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MÉMOIRES

DU

GÉNÉRAL BABON THIÉBAULT

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L'auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de reproduction et de traduction en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suéde et la Norvège.

Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur ( section de la librairie) en avril 1895.

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1

PÀBIS. TYPOGRAPHIE DE E. PLO.N, NOURRIT ET C^, S, Rt'F. GARAKCIÈHE. 158.

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MEMOIRES

DD GÉNÉBAL

W THIÉBAULT

PubSét sous les auspices de sa fille M"' Claire Tkiébault

D'APHÈS LE MANUSCRIT O R I O I K A I,

FERNAND CALMETTES

Avec wi portrait en héUogra

QUATRIÈME ÉDITION

PARIS

LIBRAIRIE PLON E- PLOH, KOURRIT bt C^ IMPRIMEURS-ÉDITEURS

N. B, Les notes suivies de Tindication (Ëd.) sont ajoutées par l'éditeur. Les autres sont de l'auteur.

MÉMOIRES

DU

GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT

CHAPITRE PREMIER

Partide Paris le 12 novembre 1806, j'arrivai à Mayence le 14. L'Impératrice y était avec sa cour; Hortense et la jolie Stéphanie de Beauharnais s'y trouvaient égale- ment, et, avec la première, Napoléon, son fils atné. Informé qu'il y avait tous les soirs cercle chez José- phine, je me décidai à un arrêt et, vers neuf heures, après être allé rendre mes devoirs au maréchal Keller- mann, commandant l'armée de réserve, dont le quartier général était à Mayence, j'allai faire ma cour à José- phine. Parler d'elle, c'est rappeler les grâces divinisées par une impériale beauté; dans le fait, quelle femme a jamais réuni plus de séduction et plus de dignité? On ne l'approchait qu'avec admiration; on ne l'écoutait qu'avec délices; on ne la quittait qu'enchanté d'elle et de ses manières, et, cédant au charme qu'elle répan- dait avec tant de profusion et que sa petite-fille, l'im- pératrice du Brésil, m'a rappelé, on oubliait en la voyant et ses anciennes faiblesses et, pour les désigner par leur nom, les malpropretés à la Barras, dont le besoin d'argent la rendit parfois capable.

Rien ne fut, au reste, plus flatteur que sa réception,

IV. I

2 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

plus touchant d'intérêt que ce qu'elle daigna me dire sur ma blessure. J'eus l'honneur de causer assez long- temps avec elle, et, lorsque je demandai ses ordres pour la route qui me restait à faire, elle me chargea de voir de sa part à Francfort le prince primat, de lui faire ses compliments et de lui dire que certainement elle ne quitterait pas Mayence sans aller passer quelques jours avec lui, que même elle ne tarderait pas à lui écrire pour confirmer sa promesse. Par suite de cette commis- sion, je ne pouvais plus arriver que de nuit à Fulde, j'étais attendu, le 15, vers quatre ou cinq heures du soir, et je me fis devancer par Lemière, afin que pour le len- demain on se bornât à faire préparer mon appartement et un souper, et que tout ce qui était réception ou pré- sentation fût remis au 46.

Mais si j'avais été ravi de Joséphine, je ne le fus pas de la maréchale Bernadotte. Sa hauteur impertinente choquait tout le monde; ses airs, son ton, qui seraient déplacés aujourd'hui qu'elle est reine de Suède, contras- taient étonnamment avec la suavité de Joséphine et même d'Hortense, et cela de manière à n'avoir aucune excuse. Que serait-ce, si l'on rappelait qu'en dépit de tant d'orgueil, et déjà femme de roi, elle scandalisa l'Europe en courant comme une folle, et une folle indécente, après le duc de Richelieu dont elle était la maîtresse? Quant au prince primat, ce digne baron de Dalberg, archevêque de Tarse, qui avait gouverné dix ans la principauté d'Erfurt et pour lequel Napoléon avait créé le grand-duché de Francfort, c'était un vieillard à tous égards respectable et aussi aimé que* respecté; il me frappa par une dignité qui rappelait d'autant mieux son rang qu'il semblait l'oublier davantage; il renchérit avec moi en politesses et en témoignages de bienveillance; il aurait désiré que je pusse me reposer à Francfort. < Mais,

••

RÉCEPTION PRINCIÉRE. 8

ajouta-t-il, nous voilà voisins, et, comme je ne vous aurai vu que pour vous regretter, j'espère que vous me dédommagerez d'une si courte apparition lorsque S. M. rimpératrice se rendra à Francfort (i). »

