de l'histoire propre du grec; car on a y.jy./.:; en face de skv.cakrâm, Vit. kàklas, v.angl. hiueogoJ^ huwhhol, c'est-à-dire qu'un y, créé en grec même, a exercé cette action sur un /c'^' suivant. D'autre part, l'arménien n an'canenK^ foins » en regard de skr. auàkti et de lat. imguô, et aiuj « serpent » en regard de lit. angis, lat. anguis, donc les représentants des anciennes prépalatales après une diphtongue en u, oùl'west issu — dans des conditions obscures — d'une nasale indo-européenne. Si néanmoins on admet le rapprochement du fait arménien avec le fait grec supposé, il en résulterait une ligne secondaire d'iscj^losses qui croiserait la grande ligne du traitement des gutturales. LES GUTTURALES •^'J Le passage des labio-vélaires à la prononciation labiale a lieu dans une notable partie des dialectes occidentaux ; mais il s'est réalisé séparément dans chacun. En effet, le grec a t devant les voyelles de timbre r, des dialectes italicpies, l'osco-ombrien a le passage k la prononciation labiale, mais le latin l'ignore entièrement; en celtique, l'irlandais a c pour représenter l'ancien À-, et la sonore aspirée a-/; est représentée par ^^ en celtique commun, comme l'a vu m". Osthoff ; le germanique enfin n'a la labiale que dans certaines conditions particulières, et conserve normalement les labio-vélaires. Le traitement labial des labio-vélaires n a donc pas le caractère d'un fait dialectal occidental; la tréquence de ce traitement indique seulement que la prononciation occi dentale des labio-vélaires était de nature à rendre aise ce type de changement. Au surplus, les labio-vélaires paraissent avoir été un élément phonétique assez instable ; les dialectes orientaux les ont éliminées dès l'époque indo-européenne ; et, soit par passage à la prononciation vélaire, soit par réduction à de simples gutturales (ainsi en latin vulgaire, d'oùfr. qui.ii. chi etc , en regard de lat. qui), les dialectes occidentaux les ont à leur tour, éliminées au cours d'une période plus ou moins avancée de leur développement; seuls quelques dialectes germaniques ont encore aujourd'hui qn, issu de i.-e. V^'. CHAPITRE VI LES VOYELLES O ET A Le celtique, l'italique, le grec, rarménien (et le phrygien) distinguent régulièrement a et ô, et ne les confondent que dans certains cas particuliers, peu nombreux et rigoureuse- ment définis, et variables d'une langue à l'autre ; à ces deux vo^'elles distinctes, les autres dialectes répondent toujours par une seule voyelle^ qui est de timbre a en germanique, albanais, baltique et indo-iranien, de timbre o en slave. Cette ligne dialec- tale croise donc celle des gutturales : l'arménien va ici avec le grec, l'italique et le celtique, tandis que le germanique con- corde avec l'albanais, le baltiqvie, le slave et l'indo-iranien. Ceci n'a rien de surprenant : chacune des lignes qui marquent les limites dialectales, dites ici lignes d'isoglosses, est indé- pendante des autres, comme le montrera la suite de ce travail. Avec son timbre o, le slave semble se distinguer des autres langues du même groupe ; mais ce timbre n'est pas nécessaire- ment ancien. Immédiatement avant l'éjDoque historique, le slave avait une voyelle brève o qui servait à la fois d'o et d'à; cet 0 rendait par exemple, dans les emprunts, oeta des langues voisines (grec, germanique et latin), ainsi dans 50^o/rt << samedi»; inversement, des auteurs grecs du vu" siècle rendent assez souvent par gr. a Vo slave, comme l'a montré M. Kretschmer (Airh.f. slav. Phil., XXVIl, 128 et suiv.); M. Vasmer, K. Z., XLl, 157 et suiv., a affaibli la portée des faits signalés, qui avait été exagérée par M. Kretschmer ; mais il n'a pas réduit cette valeur ;i zéro ; et il subsiste que Vo slave du vu'' siècle LES VOYELLES 0 ET a 55 était une voyelle de timbre intermédiaire entre o et « ; dans les emprunts populaires, l'a grec est rendu par si. o ou a dans des conditions qu'il n'y a pas lieu de rechercher ici, par exemple, v. si. korabijl de g-r. •/,apâ3'-cv (ou plutôt -/.apâ^'.v). Un'a ancien a pu aisément donner un pareil o, et il n'y a pas lieu de mettre le slave à part dans le groupe de dialectes dont il fait partie à ce point de vue. Les voyelles ô et à sont distinctes dans les mêmes dialectes qui distinguent ô et à; on notera seulement que, dans les dia- lectes celtiques, Yô accentué passe à à; comme l'accent n'est pas à la même place dans les divers dialectes du groupe, 1'^ occupe aussi des places différentes ; ainsi l'a brittonique de V. gall. petgitar, bret. pcvar (cf. got. fjdwor) ne saurait se retrou- ver en irlandais, oîi l'accent est sur l'initiale. — De plus à et â sont demeurés distincts en albanais, où ô est représenté par e, et â par o. Enfin le letto-lituanien a, mais dans un certain nombre de mots seulement, // qui représente *c), tandis que *â est toujours représenté par lit. o, lette â, qui répondent aussi à une partie des *ô indo-européens. En indo-iranien, en slave, en vieux prussien et en germanique, la confusion de â et de () est complète, d'où : indo-iran. à, si. a, v. pruss. ^7, germ. ô. La confusion dej et â ne s'étend donc pas tout k fait aussi loin que celle de ô et à, ce qui est naturel puisque les voyelles longues sont plus stables que les brèves de par leur quantité longue ; mais elle n'a lieu que là oùo et ^se confondent. Ici encore apparaît l'indépendance des lignes d'isoglosses. Reste à savoir si la confusion de o et de a est déjà indo-eiu'o- péenne dans les langues indiquées ; ce n'est pas évident; mais la continuité des deux domaines est telle que le début de la tendance à la confusion ne peut guère ne pas être indo-euro- péen, et que la confusion même était peut-être achevée déjà, au moins en ce qui concerne la brève. Pour l'indo-iranien, on opposera la loi posée par M. Brug- mann, suivant laquelle *o (alternant avec * e) serait représenté par â en syllabe ouverte de l'indo-iranien. Mais cette loi ne semble pas pouvoir être maintenue, en dépit de tous les essais 56 DiAi,i:r:n;s indo-europékns de correction, comme on sest efïorcé de le montrer (M. S. L., IX, 142 et suiv. ; XI, 11 et suiv. ; XIII, 2o0 et suiv. ; XIV, 190 et suiv.). Des exemples isolés comme skr. dàniah = gr. si;j.o?, kalà (cf. lit. skalà et skeliù), divâ-karùh (cf. càrati) suffisent, semble-t-il, à écarter l'h^-^pothèse de M. Brug-mann. A l'égard du germanique, qui est tout à l'extrémité du domaine de confusion des timbres o et «, et où par suite il ne serait pas surprenant que la confusion totale eût été achevée plus tard qu'ailleurs, on a invoqué certains cas où, en syllabe inaccentuée, un *o se serait maintenu jusqu à l'époque histo- rique. Alais \'o inaccentué de noms propres transcrits par des étrangers, comme Lan^^ohardi , prouve très peu ; il n'y a pas non plus de conclusion précise à tirer de formes telles que v. h. a. ta£uni, etc. ; il semble v avoir dans tous ces cas une action des labiales sur les voyelles inaccentuées (v. Eulenburg, /. F., XVI, 3o, et la bibliographie citée) ; si même ces o sont anciens, ils ne prouvent pas qu'il n y ait pas eu confusion de a et o; car le traitement de a en cette position est inconnu, faute d'exemples. — D'autre part, on a supposé que *k''''' se serait délabialisé en germanique devant un ancien * o, tandis que assurément *k'^^a demeure avec la valeur labio-vélaire ; mais les exemples de cette délabialisation devant *û sont contestés et incertains (v. Osthoff, El. Parerga, I, 323) ; si l'on admet cette hypothèse, qui est douteuse, il n'en résulte même pas que la tendance à la confusion de o ei a soit de date postérieure à l'indo-européen et proprement germanique : puisque les labio- vélaires sont de date indo-européenne, la délabialisation devant *o pourrait être, elle aussi, de date indo-européenne pour le dialecte qui a fourni le germanique. La confusion de a et a fournit donc une ligne d'isoglosses nettement dessinée, et distincte de celle des gutturales. CHAPITRE VII LE GROUPE TT Dans les cas où un élément morphologique se termine par une dentale et oîi le suivant commence par un /, on observe deux traitements différents suivant les langues : ss en italique, celtique et germanique, st dans les autres langues, y compris l'albanais (v.Pedersen, K. Z., XXXIX, 429 et suiv ), Tillvrien (v. Johansson, /. F., XIV, 267 et suiv.), le thrace et le phry- gien (v. ib. 269). Pour l'arménien, on n'a pas d'exemples sûrs (faut-il rapprocher xist « dur » de xii <( serré, pressé », et de skr. khidàti « il déchire, il serre y> ?). Le sanskrit doit être dis- cuté isolément. On citera par exemple : zd hastô en face de lat. -sessns, irl. sess « siège » — lit. -estas, gr. (apt-)jT;v : lot. èsns, v. h. a. as, irl. ess. Ici l'italique, le celtique et le germanique ont une même innovation assez imprévue, et par suite caractéristique. La concordance des autres langues est moins instructive, bien qu'encore notable : le grec concorde avec les langues orien- tales, et non avec le groupe occidental constitué par l'italique, le celtique et le germanique. Lorsque le second élément morphologique considéré com- mence par une dentale sonore ou sonore aspirée, le résultat est -^(/;) dans les dialectes où l'on a st ; pour les dialectes occi- dentaux, aucun fait clair n'est attesté, et le traitement est difficile à déterminer ; on verra ci-dessous la discussion de lat. crêdô. v. irl. oc/////. Exemple : ^ï\i\i.vôi:^dyâi<<- pourconnaître », lit. vci:^di »< vois », '^v. fÎTO-.. En iranien, dans les conditions r>8 DIALECTES INDO-EUROPÉENS définies par la loi de M. Bartholomae, on a aussi ^d. ainsi, de la racine *hheiiâh- avec le suffixe *-ter- au féminin, zd bao~cJri (( femelle qui apprend à connaître le mâle » ; le grec répond par -ŒT- naturellement : ttjstiç. Un mot enfantin garde tt (ou le simplifie en /) dans les deux groupes dialectaux: occidental, lat. aila, irl. aite (/ sup- posant //, puisque / aurait donné ici th), got. alta, v. h, a. atto — oriental, gr. a—a, alb. al, ossète âda, v. si. otkï. Le mot fait difficulté; dire que ce traitement particulier est dû à ce que le mot appartiendrait au langage enfantin ne résout rien parce que le langage enfantin est propagé par les personnes qui ont atteint leur développement linguistique complet. En réalité, les règles relatives au traitement de *// (resp. *ddh) ont le caractère de règles d'alternances morphologiques ; ces règles reposent sans doute sur une transformation phonétique très ancienne en indo-européen ; mais la règle d'alternance en question ne s'appliquait pas aux géminées du langage enfan- tin, qui pouvaient du reste avoir une autre prononciation que celles amenées par des rencontres morphologiques. Il peut dès lors paraître surprenant que le sanskrit présente régulièrement tt dans les conditions où les autres langues ont, les unes st, les autres ss : sattâh, vittâh, âiti, véttha, etc., ou avec ddh : viddhi, buddhih, boddbar-, etc. Mais, à regarder de près, on s'aperçoit que le sanskrit a éliminé les traces d'une altération de *tt et *ddh parallèle à celle des autres dialectes orientaux. La chose est très nette en ce qui concerne le groupe sonore : à côté du traitement attesté parskr. viddhi, buddJjiJ}, oneniroiwe en effet un autre qui repose sur *-~dh-., dans les quatre impé- ratifs suivants en -dhi : dJjehi « pose », forme existant dans le Rgveda, en face de dhattat, dhatià, dhatsvà. dcin " donne », 10 fois dans le Rgveda, tandis qu'on y lit daddhi, H fois; cf. zd da:^di. Le J a été parfois restitué sous Tinfluence de dattà, dadinasi, dàdati; pareille restitution n'a pas eu lieu pour dhehi, parce que les formes dadijiiiasi, dàdhati, ayante/? intérieur, et par suite d initial, étaient plus éloignées I>E GROUPE // o9 de dhehî de dh de dhchî, qui n'est pas phonétique, est dû à l'in- fluence des autres formes de la racine dhâ-^ et s'est généralisé parce qu'il permettait de différencier dhehi « pose » de dehî « donne »). hodhi « fais attention », forme athématique isolée dans la racine skr. budh-; cf. toutefois les 3*"* plur. âbndbram, àbudhrau. yodhi <» combats », 1 fois dans le Rgveda ; cf. le participe yodhânàb, aussi athématique. Ces quatre impératifs sont a peu près seuls à représenter le traitement phonétique *-~dh- en sanskrit : les autres exemples invoqués sont au moins douteux. Mais partout où l'on trouve skr. -ddh-, c'est-à-dire dans à peu près tous les cas, c'est l'analogie qui en doit rendre compte. Si l'on admet que la 2*'pers. plur. impér. attâ est phonétique, on con- çoit très bien comment addhi a pu être refait, et de même vid- dh'î, cikiddhi, mamaddhi ; et si le type sattâh est phonétique (en regard de zd hastô), la réfection de tout le type hud- dhih, huddhàh s'explique aisément. Le skr. çraddha « foi )i, en face de zd :^ra~dâ- fait au premier abord difficulté : mais en védique, le premier terme de ce juxtaposé avait encore une existence isolée : çrâl te dadhùmi ; ceci suffît à justifier la forme avec ddh. Le lat. crêdô et le v. irl. cretim (où le / est la graphie d'im d occlusif) sont des mots uns au point de vue latin et au point de vue irlandais ; mais on n'en saurait cependant déduire le traitement de *-ddb- dans ces langues, puisque, au moment où s'est établi le traitement de la dentale géminée, les deux éléments pouvaient être en- core — et étaient même sans doute — autonomes. Le mot lat. crêdô ne prouve pas plus pour le traitement de *-ddh- en latin que la S'" personne est pour le traitement de *-//- (la forme phonétique est fournie par êsus). Le mot addhâ « en vérité », cf. v. perse et gâth. a:(dà est embarrassant; si l'on en connaissait exactement la formation, qui est obscure, la solution apparaîtrait sans doute. M. Johansson, /. F., XIV, 310 et suiv., s'est efforcé de prouver que le traitement phonétique de *-//- en sanskrit est 60 DIALECTES INDO-EUROPÉENS -5/- comme dans les autres dialectes orientaux. Sauf peut- être une ou deux, les étymologies qu'il apporte à l'appui de sa théorie ne sont pas de nature à l'établir; il s'agit détymo- logiesplus ou moins douteuses, portant pour la plupart sur des mots rares et mal attestés ; or une étymologie n'a d'intérêt que si elle est évidente; il est toujours possible démultiplier, autour d'une théorie quelconque, une série de rapprochements à peu près plausibles ; ces rapprochements deviennent admis- sibles si la théorie repose sur quelques faits sûrs ; là où tous sont plus ou moins dénués d'évidence, ils ne sauraient, malgré leur apparence de possibilité, rien prouver et n ont aucune valeur. Un fait est certain : l'indo-iranien n'a pas reçu *-st- et *-~db- ; car on sait que *s et *:( deviennent toujours "^s et *^ après */, *u et *r en indo-iranien. Or, en iranien *-itt-, *-utt-, *-rtl- aboutissent à -isl-^ -iist-, -rst- : zd visfô, -hrdsiô, etc. La même observation s'applique à *-ddh- ; car le védique a bodhi, yodhi, et non *hodhi, *yodbi, et le zend a hao::^dn'. C'est donc *-ft-,*-d^dh- qu'a reçus l'indo-iranien. Or, en sanskrit, une sifflante ou chuintante comprise entre deux occlusives tombe : en regard de àbhahsi, on a âbhakla, cf. gâth. hàxstcL ; en regard de âchàn, âchântsuh, on a àchântta ; et *ut-sthitah aboutit à iitihitàh. Dès lors le tt de skr. ïiîtarah = gr. JîTepoç peut représenter *Vt ; et comme en tout cas le stade *st n'était pas encore atteint au moment de l'action de /, m, r sur s suivant, c'est bien *Vt qu'il faut poser comme forme indo-iranienne. Et l'aboutissement historiquement attesté // de ce */7 est ce qu'on doit attendre en sanskrit. Le fait que phonétiquement *-d'dh- a abouti à skr. *-~dh- (d'où dhehi, dehi, bodhi, yodhi) n'est pas une objection : la sonore d a une articulation moins intense que la sourde t, et *d^dh a pu passer à *:^dh, sans «pion soit obligé d'en conclure que */'/ devait donner *st. La conclusion de ^L Johansson ne s'impose donc pas a priori. Et en fait, elle doit être repoussée, car si l'on admet que l'ancien */7 donne ph()néli({uement skr, st^ on ne conçoit pas LE GROUPE tt 61 pourquoi ce traitement aurait été éliminé par l'analogie ; toutes les autres langues ont conservé le traitement phonétique -st- ou même le traitement plus singulier et obscur -ss- ; le sans- krit seul aurait entièrement aboli le type phonétique dans tous les cas où il est si bien conservé par ailleurs. Une fois donnée la 2^ pers. plur. attâ (^ mangez », on conçoit que la forme addhi. " mange » soit créée par analogie ; mais aucune analogie n'imposait de substituer attâ à un ancien *aslâ. Là même où le système des formes a amené quelques innovations, comme en latin, la forme -f^ n'a pas été restituée, bien que la langue eût /; dans certains cas : otta, attingO, etc., et l'on a est, êstis. (la valeur des témoignages de grammairiens sur lesquels repose raflimiation de la quantité longue dans est: êstis est du reste contestée maintenant par M. Vollmer, Glotla, I, 113 et suiv.) Un seul des exemples de M. Johansson est propre à susci- ter un doute, c'est skr. âsthi (gén. aslhnâh) « os «, en face de zd ast-, pers. asî, gr. cjtéov, arm. oskr{àe *ost-w-cr-']), etdelat. os [ossis) et os su, ossiim (le mot n'est pas attesté dans les autres langues à traitement -ss-). En partant de *orth-, on explique- rait la forme latine qui est autrement très obscure, et d'autre part le skr. âsthi ne peut être que phonétique. Mais l'hypothèse de M. Johansson devant être écartée pour les raisons indiquées, il faut expliquer le lat. os autrement : de même que l'on trouve en slave le thème en -es- oJxV, ocese (cf. skr. àksi) en face du thème à suffixe zéro ok- du duel oti, on peut poser *osth-s- pour expliquer lat. oss-, comme M. Johansson lui-même l'a fait autrefois. On conclura donc que le traitement indo-iranien de *-//-, *-dd h- est *-tH-, *-d^dh-; et c'est sans doute sur ces mêmes originaux que repose le -si-, -:^ih- des autres dialectes orien- taux. A ce traitement s'oppose le -ss- de l'italique, du cel- tique et du germanique. CHAPITRE VIII TRAITEMENT DE 3 Tous les dialectes indo-européens s'accordent à représen- ter par à (ou si. o, représentant de *à) le phonème i.