^vS ^'so #J ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, TOME IL // l 1 k { I IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD, KUH OARASCtÈRE , N. 5. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, L\ BOTAINIQUE, r.'ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE C03IPARÉES DES DEUX BÈG^ES, ET l'histoire DES CORPS ORGANISÉS FOSSILES ; REDIGEES POUR LA ZOOLOGIE PAR MM. AUDOUIN ET MîLNE-2:DWARDS , ET POUR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. BRONGNîART ET GUILLEMIN- Jf»rronîie Série. TOME SECOND. — ZOOLOGIE. PARIS. CROCHARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR, PLACE DE l'École de hédecine , «. «3. 1834. ANNALES Des SCIENCES NATURELLES PARTIE ZOOLOGIQUE. Rapport fait à C Académie des Sciences sur un mémoire de M. CosTE, intitulé: Recherches sur la génération des Mam- mijères. Par MM. Serrks, Isidork Geoffroy-Sa.int-Hilairk, et DuTROCHET, rapporteur. Ce mémoire , dont le titre semble indiquer des recherches générales sur la génération des niammifères, ne contient dans le fait que des recherches sur l'ovologie du lapin. L'auteur an- nonce ce mémoire comme un premier travail qui doit être suivi par d'autres travaux du même genre. Après avoir étudié l'oeut dans l'ovaire, il le suit dans l'utérus et il décrit les divers phé- nomènes de développement qu'il y subit. Il n'y a pas très long-temps que l'on s'accorde généralement à reconnaître, que les femelles des mammifères ont des oeufs ana- logues à ceux des ovipares. Leur découverte est cependant déjà ancienne dans la science, car elle remonte à Graaf, qui découvrit de véritables œufs dans les cornes de l'utérus des lapines fécon- dées. Il chercha à découvrir ces mêmes œufs dans l'ovaire, mais ses recherches, à cet égard, ne furent pas couronnées de succès. On sait que les ovaires des femelles mammifères présentent des 6 cosïK. — Génération des Mammifères. vésicules de différentes grosseurs et remplies d'un liquide albu- mineux. Ces vésicules qui avaient été vues antérieurement, par beaucoup d'anatomistes, furent considérées par Graaf comme de véritables œufs. Cependant comme il lui fut facile de reconnaître que ces œufs prétendus étaient, environ , dix fois plus gros que ceux qu'il avait trouvés dansl'utérus de la lapine fécondée, il admit que les œufs dans l'ovaire, renferment une autre matière qu'ils perdent en passant dans l'utérus, ce qui fait qu'ils deviennent plus petits. Ceci était une erreur sans doute, mais elle n'était pas bien éloignée de la vérité. Avant d'aller plus loin, jetons ici un regard sur la structure de l'œuf de l'oiseau observé dans l'ovaire. L'œuf de l'oiseau dans l'ovaire est contenu dans une capsule (ou calice), dans laquelle il est complètement libre ou exempt d'adhérences. Cette capsule s'ouvre lors de la maturité de l'œuf pour le laisser échapper, et le pavillon de l'oviducte s'en empare. La structure de l'œuf de l'oiseau, pendant qu'il est encore dans l'ovaire, a été dévoilée dans ces derniers temps, par les recherches de Baër et de Purkingé. Le premier a vu qu'il existe, au milieu de la matière émulsivedu jaune, une petite cavité qui communique par un canal avec la partie extérieure de l'œuf, là où se trouve la cicatricule. Purkingé a vu que dans cet endroit il se trouve une vésicule un peu aplatie, fort petite et remplie d'un liquide dia- phane. Cette vésicule qui paraît être venue du centre du jaune à la surface, par le canal dont nous venons de faire mention, ne s'observe que dans les œufs encore contenus dans la capsule de l'ovaire , elle a complètement disparu dans les œufs parvenus dans l'oviducte. Purkingé émet dans son ouvrage (i) l'idée que cette vésicule est rompue par les contractions de l'oviducte et que la lymphe épanchée dans la cicatricule sert, par son mé- la!)ge,avec la substance que cette cicatricule contenait, à former le colliquamentum à granules blancs qu'on y observe. Mais dans une note mise au second paragraphe de sa dissertation, note qui paraît avoir été ajoutée après coup et au moment de l'impression, Purkingé revient sur l'idée qu'il vient d'émettre, et il dit qu'il lui paraît actuellement plus vraisemblable que la vésicule qu'il a (i) Siinbola ad ovi aviuni bisturiam aule iiicubalioiiem , i83o. coST£. — Génération des Mammifères. 