Un brigadier de gendarmerie et quatre hussards, dont je ne connaissais pas l'uniforme et qui tous quatre étaient munis de flambeaux, m'attendaient à la porte de Fuide; ils éclairèrent ma route jusqu'au grand escalier du château, j'arrivai vers neuf heures du soir. Ma capitale n'y gagna pas ; il n'en fut pas de même du châ- teau, qui, sans être une belle construction, est une grande et noble habitation princière. Lemière se trouva au marchepied de ma voiture, comme j'en descendais, et me présenta le chef d'escadron de gendarmerie Robquin, commandant de la place. Six domestiques, en grande livrée et tenant chacun une bougie allumée, me précé- dèrent jusqu'au vaste appartement qui m'avait été pré- paré et qui était entièrement éclairé; douze autres domestiques ou gens d'écurie en livrée, deux jockeys en écarlate galonnés en or, six officiers de maison en habit noir (restant des gens du prince et de la princesse d'Orange), en outre un planton de gendarmerie, deux plantons de la ligne et un des hussards qui venaient de m'escorter, garnissaient Tantichambre et formèrent la haie à mon passage; enfin, dans le salon, je trouvai deux personnages. L'un, que le commandant de la place me présenta, était le commandant de Tann, chef de la noblesse immédiate de cette partie de l'Allemagne et grand maréchal de la cour du prince d'Orange, aujour- d'hui roi de Hollande, et que nos victoires venaient de déposséder. Ce baron de Tann était l'homme le plus

(1) Je vis également à, Francfort Bâcher, frère du docteur dont j'ai 81 souvent parié ; il était envoyé de France près la Confédéra- tion du Rhin.

4 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

coDsidérable et le plus considéré de ce pays, président du gouvernement provisoire des États de Fulde. L'autre personnage était le maréchal du palais, logeantdans le château même; il se mit à mes ordres pour tout ce que j'aurais à demander ou à prescrire. Le souper étant prêt, je dis au baron que, s'il voulait me faire l'honneur de souper avec moi, je souperais de suite, sinon que je différerais, car j'étais fort pressé de causer avec lui. Il parut flatté, accepta, et, après le repas, rentrés tous deux seuls dans le salon, nous restâmes jusqu'à une heure du matin, il me fit connaître le pays, la situation politique, financière et administrative, les principaux fonctionnaires, ce qui me fut fort utile pour la journée du lendemain.

Le lendemain fut un jour de réception et de présenta- tion. Je n'étais ni de caractère ni d'humeur à y mettre de la morgue, mais je tins à y mettre de la dignité et à ne pas me montrer au-dessous de la nouvelle position qui m'était confiée. Une certaine étiquette était néces- saire; elle faisait partie de mes obligations comme gou- verneur, et, si je devais me rapprocher de mes subor- donnés autant que cela serait sans inconvénient, je ne devais pas laisser établir une familiarité qui les rappro- chât de moi.

A neuf heures du matin, le commandant de la place me présenta les officiers des détachements français qui se trouvaient à Fulde et qui allaient me servir de gardes, et l'oflicier commandant vingt-cinq hussards fuldois ; à deux heures, je passai dans la cour du château la revue de ces troupes. Celles-ci, peu après, furent appelées à Tarmée; on comprend d'après cela que je ne fis pas venir les deux pièces de canon que j'étais autorisé à tirer d'Erfurt, et que je n'aurais pu faire garder et servir par personne.

MON GOUVERNEMENT. 5

On m'avait annoncé, pour midi, la visite du prince évéque, vieillard qui, sous le nom d'Adalbert III, avait régné sur ce pays et venait en visiteur dans un château qu'il avait longtemps occupé comme souverain. Je lui rendis tous les honneurs qu'il dépendait de moi de lui rendre; la garde prit les armes, le tambour battit aux champs. Avec de Villarceaux et mon aide de camp, j'allai au-devant de lui jusqu'à l'escalier, je le recon- duisis; je le ûs asseoir sur un canapé, il resta seul, et j'eus la satisfaction d'apprendre que ses deux grands vicaires et lui avaient été parfaitement contents de moi; ce que le lendemain d'ailleurs ils me firent sentir lorsque, en grande cérémonie et à midi, j'allai rendre sa visite à ce digne prince.

Cette réception terminée, le baron de Tann commença ses présentations, et d'abord celle du grand aumônier^ du grand écuyer et du grand veneur, qui, avec lui, ^and maréchal de cour, complétaient les hautes digni- tés; ensuite celle des trois membres qui, sous sa prési- dence, composaient alors le gouvernement provisoire; enûn celle des vingt-quatre conseillers d'État.