-e. *?; seul l'indo-iranien diverge, avec son / (skr. pita, zd pita, en face de gr. r.x-:r,p, lat. pater, v. irl. atbir, got. fadar^ arm. hayr)\ de plus le grec a s ou o dans les cas où d alterne avee g' ou ô : tiOy)[ji.i, Ti6£[j.£v ; vvrjToç, veveTTjp ; SiO(o[j.'., Si5c[xev ; etc., et cette déviation atteste que le timbre de *d était encore mal défini au moment où a été fixé le traitement hellénique. La débilité de *d, phonème tout particulier dont M. F. de Saussure, dans son Mémoire,, a lumineusement établi la singu- larité, ressort de diverses circonstances dont les principales sont les suivantes : 1" L'élément *d ne subsiste jamais devant voyelle, et dis- paraît alors sans laisser de trace : skr. jâ)i-ah, gr. v^v-sç, lat. gen-iis en regard de skr. jani-ta, gr. -(z^z-zr,p, lat. geni-tor. Une forme telle que §i$ôatjt est une innovation proprement hellé- nique, et c'est le type véd. d-ûh « ils ont donné », dàd-ati « ils donnent » qui représente l'état indo-européen. 2" L'élément *d se combine avec une sonante précédente non précédée elle-même de voyelle, et il en résulte les sonantes dites longues : *a et *f d'une part, *n, *m, *r, */, de l'autre : skr. pn-tàh^ lat. pn-rus, v. irl. il-nad « purification », en regard de skr. pavi-tram « moyen de purification ». skr. jâ-lâh, lat. [g'jnâliis, gaul. -gnàlos, en regard de skr. janità, etc. TRAITEMENT DE 9 63 skr. pûruàh, v. irl. là-n, lit. p]l-nas, v. si. pIn-nu (serbe p/iw), en regard de véd. pàri-man-. Peu impoi'te ici la nature indo-européenne de *Ti, *m, */', */ (sur la définition de ces symboles, v. A. Meillet, Introdiict. à Féf. coiiip. des langues i.-e., 2'^ édit., p. 94 etsuiv.) ; le fait essen- tiel est que *j se combine souvent avec la sonante qui précède. Ces deux traits de *<) sont indo-européens communs ; mais un troisième trait, qui atteste également la débilité de * 3 a un caractère dialectal : 3" A l'intérieur du mot (c'est-k-dire dans une syllabe qui ne soit ni initiale ni finale), *9 se maintient généralement en sanskrit d'une part, en grec, italique et celtique de l'autre, mais tombe toujours en iranien, slave, baltique, arménien et germanique. Le maintien de *j en sanskrit n'attesté évidem- ment aucune parenté .spéciale du sanskrit avec le grec, l'ita- lique et le celtique, car il ne s'agit que de la conservation de l'état ancien; mais la chute commune de *J dans des langues géographiquement groupées : iranien, slave, baltique, armé- nien et germanique, est à noter, comme un fait dialectal important. L'exemple caractéristique est : skr. âiihita, gr. %j"^y.rr^p, mais grdh. diigddâ (dissyllabique), zd dn-;^a, arm. dustr, v, si. dûsti, lit. diikte, got. dauhîar. La chute de * P a été assez ancienne pour que la loi de M. Bar- tholomae se soit appliquée en indo-iranien ; le persan a cepen- dant dit.xt, diixtar ; mais la sourde peut s'expliquer par une influence du / de *fiiâtar-, *pitar-, *brâtar- sur l'original vieux perse de pers. diixt et diixtar. En slave et en baltique, *d tombe dans la syllabe intérieure du mot sans laisser aucune trace apparente après occlusive ; de là si. mesli « troubler », en face de véd. mànihiiavai\ lit. splec^ii, splésli et splinlù, splisfi, ou planli'i, plàsli, et v. si. plesiia « plante de pieds » (de * plelhJsnâ), en face de skr. pralhi-màn-, prlbi-vt, gr, -Xavx-jj.fôv FlXata-iai, T/vXTa-vo?, gaul. Lifa-via, v. irl. lelha-n « large ». Après sonante, M. F. de Saussure a reconnu pour le litua- nien, et l'on a montré par la suite pour le slave, (jue la chute 6i DIALECTES INDO-EUROPÉENS de * bO V. h. a. hirihha, à côté de v. angl. ko;T ; cf. lit. hersas, serbe /'/Y^âî, russe hercxn^. Dans ces exemples, l'rt de halam, 1'/ de /'/V//;/;^^ ne repré- sentent pas directement *.', mais une sorte de résonance provenant de la prononciation particulière de la diphtongue déterminée par la chute de *3. En dehors de ditstr, l'arménien n offre pas dexemple déci- sif ; peut-être pourrait-on encore citer gelmn « toison », qui appartient à la famille de skr. tiruâ, serbe vîina, lit. vUna, lat. lâna, et suppose par i^mie *iueld-\ le lat. udhts a subi l'in- fluence du verbe uellô. Mais il n y a pas d'exemple contraire, car Xa de ara-iur <' charrue » peut répondre à Va de lat. arâtnim, arà-re aussi bien cpi'au *.' de gr. àpoTpov. lit. ârkias, serbe ràlo. Et Ton notera arm. armtthi « coude », en face de skr. înnàh et de serbe râme\ on n'a pas le moyen de déterminer si arm. ai- repose ici sur *f- ou sur *ar3- ; mais dans un cas comme dans l'autre, *? n'est pas représenté : arm. ar est le traitement de * *;bref, et les traitements de *r et de *f ne se confondent que dans les langues qui, comme le germanique, ont perdu 3 intérieur : got. fidls « plein », de *fitlna-, suppose *pl[d)nos. avec chute de *3. De même, on ignore si, dans arm. {dr-)and-kh « montants de porte », an repose sur *afi3, cf. lat. antae (de *anm-, avec syncope de a intérieur), ou sur *^, cf. skr. âtâlp; même dans le dernier cas. * sont clairs et indiscutables : skr. brâvJti 7.d ntraoiti dràvinah draonô tamisra- taOra- (pors. târ). etc. Les exemples contraires, en revanche, sont sans valeur. Il V a des aoristes en -is-\ mais Vi s'y explique par un ancien -/- comme Vi de lat. -liqit-is-U. Dans v. perse hadis et /.d hadis, Vi Dinleclcs indo-euroitëena. ' 66 DIALECTES INDO-KUROPÉENS représentant *^ (ou plutôt i) est en syllabe finale. Les exemples de zd airiine(( tranquillement » en regard du premier terme de composés armaè- sont tous dans des textes en prose, et 1 on ne saurait affirmer que le mot ait trois syllabes en aucun passage. Il est vrai que *d tombe parfois, même en première syllabe : giith.^/rt, ptar^in. forai, en re|^ard de zd pita ; mais la chute peut ici s'expliquer par l'existence ancienne de juxtaposés tels que véd. dyaiis pita, cf. lat. Juppiter. '\\ est vrai aussi que parfois *p intérieur n'est pas représenté en sanskrit, ainsi : dadmasi, dadmahe ', mais l'analogie de la B*" personne du pluriel dâd-aii, où *^ manquait correctement devant voyelle, suffit k expliquer ces formes. Et / ne manque [)as en sanskrit là oi^i quelque fait analogique de ce genre n'en expliquerait pas 1 élimination. La présence ou l'absence du ton n'est jamais pour rien dans la chute de * ?. Il y a donc une chute de *j intérieur commune à l'iranien, au slave, au baltique, à l'arménien et au germanique. Il en résulte de curieux contrastes, comme celui de r. terét' , tch. /////. et de gr. -ipt-ipo^/, lat. tere-hnt, irl. tara-thar de */°;v-i, gall. taradr; ou de v. isl. ond « souffle », anda « souffler », mais skr. âniti " il soutTle », âiii-lah >< vent », gr. avi-ixcc, lat. aiii-iiia. irl. ana-L gall. ana-dl. La contraction en */ de la sonante *y avec un *d suivant est .sans doute un fait indo-européen commun, antérieur à la chute dialectale de *<) intérieur; car la forme à degré zéro *-/- du sufïîxe de l'optatif athématique est attestée en iranien : gâth. vair'imaidu en slave : v. si. dadinuï, dadite, et en germanique : got. gebeinia, v. h. a. luurlJiiiês, etc. ; il n'est pas probable que Vi de ces optatifs soit analogique de formes où la voyelle serait en syllabe finale, car à date indo-européenne, la 2'' per- sonne sg. act. est *-yès, et la 3'^ *-yèt, au degré e. Pour apprécier ce que signifie la coïncidence de ces langues, il faut noter que l'on observe des chutes de *.' dans d'autres dialectes indo-européens, mais en des conditions dill'érentes. En sanskrit, 1 * ' intérieur (mais non pas *-.' final) est tou- jouis tombé après y précédé de voyelle, et il en est résulté ÏRAITEMEM- DE 2 67 la diphtongue skr. e \Y . de Saussure, Mémoire, p. 242) ; on a donc : skr. bibhéti <* il craint », cf. lit. bâinit, et skr. bhîtâh, lette bîtës, dont Vf indique le caractère dissyllabique de la racine. skr. kresyali (( il achètera ». cf. gr. ï-r.p'.i-'^.r,^^ et skr. krJtâh (avec î). skr. adîdd " il a l^nllé »; cf. honi. ^éa-x;, et skr. ciiàlhi,-dîtih (avec t). skr. rétah ^ courant ", à côté de rimiti, rïtih ; qu'on rap- proche de lat. rliios ou de lit. leti&t lyti, on part de i.-e. *(')<'. skr. nétar- et netàr- k conducteur », subj. aor. iicsati, en regard de nîtâlp. skr. -kselob « de détruire », à côté de ks'uja- et de ksiijâti. skr. -metoh « d'endommager », iiiesta, à côté de ;;//7a- et de miiiâfi. skr. preîàr- pretnàii-, en face de pritâh et prïuiiti, cf. v. si. pr/- /flf/ et got. frijon. skr. âpïpet, périih, en face de pînàh et pyàyatc ; cf. aussi lit. /)i>7^5 « lait ». skr. adïdhet « il a pensé ». cf. dh'itàh et dhyâti. skr. î'^Y/ « il poursuit » ; cf. gr. pte^-a-., lit. vcjii, vyti et skr. v'itih. V. si. {vH\-]viil « gain ». skr. jihrt'ti « il a honte ». cf. hr'itàh. Le sanskrit a donc ^ là où lonattendrait aya\ si le traitement de *' après v était /, on pourrait croire qu'il s'agit dune con- traction de *ayi\ mais la 1"^ personne -ya de l'optatif moyen en regard de la désinence ordinaire -/ de la 1''' personne moyenne secondaire montre que *' est représenté en sanskrit par a a])rès v comme devant y. Là où le sanskrit présente, à 1 intérieur du mot, ^v/, c'est une forme secondaire, créée par analogie : ainsi le véditjue a /c'/^r- dissyllabique R. VA. 11. 2 = V, 2o, 'i — I, 6b, 3 — IV, 20, o - VIII. 99, 7 - IX, 90, 3; plus lard on ironye jayitar-\ mais l'adjectif verbal y;/^/.', avec son /, suffît à dénoncer le caractère secondaire de jayitar-, qui du reste n'est attesté que postérieurement à jétar-. La trace de la chute de *J en sanskrit se voit cependant 68 DIALECTKS INDO-EUROPÉENS encore parfois dans la valeur dissyllabique de la diphtongue e représentant * cyd\ on a ainsi iielâr- et pretâr- trisyllabiques, comme le note déjà M. Wackernag-el, AJtind. Granim., I, >:i i8 Z>, j). 53 ; toutefois il ne faut pas restituer ^nayitàr-. *pra\ilàr-. qui sont des formes purement imag-inaires (v. les exemples chez Arnold, Vedic uictre, p. 91). — On voit, pour le dire en pas- sant, que si, à la fin du mot, indo-iran. à à valeur parfois dissyllabique (par exemple dans le génitif pluriel en -âm) répond à une longue intonée douce du lituanien, la diphtongue skr. e (indo-iran. ai) à valeur parfois dissyllabique de Tinté- rieur du mot répondrait, le cas échéant, à une diphtongue rude du lituanien : il n'y a là rien de surprenant : le dévelop- pement des intonations a eu lieu indépendamment dans chaque langue, comme l'a reconnu M. F. de Saussure, et les conditions varient d'une langue à l'autre ; les intonations baltiques et slaves traduisent des faits indo-européens d'espèces diverses, et le groupement est purement baltique et slave. En grec, ainsi que l'a brièvement indiqué M. F. de Saus- sure, Mél. Nicole, p. 511, n. 2, i.-e. *p tombe après une syllabe à A^ocalisme o : • -zbpiKoq « trou » : TÉpe-pov. s A 1X0 ç « mortier » (de * ob-smos'ï) : àXéo) (M. Bartholomae a rapproché skr. sûrmî, ce qui, tout en changeant l'étymologie, laisserait subsister l'exemple; on partirait alors de * sob-mos ou * sob-smos ; cf. Prellwitz, Et.wôrt.'^, sous ce mot). T.bpvT, « meretrix » : kr.iponjsa, xi-paaxoj. ■zi':[j.o^ '< sort » : T.zaou[j.ai (de *7r£t£-c;xai), T:ér.-o)y.OL. ■xàhiJ.y. : T£/>a;xwv, taÔc-, -zocka-, t'ipovrô : -;ip£iJ,éroç. •/.spcY) : y.Épaç (et de même dans les autres cas où l'on a cru reconnaître un traitement op de i.-e. *f en grec ; cf. Brugmann, Griindr., I^, p. 477, ^ 527, et Gr. Gr:\ p. 88). TcopOy.ô; (cf. V. h. a.fanii) : Tzspâo), Tzipixc. clîoç : FîTc'a, cf. lit. vyli, lat. mère. oipTcç " fardeau », ©spij.i; « corbeille » : ©épiTpov et ç^apéTpâ, lesb. ç-sp=vz, -s^pr,?».). Les formes nominales de la i-acine sont •iraite>ii:nt dk d 69 généralement dissyllabiques en grec; cf. du reste skr. bharitram et lat. [praeAfencnhnn, skr. bhârJman-, lut. {of-)fenimenta, russe berénija, serbe brème, tch. /^i/w^-. Toutefois la racine a aussi des formes monosyllabiques, notamment gr. ^ip[).:i\ on a noté que oip-po^) est déjà chez Homère, et l'attique a ispvr,, en face de iesb. sEpÉvâ; il est vrai que éx^o. et <7-z^>x'/r, est d'après jTsvâyto. L' '. du gr. och.'/}: est inexpliqué : ït de v/ozh-yr,: répond à ri.-e. *' attendu; cf. avec un vocalisme radical différent, skr. dlrghâh, zd dar9^:ô, v. si. dligû (s. diig), lit. iJgas, et d'autre part véd. dràghmàn- et zd J/â/ô « longueur»: si obscur que soit 1"'. de ozKiyzz, il est du moins frappant que cette forme H vocalisme o n'ait pas l'un des représentants normaux de i.- e. *J. comme hlt\v/r,z a en effet un s, comparable à celui de TtesiAsv la forme *sAy;-/- que suppose I'e de -Bea £-//,; n'est pas attestée . La même chute de *J après vocalisme o a sans doute eu lieu aussi en latin, comme l'attestent les exemples suivants : lat. citlinus. ci. russe solômcu serbe slàma, tch. slàma: et, avec vocalisme à degré zéro, gr. -/.iXa;;.;; (de ""k^Hmos). \i\i.coUis, cf. lit. kàlnas <> montagne ». lat. spfnna (cf. v. h. a. feim, v. angl. fàm), cf. lit. spàinè, serbe pjcua, russe pê'na, tch. pina. hd.forda; cf. avec degré f, russe berèlaj a, serbe brêâa {exemple douteux, à cause de la double forme de la racine : *bher- et 'bhcn->-). Il semble difficile de trouver un exemple celtique probant en un sens quelconque : skr. badhiràh « sourd -> et v. n-1. 70 DIALECTES IINDO-EUROPÉKNS hodar, gall. hyddar sont ambigus, car skr. -ira- et celt. -aro- peuvent représenter *-''ro- et *-9ro- ; et, si v. irl. tarann « ton- nerre », g"all. tarann sont à rapprocher de lit. tarti " dire » (anciennement " faire du bruit », changement de sens fré- quent), l'intonation lituanienne montre que le celt. -an- repré- sente ici *-"n-, et non *-?n-. Sur le sanskrit, qui a confondu les timbres c et o dans l'vmique a, on ne peut rien dire ; il est curieux qu'on ait un vocatif véd. omàsah à côté de avita « protecteur », plur. umâh. Mais ce n'est pas sur un exemple isolé de ce genre qu'on peut fonder une doctrine. 11 demeure donc que *3 intérieur tendait à s'amuir dans tout l'ensemble des dialectes indo européens : la chute s'est réa- lisée dans des conditions identiques, d'une part en iranien, slave, baltique, arménien et germanique, de l'autre en grec et en latin (et peut-être ailleurs : les exemples manquent). Le sanskrit présente un type de chute après y qui lui est propre, de même que l'indo-iranien a un traitement / de i.-e. *yos), mais lit. naùjas, got. niujis. skr. savyâh « gauche », mais zd haoyô, pehlvi /?())', /xnw/v (la graphie avestique est donc correcte), v. si. sup (de *.î^//)w donnant * sjeujos). skr. gàvyah eigavyâh « de bœuf », arm. kogi « beurre », gr. (svvîâ- (âotoç. mais zd gaoyqm « de bœuf » (accus, féminin). En gotique, la flexion manifeste l'existence du principe pho- nétique dans le contraste de nom. haïui « herbe » et de gén. hanjis, dat. hauja. Des actions analogiques ont en partie troublé l'action de la loi. Ainsi le lituanien a l'*" pers. aviù « je suis chaussé de », d'après avèti et le reste de la flexion du présent, à suffixe -/-, '{'■ pers. àvi\ avec le suffixe *-V('-, le slave a la forme pho- nétique : oh-ttja. Du reste, avec ce suflixe*-)v-, la diphtongue est de règle en balti([ue et en slave, ainsi dans v. si. pljiijiu lit. spiân/'n « je crache », et de même dans tous les exemples. 72 DiAiJicTES iM)o-i:ri'.rii>Ki:Ns Les adjectifs en ^-yo- [*-yà-) dérivés de thèmes en -u- ont la forme phonétique en sanskrit et en zend : skr. -avya-, zd -aoya-\\&\. si. synavlji « du fils » est analoj^ique, d'après synovi (dat. sing.), synore (nom. plur. ), etc. Le type phonétique est donné par ujï « père de la mère » ; le vieux prussien au'is (même sens) doit sa forme à ce que le nominatif singulier est en -is en haltique. Après voyelle longue ou diphtongue, ce traitement est ordinaire ; l'Avesta a ainsi dacvya- de daêva- « démon )) ; le vieux slave a sfavljg, i"' personne, près de stavisi, 2''pers., et de rinlinitif i/fli'/// « mettre debout ». Si, comme le croit M. Pedersen, K. Z., XXXVIII, I96,i.-e. *-iu- donne arm. g entre voyelles, on pourrait interpréter arm. kogi »< beurre » en jjartant de i.