7 découverte forme le blastoderme, et que ses deux hémisphères s'étendent en double membrane. Le blastoderme, en effet, com- poséde deux membranes supcrposées,peut être considéré comme une vésicule aplatie et dont les deux hémisphères ont été mis en contact.Cette opinion, à laquelle s'arrête Purkingé, mérite un sérieux examen. Cela doit engager à faire de nouvelles recher- ches sur le sort qu'éprouve la vésicule de Purkingé après la fé- condation. Si les faits étaient confirmatifs de fopinion de cet auteur, il en résulterait que l'animal serait primitivement une simple vésicule dont la première transformation serait un apla- tissement en deux segmens d^ sphère emboîtés , car le blasto- derme qui serait ainsi produit, est véritablement l'animal futur tout entier encore en germe et voisin de la forme sous laquelle il a commencé à exister. Revenons actuellement à lu* recherche de l'œuf des mammi- fères dans l'ovaire. Chaque vésicule de Graaf ne pouvait évidem- ment être comparée cpi'à la capsule qui renferme l'œuf de l'oi- seau. C'était donc dans sa cavité qu'il fallait chercher le véritable reuf de la femelle mammifère. C'est ce que firent, les premiers, MM. Prévost et Diunas qui publièrent leurs observations sur cet objet en i825,dans leur troisième mémoire sur la génération. Ayant ouvert une vésicule de Graaf dans l'ovaire d'une lapine ils recueillirent le fluide qui s'en écoula, et l'ayant examiné au mi- croscope ils trouvèrent nageaiit librement dans ce liquide \\\\ petit corps oviforme qui leur parut devoir être l'œuf véritable. Cependant ils observèrent qu'd était plus petit et plus opaque que les œufs qu'ils avaient trouvés dans les cornes de l'utérus de la lapine, en sorte qu'il put rester dans leur esprit quelques doutes à cet égard. Plus tard , P>aër répéta ces observations et, ayant toujours trouvé ce corps oviforme ilans la vésicule deGraal, il émit la singulière idée que cette vésicule était un œuf conte- nant un aiUre œuf. L'œuf des mammifères était ainsi, selon son expression assez singulièrement mathématique, un çr\x{ élevé à la seconde puissance. Il eût été plus conforme à la vérité de con- sidérer la vésicule de Graaf, conune une capsule ovarienne qui, au lieu de ne contenii- que l'œuf tout seul, connue cela a lieu chez l'oiseau, contient de |)lus un liquide dans lecpicl nage cet. 8 cosTE. — Génération des Mammifères. œuf. Tel était l'état de la science, lorsque M. Coste a commencé ses recherches sur ce même objet. H trouve constamment dans chaque vésicule de Graaf le petit corps oviforme que les précé- dens observateurs avaient vu avant lui; mais plus heureux qu'eux, il découvrit dans ce petit corps oviforme des particularités d'or- ganisation qui achevèrent de lui démontrer ce que l'analogie in- diquait déjà: savoir que ce petit corps oviforme était véritable- ment l'œuf de la femelle mammifère observé dans l'ovaire et avant la fécondation. M. Coste ayant extrait un de ces œufs , d'une vésicule de Graaf, chez une lapine fraîchement tuée et l'ayant soumis au microscope il y découvrit dans le voisinage de sa surface un champ transparent circulaire qui se détache nette- ment sur le corps opaque de cet œuf. Ce champ transparent circu- laire paraît être une vésicule diaphane dont la positionna forme et l'aspect sont en tout identiques à ce qu'on observe chez la vé- sicule de Purkingé , dans l'œuf des oiseaux. Ici l'analogie paraît évidente, autant du moins qu'on peut la constater entre des objets microscopiques. Il ne paraît donc point douteux que le corps oviforme flottant dans le liquide que