C'était un véritable gouvernement. Tous ces mes- sieurs, d'ailleurs, appartenaient à la noblesse du pays, les sept premiers aux plus notables et aux plus riches familles, les places étant peu ou point rétribuées; ils renchérissaient sur la beauté des costumes, et par exemple les conseillers d'État portaient l'habit écarlate brodé d'or.

La journée se trouvant forcément consacrée aux pré- liminaires, je visitai, à trois heures, les hôpitaux renfer- mant plus de quatre cents soldats français blessés ou malades, puis les quartiers et les magasins. Dans la soi- rée, je tins un conseil privé destiné à régler mes relations avec le gouvernement provisoire, avec l'intendant, le

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBACLT.

commandant de la place et le commissaire des guerres (1 ); je décidai qu'il y aurait conseil de gouyernement les mardis, jeudis et samedis à midi (2); que ces conseils se tiendraient dans la salle le prince d'Orange avait tenu les siens ; que, pour chaque affaire portée à ce con- seil, il serait fait un rapport écrit, en double expédition, dont Tune me resterait avec ma décision en minute et dont l'autre serait remise au président baron de Tann, chargé de l'exécution, avec ma décision copiée et signée; que les membres composant ce gouvernement provisoire continueraient & surveiller et à diriger les travaux des six chambres dans lesquelles se répartissaient les vingt-quatre conseillers d'État; qu'au besoin on pourrait affecter au conseil du gouvernement tels ou tels conseil- lers d'État, mais qu'ils n'y seraient admis que sur ordre, et que je ne communiquerais avec eux que par l'inter- médiaire des membres du conseil et spécialement par celui du président baron de Tann, et cela pour prévenir toute intrigue, toute émancipation et toute irrégularité, toute incertitude dans la marche du pouvoir.

Mon affaire gouvernementale avait été ainsi organisée dans les vingt-quatre heures de mon arrivée, et, en peu de jours, tout fut au courant, comme si cette machine eût roulé depuis dix ans. La salle des conseils était plus que simple. Son mobilier consistait, indépendam- ment de tablettes, de cartons et de sièges rangés le long

(i) Ces derniers reçureot l'ordre de m'apporter, tons les matins à dix heures, le rapport écrit des vingt-quatre heures et en double expédition, afin que je consignasse sur la copie qui leur resterait les ordres que j'aurais à donner, le tout pour plus de promptitude, pour être certain que rien ne serait oublié, pour ne prendre de décision qu'après avoir reçu et discuté leurs observations ou ren- seignements, et pour me débarrasser d'un fatras de lettres.

(2) Les autres jours, lundis, mercredis, vendredis, l'intendant venait travailler avec moi de midi à une heure.

SUR LA CHAISE DU PRINCE D'ORANGE. 7

des murs, en une table carrée, longue, couverte d'un drap vert, et en six sièges, devant chacun desquels se trouvaient du papier blanc et une écritoire. Deux sièges étaient placés sur chacun des côtés de cette table, un à chacun de ses bouts, et celui du haut bout, que le baron de Tann m'indiqua de la main comme la place d'hon- neur, était une chaise à dossier droit et élevé, garnie et recouverte en vieux cuir noir; les cinq autres étaient des chaises de canne. Le baron, en sa qualité de président, occupa le siège en face du mien. Lorsque je fus prêt à m'asseoiret, pour la première fois de ma vie, à exercer une autorité gouvernementale : f Monsieur le gouverneur, médit le baron, vous trouverez peut-être votre siège bien simple. Rien ne serait plus facile que de lui substituer un fauteuil ; mais nous avons pensé devoir attendre les ordres de Votre Excellence pour changer ce siège, que Son Altesse le prince d'Orange a occupé pendant six ans et sur lequel, depuis son départ, personne ne s'est assis. Il y aurait peut-être, répondis-je en souriant, de la modestie de ma part à faire remplacer ce siège, fût-ce par un fauteuil; mais, ajoutai-jeen m'asseyant, tout cela n'a aucune importance. » Et cependant si le mot était vrai quant au siège, il ne l'était pas quant à ce qui se pas- sait en moi; car, au moment je pris cette place, je fus comme assailli par la vision du grand Frédéric, qui sem- blait arrêter sur moi son regard sévère et surpris. En effet, c'était moi, dans le respect, l'admiration, le dévoue- ment, la reconnaissance de tout ce qui tenait à ce grand roi et à son auguste famille, c'était moi qui remplaçais le fils du dernier stathouder, l'époux de la princesse de Prusse nièce de ce grand Frédéric; c'était moi qui faisais saisir leurs revenus, arracher leurs armoiries, désarmer leurs anciens sujets, proclamer qu'ils se trouvaient dépos- sédés pour toujours, et cela, comme exécuteur des ordres