-e. orient. *gowiyo-, et l'exemple ne serait pas probant pour le traitement arménien de *-owyo-. On est même obligé de partir de *-ogiyo- pour expliquer un génitif tel que kogiuoy « du beurre, mais 1'/ peut être dû k une restitution d'après le nominatif-accusatif kogi. Il est diffi- cile detrouverun exemple qui réfute la théorie de M. Pedersen, parce que la structure de l'arménien comporte un u> (resp. v) final au nominatif-accusatif singidier des noms qui fournissent les exemples, et que cette forme suffît k expliquer toutes les autres que l'on pourrait opposer à M. Pedersen : tewem « je dure »est contraire à la doctrine de M. Pedersen, mais la forme tew <^ durée » en rend compte, et ainsi de tous les exemples. Mais, si la théorie de M. Pedersen n'est pas réfutable, elle n'admet pas davantage de démonstration; car on peut expli- quer le génitif aregi de arew par *reiuy''lt,s, comme kogi par *gowyo-. De même taygr « frère du mari » peut reposer sur *daiiur-^ cf. le génitif-datif /;rtît;- ^=gr. Traipi;, T:aipi, et rien ne prouve que le *iu soit devenu g entre voyelles. On voit mal pourquoi le *iu intervocalique sérail devenu g : le passage de *w initial ;i g, le([uel n'est même pas constant en arménien, tient k l'attaque de l'initiale; en persan, où tv est représenté sui- vant les cas par/M)ucr k l'initiale, ce traitement ne se retrouve pas il l'intei'vocalique. Le mot ixvm.aregakii <( soleil » dont s'au- torise M. Pedersen est d'interprétation incertaine (v. Iliibsch- LK GROIPK -luy- 73 mann, Arni. Gratnm., I, p. 414). La loi supposée obligée à renoncer à l'interprétation séduisante de arm. hoiuiw « l)er- g-er » par *oiui-pâ-, et rend diflîcile le rapprochement, autrement très satisfaisant, de arm. goreiii « je loue » avec v. si. gcyirfi .' soigner, s'occuper de ». A l'ég-ard du germanique, M. Brugmann, Gnindr.. 1'. p. 797, enseigne que le germanique occidental conserve le traitement *-ivy- : v. h. a., \. sax. nùiiui. v. angl. jiêoice, ntwe auraient *-îuy- avec la gémination du germanique occidental devant -y-. Mais il est tout aussi licite de supposer un ancien *neir''yo-; car la diphtongue de got. niujis s'y retrouve claire- ment. La forme germanique occidentale présente cet intérêt qu'elle conserve trace de w consonne devant y tout en pré- sentant la diphtongue. C'est sans doute ce même point de départ qu'il faut poser pour le baltique commun. En effet, si le Vocabulaire (vieux prussien) d'Elbing a crauys, en regard de lit. kraùjas « sang " (cf. skr. kravyam), FEncheiridion a kraïuia, krawian (comme Ta fait remarquer M. Zupitza, K. Z., XL, 232); et les formes verbales ont 3'" pers. -aiuie (v. ib., et Bezzenberger, K. Z., XLl, 85); M. Zupitza a même conclu de la forme lit. naùjas (et non * niaujas) que la prononciation au est postérieure au passage de *ew à av en lituanien; mais il peut y avoir eu dissi- milation du/ par le y intérieur. Le fait vieux prussien sub- siste ; il concourt avec le germanique occidental à établir la phase intermédiaire *-eiryc-. qu'il faut poser pour l'iranien, le slave, le baltique et le germanique. On a ici la trace de la pro- nonciation géminée des consonnes devant sonante que suppose la quantité longue de la première syllabe dans les groupes tels ({ue être, elwe, esye en indo-européen, prononciation qui est du reste attestée directement en sanskrit parles grammairiens (cf. A. Meillet, Introduction, 2'^ édit., p. 102 et suiv.). Il s'est posé pour ce groupe une difficulté assez grave que les dialectes ont résolue de manières diverses. En ell'et, là oîi iv est géminé, le pi-emier élément de la gémination se présente normalement sous la forme // second 74 DIALECTES INDO-EIBOPÉENS élément de diphtongue; c'est ainsi que, dans le texte homé- rique, on trouve de vieilles formes, sans doute éoliennes, telles que aùiaxoç valant à(p)â/sç (N 41), euaoev valant ï (f)- aosv (Z 340), etc. ; le f initial est redoublé ici comme le sont A, ;x, V, p, dans beaucoup d'exemples analogues ; mais le f géminé est noté u(p), et non fp. A Gypre, sur la Table d'Idalion, on lit c uve rcta sa tu {z'jfpr-y.^y.i:\j) à côté de e ve re ta sa tu (ïfpT-.oi.'jxz'j I quelques lignes plus loin. Quand lagémination se produit à l'initiale diin mot, cette notation qui défigurerait le mot précédent nest pas employée, d'où à-b '{ff)ic par exemple N 163. On s'explique bien ainsi la prononciation *-au''ye-. Toutefois cette solution donnait une importance exa- gérée au premier élément du groupe qui était une géminée, mais sans doute une géminée faible. La première partie de la gémi- née était sans doute assez brève ; cette brévité relative l'a maintenue distincte de u second élément de la diphtongue ordinaire en u dans une notable partie du domaine indo-euro- péen, où le traitement apparaît dès lors sous la ïorme *-ou'ye-. CHAPITRE X LES SONORES ASPIREES On entend par sonores aspirées les phonèmes définis par la série suivante de correspondances : Sanskrit : occlusives sonores accompagnées d'une articula- tion gloltale, qu'on transcrit par /;. Iranien, slave, baltique, albanais, celtique : occlusives sonores confondues avec les anciennes sonores simples, par exemple iran. d = skr. d et db. Le g^ermanique et rarniénien ont aussi des sonores, qui se distinguent cependant des anciennes sonores simples, parce que celles-ci sont représen- tées par des sourdes. A ceci près, toutes ces langues s'ac- cordent à répondre par ^ au dh sanskrit, par exemple. M. F. Kluge iPBB., I, 199. et Vorgesch. d. aUgenn. DialJ, p. 367) a supposé que le traitement b, d. -; des « sonores aspirées » serait peut-être un fait dialectal indo-européen, mais ce traitement n'est attesté nulle part comme un traitement général des sonores aspirées ; il ne l'est pas pour le germa- nique IV. ci-dessous, chap. xiii) ; il ne l'est pas davantage pour une autre langue indo-européenne quelconque. Le trai- tement spirant apparaît partout comme un airail)lissement propre à certaines positions, notamment à la position inter- vocalique. Seuls le grec et l'italique divergent, et divergent dans un même sens, opposant des sourdes aux sonores de toutes les autres langues. En grec, ce sont les sourdes aspirées du grec ancien, s, 0, y, qui sont devenues des spirantes au cours 76 DIALIXTKS INDO-r.rUnl'KENS du développement historique ; les notations -^h, y.h existent encore dans d'anciennes inscriptions. En italique, on ne rencontre, dès le début de la tradition, dans tous les dialectes, que des spirantes, et même des spirantes déjà très altérées; car elles sont en partie remplacées par l'as- piration /;, et *^ s'est partout substitué à/; ces spirantes, très évoluées, remplacent presque certainement de plus anciennes sourdes aspirées, pareilles à celles qui sont attestées en ^rec. La coïncidenee du grec et de l'italique est frappante, car aucun fait des autres langues anciennement attestées ne fait attendre ce traitement. Si le macédonien est un dialecte hellénique (et alors c'est en tout cas un dialecte très aberrant), comme le soutient en dernier lieu M. Hoffmann, on pourrait être tenté de tirer de là un argument contre l'antiquité indo-européenne de la prononciation sourde en grec ; car l'un des traits caractéris- tiques les plus certains du macédonien est qu'il répond par des sonores aux sourdes aspirées grecques : oojpaç en face de 6oJpa;, x^pzufi:; en face de hopizq, etc. Mais, ainsi que l'a déjà fait remarquer M. Hoffmann (Die Mahcdonen, p. 232 et suiv.), les sourdes aspirées sont voisines des sonores par leur faiblesse d'articulation ; d'ailleurs, en passant par la prononciation spirante , les sourdes aspirées peuvent devenir des sonores, ainsi germ.

1'i';i;ns A regard de *//;, ou ii a pas la même certiludi', une st'rie d'exemples garantissant : T = skr. th, iran. 6. arm. ih [mêniQ après r). mais quelques autres exemples tendant à indiquer le traitement 0, que ferait attendre le parallélisme. Les principaux faits seront examinés ci-dessous. t" Le slave confond i.-e. *th et *ph avec */ et *p dans slave t ei p. On a supposé que i.-e. *kb donnerait si. .v; mais cette hypothèse a été combattue par M. Lhlenbeck, /. F., XVII, p. 95 et suiv. et 177. M.Uhlenbeck croit que *M est représenté par À', comme *ph et *th le sont par si. p et /; mais étant donné qu'il s'ag-it d'une gutturale, une rupture du parallélisme ne serait pas surprenante. 11 n'y a malheureusement d'exemple tout à fait décisif en avicun sens ; on ne connaît aucun cas sûr de i.-e. *kh donnant si. k, et il y a plusieurs étymolo- gies satisfaisantes qui engagent à tenir pour probable le trai- tement si. X de i.-e. *kh; v. Pedersen, K. Z., XL, 173 et suiv. S" Le baltique, le germanique, le celtique et l'italique con- fondent entièrement les sourdes simples avec les sourdes aspirées. Le traitement latin a été établi par M. Uhlenbeck, /. F., XIII, 213 et suiv, (v. cependant un doute de M. Peder- sen, iT. Z., LX, 178). Les sourdes aspirées tendent donc à se confondre avec les sourdes simples, et la confusion est totale dans une série con- tinue de dialectes. On est ainsi réduit à très peu de langues pour l'étude de ces phonèmes. Les exemples relatifs à *pb et *kb sont connus et assez clairs pour n'avoir pas besoin d'être énumérés ici. On notera seule- ment les deux qui appuient le plus fortement l'hypothèse d'un traitement x en slave : skr. çâkhâ « branche », pers. kix, arm. (ax, lit. s^^akci ; le rapprochement de lit s:(akà et dev, si. soxa « bâton, fourche » semble s'imposer, quoi qu'il soit contesté par tous les savants qui ont examiné ces mots récemment (voir en dernier lieu, Strekelj, Arch. f. slav. PhiL, XXVIII, 488 et suiv.). skr. kàkbali " il rit aux éclats ». arm. xaxtuihb. gr. y.xyiL'o), LES SULKDKS ASPIRÉES 81 V. si. xoxotu ; c'est une onomatopée comme Test pour *pb, skv. phitt-karoti « il souffle », arm. phukh « souffle », g'i\ çiiîa. lit. pnsti^ V. si. pyxati,\iii. pustula; mais ceci ne change rien à l'application des lois phonétiques. Le rapprochement de v. si. plesî, r. pléxdn, etc. et de lit. plikas ne s'explique bien qu'en supposant *kh représenté en slave par .v (cf. A. Meillet, Études, p. 174). Il y a lieu d'examiner de plus près les exemples qui peuvent illustrer le traitement de i.-e. *th en grec. skr. prthukah « petit d'animal », arm. orth « veau » (^Z; après r), gr. zipit;, zôpTai;. Cet exemple est très important parce qu'il est le seul où i.-e. *th soit attesté d'une manière cer- taine par l'accord de deux langues ; dans tous les autres cas, le *th n'est attesté que par le seul indo-iranien. gr. TïAaTjc ne peut être séparé de skr. pytbi'ih " large », zd pdrdHns, ni z.'Kiioz, (avec le vocalisme de zXaTjç) de skr. pràthah, zd fradô « largeur » (arm. yahh'~<- grand, énorme », yaithcm « je l'emporte sur, je triomphe », avec th, conviendrait phoné- tiquement; mais le sens fait difficulté); le nom propre IlXa- Taïaîest inséparal)le de skr. prthivi « terre » et de gaul. Litavia, V. gall. Litaii, gall. Llydaw « Armorique »; luXaTaiJ.tôv rappelle skr. prathinu'm- ; -'lx-t, »■ extrémité plate d'un objet » est isolé (cf. cependant lat. planta « plante des pieds », et le mascu- lin skr. prthàh '< plat de la main », comme gr. -\y.iv.y). mais (ofjLS-TrXâr/; rappelle v. si. pleste « épaule »; zAixaviç (nom d'arbre) est identique à gaul. litano-, v. gall. litaii, v. irl. lethan. On a, avec 0, -XaOavûç « planche à préparer des gâteaux » ; mais ce mot isolé ne peut en aucun cas prévaloir contre les rapprochements précédents ; le *dh pourrait être un élargissement, auquel on comparerait d'autres élargissements de */)o/-, par exemple v. isl. flat)\ v. h. a. fla:^ (avec*^) ; d'ailleurs TcXaOavsç admet une étymologie différente (v. Lagercrantz, Z. Griech. Lautgesch., p. 69 et suiv.). 7:£-:âvvû[M, TTSTaia et ttétocXoc, Tii-y'Ko^/, r.x-x-^r, ; cl. zd paOana,- « éLendu », oss. fàtàn {t intervocalique est représenté par d en ossète ; v.V. Miller, ^pr. d. Ossetcn, p. 30). pers. pahni ; cette Diult'clfs imlo-curopéens 'j S2 DIALECTES INDÛ-ELROPÉENS lamille de mots n'étant pas représentée en sanskrit, le*//? n'est attesté qu'en iranien ; ailleurs, on ne peut avoir que / : lat. pateô, lit. petys « épaule », v. angl. /(2f^m « extension des deux bras », etc. -a-oç « chemin » et r.bv-oz « mer » ont été rapprochés de skr. pànthàh, patbâh, pathibhih, zà pantâo^ pa%ô « chemin », v. si. patî, V. pruss. pintis^ lat. pons [pontis), arm. hun (avec chute de la dentale). -STpx-iç, cf. skr. caiurthâh « quatrième » ; mais ici le suffixe pourrait être *-io- en grec; de même, on n'a pas le moyen de déterminer dans quelle mesure le suffixe grec d abstraits tels que GâvxTo; répond au suffixe skr. -tlm- = zd -Oa-, ou au suf- fixe skr. -ta-^ zd -ta-. 7-â- (dans ïc7f/;;j,i, k'a-r/;, etc.), cf. skr. sthâ- \ le / des autres langues est ambigu : zd stâ-, lat. j/rt-, germ. stô-., lit. sto-, v. si. sta-. On pourrait se demander si le t grec ne tient jias au 7 précédent ; mais le a n'exerce pas pareille action ; un aç,- répond à skr. spJ)-, arm. spb- dans ^sapayso), cf. skr. sphûrjati et lat. spargô, et dans j^upiv, jsjpa, cf. skr.i-^/;«ra//et arm. sph'rem. G-i-(M et -ÉY^ç, cf. skr. sthàgati, et lit. slôgas, lat. /i'trô et ^o^a, V. isl. fak. r,zi7-o:. cf. skr. svadisfhah et v. h. a. sito:{isto. Là où gr. 0 semble répondre à skr. //;, zd 0, on est en pré- sence dune de ces alternances indo-européennes de sonores aspirées et de sourdes aspirées, dont skr. nakhdm etpers. nâxtin -en regard de v. si. nogutï, v. h. a. nagal. kit. ttnguis, etc. sont un exemple certain. On a ainsi gr. fct^-Oa, en regard de skr. vct-tJm., got. ivais-t et zd dadâ-M. kit. (liiludis-)tï. On admettra ici une alternance de dh et //;, pareille à celle que l'on observe entre la 2'" plur, act. skr. -tha- = gâth. -Oâ et 2'' j)kir. moy. prim. skr. -dl.we = gath. -duyê, Hec.-dbvam==^Mh. -diliir. on lit même 2* plur. moy. zd -ppement commun des dialectes occidentaux, y compris le baltique et même le slave, mais à l'exclusion, au moins i)ar- tielle. du grec, qui conserve nettement deux des trois sourdes aspirées établies par l'accord de l'indo-iranien et de l'arniénien. I CHAPITRE XII LA SIFFLANTE S Il y a ici deux phénomènes à considérer : le passage de 5 à la chuintante s, et le passage de j à l'aspiration /;. 1° s. En indo-iranien, *s passe à i, et *:( à i^ après /, u, r (repré- sentant /■ et /) et k, que la sifflante soit suivie de voyelle ou de consonne ou finale de mot. En slave, *s est représenté par la spirante gutturale sourde x (représentant sans doute un plus ancien i) après /, u. r, k indo- européens (ou plutôt orientaux ; car *^i5 donne s), mais seule- ment devant voyelle suivante. Dès lors il n'y a pas d'exemples de *--- indo-européen devenant *;^, etc., puisque :( n'existe en indo-européen que devant une consonne sonore. La démons- tration détaillée se trouve dans un grand article de M. Peder- sen, /. F.. V, 33 et suiv. Une contestation a été élevée depuis par M. Uhlenbeck, qui avait d'abord soutenu la même doctrine que M. Pedersen, doctrine aussi découverte par M. Fortunatov d'une manière indépendante (mais non publiée par ce savant). M. Uhlenbeck. K. Z., XXXIX, o99 et suiv., constate que la loi slave et la loi indo-iranienne n'ont pas la même extension ; le slave oppose praxu ci pnislî « poussière » : Tindo-iranien aurait s dans les deux cas; *s devient s après indo-iran. / représen- tant i.-e. *9, ce qui est un traitement propre à lindo-iranien, etc. ; mais c'est qu'il s'agit de phénomènes réalisés indépen- damment, à date indo-européenne, par des parlers qui devaient dcNcnir les mis 1 indo-iranit'ii et k's autres le skive : 1 identité LA SIFFLANTE S sr, des formules n'est pas nécessaire en pareil cas, et de même pour tous les faits considérés ici. M. Uhlenbeck observe des x slaves après e, o, a ; mais ils sont tous suspects d'être analo- giques : Vi lînal de v. si. beresl suffit à exclure l'identification totale avec skr. bhârasi « tu portes » (cf. M. S. I., XI\ , p. 412 etsuiv.). Enfin il y a des cas où i.-e. *rs donnerait si. r^; mais ce traitement serait inconciliable avec des exemples cer- tains où *rs donne si. r.v, et les cas de r^ doivent s'expliquer par des contaminations, ainsi dans drirji « hardi » en face de gr. Opasjç. skr. dhrsiji'ih, comme on l'a supposé depuis long^- temp's; en aucun cas, il n'est admissible que *;-5 donne si. V:(; car les anciennes sourdes se maintiennent en slave avec une fixité absolue, et l'on ne connaît aucune sonorisation pareille en slave commun. — Même si l'on tient pour admissible le passage slave de s k i en certaines conditions, il n'y aurait pas lieu de renoncer pour cela au rapport entre indo-iran. s et si. A- comme le montre M. Pedersen, K. Z-, XL, 479. Etant donné qu'il s'agit d'un fait dialectal indo-européen, l'innova- tion indo-iranienne et l'innovation slave sont donc parallèles (cf. Brugmann, Grundr. F, §818. Anm. 2, p. 727 et suiv.). Le lituanien a aussi s après /, u, i\k: mais il présente égale- lement s dans les mêmes conditions, et l'on n'a pas réussi à déterminer avec rigueur suivant quelle loi se répartissent s et s, pourquoi par exemple on a lit. bJitsà = v. si. Niixn. mais lit. vet lissas =^ y. s\. vetrixil. L'Encheiridion vieux prussien a quelques exemples isolés de -rsch-k côté de -rs-. notamment pirschdaii à côté de pirsdaii, et pogirschnan à côté de pogirsnan (v. Berneker, Die preiiss. Spr., p.'' un et suiv.). On citera aussi iischts « sixième », cf. skr. sasthàh (le degré zéro de l'élément présuffixal du mot vieux prussien est correct au point de vue indo-européen). Pour l'arménien, il est malaisé de trouver un témoignage valable. Les exemples tharsiWi et garsim ont été repoussés par M. Pedersen, K.Z., XXXIX,4I3; et en etïet V^ donne arm. r dans des cas sûrs comme or = v. h. a. ars, gr. :??;;, et tharani « sec », synonyme de tharsam. Mais il semble bien que le repré- 86 DIALECTES INDO-EUROPÉENS sentante? dei.