contient la vésicule de Graaf ne soit véritablement un œuf. Cet œuf, rempli d'une matière opaque, analogue à la matière du vitellus de l'oiseau, est enveloppé par une membrane diaphane dont le microscope fait voir l'épaisseur par transparence sur la circonférence de l'œuf. Voila tout ce que l'observation apprend ici; cependant M. Coste reconnaît à cet œuf une organisation plus complexe, ainsi que nous allons le dire tout-à- l'heure. Vingt-quatre heures après l'accouplement M. Coste a trouvé des œufs dans l'utérus d'une lapine. Ils étaient d'une extrême petitesse , on ne pouvait les voir qu'avec une forte loupe: trans portés sous le microscope ils ne présentaient aucun vestige de ce champ transparent circulaire, que nous avons dit plus haut, attester la présence de la vésicule de Purkingé. Ainsi cette vésicule disparaît lorsque l'œuf est arrivé dans l'utérus de la lapine , comme elle disparaît lorsque l'œuf de l'oiseau est arrivé dans l'o- viducte. C'est un nouveau point d'analogie, qui achève de prou- ver que c'est véritablement la vésicule de Purkingé, que M. Coste a découverte dans l'œuf de la lapine contenu dans l'ovaire. cosTE. — Génération des Mammifères. 9 Le troisième jour après l'accouplement M. Coste a trouvé de cinq à sept œufs dans les cornes de l'utérus : ils avaient acquis le diamètre d'une ligne environ ; on les voyait à l'œil nu, ils n'adhé- raient point du tout à l'utérus, en sorte qu'on les faisait mou- voir en soufflant dessus. Un de ces œufs étant placé dans l'eau dans un cristal de montre, on voit qu'il est presque transparent et il ne paraît posséder qu'une seule membrane enveloppante. Mais bientôt il se manifeste un phénomène qui dévoile ici l'exis- tence de deux membranes. Cet œuf contient un liquide organique plus dense que l'eau dans laquelle il est plongé, il ne tarde donc pas à se développer un phénomène d'endosmose. L'eau s'intro- duit au travers de la membrane extérieure de l'œuf, et son in- troduction décolle de cette membrane une autre membrane qui était exactement appliquée sur sa face intérieure et qui, par conséquent, ne pouvait être aperçue. On voit alors que l'œuf est composé de deux membranes, l'une extérieure, très diaphane, l'autre intérieure qui paraît granuleuse et demi transparente. M. Coste désigne la membrane extérieure par le nom de mem- brane vitelline , et ayant reconnu par des observations subsé- quentes qne la membrane intérieure est l'analogue de la mem- brane blastodermique de l'œuf d'oiseau, il lui a impose ce même nom. Cette membrane blastodermique enveloppe déjà tout le vitellus dont la matière est devenue transparente, en sorte que ce développement correspond pour son étendue à celui que l'on n'observe, que du 12* au 14*^ jour de l'incubation dans l'œuf delà poule, ce qui peut s'expliquer, par la considération de l'énorme différence, qu'il y a entre le vitellus microscopique de la lapine et le gros vitellus de la poule. Or M. Coste admet, et nous venons de le dire, sans preuves suffisantes, que cette même membrane blastodermique existe dans l'œuf encore contenu dans l'ovaire et qu'elle y enveloppe lous les vilellus. Nous avons vu cet œuf de l'ovaire plongé dans l'eau y demeurer sans rendre aucunement apparente cette membrane blastodermique que M. Coste prétend y exister et que l'endosmose décolle et rend si promptement apparente ohez lœiifde lapine pris dans l'utérus. Ainsi l'observation ne dé- montre point du tout ici l'existence de la membrane blastoder- lO cosTt. — Génération des Mammifères. mique et le corps opaque que contient l'œui ne paraît être autre chose que la matière du vitellus. M. Coste admet que la membrane diaphane qui revêt exté- rieurement l'œuf de lapine pris dans l'utérus est la même que la membrane diaphane qui revêt extérieurementl'œuf pris dans l'ovaire. Cette assertion nous paraît très fondée et nous devons dire ce qui nous détermine à adopter cette opinion. Le vitellus de