8 MÉMOIRES DU GÉNÉfiAL BARON THIÉBAULT.

d'un autre petit gas, la même année que moi, au temps que je rappelle caché derrière un des buissons de la Corse, plus inconnu que je ne l'avais été, mais dont la destinée, le génie avaient fait le premier homme du monde disposant alors en maître de toute la monarchie prussienne. Et ce rapprochement qui me reportait aux plus imposants souvenirs démon enfance, faisait sur moi la plus forte impression.

J'avais chargé le baron de Tann de commencer cette séance par un rapport statistique sur les pays et do- maines dont se composait mon gouvernement, et notam- ment sur la principauté de Fulde, celle de Brûckenau, et les vignobles de Johannisberg et de Salecker. Ce rapport fut fait avec exactitude et clarté, et devint la base de mes agissements. En rentrant de cette séance, je trouvai sur mon bureau, tant en or qu'en lettres de change sur Paris, 69,000 francs, savoir 60,000 francs pour ma bienvenue et 9,000 francs comme rappel depuis le !•' novembre d'un traitement de 600 francs par jour que me faisait le pays (1), indépendamment de 5,000 fr. par mois que, comme gouverneur, je recevais des caisses de Tarmée; et ces traitements étaient d'autant plus beaux que j'étais logé et meublé avec luxe, que je ne payais ni le bois, ni la lumière, ni le vin, ni le pain, ni la viande, ni le poisson, ni le gibier, ni le beurre, ni mon maréchal du palais, ni les vêtements ou livrées, ni les gages de mes six officiers de maison et de mes vingt domestiques, ni le fourrage (2); de même je n'eus qu'à céder à l'invi-

(1) L*iiitendaDt avait reçu à son arrivée 20,000 francs, ot touchait depuis le 1*^ novembre 200 francs de traitement par jour.

(2) 11 y avait plus de cent mille bouteilles de vin dans les caves du ch&teau; tous les autres objets étaient fournis par les bailliages ou payés par la caisse publique. Sur les objets fournis on préle- vait ce qui était nécessaire à ma table; le reste était vendu par les

TRAITEMENT DE GOUVERNEUR. 9

tation des membres du gouvernement pour me considérer comme héritant du prince d'Orange de dix chevaux de carrosse, dont cinq superbes, de quatre chevaux de selle, dont deux excellents, de deux belles voitures et d'une sellerie complète en tout point digne du reste. Vu la promptitude de leur départ, le prince et la princesse d'Orange avaient abandonné à Fulde ce qu'ils étaient parvenus à soustraire à la connaissance de ceux de mes honorables camarades ou chefs qui, depuis la guerre, avaient logé au château de Fulde. Ainsi et sans descendre à la valeur de tous les objets que je viens de citer, valeur que, sous le rapport seul de la table, une grande repré- sentation rendait considérable, pendant les cent quatre- vingt-quatre jours que je passai à Fulde, avec ma bien- venue de 60,000 francs, le traitement du pays qui s'éleva à 120,000 et 32,500 fr. de frais de représentation, je touchai le total de 212,500 fr.

Certes, et en bornant à mon seul usage les dépenses rigoureusement à ma charge et qui ne consistaient guère qu'en dépenses d'office, j'aurais pu économiser presque toute cette somme; mais de telles lésineries n'ont jamais été mon fait, et je me plaçai au niveau de mon rôle et du titre dont j'étais revêtu. Tous les gens de marque s'arrêtant à Fulde n'eurent de logement que le château, de table que la mienne; de plus, j'eus deux grands dîners par semaine, et, le mercredi soir, jour auquel il y avait toujours un cercle chez la prin- cesse d'Orange, il y eut réception au château. Mon cercle fut d'ailleurs aussi suivi que l'avait été celui de la prin- cesse, et, lorsque ma femme fut plus tard arrivée, on fut tellement enchanté d'elle que personne ne manqua à

soins de la chambre des finances, et le produit faisait partie des revenus de ce pays

10 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

nos soirées. Je les variais d'ailleurs autant que possible, souvent par des concerts que Lemière organisait et pendant lesquels, au besoin, il tenait le piano; comme je payais bien , il m'arriva d'assez loin des chanteurs distingués; j'avais fait venir de Cassel un pâtissier, en même temps confiseur et glacier habile, et les rafraî- chissements dépassèrent ce que l'on pouvait désirer. Pour ma table, j'ajoutai aux productions du pays les plus beaux poissons du Rhin, des faisans de la Bohême, des pâtés de Strasbourg, etc. La toilette de ma femme fut ce qu'elle devait être; enfin le service se fit d'autant mieux au château que, pour exciter le zèle de mes offi- ciers de maison et des domestiques, j'ordonnais une haute paye à chacun d'eux.