-e. *^5 ait passé par une prononciation chuintante; autrement on ne s'expliquerait pas arm. ves-tasan « seize », en face de veç « six », cf. gr. 'fii\ quand le s de vestasan s'est fixé, la prononciation devait être quelque chose comme *c (le ç historiquement attesté dans une série de mots résulte, en revanche, d'altérations postérieures); de même le correspon- dant ar'] « ours » de skr. i'ksah, gr. ôip/.xo:, etc., a transformé en sonore y le *c ancien répondant à skr. ks et gr. ■/.-, avant avant que ce c ait perdu sa prononciation chuintante, d'où ar) en face de veç « six >» ; on ne saurait dire que y réponde ici à *-ksy-, car il n'y a nulle part trace d'un *y dans le nom de l'ours (lat, iirsiis, irl. art, etc.). et rien ne prouve que*-ksy- ait donné y ; car le rapprochement de arm. a) « droit » avec gr. à^ioç ne vaut pas celui avec skr. sàdhûh proposé depuis par M. Lidén, Arm. Stud.. 7o et suiv. Il y a ainsi trace de s en arménien au moins après gutturale. Le passage de j à i en certaines conditions est donc cons- tant en indo-iranien; en slave, il subit une grave limitation (qui résulte peut-être d'un retour de .j à j^ au moment où s est devenu x) ; en baltique, il est seulement partiel; en armé- nien, il n'y en a que des traces douteuses ou contestées pour la plupart Sur l'albanais, il est malaisé de se prononcer parce que le traitement de s y est très compliqué. Quant aux autres langues, on n'y rencontre pas de s représenté par une ancienne chuintante qui puisse être de date indo-européenne. La ligne du traitement s j s coïncide donc en gros a^'ec celle du traite- ment des gutturales ; et ceci est important ; car, dans les deux cas, il y a innovation parallèle des dialectes orientaux. Le passage de s à /;, qui est un simple phénomène d ouver- ture de la consonne, s'est réalisé dans le domaine celtique d'une manière tout à fait indépendante. L'^- initial se maintient géné- ralement en gaulois et en irlandais; toutefois, dans les mots inaccentués et accessoires, s est devenu en irlandais h, (jui est tombé ; de là, le contraste de v. irl. saniail « resstMublance » et de ainail iamal) « comme » ; dans les dialectes brittoniques. le passage de s initial à /; est constant devant voyelle. LA vSlFFLANTE S 87 Dans trois lang-ues indo-européennes, dont le j^roupement est significatif, à savoir en grec, en arménien et en iranien, le passage de s k h a. lieu, non comme en brittonique à date rela- tivement récente, mais antérieurement aux plus anciens textes l^^t, dans les trois, la formule est exactement la même : passent à /; les *s placés devant voyelle à l'initiale et entre voyelles à l'intérieur du mot, et déplus une partie des *s devant et après sonantes ; *s subsiste avant et après une occlusive. En ce qui concerne l'iranien, le passage de *s à h est antérieur aux ins- criptions achéménides, aux gathâs et aux premières transcri- ptions de noms iraniens en grec (témoin 'Ivo6ç). En arménien, le passage de*j-à h n'est pas seulement antérieur aux plus anciens textes, ce qui n'est pas beaucoup dire ; mais, à l'époque de ces textes, b issu de s est déjà tombé entre voyelles à l'intérieur du mot sans exception, et à l'initiale dans la plupart des cas : eiutbii « sept ^^,oiJin « quelqu'un » (cf. goi. sama« même», siiins « qvielqu'un »), aiii « année »; et là où l'on a /j, comme dans hiii « ancien », on peut se demander si ce b est plus étymologique que celui de bu m « cru », cf. ('<)\j.iç, skr. âiiiâb irl. OUI ; de ban << grand' mère », cf. lat. anus, v. h. a. -anna, gr. àw'^ç ; de Jmw « grand-père », cf. lat. aiios, v. pruss. aivis; de bau' « oiseau », cf. lat. aitis; de basanel « arriver », cf. skr. açnôti\ etc.; le/; issu de *p initial se maintient encore à peu près constamment au contraire : bcru, het (maisofw), biir^ hayr, etc. En grec, le passage de ^ à /; est aussi de beaucoup anté- rieur à l'époque historique ; /; intervocalique n'a laissé de traces dans aucun dialecte ; b initial (esprit rude) se maintient dans une partie des parlers, mais a disparu d'un grand nombre d'autres dès avant l'époque des premiers textes épigraphiques et littéraires (v. Thumb, Spiritus asper,pas.uiii). La concordance de ce passage de *s à /;, dans trois langues voisines, et en des conditions pareilles, semble indiquer un fait dialectal de date indo-européenne. Mais c'est un fait indo-européen relativement récent. On a deux indices de ce caractère pou ancien du phénomène. I" Le passage de j^ intervocalique à /.) en iranien est posté- 8S DIALECTES INDO-EUROPÉENS rieur au chang-ement de *s en s après / et // ; car on a iran. isa, usa, et non iha, nha. On voit par là que le changement, s'il est de date indo-européenne, a eu lieu de manière autonome dans chaque parler, comme tous les autres changements con- sidérés ; ce point ne doit jamais être perdu de vue. 2" L'assimilation de *j^ initial à une ancienne prépalatale a eu lieu avant le passage de *'s initial à h devant w en arménien, comme le montre arm. skesiir « mère du mari », cf. gr. Vsv.upa, zd xvasitra- (lit. s:;ès:iiiras, skr. çvàçiirah, ont subi la même assimilation que l'arménien). L'assimilation n'a pas eu lieu en iranien, ainsi que l'indique zdxvasura. CHAPITRE XIII LES MT'TATIONS CONSONANTIQUES DU GERMANIQUE ET DE L'ARMÉNIEN Le germanique et rarménien présentent des mutations con- sonantiques de tout point semblables. Cette symétrie des deux langues, signalée pour la première fois, M. S. L., VII, 161 et suiv. (cf. depuis A. Meillet, Esquisse d'une gramm. conip. de Farm, class., 7 et suiv.) est encore mise en doute par Htibsch- mann,^;w. Gramm.. L iOT et suiv., mais elle a été entière- ment confirmée par l'étude détaillée de M. Pedersen, K. Z., XXXIX, 334 et suiv. et par les nouveaux rapprochements de M. Lidén, Arm. Stiid. (Goteborg, 1906^. Elle sera tenue ici pour acquise. Sur les anciennes sonores aspirées, on ne peut presque rien dire. Pour le germanique, on enseigne d'ordinaire, à la suite de M. H. Paul, quei.-e. V^, *db, *bb y seraient représentés par des spirantes sonores -;, d, o ; mais les preuves sur lesquelles repose cette doctrine n'ont rien de décisif. On s'appuie sur le fait, qui semble en effet certain, que entre voyelles, le ger- manique commun avait -;, â, h : mais les consonnes intervo- caliques tendent en général à s'ouvrir, et la prononciation spi- rante des sonores intervocaliques trouve en iranien, en armé- nien et en irlandais des pendants exacts ; c'est du reste un des traits les plus curieux du parallélisme de développement (autonome) de chacun des dialectes occidentaux (autres que le grec que ■« l'ouverture >• des consonnes intervocaliques), 90 DIAI.ECTRS INDO-EIROPÉRNS ouverture dont la prononciation spirante des sonores jj^erma- niques entre vo^'elles n'est (|u'un cas particulier; ces phéno- mènes d'ouverture des intervocaliques se manifestent dans des cas divers et de manières diverses en latin (et ensuite à des degrés divers dans chacune des langues romanes), en osque et en ombrien, dans les dialectes celtiques (sous des formes très différentes en brittonique d'une part, en gaélique de l'autre) et dans les dialectes germaniques (notamment sous forme de sonorisation des sourdes intervocaliques) ; au con- traire le grec et surtout le baltique et le slave conservent en g-énéral aux intervocaliques le même traitement qu'aux ini- tiales, et c'est l'une des particularités les plus originales de ces trois langues que la consvrvation des consonnes inter- vocaliques; il n'y a donc rien à conclure, pour le cas de l'ini- tiale, du traitement spirant intérieur des sonores représentant en germanique les sonores aspirées indo-européennes. — On s'appuie d'autre jiart sur ce que certains dialectes germaniques occidentaux, notamment le vieil anglais, ont, même à l'initiale, un g spirant : mais a est, d'une manière générale, sujet à devenir spirant en des cas où les autres occlusives sonores demeurent, ainsi en tchèque et en petit russe, ou en arabe. 11 n'y a donc pas de raison de croire que */?/;, *db, *gb sont représentés par des spirantes en germanique commun ; là où Ton rencontre des spirantes, des faits connus de phonétique générale permettent de les expliquer aisément en partant de b, d, g germaniques communs. — Les consonnes arméniennes qu'on transcrit par A, d, g, y, / sont des sonores ; elles possé- daient sans doute quelques particularités de l'émission glottale qu'il n'est pas facile de définir (cf. Pedersen, K. Z., XXXIX, p. 336 et suiv.). Le /; intervocalique est devenu la spirante qui est notée v ou w suivant la voyelle qui précède. Si on laisse de côté les sonores aspirées qui n'olîrent pas d'intérêt spécial, et les sourdes aspirées dont il a déjà été question, on voit que l'arménien et le germanique s'accordent à présenter deux innovations : 1° Les anciennes sonores simples */;, *d, *g sont représentées LKS MUTATIONS CONSON ANTIQUES 91 par des sourdes, soit ^ot. p, t, k, q : arm. p, t, c, h. Ces sourdes arméniennes devaient être des douces, et non des fortes, à en juger par les dialectes modernes, dont les uns ont des sourdes douces (type « oriental ») et les autres des sonoi^es (type « occidental »). 2*^ Les anciennes sourdes simples sont représentées en arménien par des sourdes aspirées douces : //;, hh\ le *ph doux a déjà passé à /.)à l'initiale, àîy, v entre voyelles; la prépalatale */', donne s. — Le germanique commun n'a plus les sourdes aspi- rées douces que l'arménien a encore en partie, mais déjà les spirantes sourdes qui en sont issues : .v (d'où got. /;), ^, /; la différence est la même, on le voit, qu'entre gr. cp, 6, ^ et lat. /, h (qui répondent à skr. /?/;, dh, gh, h) ; en position intervocalique, les spirantes sont devenues sonores ; la sono- risation est empêchée après la voyelle de la syllabe initiale quand celle-ci porte le ton (loi de Verner, qui n'est prouvée que pour ce cas tout particulier du commencement du mot) ; après les autres voyelles, les conditions de la sonorisation ne sont pas définies dans la plupart des dialectes; en gotique, il n'y a pas sonorisation quand une sonore ouvre la s^^llabe pré- cédente (loi de Wrede-Thurneysen). Le principe du fait arménien et du fait germanique est le même : seulement pour le germanique, on ne trouve attestée qu'une phase relativement avancée du développement dont l'arménien présente encore presque le début. Le changement essentiel des sourdes et des sonores se laisse ramener à une for- mule unique : les vibrations glottales sont retardées par rap- port à l'explosion de l'occlusive (cf. /. F., X, p. (VA et suiv.). Dès lors, les sourdes qui, au témoignage de toutes les langues indo- européennes autres cpie le germanique et l'arménien, étaient fortes et non aspirées, deviennent des aspirées : les vibrations glottales, au lieu de commencer aussitôt après l'explosion, sans aucun intervalle, comme il arrive aujourd'hui dans la plup;irt des langues romanes et slaves par exemple, ne com- mencent que plus tard, et un souflle sourd s'insère entre l'explosion et le commencement de la voyelle : */ devient th et 92 DIAfJXTRS INDO-EUROPÉENS *k derientkh, ce qui est l'état de l'arménien ancien; ces aspi- rées sont des douces articulées sans intensité, à peu près comme des sonores ; par suite elles sont sujettes à devenir sonores en de certaines conditions (après n et r en arménien, ou aussi dans des mots accessoires comme le démonstratif arm. dû « iste » et le pronom arm. du « toi ») ou spirantes, ce qui a eu lieu en germanique. Quant aux sonores indo- européennes, les vibrations ^lottales commençaient sans doute au moment même de l'implosion, ce qui est l'état présenté aujourd'hui par la plupart des langues romanes et slaves ; retardées en g-ermanique et en arménien, elles n'ont plus commencé qu'au moment de l'explosion ; les sonores deve- naient ainsi des sourdes douces, état représenté par l'armé- nien ; ces douces sont devenues des fortes par la suite en ger- manique (sur le principe physiologique des développements supposés ici, V. /. F., A7i~., XV, p. 216 et suiv.), La concordance des faits arméniens et germaniques est complète, et il est très tentant d'en reporter le point de départ à une innovation dialectale de date indo-européenne, les pre- mières objections qui se présentent tout dabord se laissant lever à la rigueur. — 1° L'arménien et le germanique sont parlés en des régions assez éloignées, au moment où l'un et l'autre apparaissent dans l'histoire ; mais l'arménien a sûre- ment été transporté loin de son centre d'origine et a pris la place d'une langue antérieure tout autre, dont on possède des inscriptions en caractères cunéiformes, les inscriptions van- niques ; et un témoignage historique, que les faits linguis- tiques ne confirment pas entièrement, mais n'infirment pas non plus, fait descendre les Arméniens des Phrygiens, et ceux-ci des Thraces (v. Kretschmer, Eirikiîiing,]i. 2U8etsuiv., et Hirt, Die hidogeiinanen, p. 600). (Toutefois, les restes du phrygien et du Ihrace que Ton possède n'ont rien qui indique même un commencement de mutation consonantique). — 2" Certains mots enqjruntés ii des langues voisines ont sul)i la mutation consonanticjue; ainsi le nom de peuple gaulois Vol- cae est représentt- par v. h. a. JFnInh, v. angl. JVealh \ le mot LtS MUTATIONS CO.N SUN ANTIQUES 93 achéménide *paridai:;^a-'( jardin » [zd pair idaê:(a-,gT. 7:apââc'.aoç) a fourni arm. partè:;^ (avec t et non d) ; mais on conçoit que, à un moment donné, *kh ait été le phonème germanique préhisto- rique qui rendait de la manière la moins inexacte un k g-aulois; de là est sorti le .v germanique, d'où /; ; on conçoit de même que la douce sourde / ait été le phonème arménien qui rendait le moins mal l'occlusive sonore iranienne d en certains cas. Ces emprunts n'établissent donc pas que le commencement des mutations consonantiques de l'arménien et du germanique ne soit pas de date indo-européenne. — L'alphabet runique, dont la constitution est très ancienne, atteste déjà un achève- ment total du premier stade de la mutation ' v. Hempl. hvini. genn. phiL, IV, p. 70 et suiv.). Toutefois, il n'y a pas de raison décisive qui oblige à repor- ter les deux mutations à un fait dialectal indo-européen. Tout d'abord, il ne s'agit que de deux langues, et par suite la force probante de la concordance est le plus faible possible. En second lieu, les mutations consonantiques ne sont pas des faits rares ou particuliers aux deux langues en question ; les dia- lectes bantous en offrent de tout pareils; l'araméen repré- sente par des aspirées (devenues spirantes entre voyelles) les sourdes sémitiques non emphatiques. Et surtout, les deux mutations, celle du germanique comme celle de l'arménien, n apparaissent pas comme des restes de transformations phonétiques très anciennes, dont les effets subsistent, mais dont l'action a cessé, ce qui est le cas de tous les faits pho- nétiques étudiés dans les chapitres précédents. Les tendances dont les lois de mutation consonantique arméniennes et ger- maniques sont 1 expression ont commencé d'agir avant l'époque historique, mais elles sont encore en pleine action à cette époque même et persistent en partie jusqu'à présent. Une seconde mutation a eu lieu en effet en haut allemand. Et la pro- nonciation aspirée (ou aifriquée) des sourdes p, t, k, la pronon- ciation en partie sourde des sonores b, d, g en anglais et en danois constituent aussi en réalité une seconde mutation, qui pour être moins évidente {|ue celle ihi haut allemand, n'en 94 DIALECTES INDO-EUROPÉENS est pas moins réelle. En allemand même, la prononciation aspirée des sourdes, et la prononciation assourdie des sonores que décrit très bien M. Rousselot, Principes de phonétique experi- mentale, p. 497 et suiv^, constituent une troisième mutation consonantique. Certains dialectes arméniens offrent de même une seconde mutation consonantique, dont les expériences de M. Adjarian, consignées dans la Pa;o/f, 1899, p. 119-127, et analysées dans les Principes àe M. Rousselot, p. 502 et suiv., donnent une idée. La persistance de la tendance à la mutation jusqu'à l'époque présente n'indique pas une date très ancienne pour le phénomène. 