l'œuf d'oiseau possède dans l'oviducte et après la ponte deux enveloppes membraneuses que recouvre l'albu- men. La membrane intérieure vient de l'ovaire , c'est la mem- brane i'iVe//me. La membrane qui la recouvre est la membrane chalazifère , acquise par l'œuf dans l'oviducte. Cette dernière membrane est inorganique, elle est formée par la condensation d'un fluide sécrété. Il ne paraît pas en être de même de la mem- brane vitelline qui vient de lovaire. Cette membrane paraît jouir de la vie, car elle contracte adhérence intime avec les organes vasculaires qui deviennent en contact avec elle pendant l'incu- bation , et elle se confond organiquement avec eux, tandis que ces mêmes organes vasculaires refusent complètement de con- tracter union avec la membrane chalazifère avec laquelle ils se trouvent aussi en contact. On trouve à la fin de l'incubation des débris chiffonnés auprès du vitellus qui en a été dépouillé. C'est ce que l'un de nous a précédemment démontré. Or comme il ne peut s'opérer d'union organiqiie qu'entre deux tissus vi- vans et organisés, il en résulte (jue lamembiaiie vitelline qui enveloppe l'œuf dans l'ovaire et qui le suit dans l'oviducte ou dans l'utérus est une membrane organisée et non une fausse membrane. Nous avons vu , en suivant les observations de M. Coste que la membrane diaphane qui enveloppe dans les premiers temps l'œuf pris dans l'utérus se comporte comme la membrane vitelline de l'œuf d'oiseau, elle se confond par adhé- rence avec les tissus vivans qui l'avoisinent. Ainsi il ne nous paraît pas douteux que la membrane qui enveloppe extérieure- ment l'œuf de la lapine dans l'utérus ne soit la membrane vitel- line qui enveloppait ce même œuf dans l'ovaire. Cette membrane que nous considérons comme organisée ne possède cependant point de vaisseaux, mais la membrane blastodermique n'en cou- cosTE. — Génération des Mammifères. 1 1 tient point non plus dans les premiers temps et n'en est pas moins organisée. La présence des œufs dans l'utérus de la lapine et la structure de ces œufs, avaient été constatées il y a plus de cent-cinquante ans par Graaf. Cet observateur ne trouva les œufs dans l'utérus que soixante-douze heures après l'accouplement, il les vit en- core plus distinctement du quatrième au septième jour de la gestation. Il vit que ces œufs, remplis d'un liquide diaphane, n'adhéraient pointa l'utérus, et qu'on les faisait mouvoir facile- ment rien qu'en soufflant dessus. Il vil qu'ils possédaient deux tuniques d'une extrême ténuité. Ce résultat, ajoute-t-il, pourra paraître incroyable , mais il m'a été démontré tJ^ès facilement au moyen d'une petite industrie. Graaf ne dit point quelle est cette industrie au moyen de laquelle il est parvenu à voir très facile- ment les deux tuniques de l'œuf; il nous paraît évident que cette industrie est la même que celle au moyen de laquelle M. Coste, est parvenu à mettre en évidence ces deux mêmes tuniques. Nous avons dit que c'était en plongeant ces œufs dans l'eau , la- quelle s'introduit alors par endosmose dans l'œuf, et sépare la membrane blastodermique de la membrane vitelline. Le sixièmejour après l'accouplement, l'utérus, qui jusqu'alors n'avait présenté aucune modification apercevable , commence à offrir, dans l'endroit où il correspond à l'insertion des vais- seaux, la tuméfaction de deux saillies parallèles de sa membrane interne, saillies dont la direction longitudinale suit celle de l'axe longitudinal delà corne de l'utérus. C'est dans cet endroit que s'arrêtent et que se fixeront plus tard les œufs qui ont ainsi une place d'élection. Graaf avait aperçu ce phénomène qu'il a noté en disant que le huitième jour de la gestation , les œufs qu'on ne pouvait plus séparer de l'utérus, avaient leur enve- loppe plus rouge à l'endroit de l'utérus où aboutissent les vais- seaux hypogastriques. D'après les observations de M. Coste , c'est le septième jour (jue l'on commence à