Ajouterai-je cependant que tout ce qui tenait au céré- monial était fort peu de mon goût? Mais le baron de Tann m'avait demandé avec une insistance extrême que rien ne fût changé au service du palais. Je n'étais à la tète de ce gouvernement que pour un temps donné, et, la paix faite, le pays redeviendrait l'apanage d'un prince* or le baron jugeait de toute importance que chacun y conservât l'habitude de ses devoirs. Les traitements étant conservés, il fallait que l'argent fût gagné afin qu'on n'eût pas l'idée de supprimer des fonctions qui se seraient trouvées interrompues. De la part du baron de Tann, ce plaidoyer en faveur des fonctionnaires signifiait : « Je veux conserver mon autorité, mon rôle, ma prépon- dérance, et pouvoir un jour me faire un mérite d'avoir maintenu tout le cérémonial de cette cour. > Toutefois, malgré cette faiblesse ou ce calcul, le baron de Tann était un digne et très loyal homme; il avait dans tout le pays de Fulde une influence que j'employai pour le bien du service; il me montrait d'ailleurs autant d'attache- ment que de dévouement; le désobliger eût été très

CÉRÉMONIAL DE COUR. 11

impolitique; je cédai donc en souriant; quant à ma femme, lorsqu'elle m'eut rejoint, j'obtins non sans peine qu'elle se soumît à l'étiquette qui l'ennuyait à mourir. Ainsi, pour donner un exemple du cérémonial, aux jours de ré- ception, où cent cinquante à deux cents personnes se réu- nissaient au château, ma femme ne paraissait que quand tous les messieurs étaient arrivés; elle chargeait le maré- chal du palais d'arranger les parties, elle se faisait pré- senter par le baron de Tann toutes les personnes du pays qu'elle recevait pour la première fois, et il devait veiller à ce que pas un de ces messieurs ne se retirât avant qu'elle et moi, nous fussions rentrés dans notre appartement. Et telle fut notre situation àFulde.

Un des premiers souvenirs qui se rattachent à mon entrée en fonction et aux responsabilités m'incombant dans le service de l'Empereur, a trait au passage à Fulde des gendarmes d'ordonnance; mais les faits qui avaient présidé à la création de ces gendarmes sont assez intéressants pour que le lecteur m'excuse si je leur con- sacre une digression.

Austerlitz n'avait laissé de bornes nia la puissance de Napoléon, ni à l'enthousiasme qu'il avait excité. Depuis Strasbourg jusqu'à Paris il avait trouvé toute la route couverte d'arcs et d'inscriptions de toute espèce, il avait vu de nuit toutes les villes illuminées, et tous ces signes de réjouissances n'étaient rien auprès du délire de son peuple. Ses alliés, en récompense de leur conduite, avaient tous reçu des accroissements de territoire aux dépens de la maison d'Autriche, et, comptant déjà des rois au nombre de ses vassaux, il avait conçu l'idée de ce grand empire qui devait porter le nombre de ses sujets à quatre-vingts millions, projet que l'on considéra comme le délire de l'orgueil, mais dont l'exécution était pour lui une nécessité et que la destinée, pendant un

12 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

moment, lui offrit le moyen d'accomplir(l). Exalté par tant de grandeur, jd'hommages et de puissance, il crut qu'il ne pouvait plus émettre une pensée qu'on ne l'admirât, avoir une volonté qu'on ne s'y soumît; jugeant qu'il était de sa dignité de posséder des gardes du corps, il entreprit d'en créer; mais, d'une part, ne pouvant parler ni de naissance, ni de distinctions sociales, à une époque on ne faisait encore cas que des services, il ima- gina de ne composer ces gardes que d'ofûciers ayant fait la guerre et autant que possible d'oflQciers blessés ou décorés; d'autre part, pour prévenir les propos du fau- bourg Saint-Germain, dont il redoutait d'autant plus