11 y a donc de g^randes chances pour que la mutation ait eu lieu de manière indépendante en arménien et en germanique. M. llirt [Die Indogernianen, p. 616) a supposé que la mutation consonantique est une conséquence immédiate du développe- ment d'un accent d'intensité ; mais des langues qui ont un fort accent d'intensité comme l'irlandais ou le russe moderne n'ont pas de mutations pareilles ; et le passage de p, t, k k ph, th, ^/; n'est qu'une des parties de la mutation. Les faits tos- cans relevés par M. Josselyn dans son travail sur la phoné- tique italienne (paru dans la Parole, et séparément comme thèse de l'Université de Paris) montrent comment peut se produire un phénomène de ce genre : M. Josselyn a observé k Sienne une prononciation aspirée des sourdes (prononciation qui explique la forme spirante prise par les sourdes intervocaliques en tos- can) et une prononciation assourdie (à la manière allemande) des sonores; or le toscan est du latin parlé par des descen- dants d'hommes dont la langue était l'étrusque, et l'on sait que l'étrusque n'avait pas d'occlusives sonores. M. Schuchardt {Slaioodeiitsches und Slmuoitalienisches [1885], p. 12 et suiv.) a déjà indiqué l'hypothèse que certaines particularités de la prononciation des consonnes en toscan résulteraient du main- tien de prononciations étrusques. Au moment où les dialectes indo-européens qui sont devenus l'arménien et le germanique ont été assimilés par des populations (pii aspiraient les sourdes et n'avaient pas de vraies sonores, la mutation a pu commen- LES MUTATIONS CONSONAXTIQUES 95 cer, et la tendance a persisté dès lors, produisant pendant un temps illimité, et aujourd'hui encore, des effets nouveaux. Si, comme le croit M. Hirt, les Germains occupent en partie le domaine qui était le domaine indo-européen commun, il n'en résulte pas qu'ils aient occupé la région sans interruption, ni qu'ils n aient pas subi d'invasion étrangère tout en préservant leur langue, ni qu'ils n'aient pas absorbé des populations voi- sines qu'ils auraient soumises. Les faits sont inconnus, mais il ne manque pas de possibilités qui rendent légitime l'hypo- thèse présentée ici de l'influence d'un substrat étranger. Dans ses Grondbeginselen der psychohgische Taalwetenschap, II, p. 240 et suiv. •, le P. Jac. van Ginneken a exposé en détail une hypothèse analogue pour le germanique ; mais il a eu le tort d'attribuer k une influence celtique le point de départ de la mutation consonantique. Sans rechercher si le celtique a pu exercer sur le germanique une influence aussi profonde — quelques emprunts de vocabulaire en (partie contestables en l'espèce) ne prouvent jamais une forte influence linguistique — , il suffit en effet de constater que le celticpie lui-même n'a aucune trace de mutation : il présente une ouverture des consonnes intervocaliques, comme ^I. Pedersen l'a montré ; mais cette ouverture, qui a evi lieu séparément dans chacun des dialectes celtiques, n'a rien de commun avec la mutation consonantique, dont le principe est tout entier dans un retard des vibrations glottales par rapport à l'explosion des occlu- sives ; d'autres phénomènes sont consécutifs à ce premier changement et en résultent directement ou indirectement ; de là proviennent quelques coïncidences partielles, tout acciden- telles, avec des faits irlandais; mais toutes les complications ultérieures ne doivent pas faire perdre de vue le fait initial. M. Bréal a aussi supposé que la mutation consonantique du germanique est due à une influence étrangère, mais sans pou- I. \'oir maiiitcnanl réclilion française de co romarcjuable ouvrago, l'iim-ijirs 'If lingiiislit/iie psyfholo(ji(jue, p. W)[y cl suiv. Note de cor- ii'clioii . 96 DIAI.IXTES INDO-EUROPÉENS voir déterminer cette inlluence qui demeure énigmatique (v. Revue de Paris, XIV, 6 [année 1907], p. 59 etsuiv.). Il convient donc sans doute de séparer les faits arméniens des faits germaniques : les possibilités phonétiques sont en nombre très limité, et la réalisation d'une même possibilité dans deux langues indo-européennes ne suffit pas à autoriser l'hypothèse d un rapprochement dialectal àlintérieurde 1 indo- européen. L'arménien et le germanique appartiennent du reste à des groupes assez différents et ne présentent aucune autre particu- larité qui ne serait propre qu'à ces deux langues. Il y a entre les deux des ressemblances de structure assez frappantes, mais qui tiennent à des développements indépendants. Ainsi le germanique et l'arménien s'accordent à former leur parti- cipe passé et leur infinitif au moyen d'un même suffixe ; mais ce suffixe est *-iio- en germanique (got. haiiraiis et hairan)^ *-lo- en arménien (arm. hcreaJ et herel). L'infinitif est unique et tiré du thème du présent, ce qui s'explique facilement en germa- nique : seul le thème du présent a conservé son participe actif, tandis que le thème du prétérit n'en a aucun ; la même explication doit s'appliquer à larménien, bien que à date his- torique le participe présent actif se trouve n'y èlre pas plus attesté que le participe prétérit actif. De pareils parallélismes de développement n'établissent pas une parenté dialectale. CHAPITRE XIV L'AUGMENT L'aug-ment n'est attesté que dans trois langues : indo-ira- nien, arménien, grec ; il manque entièrement partout ailleurs. L'absence daugment dans la plus grande partie du domaine indo-européen ne saurait surprendre ; car, même dans les langues où il existe, les plus anciens textes en révèlent un emploi facultatif. S'il est de rig-ueur dans les inscriptions achéménides, il fait défaut presque constamment dans l'A- vesta ; dans les anciens textes védiques il manque souvent ; et , aussi longtemps que les formes à aug"ment ont persisté en pâli et dans les prâkrits, ce caractère facultatif se maintient. En g'rec ancien, l'augment est de rigueur dans tous les dialectes ; seule, la langue homérique a encore la faculté de n'en pas user, conservant par archaïsme littéraire, ici comme ailleurs, des habitudes abolies dans la langue parlée. En védique et dans les prâkrits, comme chez Homère, c'est surtout l'étendue du mot qui tend à régler la présence et l'absence de l'augment, comme l'a montré M. Wackernagel , Worlum faille iiiid Wortfonn, Nachrichkn de l'Académie de Goet- lingue, I !)()(). Ce qui n'est qu'une tendance dans ces vieux textes est, en ancien arménien, une règ'le absolue : reçoivent l'augment les formes verijales commençant par une consonne qui, sans cette addition, seraient monosyllabiques : cher « il a porté — = gr. Ëçîsps », skr. âhharaL en face de /'<■// x j'ai porté »; i'iii « j ai donné » en face de luakh « nt)us a\ons donné '■: et. comme le monosyllabisme dune forme telK' cpie arni. */>(■/ ou Dinlerles inflo-europpcns ' 98 DIALECTES INDO-EL'KOPÉEN« ac « il a conduit » est dû à une chute de voyelle finale pro- prement arménienne, cette règle atteste indirectement le caractère facultatif de l'augment en arménien préhistorique, c'est-à-dire un état pareil à celui que présentent en fait le védique et le grec homérique. L'augment n'est pas un élément essentiel et constitutif de la forme ver]:»ale: on l'a prouvé depuis longtemps en invoquant le fait hellénique suivant : de même qu il ne peut reculer au- delà du préverbe qui précède immédiatement le verbe, le ton ne peut reculer en grec au delà de l'augment ; on a T:ap-£-(7ysv comme ff'j;j.--pi-£ç.L'augment est donc traité comme un préverbe, c'est-à-dire comme un mot qui, en indo-européen, était rigou- reusement autonome. — Et, en effet, si l'augment faisait partie de la forme verbale, il serait un préfixe; or, il n'y a aucun autre préfixe en indo-européen, et l'augment serait Tunique exemple de préfixation dans le système grammatical indo-européen tout entier. Dans les trois langues où il figure, l'augment a très long- temps persisté. Le grec moderne en fait encore usage réguliè- rement, malgré les chutes fréquentes de voyelles initiales qui caractérisent éminemment cette langue. Tout altéré qu'il soit à la date relativement liasse où il est attesté, l'arménien l'em- ploie d'une manière constante dans les conditions indiquées, et, s'il ne le possède plus au moyen âge et à l'époque moderne, c'est qu'il a progressivement éliminé les formes où figurait l'augment et a obtenu le poly.syllabisme de toutes les personnes de l'aoriste par d'autres procédés. Dans l'Inde, l'augment a duré autant que les formes d'imparfaits et d'aoristes où il était en usage : le pâli et les prâkrits le possèdent encore. En iranien, la substitution des foi-mes participiales aux formes persoimelles a entraîné naturellement la perte de l'augment déjà en pehlvi ; mais, dans un dialecte éloigné où l'aoriste s'est maintenu par exception . k' Vaghnobi. l'augment s'est maintenu aussi jus({u'à présent (Geiger, Gniiidr. d. iraii. Phil., I, 2, p. 3i0 et suiv.). En dépit de son caractère ancienne- ment facultatif et accessoire, l'augment est donc un lUiMuenl L"Al(iMi:NT 99 stable dans les trois groupes de langues indo-européennes qui le possèdent. 11 est dès lors très significatif cpie laugment ne se rencontre absolument pas dans toutes les autres langues indo-euro- péennes. Puisque l'augment n'est jamais un élément essentiel et nécessaire de la forme verbale — ou du moins nest devenu nécessaire qu'au cours du développement du sanskrit, du vievix perse, du grec, de l'arménien — il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il manque tout à fait sur un vaste domaine continu. Et cette absence de l'augment n'est pas due à une chute relativement récente. Car, d'une part, même dans des condi- tions où, à en juger par l'indo-iranien, le grec et l'arménien, on s'attendrait à trouver trace de l'augment, il n'en subsiste rien dans les langues en question, pas même dans des formes isolées. Et d'autre part, l'absence d'augment a déterminé ou contribué à déterminer le développement pris par les formes verbales. L'absence totale d'augment dès les plus anciens textes et dans tous les dialectes de l'italique, du celtique, du germa- nique, du baltique et du slave est caractéristique. L'italique est connu à une date un peu moins ancienne que l'indo-ira- nien et le grec, mais aussi avant l'époque chrétienne ; et il l'est par plusieurs dialectes bien distincts ; or, dès l'inscrip- tion de Duenos, on trouve un prétérit latin sans augmeni feced , et ni le latin, ni l'osque, ni l'ombrien n'ont un seul reste d'aug- ment. Les autres langues sont connues plus tard, mais les unes, comme le gotique, le norroisrunique, l'irlandais, à peu près à la même date que l'arménien, d'autres, comme le vieux prussien, le lituanien, les dialectes slaves, sous des formes très archaïques: et pour toutes, on possède des dialectes divers eu [)lus ou moins grand nombre ; nulle part, il n'y a trace d'augment. On a parfois cherché un augment dans got. iddjû « je suis allé » ; mais maintenant on a presque universel- lement renoncé h le faire (cf. Trautmann. Geniuviische Laiiigesel:^c, p. t8). 11 sullit d'opposer ce manque constant d'augment dès 100 D[ALECTIvS INDO-EUROPEENS la date la plus ancienne et dans tous les dialectes de ces lang-ues à la longue persistance de l'augment en grec, en indo-iranien et en arménien pour conclure à l'absence initiale de ce procédé morphologique sur tout le domaine considéré. Et c'est ce que confirme l'examen des formes du prétérit dans ces mêmes langues. Les désinences secondaires ne suf- fisent pas à opposer clairement l'imparfait au présent ; des formes comme hom. 9Épo[j.cv. oipt-t sont même entièrement ambiguës à cet égard. Le système de l'imparfait et du pré- sent, skr. àhharam à côté de bhâràmi, gr. è'çspcv à côté de oz, comme AcAoi-é- vat, \z.hoiT.Mz). Aussi le parfait n'est-il conservé qu'en grec et en indo-iranien à l'état de formation autonome, c'est-à-dire seulement dans les deux langues connues à la date la plus ancienne et .sous la forme la plus archaïque. Cette circons- tance compli([ue l'étude delà situation dialectale; néanmoins, si l'on examine l'ensemble des langues indo-euro j)éennes, il apparaît des concordances qui semblent indiquer des distinc- tions de dialectes à ce point de vue. l^]n grec; et en indo-iranien, le parfait se maintient d'abord LE PARFAIT 103 tel quel, sans altération essentielle. En grec, il s'est même 1 irg-ement développé ; tous les verbes, y compris les dénomi- natifs, ont reçu un parfait du type ■zz-:t[j.r,y.x (création purement grecque). Puis la forme a été éliminée : les dialectes modernes indiens, iraniens et helléniques n'en ont rien gardé, ou à peu près rien. L'arménien est connu à date trop basse pour que le parfait y soit conservé ; mais il coïncide avec les dialectes indo-iraniens et helléniques de basse époque en ceci que l'éli- mination a été totale, et que le parfait n'y subsiste pas même à l'état de traces isolées, ou de restes dans d'autres formes. Au contraire, dans les autres langues, dès le début de la tradition, le parfait n'existe plus à l'état de forme autonome ; mais ses débris ont contribué, dans une mesure plus ou moins large, à la formation du prétérit. Les langues où le parfait s'est ainsi fondu avec l'aoriste pour fournir un prétérit sont, on le voit, les mêmes que celles où laug-ment fait défaut dès le début : l'augment disting-uait profondément du parfait les diverses formes de prétérit et rendait toute confusion impossible ; car, sauf dans son prété- rit (dit plus-que-parfait), qui est d'emploi assez rare, le par- fait ignore l'augment. La distinction entre l'indo-iranien, l'arménien, le grec, d'une part, et les autres langues, de l'autre, est donc en partie une conséquence du fait dialectal examiné au chapitre précédent. Mais il y a sans doute une autre cause. En grec et en indo- iranien, remploi du redoublement au parfait est à peu près constant. En grec, le redoublement a même été étendu à tous les verbes dérivés, si bien qu'il n'a plus le caractère qu'il avait en indo-européen d'une réduplication partielle de la racine, mais qu'il est devenu simplement la répétition de la consonne initiale du verbe suivie d'une voyelle t : -so, etc. ; mais en règle générale, le gotique (presque le seul dialecte germanique où les formes à redoublement aient d'ordinaire gardé leur clarté) n"a de redoublement que là où le prétérit n'est pas caractérisé par un vocalisme a (ancien o) particulier : s1aitta,*staistauî \ balda, haihaJd \ etc.; seuls font exception quelques verbes à voca- lisme è^ comme saia, saiso ; tiéa^ taiiok ; mais slepa, sai:(lep est conforme au principe général. On voit mal pourquoi le ger- manique, où le vocalisme du parfait est si bien conservé, aurait éliminé le redoublement, s'il n'avait eu des modèles anciens sans redoublement, — On pourrait alléguer que le prétérit germanique résulte d'une combinaison de parfaits et d'aoristes radicaux : got. budiin peut être une 3*" personne plur. d'aoriste radical athématique, et v. h. a. Hivi est sûre- ment une 2*' personne sing. d'aoriste radical thématique. Mais il y a une catégorie qui, par son sens, exclut tout mélange d'aoristes et qui a en efTet à la 2'' personne du singu- lier la désinence -t de parfait en germanique occidental, et non la forme d'aoriste du type v. h. a. lizci qui a été géné- ralisée au prétérit dans un groupe germanique ; ce sont les pré- térito-présents. Or, les prétérito-présents, qui sont de purs parfaits pour la forme et pour le sens, n'ont jamais de redou- blement ; got. })ian, v. angl. niau (2" pers. manst), en regard de gr. ;x£;j,;va; got. fa;-/, v. h. a. darf {2" pers. darft): etc. Ceci indique clairement que le germanique repose sur un dialecte où, dès l'époque indo-européenne, le redoublement manquait ou pouvait manquer. I.e latin emploie le redoublement du parfait dans la même mesure et de la même manière que le gotique : il y a redou- blement là où le vocalisme du perfectum est le même que celui de l'infectum : cacdï, cecldî \ tango, tetigi; cauô, cecinl\ tundô, tiitud'i\ iiiordcô, nioiiiordl; etc. Les formes telles que memini ont un vocalisme ambigu. Mais, quand le perfectum est caractérisé parle vocalisme, il n'y a pas de redoublement : lim/iiô, Uqitl'. 