apercevoir les premiers linéamens du corps de l'embryon ; ils ne consistent encore qu'en une tache constituée par des nuages de granules. Celte tache existe à la face externe de la membrane blaslodermique, ou dans la super- 12 cosTK. — Génération des Mammifères. ficie de son tissu. On distingue la ligne longitudinale, suivant laquelle sera dirigé l'axe cérébro-spinal de l'embryon , et on voit que cet axe est toujours placé suivant l'axe longitudinal de la corne de l'utérus. Le huitième et le neuvième jour, l'embryon a acquis un plus grand développement, ses formes générales commencent à se dessiner. Alors la membrane vitelline devient intimement adhé- rente à la membrane blastodermique , en sorte que l'introduc- tion de l'eau par endosmose ne peut plus désormais les séparer. Elles se réunissent en un seul tout orgaiiique. Dans le même temps l'utérus produit par sécrétion autour de chaque œuf une fausse membrane , ou une membrane adventive et inorganique qui a été désignée par Baër sous le nom de membrane corticale, nom que M. Coste adopte provisoirement. Cette membrane ad- ventive, qui mériterait peut-être plutôt le nom (^ enduit, n'est point comme l'a pensé Baérune transformation de la membrane que l'œuf a apportée de l'ovaire. Elle finit par se dissoudre et par disparaître à une époque avancée de la gestation. La membrane blastodermique forme une poche vésiculeuse qui , lors du développement de l'embryon , reste à-peu-près tout entière en dehors de son abclomen , lequel ne recèle que son pédicule par lequel elle est unie à l'intestin. Ce pédicule n'est point visible chez le lapin , cette poche appendiculaire cesse alors de porter le nom de membrane blastodermique , elle prend le nom de vésicule ombilicale chez les fœtus des mammi- fères. Cette vésicule a, chez le lapin, un volume très considéra- ble par rapport au volume de l'embryon , qui , le ventre tourné vers elle , est enfoncé dans sa portion déprimée : cette dépres- sion augmente graduellement, en sorte que le fœtus en s'enfon- çant de plus en plus dans cette dépression , dont la profondeur augmente sans cesse, tend à s'en faire une double coiffe sembla- ble à celle que forme un bonnet de nuit d'homme enveloppant la tête. La vésicule ombilicale ainsi invaginée en elle-même offre alors deux voûtes inégales emboîtées et qui sont séparées par un liquide diaphane et visqueux, La quantité de ce liquide in- terposé diminue progressivement, et les deux voûtes, se rappro- chant sans cesse , finissent par arriver en contact et enfin par 1 cosTE. — Génération des Mammifères. i3 se souder intimement. Alors le foetus, avec son amnios, qui est son enveloppe immédiate, se trouve environné par deux mem- branes organiques formées par la plicatureinvaginéede la vési- cule ombilicale. Cette vésicule, tant qu'elle est simplement mem- brane blastodermique, ne possède po'nt de vaisseaux et n'en est pas moins une membrane organique vivante. Ses vaisseaux apparaissent vers le neuvième jour de la gestation , ils appar- tiennent, comme on sait, aux vaisseaux omphalo-mésentéri- ques. M. Coste pense, et cela nous paraît évident que la voûte interne de cette vésicule invaginée reçoit seule ces vaisseaux, et que la voûte externe de cette même vésicule n'en reçoit point. Toutefois il est bon de faire observer que, vu l'adhérence in-^^ time qui finit par confondre ces deux voûtes emboîtées en une seule membrane, les vaisseaux de l'iuie doivent être également les vaisseaux de l'autre. L'enveloppement du foetus lapin par une membrane que nourrissent les vaisseaux omphalo -inésentériques, avait été vu il y a long-temps par Needham et par Daubenton ; feu M. Cuvier a constaté ce fait d'une manière encore plus positive et c'est véritablement à lui que l'on doit de savoir que c'est la vésicule ombilicale qui, par sa plicature, enveloppe ici le fœtus ; mais il ne paraît point avoir vu cette plicature et cet en- veloppement s'opérer. M. Coste