(1) J*ai possédé un exemplaire de la carte sur laquelle Napoléoa avait tracé les limites de ce grand Empire, limites qui, de fait, ne lui en laissaient pas; cette carte m'a été prise avec la liasse de mes pièces les plus précieuses. Quant & la possibilité de l'oxécutioa de ce projet, si la vanité n'avait pas aveuglé Napoléon au point de croire qu'il pouvait avoir des alliés, s'il ne s'était pas abusé sur ce fait que les forces qu'il ne détruisait pas seraient employées contre lui, si, au lieu de faire grâce à, des souverains incapables de lui pardonner leurs défaites, si, au lieu de multiplier ses orgueilleuses duperies, il avait compris que son trône fondé par le glaive ne pouvait avoir d'autres bases solides que des ruines, si, renonçant à terminer une grande guerre en cent jours, il avait profité do sa victoire pour se faire rejoindre par cent mille soldats de France et par autant de troupes nouvelles que lui eussent four- nies et les pays qui le secondaient et d'autres Etats dont il pouvait tirer des contingents, il aurait achevé d'exterminer en Moravie l'armée de Koutousow, de détruire ce qui restait de l'armée de l'Autriche (et certes ce n'était pas dilTlcile), il aurait démembré cet empire au prolit de qui de droit, forcé les comtes d'Habsbourg à. rentrer dans leur manoir seigneurial, recréé la Pologne en son entier, relégué l'autocrate dans ses régions glacées, rétabli au besoin le Brandebourg en marquisat, fondé de nouveaux États et changé toutes les dynasties. Qui aurait songé à résister, lorsque ce^foudre de guerre, & la tôte de quatre cent mille hommes que cent mille Polonais auraient promptement rejoints, se trouvait au cœur de la monarchie autrichienne sur les confins de la Hongrie et de la Pologne, et en mesure de couper par tronçons cette langue de terre de trois cents lieues de long qu'on nomme la monarchie prussienne?

PREMIER ESSAI DE GARDES DU CORPS. 13

l'opinion qu'il inclinait davantage vers lui, pour donner un gage à ce faubourg dont les habitants semblent avoir hypothèque sur tous les gouvernants de la France, il obtint qu'un M. d'Agoult, ancien officier des gardes du corps de Louis XVI, organisât les deux compagnies par lesquelles il entendait commencer.

Une indiscrétion, dont on ignorait la source, donna l'éveil sur ce projet; cependant, on n'y croyait pas; on en plaisantait même. Cela se passait au temps je me trouvais encore à Paris, et je partageais l'incrédulité générale lorsque trois ofQciers, ayant servi sous mes ordres, tous trois rentrés en France pour cause de bles- sures, mais rétablis, se présentèrent chez moi et me prièrent d'apostiller leurs demandes d'admission dans l'une de ces compagnies. Ces demandes étaient adressées à ce M. d'Agoult, et leur objet paraissait d'autant plus positif que les officiers me décl araient avoir vu M . d'Agoult, la veille, et tenir de lui l'avis que leurs demandes devaient être faites par écrit et appuyées au moins par un officier général. Certes je n'imaginais pas que ces officiers fus- sent capables de m'en imposer; pourtant la possibilité d'une erreur, la crainte d'apostiller quelque chose de ridicule, la peine que j'avais de concilier de la part de Napoléon tant de grandeur avec tant de petitesse, me déterminèrent à répondre qu'ayant les plus honorables renseignements à donner, non seulement j'appuierais leurs demandes, mais que je me chargerais même de les remettre personnellement; et en effet je me rendis immé- diatement chez ce M. d'Agoult, assez modestement logé rue Saint-Marc. Je le rencontrai; c'était un homme d'âge moyen. Très poli, il convint qu'il avait mission pour l'or- ganisation des gardes du corps; je lui parlai des officiers que j'avais à lui recommander; ils réunissaient les con- ditions voulues par les instructions, dont il me lut lui-

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même les dispositions, et, rien ne s'opposant à leur admis- sion provisoire, il prit le contrôle de la première des compagnies (le contrôle des deux était commencé) et, en ma présence, inscrivit mes trois officiers, en portant sur leurs demandes les numéros correspondant à ceux de leurs inscriptions.