106 DIALECTES INDO-ErnOPÉENS nincô, ulci\ fiiglô, fûgJ; frMigô, frègt; eiiiO, êml\ etc; rien ne per- met du reste de déterminer si ces formes reposent sur d'an- ciens parfaits ou sur d anciens aoristes. Les coïncidences entre le latin et le germanique relevées par M. Hirt, /. F., XVII, 270, résultent donc de l'application d'un principe géné- ral, et ne prouvent rien individuellement ; mais la coïncidence de principe est plus importante que ne le serait telle ou telle coïncidence de détail; et, dans son AbJaut, p. 190, M. Hirt a eu grandement raison d'attirer l'attention sur l'importance des formes de parfait sans redoublement dans les dialectes occi- dentaux. L'irlandais emploie le redoublement dans les mêmes cas que le latin et le g-otique (voir les listes de verbes forts, Vendryes, Gr. diiv. irJ., § 400, p. 210 et suiv.) : caniiii, cechain] goniiii; gegon ; rladiin, ccchladatar (3'' plur.") ; iiiaidiiii, -memaid ; iiascim, -neiiasc ; tongu, -tetag ; litilim, tctol, mais aussi dans quelques autres où le vocalisme du parfait se maintenait : rigiiii reraig] dingini, -dedach; greiiiiiiii. gcgraÏHu; shiniiii, sefainn\ cf. à ce point de vue le type got. taitok. Toutefois, là où le voca- lisme est () (devenu à en irlandais), c'est-à-dire là où il est hautement caractéristique, le vocalisme doit être celui de la 3*^ pers. sing. véd. jajàna, par opposition à \^''' i^ers. jajàna, mais il n'y a pas de redoublement : giiidiin, ro gàid\ techim, ro tàich ; scuchim, ro scàich . Le germanique n'a de formes de ce genre que dans la mesure où le présent a le vocalisme a (issu de *o), V. h. a. faru, fiior ; got. graha,grof; etc.; mais il en a peut- être eu un grand nombre; en effet il conserve le redoublement dans des cas où le singulier du prétérit est caractérisé par le timbre, mais ne pouvait en aucune manière l'être par la quan- tité, comme got. teJca, faifok; on peut soupçonner que le ger- manique a d'abord opposé I''' pers. bar, 3'" pers. *bôr, comme véd. jabhàra : jabhara ; puis, d'après le type band, luarf, il aurait généralisé bar ; on entrevoit ici un moyen (très douteux et hypothétique) d'expliquer le contraste entre bar et laitok. Quoi(pi il en soit, l'absence de redoublement qui caractérise le germanique se retrouve partiellement en irlandais. — II est LE PARFAIT 107 probable que la voyelle loncrue des types v. irl. o-^^ et got. grof n'a rien à faire avec IV' du type goi. setiiiii, lat. sêdî ; got. qemiim, lat. itêni : v. h. a. brâhhiim, lat.frègt, et des prété- rits lituaniens tels que émé, véré, etc. Ce qu'enseigne sur ces formes M. Loe'we. K. Z., XL, 289 et suiv., est évidemment erroné (sans parler di\skr.sedii)iâ, qu'on est surpris de voir citer k côté de formes à c indo-européen). Comme les prétérito- pré- sents ont le vocalisme zéro au parfait, ainsi dans got. niiinun, skiilidi, en regard du degré c des prétérits ordinaires tels que got. qemim, bermi, ces formes à è radical sont très suspectes d'être d anciens aoristes; nulle part en effet, elles n'ont valeur de parfaits proprement dits, et partout elles servent de prété- rits; le contraste de got. mitnun «• ils pensent » et de qemitn « ils sont venus » semble décisif. Et dès lors lat. uêni, -lêgî etc. doivent passer aussi pour être issus d'anciens aoristes, de même que v. irl. ro mldar. M. Loewe, K. Z., XL, 28ietsuiv., essaie de rendre compte des parfaits sans redoublement par une perte du redoublement due à l'haplologie ; l'explication est arbitraire et peu pro- bable puisque les langues occidentales ont à la fois des formes à redoublement et des formes sans redoublement, et elle est surtout inutile ; car il n'est pas établi, et l'on n'a pas le moyen d'établir que le redoublement ait jamais été universel dans le parfait indo-européen. Une seule chose est sûre ; c'est que, par contraste avec le grec et l'indo-iranien, on trouve en certains cas normalement — et non pas dune manière accidentelle — des formes sans redoublement représentant des parfaits indo-européens en slave, en baltique, en germanique, en celtique et peut-être en italique. On s'explique par là que le parfait a été moins stable dans toutes ces langues qu'il ne l'a été en indo-iranien et sur- tout en grec. — Les formes sans redoublement sont évidem- ment de date indo-européenne, comme l'a indiqué M. llirt ; il est oiseux de rechercher ici si elles n'ont jamais eu le redoublement, ou si. l'ayant eu à l'épocjue préindo-euro- péenne. eUes l'ont perdu par chute de *e. 108 DIALECTKS IXDO-EUROPÉRNS Un rapprochement du pariait et de l'aoriste radical, sur- tout athématique, — déjà facilité par l'absence de Tau^ment — a été ainsi provoqué dans ces dialectes par l'absence de redoublement au parfait, et s'est en effet réalisé. Le perfectum latin est une combinaison de parfait et d'aoriste dont le détail est bien connu : il suffît de rappeler des formes comme d'ixistU tutuih'sli. En germanique occidental, la 2*^ personne du singulier du prétérit est empruntée à l'aoriste radical, tandis que la 1''- et la S"" proviennent du parfait : v. h. a. 1'" et 3'^ /^/j, 2'' liu'i. Et dans tous les dialectes germaniques, on n'a pas le moyen de déterminer si le pluriel du prétérit représente un parfait sans augment ou un aoriste radical : got. biidun est entièrement ambigu et peut répondre soit au thème de parfait de véd. biibiidbé (moins le redoublement), soit au thème d'ao- riste de véd. biidhânâb; seules les formes du type got. qeiiiun se laissent reconnaître pour des aoristes d'une manière pro- bable. En irlandais, certains verbes ont pour prétérit un ancien parfait, d'autres un ancien aoriste ; mais un même verbe n'a en général qu'un prétérit, et, quelle qu'en soit l'ori- gine, ces prétérits sont équivalents pour le sens et l'emploi. Le germanique, le celtique et l'italique présentent donc cette innovation commune d'avoir constitué leur catégorie générale du prétérit ou du perfectum au moyen dune combinaison de formes de parfait et de formes d'aoriste tandis que le baltique et le slave ont un indicatif aoriste et un participe actif parfait. CHAPITRE XVI LE SUFFIXE DE PRÉSENT * -YE- L'indo-iranien a un suffixe de présent -ya- dont les fonctions sont très multiples, mais dont la forme est toujours la même : qu'il s'agisse de dénominatifs, comme skr. naniasyâti , de déverbatifs, comme skr. dediçyâtc (à côté de dédiste), de verbes exprimant un état, comme skr. iiiâiiyafe, ou de passifs, comme skr. chidxàte, le sufïîxe est constamment -ya-. Le suffixe correspondant est toujours -y tjo- en g-rec, quel que soit l'emploi : t£A£(oi, ;j,ap;j.aîpoi, 7yÇo), ij,a(vs[;.a'., etc. La forme du suffixe grec coïncide donc exactement avec celle du suffixe indo-iranien. On sait que le baltique et le slave présentent, en regard de ce suffixe en apparence unique, deux types distincts : celui des verbes indiquant un état qui ont pour caractéristique du pré- sent si. -/- (intoné doux), lit. -/- (bref) h toutes les personnes autres que la première, par exemple v.sl. ininitu, lit. tiûni \ V" plur. mïn'uiie), en regard de skr. mdnyatce.t de gr. ;j.atv£Ta'. ; et celui des présents généralement dérivés, dénominatifs, comme v. si. dèhja, lit. pàsakojii, déverbatifs, comme v. si. daja, lit. jùngiii, ou anciens dérivés ayant pris le caractère de présents primaires, comme v. si. //~(Z, lit. Ic^iù ', ce second type a, en slave, pour suffixe -je-, en lituanien, -ja- [c(. M. S. L. , XI, 297 et le suiv.) à toutes les personnes. La distinction des deux suffixes * -/- et * -ye/o- attestée par le slave et le baltique se retrouve sans doute en arménien. Les verbes exprimant un état et les passifs que ce type a fournis 110 DIALIXTKS I.MJQ-EIROPÉK.NS comme en indo-iranien sont caractérisés par un -/-, et les consonnes précédentes ne semblent pas subir les altérations que provoque la présence d'un ancien y. Ainsi le verbe primaire n-slim «je suis assis » (aor. ii-stay) semble avoir le même-/- que V. si. 5«///m« il est assis ». En aucun cas, les passifs tels que /^mm «je suis porté », en face deberein « je porte », n'ont trace d'une action de^'. Il y a donc lieu de croire que le suffixe était *-l-, comme en baltiqueet en slave. Au contraire, le suffixe des déno- minatifs et déverbatifs était *-ye-, avec -y- consonne ; ainsi dans goceni « je crie », de * wok'^'-ye-, cf. skr. vak g-én. vacâh, zàvàxs instr. vaca^ gr. (f'-ÔTra (ace), (f)c-i (dat.), lat. uôx, et pour le sens, v. pruss. ivackis « geschrei » (voc.) ; koh'iii «j'appelle )> (de *gwot-ye-yCÎ. got. qifau, d'après M. Lidén); aceni «je croîs » (cf. lit. ftga « pousse », d'après M. Lidén) ; canaceiii « je con- nais » (où -ce- repose sur i.-e. * -skc- élarg^ipar * -vf-, soit * -sh-ye- : cf. gr. YvoWxw, lat. (g)nôscô), etc. Le slave, le baltique et l'arménien forment donc un groupe de dialectes qui, distinguant *-/- d'une part, * -ye- (* -yo-) de l'autre, s opposent à cet égard à lindo-iranien et au grec, où * -ye- \*-yo-) est la seule forme attestée pour les deux types. En germanique et en italique, le type qui présente*-;- en slave, en baltique et en arménien n'est guère représenté à ce qu'il semble. S'il en reste trace en latin, c'est surtout dans les dérivés pourvus du suffixe secondaire *-ske-, ainsi lat. {re-)mini-scor, {com-)mini-scor, en face de v. si. iiniii-lû, lit. mïn'i\ et ces formes n'ont rien de caractéristique, car le grec a aussi des dérivés en -i-7y.oi, tels que z'j^ît/m) (à coté de z'j^r,-/.y.) par exemple; l'ira- nien même a, comme on sait, 7x1 ';ri-sa-. La forme en * -è- qui existe souvent à côté de ces présents subsiste seule d'ordi- naire ; ainsi le latin a sedère, sedeô en face de v. si. sèditû,sèdèti\ tiidêre, iiideô en face de v. si. viditi'i, vidèli ; etc. En revanche, au moins dans les cas où le suffixe suit une consonne, les présents répondant au type slave, bal- tique et arménien on * -ye- ,- yo - oui en germani(jue et en italique mie all(M liante de * -_)w- (dans Its foniu's, ou dans une partie des LK SUFFlXi: DE PRÉSENT *-ye- 111 lormes où le vocalisme prédésinentiel du type thématique est -c)-) et de * -/-, la quantité de 17 étant déterminée en partie par celle de la syllabe précédente. Les formes latine et gotique se répondent exactement, sauf à la l''' personne du pluriel, où Ton n"a pas le moyen de décider lequel des deux, du germanique ou de l'italique, représente le type ancien : ^ lat. sâgiô sâgJs sâgif sâgliinis sagJtis sa g i mit } g'ot. sokja sokeis sohcif sohjaiu sokei'f' sohjaiid l lat. capiô capis capit cap'uiiiis capitis capiiuit { got. hafja hafjis hafji^ hafjani hafjif hafja>id x\insi que l'indiquent v. h. a. hevis, bevif, v. sax. de bejis, hejîii, etc., le j de got. hafjis, hafjif provient d'une innova- tion analogique proprement gotique iv. Streitberg, Urgenii. Graiiiiii., § 206, notamment, p. 30")). L'oscoombrien tend à généraliser -7-, type ombr. heris, heri\ toutefois quelques formes syncopées, comme ombr. herter, osq. factitd garan- tissent l'existence d'une forme à -/- en osco-ombrien i v. Buck, A graiJiiii. of Ose. and Uiidu\, §216, p. 16oj. Le type qui a cons- tamment * -ye- en slave, baltique et arménien a donc -f- en italique et germanique, au moins dans toutes les formes où la règle générale du vocalisme du type thématique demande- rait e. Et il ne s'agit pas ici de verbes d'état ; c'est le lat. babère, le got. baban qui répondent à lit. //);■/, iiirêti >^ avoir » pour le sens, et lat. capiô, got. bafja répondent de même à lit. tvèria, tvérti <■ prendre ». Dans la mesure, très restreinte du reste, où le irerma- nique a des formes correspondantes à celles en * -1- du baltique, du slave et de l'arménien, le type se confond entièrement avec le type précédent, celui de got. hafja; deux exemples surs (non attestés en gotique, ce qui est à noter» sont : v. h. a. ^7^^//, sit:^is et liccit. ligis : v. sax. siftia, si fis et liggiti, ligis: v. angl. sillc, silcsl et licgc, Jigcsl : v. isl. silja cl ligja : cf. v. h. a. sè^dg, sî'disi et Ic^g, lc~isi ', seul, le gotique a les formes silttii et ligaii, cjui peuvent être aussi anciennes, cf. gr. 'kÎ'/z-x'.: (U' plus, le vieux liaut allemand a les formes de pré- 112 DlALKCTKS 1 .Mj( (-KriiOl'I'iliiNS seul hi'his ibebisl!. hchit, libit, sci^it de hah['}i, Icbêii, sagâi cf. le type lit. tiiri : liirl'ti^ ; et lu I'" personne du singulier est v. sax. hebbiii. v. angl. hacbbe, la forme commune du pluriel, v. sax. hebbiiid, v. angl. babbaâ, haebbaâ \ il subsiste donc des restes notables du présent en * -yc- '. -/-, à côté de la forme ;i *-c- qui tend à se généraliser. — En général, le germanique élimine le type correspondant au type slave en -/- ; ainsi le prétérito-présent got. ))ian, etc. tient la place du présent cor- respondant à si. niinitû ; c'est qu'en effet le prétérito-présent est parfois substitué à un type de présent non conservé en ger- manique ; cf. par exemple got. ga-ilars, etc., en face de skr. dhi'sijôti, V. si. àrfi-iiq (et traces de iiru~nav-). Les faits italiques et germaniques sont évidemment insépa- rables ; dès lors, on en doit retrouver l'équivalent en celtique ; malheureusement, l'état de dégradation phonétique et mor- phologique où sont les plus anciens dialectes celtiques dont on ait les formes grammaticales rend la détermination impos- sible dans la plupart des cas. Il y a néanmoins quelques formes décisives en vieil irlandais. Les 3®* personnes conjointes du singulier -gaib « il prend », d'une part, et -lêici k il laisse », de l'autre, reposent en effet sur des finales * -it i après syllabe brève) et * -ït après syllabe longue; et -gaib exclut * -\et qui aboutirait à v. irl. -/'. Les 2'^^ personnes du singulier d'impératif gaib« prend »et lèic « laisse » n'indiquent rien sur la quantité de -i final, puisque * -î et *-/ devaient aboutir au même résul- tat en irlandais, mais excluent * -ye ; ce sont donc des formes du même type que lat. cape (de * capi) et sâgï. Ces formes irlan- daises appartiennent à des verbes qui répondent ^au type si. -yt'-, lit. -ja- type lit. Ivèria « il j)ren(l »). On a en irlandais des présents qui répondent au type si. -i-, lit. -/- ; mais ils sont déponents, et ne présentent par suite pas de fornuîs telles que gaib qui soient instructives; les principaux sont moiniur « je pense » et gainiur v je nais » ; tout se passe comme si les deux types étaient confondus, de même qu'en germa- nicpie. Kt le latin n fîô. fis, qui appartient à ce type et se com- poi'tc cxactcMicnt comme sâgiô, sûgis. ia: suFPiXK \)i-: l' ai'; s km- *-vc- I IM Il y a ainsi concordance pai'f'aite du g-ermanique, du cel- tique et de 1 italique, et, par suite, on est en droit de poser trois groupes distincts: I" g'rec et indo-iranien, avec un seul suffixe *-VÉ?/-yc)-, servant pour les présents qui indiquent Tëtat et pour les présents dérivés ; 2° slave, baltique et armé- nien, avec un suffixe * -J- des présents indiquant l'état, et un sufiixe * -ye/'-yo- des verbes dérivés; '.V' germanique, cel- tique et italique, avec un suffixe *-yo-/-l- des dérivés; dans ce troisième groupe il y a une tendance à éliminer le type qui correspondrait au type slave, baltique et arménien en *-ï-; et, dans la faible mesure où il subsiste, ce type se confond ici, pour la forme, avec celui des présents dérivés si. -je-]. hiiilcclcs inil()-ciiri)jH'f'ns . CHAPITRE XVII DE QUELQUES SUFFIXES NOMINAUX Il y a des formations nominales qui sont bornées à certains dialectes. En voici des exemples : 1" Les noms thématiques du type gr. yi/cç = skr. jânaJp, gT. ^ipoq ^= skr. hhàrah, et les dérivés correspondants en -à- tels que f^r. ç;cpx,letLe {at-)bara, arm. itlmga-huora-iw) " parle roi » litt. « par le porteur de couronne » sont fréquents en indo- iranien, en slave, en baltique et en grec. Ils tiennent en ger- manique une place beaucoup plus petite, et manquent presque entièrement en celtique et en italique où ils ne sont repré- .sentés que par quelques mots. 2*' Le suffixe *-îero-, *-toro-. *-tro- sert dans toutes les langues indo-européennes à marquer lopposition de deux qualités. Mais deux langues seulement en ont étendu l'usage à la for- mation de comparatifs secondaires d'adjectifs quelcon(|ues, du typegr. M'^.b-tpoç=-^ skw àmâtarah. à savoir le grec et Tindo- iranien. De la fonction générale, l'irlandais a tiré indépendam- ment un autre usage, celui de Féquatif : v. irl. Uinlljîihcr « aussi rapide », de liiath. Et ce développement, par sa différence même, montre la valeur probante de la coïncidence entre le grec et lindo-iranien. — Le latin. 1 ii-landais, le gernianicjue. le lituanien, le slave emprunlenl au contraire leur compa- ratif secondaire à l'ancien type [)riniaire (skr. -yas-, etc.) ; l'ar- ménien, qui a une formation louli' nouvelle, n'enseigne rien. '1" Le suffixe *-lo- de gr. sr;?;/,;;, ;;.'.;j.r//>iç, lat. crcdidiis. hihii- liis, goL. sakuls « disputeur, slabiils ■ disposé ii frappci- >) [\ . DE QUELQUES SUFFIXES NOMINAUX 115 Brugniann, Grundr. 11% 1, p. 367), a fourni des participes à deux langues seulement : le slave, oîi le type neslu, accompa- gné d'auxiliaires divers, sert à former tous les temps composés, et l'arménien, où l'on a k la fois des participes tels que hereal (gén. bereloy) « porté, ayant porté », et des infinitifs tels que berel (gén. bereloy) « porter », et où il n'y a pas d'autre forma- tion de participe passé ni d'infinitif. Toutefois l'ombrien a peut-être aussi un em.ploi pareil du suffixe, dans le type ente- lnst '» imposuerit » ; et l'on a dans les dialectes celtiques des infinitifs en -/-, notamment en breton, v. Ernault, Zeitsch.j. celt. PhiL, 11, o13 et suiv. ; mais la fixation de l'infinitif est un fait dialectal en celtique. 4" Le suffixe des comparatifs primaires est élargi par un suffixe *-en-, en grec, en germanique et en lituanien : gr. r.oiwv, •^(Bbvo; (la forme sans élargissement subsiste dans lac- cusatif att. r.ofoj. etc.), got. suHia, sutiiins (il ne s'agit pas ici d'une forme de déclinaison faible de l'adjectif, puisque la nasale est constante), lit. saldès-ii-is. Par une exception unique entre tous les adjectifs (v. M. S. L., Xlll, p. 213 et suiv.), les comparatifs primaires n'ont pas de forme féminine particulière en grec, italique et celtique : gr. yj$r:o>v (et r^l\M, etc.), lat. siiâitio)\ v. irl. siniii (( plus ancien » servent à la fois de masculins et de fémi- nins; et, concurremment avec le fait que le comparatif a été limité au nominatif en irlandais, il en est résulté que la forme irlandaise est invariable. Le comparatif a reçu un féminin dans plusieurs dialectes contigus : germanique, slave et indo-ira- nien, sans parler du baltique où le suffixe secondaire du type lit. saldcs-n-i-s rendait inévitable l'introduction du féminin. o-^Un suffixe *-//?