a été plus heureux à cet égard. Il a vu et nous avons vu avec lui les diverses phases de cet en- veloppement du fœtus lapin par la vésicule ombilicale. Ce phé- nomène, qui est commun à tous les rongeurs, est, jusqu'à ce jour, un phénomène exceptionnel qui ne se rencontre que dans cette famille de mammifères. Les deux membranes orga- niques vasculaires ou non vasculaires, qui enveloppent au de- hors de l'amnios, le fœtus de ceux des autres quadrupèdes dont on a étudié l'ovologie, ont une autre origine. C'est vers le neuvième jour que l'on commence à apercevoir l'amnios qui est détaché du corps de l'embryon par l'interposi- tion d'un liquide. M. Coste considère cette membrane comme un épiderrae qui aurait été soulevé : cette opinion n'est appuyée sur aucune preuve. Vers le dixième jour de la gestation on voit naître la vessie ^f^ cosîE. — Génération des Miunmiferes. ovo - urinaire qui sort de la région hypogastrique du fœtus. M. Coste évite avec raison de donner à cette vessie le nom à' allantoïde , car, ainsi que l'a fait remarquer l'un de nous, la poche urinaire fœtale, à laquelle on a donné le nom à'allantoïde chez les ruminans, n'est point l'analogue exact de la poche uri- naire fœtale que M. Coste désigne avec l'un de nous sous le nom de vessie ov o -urinaire . L'allantoïde n'est que la doublure intérieure de la vessie ovo-urinaire et l'existence de cette dou- blure , ou n'est pas constante , ou n'est pas toujours aperceva- ble, tandis que la vessie ovo-urinaire existe certainement tou- jours chez le fœtus des mammifères, comme chez le fœtus des oiseaux. L'observation de la naissance et de l'évolution de la vessie ovo-urinaire, chez le fœtus lapin est certainement un des faits les plus curieux de l'ovologie des mammifères et c'est un fait neuf. Ce fait avait pu être supposé par l'analogie du même fait chez le poulet , mais il est heureux d'avoir pu le constater directement. Au reste cette vessie ovo-urinaire du fœtus lapin, ressemble piuTaitement à celle du poulet, mais son évolution n'offre que la première partie de celle du poulet , elle cesse d'amplifier sa cavité lorsqu'elle n'a acquis encore qu'une assez faible dimension. Alors le fœtus lapin enfermé dans une dépres- sion de sa grosse vésicule vitelline, pourvu d'une petite vessie ovo-urinaire qui n'a point de plicature, ressemble tout-à-fait au poulet observé vers le cinquième jour de l'incubation, ainsi que l'a dit feu M. Cuvier. La vessie ovo-urinaire du fœtus lapin n'est point destinée à l'envelopper par sa double plicature, ainsi que cela a lieu chez le poulet. A peine élancée hors de labdomen , cette vessie ovo-urinaire du fœtus lapin , s'aplatit par son fond en contact avec l'utérus et lui devient adhérente. Ses parois s'é- paississent considérablement, et cet aplatissement constitue le placenta. Ainsi ce dernier est véritablement une sorte d'hy- persarcose de la vessie ovo-urinaire. Ici la nature , prise pour ainsi dire sur le fait, confirme ce que l'un de nous a annoncé depuis long-temps relativement à la nature et à la formation du placenta. Cette partie importante de l'organisation fœtale, n'est point à propreuient parler , un organe sui generis; c'est, comme nous venons de le dire, une sorte ^hjpersarcose de la vessie cosïK. — Géiiéralion des Mumuiijères. i5 ovo-uriuaire , hypersarcose qui est ici dans l'ordre normal de la nature. La vessie ovo-urinaire du poulet reçoit les mêmes vaisseaux que le placenta simple ou multiple des fœtus des mammifères ; ces vaisseaux sont les deux artères et la veine ombilicales. La similitude des vaisseaux indiquant nécessairement la simi- litude de l'organe auquel ces vaisseaux, se distribuent il en ré- sultait, ainsi que l'un de nous l'a dès long-temps établi, que le placenta simple ou multiple est une portion développée de la vessie ovo-urinaire du foetus. Cette vérité a éprouvé le sort de la plupart des vérités nouvelles, desquelles