Mais si, à ma connaissance, l'armée ne joua pas de rôle dans cette affaire, si les généraux s'abstinrent de se prononcer, si le public ne parut pas s'en occuper, il n'en fut pas de même de la garde impériale. A la nouvelle de cette formation, les grognards murmurèrent et bientôt eurent tous leurs camarades pour écho; loin de les con- tenir, leurs ofûciers les excitèrent, et ces cris : c Nous ne céderons les services des appartements à personne... Nous ne souffrirons aucun intermédiaire entre l'Empe- reur et nous , furent répétés avec tant d'accord et d'exas- pération, qu'il ne fut plus question des compagnies que M. d'Agoult était chargé de former. Or cet abandon n'était qu'un ajournement, et lorsque la bataille d'Iéna eut fait raison de la dernière des quatre grandes puissances militaires de l'Europe, Napoléon, jugeant le moment favo- rable, revint à son projet et, sous un nom différent, voulut accomplir à l'armée ce que vainement il avait tenté à Paris. Il ordonna donc la formation de deux compagnies de gendarmes d'ordonnance; ces compagnies, de deux cents hommes chacune furent composées de sous-officiers et déjeunes gens bien nés, reçurent un uniforme écar- late (l)ettrès beau, se formèrent à Mayence, sous l'inspec- tion du maréchal Kellermann, et, par les mêmes motifs qui avaient fait confier l'organisation des gardes du corps à

(1) Le gilel était écarlate, tressé et galonné en argent ; l'habit vert à la française sans passepuil, orné de l'aiguillette en argent; le pan- talon vert, tressé d'argent ; le shako garai en argent portait un plumet blanc.

GENDARMES D'ORDONNANCE. 15

M. le comte d'Agoult, ces compagnies de gendarmes furent formées et commandées, la première par M. le YÎcomte de Laval, la seconde par M. le duc de Choi- seul, le même qui, en 4795, jeté par la tempête sur la côte de Calais, eût été victime de la loi sur les émi- grés, si les clameurs indignées de la France n'avaient con- tribué à le sauver (1); c'est le même qui, depuis sa ren- trée en France, a marché avec honneur dans une voie à la fois nationale et gouvernementale ; car, n'ayant pas occupé de fonctions publiques sous la Restauration, il est aujourd'hui pair de France, gouverneur du Louvre et aide de camp du Roi.

Pour en revenir aux compagnies de gendarmes, les ordres de l'Empereur portaient que, dès qu'elles seraient prêtes, elles devaient être dirigées en toute hâte sur le quartier impérial; il prétendait que, à la faveur de cet espèce de déguisement, elles fissent la guerre sans effa- roucher la garde, qu'elles pussent être citées dans les bulletins et qu'elles reçussent ce qu'on appelait le baptême du sang (2). L'Empereur attendant, comme je

(1) A la tête d'un régiment de hussards qui portait son nom, M. de Choiseul soutint la cause de rémigration : mais, après le triomphe des patriotes, il voulut quitter l'Europe et s*embarqua pour aller, avec les restes de son régiment, servir l'Angleterre aux Indes orientales. Le 17 novembre 1795, un gros temps le jeta sur la côte de Calais, ainsi qu'une partie de ses soldats, ils furent traduits devant une commission militaire, chargée de les juger au môme Utre que les émigrés rentrés ; cette com- mission les acquitta; mais le Directoire, la Cour de cassation, le Corps législatif s'unirent pour faire casser cet arrêt ; c'est alors que l'opinion publique s'indigna de ce qu'on prétendit appliquer à des naufragés la loi qui punissait de mort les émigrés volontaire* ment rentrés, et l'affaire, dite des Naufragée de Calais^ eut en son temps l'intérêt et le retentissement d'une cause célèbre. (Eu.)

(2) l'Empereur était sûr d'ailleurs qu'un tel corps, composé de jeunes Français, ne le céderait en vaillance à aucun autre; en effet, la première fois que la compagnie de M. de Laval se trouva en présence de l'ennemi, elle fit une charge magnifique ; il eût donc

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viens de le dire, avec tant d'impatience ses gendarmes, le maréchal Kellermann, exécuteur inexorable de ses vo- lontés, ordonna que la première compagnie partît le lendemain du jour les derniers chevaux avaient été livrés. M. de Laval observa que la moitié de ces chevaux étaient à referrer et, avec toute raison, demanda vingt- quatre heures de répit, ne fût-ce que pour éviter que de plus longues haltes ne retardassent son arrivée; mais il eut beau prier, il n'obtint rien. Parvenue Fulde, cette première compagnie me suivit de quatre ou cinq jours, le tiers des chevaux boitaient. En mettant pied à terre, M. de Laval se rendit donc, suivi de ses officiers, chez moi et me représenta l'urgence absolue d'un séjour; il s'agis- sait d'un corps que l'Empereur réclamait et dont il avait fixé l'itinéraire, et il était question d'assumer sur moi une responsabilité dont le maréchal Kellermann n'avait pas voulu se charger. Je fis part de mes scrupules à M. de Laval; mais, comme de son côté ses réponses furent péremptoires, je le priai de consigner dans une lettre les motifs de sa demande, et, d'après ces raisons écrites, je pris sur moi de l'autoriser à un séjour dont je rendrais compte de suite au major général : deux heures après, je reçus trois pages de l'écriture du duc, qui terminait