/- d'abstraits dérivés d'adjectifs se trouve en italique : lat. imieiitils, -tiltis, en celtique : v. irl. Oitiii, ôiled « jeu- nesse », belhii, belhad ■< vie », et en germanique : got. mikildufs « grandeur .'. Important en latin et en irlandais, le suffixe est rare en gotique et nuinque dans les autres langues ger- maniques. Gomme pour le type çipoc, çopa, le germanique est ici intorniéiliairi' l'utrc rital()-iH'Ui([ue et les autres langues. 116 UIALKCIKS IMJO-KUIIOI'KENS 6" Le type des noms de nombre collectifs tels que skr, trayâb, v. si. troji (trojc), lit. Ircj) n'est clairement attesté qu'en indo-iranien, en slave et en baltique ; les traces relevées dans les autres langues sont toutes douteuses (v. Brugmann, Die distr. H. d. koll. Niiineralia, p. 72 et suiv. ; dans les Abhandlun- geii de l'Académie de Saxe, vol, XXV); en revanche, le type en *-)io- de lat. Irïfiî^ ternï ne se trouve qu'en italique, germa- nique et baltique (v. ibid., p. 28 et suiv.). 7" Les thèmes en -o- admettaient en indo-européen le genre féminin, comme le montrent lat. fâgus et gr. or,\'b;, vuoç et arm. nu (gén. niioy), etc. Et par suite, les noms d'animaux thèmes en-o- servaient également pour les mâles et les femelles, ainsi encore gr. apy.TOç, ï-ziç, etc. ; les formations des noms de femelles proviennent toutes de développements indépendants des divers dialectes ; parfois les résultats de ces développe- ments coïncident dans plusieurs langues, ainsi skr. àçvà^ lit. as::;yà^ lat. eqiia ; mais souvent aussi ils divergent : skr. rksï^ en face de lat. ursa (cf. A. Meillet, Sur des interdictions de voca- bulaire, p. 7). Le féminin du mot « dieu » est devi en sanskrit, dea en latin (cf. osq. dat. dei vai). Un féminin en *-à- ne s'oppo- sait régulièrement en indo-européen à un masculin neutre en * -''/o- que dans les adjectifs. Mais, dans toutes les langues autres que litalitjue. le grec et l'arménien (avant la perte du genre grammatical dans cette langue), le fait que, dans les adjectifs, *-o- caractérisait ainsi le masculin-neutre par oppo- sition à la marque *-à- du féminin a entraîné l'élimination du genre féminin dans ces thèmes; ou bien le thème en *-c}- sest maintenu en devenant masculin, ce qui est le cas de skr. bhûrjah et lit. bernas « bouleau », ou le genre féminin a subsisté en déterminant un passage aux thèmes en *-â-, ce qui est le cas de V. si. brè^a et de v. isl. biorh 'v. M. S. L. XIV, p. 478 et suiv.j. L'indo-iraiiien, le slave, le baltique, le gernianicjue et le celtique s'accordent à éliminer le genre féminin des thèmes en *-o-. M. Brugmann continue, il est vrai, à repousser l'idée que les thèmes en *-o- iiuniient a(hnis le «ri-nre féminin en indo-euro- DK OIRLOIKS SUFFIXES .\Oi\ll.\ AL X 117 péen (I. F., XXI, p. 315 et suiv.). Il conteste la valeur de la ioTme*snusô- K au moyen d'une étvniologie qu'il propose ; mais, outre qu'une explication de mot indo-européen échappe à toute vérification, il demeure que lindo-européen a possédé un mot * sniisâ- désignant la <( bru », donc un thème en -o- désignant une femme. Et surtout, M. Brugmann ne discute pas les raisons qui rendent probable a priori l'emploi des thèmes en *-'"/o- '^u féminin. Tous les autres types de thèmes de substantifs ad- mettent le genre féminin ; même les thèmes en *-â- ne sont pas limités au féminin, mais fournissent aussi des substantifs mas- culins en latin [scrîba), en grec, en slave (sliign, vojevoda, etc.), et en arménien [tbagmuor, instr. ihagaïuoraw « roi >») ; c'est donc l'usage grec et latin qui est conforme à l'usage général indo-européen. Il est, d'ailleurs, peu vraisemblable que des mots tels que gr. zoiç et v.i'hvJlz; aient pris secondairement le genre féminin. On conçoit bien comment l'analogie des adjec- tifs a fait disparaître dans la plupart des langues l'emploi des thèmes en*-'^/o- au féminin ; l'action analogique inverse estcom- plètement invraisemblable : les féminins en *-*'/o- ont fini par être éliminés en grec et dans les langues néo-latines, comme partout ailleurs ; seulement l'élimination a eu lieu à date his- torique, tandis que, dans les autres langues de la famille, elle est antérieure aux plus anciens textes. Enfin, la cause pour laquelle le grec, le latin (et sans doute l'arménien avant la perte de la notion d.' genre) ont gardé plus fidèlement l'usage indo-européen se laisse peut-être entrevoir : ces langues sont celles où le timbre -o- est demeuré bien distinct du timbre -a-; en indo-iranii'u, en slave, en baltique, en germanique, les timbres a et o tendaient à se confondre, comme on l'a vu; la distinction du masculin et du féminin n'était pkis guère marquée que par la quantité de la voyelle du thème, et non 1. I/importance de cette forme dans la question a été reconnue d'une manière indépendante par M. Peilersen et pav rauteiir dn présent ou- yrage (v. Bulletin de la Société de lincfuiatique, XII, p. i \\\v, séance du 7 juin llt()2). 118 niAI.Er.TKS INDO-EUROPÉENS plus par le timbre de cette voyelle, comme elle Test dans honum, honinn ; çTacv, çîXâv, etc. ; il importait d'autant plus dès lors de réserver le type à brève au masculin, le type à longue au féminin : la netteté du signe ayant diminué, l'emploi en devait être plus strict pour demeurer clair. Si cette explication, qui peut paraître subtile, mais qui est justifiée par une remar- quable coïncidence, e.st exacte, l'absence de traces du fémi- nin en *-*'/o- en celtique résulterait du degré trop avancé d'altération où les langues de ce groupe étaient parvenues à la date des plus anciens textes et de l'importance très grande prise par la distinction du masculin et du féminin ; si l'on avait des textes celtiques plus anciens, on y devrait trouver des thèmes en -o- féminins. CHAPITRE XVIII LES FORMES CASUELLES EN -BH- ET EN -M- La dilFéreiice entre un datif pluriel en -/;/> , comme skr. -bhyah, zd -byô, lat. -bus, v. osq. - fs, v. irl. -ib, gr. -op'.(v) et en -/;/-, comme got. -/;/, v. lit. -nuis, v. si. -mû, est un des pre- miers faits qui aient attiré 1 "attention svir le problème de la dialectologie indo-européenne. Comme il a été bien établi, principalement par M. Leskien, qu'il n'y a pas eu d'unité ger- mano-balto-slave postérieure à l'unité indo-européenne, la concordance très frappante qu'on observe ici entre le ger- manique, lebaltique et le slave ne peut donc, si on lui accorde une signification, s'expliquer que par une distinction dialec- tale à l'intérieur de l'indo-européen commun. M. Hirt, I. F,, V, 251 et suiv., a supposé que les formes de datif-ablatif auraient eu originairement * -bh- , et la forme d'instrumental *-///-. Chaque langue aurait ensuite généralisé l'une ou l'autre initiale. Mais c'est une pure hypothèse. Du côté de l'instrumental, rien ne vient l'appuyer (cf. v. Blankens- tein, I. F,, XXI, 100 et suiv.); et même l'arménien, où les désinences de ce type ne fournissent qu'un seul cas, l'instru- mental, ne possède que -/;/;- et n'a aucune trace de -)ii- : instr. sing, -b, -v, -IV {barb, kbitov, anunu), plur. -bkb, -vkb, wkb [barbkh, kbnovkb, hiiunvkb) ; l'arménien contredit donc directement la supposition de M. Ilirl. Il n'y a pas trace de désinences en -ri- en dehors du germanique, du baltique et du slave ; véd. sânenii n'est pas un adverbe représentant un cas en -/;//, et les adverbes tels que lat. parti m représentent des accusatifs, comme Fin- 120 DIALKCTES INDO-EIIROPKENS dique l'emploi de pavtem. Pour le datif, on peut invoquer le fait que, au datif sing-ulier, des langues qui par ailleurs ont seulement des formes en -/;/-, ont le pronom de 2'" sing-. dat. V. si. tchè, V. pruss. tcbbei « à toi », en face de skr. Itibhya(in), gàtli. taihyù, lat. ///;/, o m br. tefe ; mais la flexion des pronoms personnels est trop à part pour rien prouver ; le pronom de 1"' pers. sing. a une forme tout à fait isolée : skr. inâhya{m) « à moi », arm. inj, lat. ;;///?/, ombr. iiiebe, et l'arménien a cette même gutturale dans khe~ « à toi », tandis que le germanique a un -5- qui lui est propre : got. mis, 'fus, \. isl. inér, fér, v. h. a. niir, âir. — Enfin, à supposer que les initiales -hh- et -///- aient été en indo-européen réparties entre différents cas, la concordance du germanique, du baltique et du slave dans cette répartition, et le contraste avec le celtique, l'italique, le grec, l'arménien et 1 indo-iranien n'en subsisteraient pas moins ; le fait dialec- tal porterait sur la répartition au lieu de porter sur une diffé- rence originaire entre les formes. Ce n'est du reste pas la seule ligne d'isoglosses qui enserre le germanique avec le baltique et le slave : la ligne du traite- ment de *ô et celle de la chute de *3 intérieur par exemple montrent que ces trois langues sont issues de parlers indo- européens qui présentent certains traits de ressemblance. De plus, des deux formes du collectif neutre qui tient la place de nominatif-accusatif pluriel, à savoir * -à et * --?, le slave et le germanique ont généralisé l'une, celle en * -â (got. jiiha, v. si. jiga ; got. nûiiina^ v. si. jiniena), tandis que le grec a au con- traire généralisé celle en *-^ {'l_u\'x, byi[j.x-y.j ; mais, si le latin a généralisé * -k (M. R. Meister, Berichfe de l'Académie de Saxe, Phil.-hist. Cl., LVI, p. 18 et suiv.. admet Texislence dune trace d'instrumen- tal en cypriote et en pamphylien : mais l'hypothèse repose sur des bases très fragiles'. Une autre coïncidence des dialectes orientaux est la sui- vante : l'indo-iranien, le slave et le baltique sont seuls à pré- senter *-j^// comme désinence de locatif pluriel; l'arménien a une forme en -j (toujours identique à celle de l'accusatif plu- riel) qui peut avoir perdu un * -u final ; le grec aune désinence -j',, qui est autre, et qui sert à la fois pour le datif, l'instru- mental et le locatif pluriels : les autres langues n'ont rien qui corresponde à la désinence orientale *-j//. CHAPITRE XIX LE GENITIF PLURIEL DES THÈMES EX -à- Le orec et l'italique s'accordent à étendre à tous les thèmes en -â- la forme de génitif pluriel des thèmes démonstratifs en -à- : hom. -â(ov (avec -â- maintenu, parce que Fionien n'avait pas de forme dissyllabique *-r,wv qui pût être substituée à l'an- cien -awv), ion. -éojv, att. -wv, dor. et éol. -5tv. lat. -âruDi, osq. -asum, -a~iiiii, ombr. -a ru, -aniiii. Les génitifs tels que lat. raelicvluiii, rûprigciiiiiii (dont on trouvera les exemples dans Neue-^^'agenor, Fornienlcbre, V', p. 'M et suiv.) ne se rencontrent que dans quelques masculins, mots longs où -///// emprunté aux thèmes en -o- évitait d'allonger la forme par la finale très lourde -âriim. Un élargissement du même type, mais différent, se trouve dans des dialectes germaniques : v. h. a. î^cbôiio, v. sax. getono, V. angl. v'iefena, et même une fois norr. run. niuoud, mais got. i^ibo, v. isl. gjaja. La concordance du grec et de l'italique est donc très remaïquable ; l'innovation est sûrement grecque commune et italique commune, et ne se présente nulle part ailleurs. La seule forme des démonstratifs qui se soit oïdinairement étendue aux autres noms est la forme en * -0/ du nominatif pluriel des thèmes en *-o-; mais il y avait là une situation toute particulière : les thèmes féminins en *-â- de démonstra- tifs avaient la même caractéristi([ue * -xs de nominatif [)luriel que les autres noms, tandis ([ue les thèmes masculins en LK (IKMIIF l'Lruii:L bliS rUKMKS EN -à- 12.") * -()- avaient une forme en * -oi propre aux démonstratifs ; ce manque de parallélisme a entraîné des actions analof^i-iques : extension de * -oi aux autres noms en grec, latin, irlandais, slave et aux adjectifs en germanique et baltique; extension de*-ôj' des autres noms aux démonstratifs en osco-ombrien. Il n'y a rien de pareil pour le g'énitif pluriel. L'innovation g-recque et italique est imprévue, et par suite très caractéristique. L'italique et le g-rec tendent d'autre part à innover dans les thèmes en -à- sous l'intluence des thèmes en -o- '. 1" Le grec et le latin ont refait le nominatif pluriel des thèmes en -â- sur le modèle des thèmes en -o-, influencés par les démonstratifs : gr. -a'., lat. -ae (Fosco-ombrien diverge naturellement ) . 2" Pour le datif-instrumental-locatif pluriel, leg-rec a -a-.--, et -aie (suivant les dialectes), le latin -îs, l'osque -ai s, l'ombrien ••es, -er ; cf. dans les thèmes en -o-, gr. -:iai et -oiç, lat. -Js, osq. -ùis, -ois, ombr. -es, -//-. C'est que, au pluriel, la flexion des démonstratifs et celle des autres thèmes en -o- et en -à- tendent à devenir identiques en grec et en italique. Cette identitication a sans doute com- mencé par le génitif pluriel des thèmes en -â- : et ceci fait ressortir l'antiquité — et l'importance — du rapprochement signalé ici. CHAPITRE XX DE QUELQUES FAITS DE VOCABULAIRE Les coïncidences de vocabulaire n'ont en général qu'une très petite valeur probante ; il n'y a pas de langues entre lesquelles on n'en puisse relever un certain nombre. Toutefois il en est qui prouvent, soit grâce à des circonstances spéciales, soit par suite de leur groupement. La racine * bhcwd- signifiait proprement « pousser, croître ^), et ce sens est le seul qui s'observe encore en grec (çuaat, (sucriç, ouTcv, etc.) et en arménien [boys « plante », busanel « pousser »). Dans toutes les autres langues, la racine a, au moins dans quelques-unes de ses formes, la valeur de vei^be (( être », et elle vient compléter les formes que fournit la racine * es-, qui sont un présent ' skr. àsti, gr. sut, etc.) et un parfait fskr. àsa, 7,(1 ànha, hom. r^iv) ; de là les prétérits skr. âbbfit, v. si. by, bystn, lit. bùvo, V. irl. ro bôi, lat. juit. Un présent en * -îye- tient une grande place dans les langues occidentales : lat. fîô, fis sert à exprimer l'idée de « devenir » ; v. irl. bîu (3''pers. bîid) est le ver])e d'existence avec notion de durée; v. angl. bïo double le verbe com (îV), d où par contamination des deux formes, V. sax. bium, v. h. a. biiii ; de ce thème bien défini des trois langues occidentales, on rapproche quel({ues formes orien- tales moins claires : lit. bilÇi) <• il était », v. si. bi)>iî (sorte d'optatif), persan bîd " soyez ». Seuls, le grec et l'armé- nien restent indenmes de l'innovation qui a n\pproché * bbewJ- du verbe « être ". La racine * bhcudh- n"a i-ardé son sens matériel de « éveiller. DK ul KLnLLS FAITS DK VOCABULAIRE 127 s"é veiller » que dans une partie des formes de l'indo-iranien. du slave et du baltique ; partout ailleurs, on ne rencontre que des sens moraux tels que « faire attention à », sens qui sont les seuls attestés partout pour le thème * bhéudhe- (v. M.S.L., XIV, p. 361 ). Le sens matériel d" « éveiller» a dû être indo-européen commun et a disparu dans tous les dialectes occidentaux, v compris le «j^rec et l'arménien. Ceci se marque par l'emploi de mots diverg-ents d une lang-ue à 1 autre dans l'expression de cette notion : skr. jâgarti et gr. ï-^v.^i,), g'ot. ivakjan, lat. iiigilet expergiscor, arm. arthini « éveillé », --arthniiiii « je m'éveille », etc. Deux g"roupes de coïncidences de vocabulaire sont à noter : 1" indo-iranien et balto-slave : 2^ italique, celtique et ger- manique. I" Indo-iranien, slave et baltique (coïncidences déjà notées en partie ; v. Meillet, Gcniî if-accusatif, p. 94 etsuiv,). v. si. Qogo) radi. cf. v. pers. {avahya) râdiy " à cause de (ceci) ». V. si. sloi'O i-^ parole o et zd sravah- « parole » (la coïncidence de sens est caractéristique, par contraste avec gr. vXizz et skr. çràvah « gloire » ; .cf. v. si. slava, lit. s:(lové « gloire »), V. si. bogil « dieu ». v. p. baga (il n'y a aucune raison de tenir le mot slave pour emprunté). V. si. svefi'i « saint », lit. s:;yehtas, v. pruss. swinls^ zd sp^ntô (ici l'hypothèse de l'emprunt est exclue parla forme). V. si. kupû « amas », v. p. kaitfa- « montag-ne v>. V. si. ktlde « où », gàth. kudâ, skr. kuhâ « où » (toutefois cf. peut-être ombr. piife, piifc, osq. puf). V. si. sa mû « même », zd bàinô. V. si. -avetn « il appelle » (cf. lit. ^avéti), ■id:^avaiti, skr. hàvate. V. si. svltèti '< briller », lit. s::i'itètiy skr. çvciâh, zd spaëtô. V. si. dlïgii « long » (s. dfig : cf. lit. ilgas), zd dan>;ô, skr. dîrghàh. V. si bo « car », zd bâ. V. si. suji « g'auche >■. zd haoya-, skr. savyâh (mais lèvh con- coi-de avec gr. /.a'-p:;, lat. laeiios'. 128 ijiaij:(;ii;s i.\j)(»-i:riu»i'r:i;.\s V. si. )ii-cî « rien ». el iii-cilo, /d naè-cil ; cf. lit. nekas. Y. si. f//);?/"^ « noir », v. pruss. hirsnan, skr. krsijâb. V. si. i^v'/i'a « nuque » (cf. letle gnwa c embouchure de fleuve »), zd grJva, skr. gnvâ. Y. si. //5/a « bouche » (cf. y. pruss. aiisl'ui . skr. ôslhah « lèvre »• Y. si, t'/a^w « cheveu », zd varssô. V. si. -yV-, lit. -yVï-^ dans les adjectifs composés tels que lit. gcràsis, Y. si. âobr\-ji, dohryjï, rappelle zd ya- ; cf. ci-dessus, p. 27. A', si. bojii se <' je crains », lit. hijaûs, skr. hhàyate ; v. h. a. /??77m « trembler » n"a rien à faire ici ' v. Wackerna^el, K.Z.. XLl, p. 30o et suiv. ). Y. si. javè avè « en évidence » skr. àvih zd avis. Y. si. gora « montag-ne » (et lit. g'irco forêt »), skr. girih, zd. gairis ( l'interprétation de gr. ^ùzpiu: par «vent de la montag-ne » est naturellement incertaine;. Y. si. Qn-yiravu " bien portant ». zd lirva- v. pers. dnniva- ( même sensi, et cf. skr. dhnivâh « ferme » ; la communauté de sens de « bien portant » en slave et en iranien est le fait caractéristique . avû (démonstratif), zd ava- (fournit les formes du démonstra- tif de l'objet éloigné autres que celle du nominatif; le slave a éliminé les formes particulières au nominatif . D'autres détails confirment ces rapprochements qui sont d'autant plus probants que beaucoup unissent spécialement le slave à l'iranien, c'est-à-dire k la lang'ue la plus voisine. Le thème à -/- de gr. vs^ÉXr^, lat. iicbnJa, v. irl. ;/ê/, gall. iikul^ V. h. a. jiebiil, v. isl. n/'ôl n'est pas représenté en baltique et en slave, mais seulement le thème en -é?5- : vésoç, skr. nâbhah. Y. si. nebo., lit. dcbesis\ en revanche, il est vrai, on a lit. iiiigh't. Y. si. uingla- comme gi\ z'j.iy'/.r, « nuée ». Le nom propre du miel, g-r .y.