Fontenelle disait spi- rituellement que ce sont des coins qu'il faut faire entrer par le gros bout; elle a été généralement méconnue. L'observation di- recte la confirme aujourd'hui. La vessie ovo-urinaire ne forme ici que le placenta tout seul, au-dessous duquel il reste une petite portion de sa cavité qui ne s'oblitère point; elle ne donne point naissance à ces deux enveloppes fœtales, observées chez le fœtus de plusieurs autres genres des mammifères, enveloppes qui reçoi- vent dans la totalité ou dans quelques portions seulement de leur étendue les mêmes vaisseaux que le placenta, c'est-à-dire, les vaisseaux ombilicaux, ce qui atteste qu'elles appartiennent comme lui à la vessie ovo-urinaire. La même vessie ovo-urinaire est un prolongement, une exten- sion de la vessie du fœtus ou plutôt ces deux poches organiques n'en constituent véritablement qu'une seule qui étant étran- glée à la sortie de l'abdomen , se divise en deux lobes, l'un fort petit dans l'origine et qui constitue la vessie urinaire pro- prement dite, l'autre beaucoup plus grand et qui constitue la vessie ovo-urinaire. Ainsi c'est véritablement par la vessie que le fœtus des mammifères s'implante à l'utérus et se nourrit. La naissance et le développement de la vessie ovo-urinaire doivent nécessairement apporter du changement dans la posi- tion primitive du fœtus. Cette vessie se portant vers l'un des cotés du fœtus, fait que ce dernier qui jusqu'alors avait eu le ventre tourné vers sa vésicule ombilicale déprimée, et le 'dos tourné vers la paroi voisine de l'utérus, éprouve une demi- révolution ; il se trouve alors avoir le dos tourné vers la vésicule i6 cosTK. — Génération des Mammifères. ombilicale déprimée et le ventre tourné vers la paroi voisine de l'utérus. Ce changement de position s'opère du dixième au treizième jour de la gestation. Les œufs de la lapine sont complètement libres d'adhérence à l'utérus pendant les cinq ou six premiers jours de la gestation. Le fœtus rudimentaire que contient chacun d'eux ne puise donc sa matière nutritive que dans les fluides sécrétés par l'uté- rus, car la petite quantité de matière vitelline que contenait l'œuf dans l'ovaire, a disparu dés les premiers jours ; elle a servi au développement précoce et rapide de la membrane blasto- dermique , ou de la vésicule ombilicale : cette vésicule ne con- tient plus ensuite qu'un fluide muqueux dont la quantité s'ac- croît pendant un certain temps, ce qui prouve que c'est un fluide sécrété et non un fluide alimentaire. C'est l'analogue du fluide muqueux qu'on troiive dans le vitellus du poulet, après que toute la matière émulsive a été absorbée; la nutrition du fœtus par les fluides sécrétés qui environnent l'œuf dans l'uté- rus est donc ici un fait incontestable. Ce fait avait déjà été établi par l'un de nous, d'après des observations faites sur la gestation de la brebis. C'est ainsi également que se nourrissent les fœtus de la vipère qui n'ont aucune adhérence vasculaire avec les oviductes qui les contiennent. Il n'existe chez le fœtus qu'un seul réservoir de matière alimentaire , c'est le vitellus ou la vésicule ombilicale , et ce réservoir , qui diminue graduelle- ment, finit par s'épuiser. L'allantoïde , ou plutôt la vessie ovo- urinaire dont le fluide intérieur augmente sans cesse de volume dans les premiers temps de la gestation , n'est donc point un réservoir de substance nutritive , ainsi que l'ont pensé deux auteurs modernes, car nous ne regardons point comme une preuve de la validité de cette opinion , ce que dit l'un d'eux de l'existence d'une matière féculente dans l'allantoïde du poulet. Il a pris le carbonate de chaux que contient l'urine du poulet , comme celle de tous les oiseaux, pour de la matière féculente. En outre, si ces auteurs avaient été plus familiers avec l'ovolo- gie des quadrupèdes, ils auraient vu que l'allantoïde qu'ils pré- tendent avoir découverte chez le fœtus humain , ne