suffi de quelques faits de cette nature pour que l'Empereur pût appeler ces compagnies auprès de lui et pour qu'il en fît ses guides, à l'instar des guides qu'il avait eus à l'armée d'Italie; il aurait accoutumé le peuple à les voir; il leur aurait fait précéder à Paris le retour de la garde ; il leur eût conservé un rôle auprès de sa personne, et, leur concédant des prérogatives et des grades, peu A peu il fût arrivé A son but. En attendant la maiion bleue, il eût formé la maiton rouge \ mais la paix survint, et, la garde ne se montrant pas plus favorable A celte seconde tentative, celle-ci échoua comme la première avait échoué. La compagnie de M. de Laval ne repassa donc le Rhin que pour être licenciée; celle de M. de Choiseul ne le passa même pas, et il ne fut plus question de gardes du corps.

SOLENNELLE ESCORTE. 17

l'exposé de ses motifs par ces mots : c Je supplie donc Votre Excellence, etc. > Sans doute je recevais ce titre d'Excellence de tous ceux qui relevaient de mon auto- rité, et même mon secrétaire général me le donnait en contresignant mes actes; ma qualité de gouverneur et surtout de chef du gouvernement d'un État le justifiait; en Allemagne, d'ailleurs, ce titre appartient à tous les généraux, et, pour ne considérer que lefoud des choses, ces formules de salamalec n'ont pas grande signification. Je fus pourtant surpris de recevoir d'un Montmorency une pareille marque de déférence, et, vis-à-vis d'un homme que son nom pouvait placer au-dessus de toute infério- rité, je dus paraître flatté de la supériorité qu'il affectait de me reconnaître. Informé d'avance du passage de ses gendarmes, j'avais ordonné qu'ils fussent logés et traités le mieux possible; j'avais fait préparer un appartement au château pour M. de Laval, que j'avais prié d'accepter ma table; de plus, considérant ces gen- darmes comme un corps d'officiers, je m'étais abstenu d'en passer la revue, me bornant à me les faire présenter dans les appartements par leur capitaine; enfin, et pour le lendemain, je fis inviter à dîner tous les officiers du corps et trente gardes, pour lesquels j'envoyai à M. de Laval trente invitations en blanc; bref, je les traitai de telle sorte qu'ils se prirent pour moi d'un bel enthou- siasme. J'eus, le jour qu'ils passèrent à Fulde, à faire chanter un Te Deum pour je ne sais plus quelle vic- toire; M. de Laval, au nom de toute sa compagnie, exprima le désir de m'escorter à pied depuis le château jusqu'à l'église, désir qu'il obtint de réaliser après quelque résistance de ma part. Ainsi, à la tète de quatre grands dignitaires de la ci-devant cour, des membres du gou- vernement, des vingt-quatre conseillers d'État, des fonc- tionnaires français, mon escorte, indépendamment des

IT. î

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troupes qui formaient la haie et des hussards de Fulde qui ouvraient et fermaient la marche, se trouva com- posée de deux cents gendarmes d'ordonnance, en grande tenue, le sabre à la main et commandés par un Montmo- rency. Et voilà comment les gouverneurs de Napoléon étaient traités avec autant d'honneur que des souve- rains. De fait, au point de vue du rang comme des rétri- butions, c'est à Fulde, j'étais encore simple général de brigade, que j'ai atteint mon apogée. Pour en terminer avec le Te jD^m^ j'ajouterai que le temps était si couveii; qu'en partant du cb&teau, nous ne pouvions penser que sans pluie nous arriverions jusqu'à l'église; toutefois il se maintint tel pendant toute la messe; mais, au moment commença le Te Deum, les nuages se séparèrent pour laisser percer le plus brillant soleil qui illumina l'église. Eh bien,rimpression que ce fait insignifiant produisit sur toute la population de Fulde est incroyable, et peut-être ne fut-il pas sans influence sur la conduite des habitants, dans une circonstance fort grave et dont je ne tarderai pas à parler.

Peu de temps après, je reçus du major général une dépèche dont le contenu me surprit vivement : c L'Em- pereur, me disait-il, défend qu'aucun général ne re- joigne le quartier impérial ni aucun des corps de la grande armée, à moins d'être muni de lettres de ser- vice ou d'ordres spéciaux qui l'y appellent. Vous veil- lerez donc à ce que dans votre gouvernement cet ordre soit ponctuellement exécuté, et vous ferez rétrograder sur la France tout