éX'., lat. niel, v. irl. mil, got. mili'f, arm. incir. (ce dernier influencé sans doute par * nu'dhii), n'est pas représenté en slave, non plus (juen indo-iranien. 2" Germanique, celti(|ue et italique. Outre les mots parliculiers que ces trois langues ont i-n DE QUELQUES FAITS DE VOCABULAIRE 129 commun avec le slave et le baltique, elles en présentent une série qui ne se trouvent pas ailleurs. Sans entrer dans le détail des faits signalés parM. Hirt, Zeitschr. f. d. Phil., XXIX, p. 296 et suiv., on peut citer quelques coïncidences remar- quables : lat. piscis, V. irl. Jase, goi.Jîsks (en regard d'un autre mot du domaine central, gr. r/Oiç, arm. j'iikii, lit. ~_nvîs, v. pruss. suckis [Voc] siichaiis\ les autres langues ont des mots particu- liers). lat. uàtès, V. irl. fàith »< poète », v. h. a. iviiot « fureur », v. isl. ôdr « poésie ». Iat,/ô5, v. irl. hlàth, v. h. a. hluonio eibJuot. lat. caeciis ** aveugle », et a'. irl. caech, got. baihs « borgne » (très peu des noms d infirmités sont communs à plusieurs langues de la famille). lat. uâstus. \. '\y\. fâs,\. h. a. luuosti. lat. crîbruiii, v. irl. crlathqr. v. angl. htidder ( le gr. -/.ptvo) est de même famille, mais n'a pas le sens technique de « je crible ; au contraire, got. braiiis « pur » a signifié sans doute (* criblé » à l'origine). lat. porca, v. irl. rech, v. h. a. fiinih « sillon » (arm. herh « terre défrichée et labourée », est à séparer; car le k ne peut représenter que *g ; cf. peut-être Ijarkanel « briser »). lat. hasta, irl. gai « baguette d'osier », got. ga:;ds « aiguillon ». lat. frt/)<';',gall. caer-, v. isl. hafr '< bouc » (le gr. y.iTrpoç « san- glier », n'a rien à faire ici, à cause du sens, non plus que pers. càp'd, etc.). lat. capiô, got. hafja ; lat. capta, v. irl. cachîaim, v. sax. haf- tôn. — Pour la formation, on rapprochera le lat. capiô de v, irl. gaibhn, dont la racine se retrouve dans lat. babcre (foi^mé comme got. habaii), osq. hafiest « il aura ». lat. rt/ô, V. irl. a}h}i, gol.ala (par ailleurs, on n'a que des traces de la racine, ainsi dans gr. à'v-aA-roç). lat. plàniis, gaul. (Medio-)lânuni ; v. irl. lâr i> sol », v. angl.^ôr. lat. nianus, omhr. manf (ace. plur.), osq. /;/^///w (ace. sing.)^ Dialectes indo-européens. 9 130 blALKCTES INDO-EUROPÉENS V. isl. et y. ani^-l. miiihl ; et", m. hret. iinla:;^ii « g-erbe » (v. Fick- Stokes, 'Et. ivôrt. H', p. 200), en regard de l'expression par la racine ^gher- dans gr. -/£(p, alb. dort., arm. jern « main » ; de skr. hàstah = v. perse dasta, et de v. si. mka ( v. ci-dessous p. 31). lat. màhis « mât », irl. mod. maide « bâton », irl. matan (avec / notant Tocclusive sonore d) « massue », admat (v. W. Stokes. K. Z., XL, 2i3), v. h. a. niasl « perche », v. isl. masîr « mât ». lat. meut uni « menton », g'all. iiiûnl « mâchoire », g-ot. mimfs., V. h. a. }nii}id « bouche ». lat. natrix, irl. nathir (gén. nathracb), v. isl. naâr. Il y a aussi beaucoup de concordances entre le vocabulaire germanique et le vocabulaire celtique, et entre le vocabulaire germanique et le vocabulaire italique ; et les mots ainsi attes- tés peuvent ne manquer que par hasard soit en celtique soit en italique ; rien ne prouve même que certaines des commu- nautés de vocabulaire signalées ci-dessus entre le celtique et l'italique ne proviennent pas du fonds de mots germano-celto- italique ; ces trois langues ont en somme des vocabulaires remarquablement semblables. CONCLUSION Les faits étudiés montrent que les principales lignes de démarcation passent entre dialectes occidentaux d'une part et orientaux de l'autre. L'indo-iranien, le slave, le baltique, l'arménien (et l'alba- nais) forment le groupe oriental, où l'on observe plusieurs traits communs : traitement des gutturales embrassant des faits multiples, tendance au passage de s à s (et de -; k ^) en certaines conditions, emploi des désinences enbh (ou en m) a^ec une valeur précise de nombre et de cas. Ces divers traits résultent presque certainement d'innovations et attestent par suite une commu- nauté notable. Ceci ne veut pas dire que ce groupe dialectal était un, ni que ces phénomènes se sont propagés par imitation ; il s'agit d'innovations réalisées d'une manière indépendante, comme l'indique le détail des faits. Aussi constate-t-on que la confusion de à et de ô, qui a lieu en indo-iranien, en alba- nais, en baltique et en slave, d'une part s étend au germa- nique, et de l'autre n'a pas lieu en arménien ; la chute de 9 intérieur a lieu dans tout le domaine oriental et de plus en germanique, mais le sanskrit y a échappé ; le traitement *-euye- est iranien, slave et baltique, sans doute aussi germa- nique, mais le sanskrit et l'arménien présentent *-ezu\e-, comme le grec, l'italique et le celtique. Les vocabulaires indo-iranien, baltique et slave concordent fréquemment. Les dialectes orientaux constituent donc im groupe natu- rel. Il y a d'autre part un groupe, également naturel, de dia- lectes occidentaux : germanique, celtique et italique, qui pré- 132 DIALECTES INDO-EUROPÉENS sente des particularités communes très caractéristiques : trai- tement -ss- de *-//-, parfait souvent dénué de redoublement et constitution du prétérit à l'aide du parfait et de l'aoriste com- binés, alternance de *-yo- avec *-î- dans le suffixe du présent dérivé, rareté du type Xiyo; et emploi du suffixe* -tût-, concor- dances de vocabulaire. De plus, certaines particularités qui se retrouvent ailleurs sont communes à ces trois groupes : le traitement des g-utturales (commun avec le grec), l'absence d'aug- ment (^commune avec le baltique et le slave), l'emploi de dési- nences en -bh-{o\i en -711-) pour le datif, l'ablatif, le locatif et l'ins- trumental, la confusion des sourdes et des sourdes aspirées (avec le baltique, le slave, et en partie le grec). Mais on a vu que l'une de ces trois langues, le germanique, concordait avec le groupe oriental à plusieurs points de vue ; on pourrait ajouter la forme de certains pronoms personnels, notamment de ceux signifiant « vous » et « nous » au pluriel et au duel. Et le germanique concorde en particulier avec le baltique et le slave pour les désinences en -m-, parcontrasteavec le -bb- des autres langues ; on notera aussi l'expression de « vingt, trente », et, par la juxtaposition de « deux, trois, etc. », et du mot « dizaine », au lieu des formes abrégées du type gr. fty.x-i, ti'AZGi, lat. uJgintî, arm. khsau ; gr. TO'.axcvTa, lat. trîgintn, arm. eresun, etc. En même temps, une autre de ces trois langues, l'italique présente avec le grec des coïncidences particulières : traite- ment sourd des sonores aspirées, génitif pluriel des thèmes on -â- emprunté à la flexion des démonstratifs. Ce sont là des innovations importantes, et qui ne se retrouvent pas ailleurs, à date ancienne. Le grec et l'italique sont seuls, avec l'armé- nien préhistorique, à conserver le genre féminin dans les substantifs thèmes en -0-. Il y a peut-être aussi coïncidence en ce qui concerne l'emploi du ton dans les préverbes (v. /. F., XXI, 'Ml) ; sur ce point, le grec diverge absolument d'avec le sanskrit, et l'on a ici la trace d'un fait syntaxique dialectal. M. Ilirt (/. F., XVII, :j9.j-40()) s'est aussi elîorcé de démontrer l'identité d'une partie des infinitifs grecs avec CONCLUSION 133 les infinitifs lutins. En revanche, les concordances de vocabu- laire sont négligeables; elles sont peu nombreuses, et les mots particuliers que Ton rencontre, comme gr. 'jCtj.z\i.-x'. et lat. saliô, n'ont rien de remarquable pour le sens. Ceci n'empêche pas le grec de concorder à d'autres égards avec des langues du groupe oriental. Le passage de s k h so, retrouve en arménien et en iranien . La voyelle développée devant les sonantes voyelles, et notamment devant la nasale, est de timbre fl, comme en arménien et en indo-iranien . Il y a toujours prothèse d'une voyelle devant ;■ initial ; seulement le grec ne met pas de voyelle devant p introduit à date récente (cas de *jt et de *i:c7- notamment), tandis que l'arménien a continué dignorer y initial. L'emploi du suffixe* -tero- pour former des comparatifs secon- daires ne se retrouve qu'en indo-iranien. Laugment est main- tenu, comme en arménien et en indo-iranien. Le suffixe secon- daire de présenta, comme en indo-iranien, la forme *-yg/yo-, ainsi que celui des verbes qui indiquent l'état. Le grec se rapproche donc à plusieurs points de vue de l'arménien et de lindo-ira- nien. — Avec le baltique et le slave, il a en commun la con- fusion totale du génitif et de l'ablatif. Quelques particularités de vocabulaire sont communes au s'-rec avec ces mêmes lano-ues. Le grec occupe donc une situation intermédiaire entre 1 ita- lique d'une part, et les langues orientales, l'arménien et l'indo- iranien, et plus spécialement l'iranien, de l'autre. 11 est issu d'un groupe de parlers indo-euro23éens où venaient se croiser beaucoup d'isoglosses. Parmi les langues orientales, l'arménien, qui garde la dis- tinction de à et ô et de ^7 et ô, est relativement proche du groupe occidental. On a relevé d'autre part quelques coïncidences particulières entre l'arménien, le slave et le baltique. notam- ment pour les suffixes de présent * -ye/\o- et * -/- et pour le rôle du suffixe *-!o-. La communauté de la mutation conso- nantique avec le germanique serait un fait important ; mais on a vu qu'il n'est pas légitime d'en faire état. La situation respective des dialectes indo-européens peut donc se traduire au moyen du schéma qui suit, en attribuant par 134 DIALECTES INDO-EUROPEENS anticipation aux parlers indo-européens les noms des langues historiquement attestées qui en sont la continuation : Ce schéma très grossier (où Ion n"a pas tenu compte des langues non attestées par des textes suivis de quelque éten- due) ne prétend répondre à aucun fait historique défini; il n'a qu'une valeur linguistique et indique ce que l'on peut supposer avoir été la situation respective des parlers indo-européens les uns par rapport aux autres, antérieurement à l'époque où cha- cune des langues, en s'établissant sur un territoire nouveau, s'est isolée et a cessé d'avoir avec ses anciennes voisines un développement commun. L'aire attribuée à chaque parler est tout à fait arbitraire ; il est possible qu'une langue indo-euro- péenne parlée au début de l'époque historique sur une aire très vaste repose sur un tout petit nombre de parlers indo-euro- péens, et inversement. Les faits linguistiques étudiés ici ne conduisent qu'à des conclusions linguistiques, et le graphique qui traduit ces conclusions n'a de sens que pour le linguiste. Toutefois une remarque semble s'imposer à la vue de cette figure. Les parlers indo-européens occupaient une aire où les innovations linguistiques avaient lieu d'une manière indépendante sur des domaines contigus, sans qu'il y eût nulle part une limite qui séparât entièrement certains groupes de certains autres. Et, quand la séparation s'est produite sans doute progressivement, c'est-à-dire quand des colons et des cfMUjuérants s(jnt aHés occuper des domaines nouveaux aux- (|uels ils onl imposé leur langue, il n'y a pas eu de disloca- co^cLUSIOi^• 135 tion dans la disposition respective des langues, ily a eu rayon- nement en partant du domaine primitivement occupé ; mais, lors de ce rayonnement, rien n'indique que les anciens parlers aient chevauché les uns sur les autres et interverti leurs places respectives. Sans doute, on ignore et on n'a aucun moyen de déterminer si les langues du groupe oriental et celles du g-roupe occiden- tal proviennent de parlers qui occupaient l'est et l'ouest du territoire indo-européen commun ; mais, sous le bénéfice de la réserve qui vient d'être faite, les parlers qui étaient contigus ont fourni des langues qui sont encore à l'époque historique sensiblement les plus pareilles les unes aux autres. On n'a pas la preuve qu'il se soit produit pour l'indo- européen ce qui a eu lieu par exemple pour le germanique, où les parlers gotiques, relativement proches des parlers Scandi- naves, s'en sont entièrement séparés, et se sont dispersés sur une aire très vaste; si des faits de ce genre ont eu lieu, il en est résulté sans doute ce qui est arrivé au gotique : la langue dont les porteurs se sont ainsi dispersés a disparu sans laisser de traces au bout de peu de siècles ; et il n'y a rien là que de natu- rel : les populations les plus aventureuses et qui se laissent entraîner le plus loin de la masse des populations de même langue sont les plus exposées à être absorbées par d'autres peuples et à perdre leur propre idiome. — La dispersion des langues indo-eu- ropéennes ressemble beaucoup à celle des langues slaves : il serait facile de marquer sur le domaine slave des lignes d'isoglosses pareilles à celles qu'on a tracées pour l'indo-européen, et il en résulterait, ce qu'on sait en effet, que les parlers slaves se sont étendus — quelques-uns comme le russe, d'une manière immense — . mais sans changer de position respective. Une autre conclusion, plus importante au point de vue lin- guistique, c'est que l'indo-européen se composait, dès avant la séparation, de parlers déjà fortement dillérenciés, et qu'on n'a pas le droit de traiter l'indo-européen comme une langue une. Les particularités qui caractérisent chacun des grands groupes, slave, germanique, baltique, etc., sont en notable 136 DIALECTES INDO-EUROPÉENS partie, la continuation de phénomènes qui ne sont pas indo- européens communs, mais qui sont de date indo-européenne. Et même certains groupes, comme l'indo-iranienetritalo-celtique, renferment des représentants de parlers indo-européens dis- tincts. La considération de ces distinctions dialectales, qui ne devrait jamais être perdue de vue, compliquera, mais précisera aussi l'étude de la grammaire comparée des langues indo- européennes. ADDITIONS ET CORRECTIONS p. 36 et suiv. Un trait essentiel à noter est que le subjonctif en *-â- ou en *-s- de l'italo-celtique est indépendant à la fois du thème du présent (infectum latin) et de celui du prétérit. Le vieux latin a, par exemple, ad- ueiiam en regard de ueniô, wnl, et le vieil irlandais -bia en regard de henaim. P. 47, 1. 7 du bas. lire -ëd^iu. P. 55, fin du premier alinéa. Un détail vient appuyer l'hypothèse que si. 0 représente un *(? du slave commun. La diphtongue *e/ se confond en- tièrement avec 7, en slave comme en germanique. Et, de même qu'en germanique, la diphtongue *ti» ou *iUi, représentée par si. it, est demeu- rée distincte de *n, représenté par si. v. le passage de *û a si. v étant d'ailleurs récent, puisque les mots slaves empruntés au germanique y prennent part. Si le traitement de la diphtongue en « n'est pas paral- lèle à celui de ei, c'est que le degré d'ouverture du premier élément composant était plus grand, et qu'il faut partir de *aii, non de *ou. Ce qui montre bien d'ailleurs que la diphtongue *au ^d'où *ou, û) s'est long- temps maintenue en slave, c'est que / ne l'altère pas : *;> passe ajt, mais;» yde*/'"', puis *;V)'') subsiste, comme /a. P. 79 et 80 : pour le passage de *kh à .v en arménien et en slave, cf. les observations de M. Pedersen, K. Z., XL, p. 173 et suiv. P. 81, 1. 3 du bas, lire : pavana-. P. 84 : On observe en iranien un passage de st à st, dont les conditions dialectales ne sont pas connues (v. Hiibschmann, Pers. Stiid., p. 236, § 130; Salemann, Griindr. cl. Iran. PhiL, I, 1, p. -262; et Horn, ihid.. I, 2, p. 86). P. 86 et suiv. Dans les Sit:^ungshen'cl}te de l'Académie de Berlin, 1908, I, p. 16 et suiv., M. Ed. Meyer signale, parmi les dieux indo-iraniens adorés par le roi de Mitani (xiV siècle av. J.-C), les msatya. Si, comme l'admet M. Meyer, le mot doit être tenu pour iranien (ib., p. 18), le passage de s intervocalique à h serait un fait relativement récent ; mais, à une date aussi éloignée de celle où les Iraniens sont attestés, rien ne prouve qu'il s'agisse ici de dieux proprement iraniens ; ces dieux peuvent être ceux d'Aryens autres que les Iraniens, de ceux qui devaient aller dans l'Inde, ou d'autres qui auraient disparu. P.S8, 1. Il, lire .Y:'rt5Hn(-. 4 138 ADDITIONS ET CORRECTIONS P. 8*.), 1. 1 du bas, fermer la parentlièse après : le grec, et supprimer la) après: intervocali([ue. P. 92. Sur le traitement f t SJ *^^ ^- iiil! .-V' -m •*ff%»v ^AÀ ■*c.-«. «Sî«î< 'î'î'. wîj ■^v-V Î-I^S *îrf*f -*5 "K