peut point se trouver jà la place qu'ils lui assignent. Si , en effet, ils ont cosTj;. — Génération des Mammifères. i -i voulu parler de l'allantoïde proprement dite , telle qu'elle existe chez les ruminans, elle devrait être contenue entre deux membranes dépendantes de la vessie ovo-urinaire; si c'est de la vessie ovo-urinaire elle-même qu'ils ont voulu parler , celle-ci se trouve ailleurs et à l'état de transformation formant spécia- lement mais non exclusivement le placenta. L'ovologie des mammifères , quoique cultivée depuis long- temps, est, pour ainsi dire, une science nouvelle. Des erreurs, (les théories fausses ont entravé et entravent encore sa marche. Cette science ne pourra faire des progrès certains qu'en s'ap- puyant sur beaucoup d'observations faites sur les œufs et les fœtus du plus grand nombre possible de mammifères. Ce n'est que de cette manière que l'ovologie humaine pourra nous dé- voiler tout ce qu'il y a encore d'obscur dans les phénomènes qu'elle présente ; car une bonne philosophie nous apprend que l'étude de l'anatomie des animaux est le complément né- cessaire de l'étude de l'anatomie de l'homme , si l'on veut s'éle- ver à ces vues d'ensemble qui sont si satisfaisantes pour l'esprit, en même temps qu'elles fournissent un secours si puissant pour la solution de certains problèmes qui ne seraient point expli- qués par la seule anatomie humaine. Ainsi , pour nous en tenir à l'ovologie qui nous occupe actuellement, il faudra que tout anatomiste qui s'occupe de l'ovologie, ne perde point de vue ce fait posé par notre grand naturaUste Cuvier, que le fœtus possé- dant deux poches membraneuses appendiculaires, savoir la vé- sicule ombilicale et l'allantoïde ou plutôt la vessie ovo-urinaire , il s'enfonce dans la plicature invaginée de l'une ou de l'autre de ces deux poches, et s'en forme ainsi une double enveloppe membraneuse : c'est là le fondement de toute l'ovologie des mammifères qui ont une gestation. La monographie de l'ovologie du lapin que nous offre au- jourd'hui M. Coste et qui est l'objet de ce rapport, est faite avec l'esprit philosophique dont nous venons d'exposer les princi- pes. Il a mis en usage la connaissance raisonnée des progrès que la science ovologique a faite dans ces derniers temps. Sans doute cette monographie laisse encore quelque chose à désirer , sans doute les faits qu'elle renferme ne sont pas tons nouveaux, Xool. -k i8 A. DiiGFS. — Sur les Acariens. mais parmi eux se trouvent plusieurs découvertes fort impor- tantes que nous avons vérifiées avec leur auteur. Il a décrit avec plus de précision et de détail qu'on ne l'avait fait avant lui les divers phénomènes qui se succèdent depuis l'œuf considéré tlans l'ovaire jusqu'au complet établissement des enveloppes fœtales dans l'utérus. Par ces observations une analogie com- plète se trouve établie eptre l'œuf d'oiseau et l'œuf du mammi- fère quant à leur plan fondamental. 'D'après ces considérations nous pensons que le travail de M. Coste mérite l'approbation de l'académie. Nous avons l'hon- neur de lui proposer d'encourager cet observateur à continuer des recherches dont la science éprouve aujourd'hui plus que jamais le besoin pour arriver à la solution d'une question aussi remplie d'intérêt, et nous regrettons que les usages de l'acadé- mie ne nous permettent pas de lui proposer d'aider l'auteur dans ces recherches dispendieuses; nous lui proposons en outre de décider que son mémoire sera imprimé dans le recueil des savans étrangers. Recherches sur V ordre des Acariens. Par ÂNT. DuGÈs. Troisième Mémoire, (i) ARTICLE PREMIER. Remarques sur la famille des Gamases. (3" famille de l'ordre.) Composée entièrement d'animalcules parasites, cette famille offre un groupe très naturel qui se lie néanmoins par quelques (i) Pour les deux mémoires précédens, voyee t. i, p. 5 et i44- A. jjUGÈs. — Sur les acariens. in variations de forme clans les organes de la manducalion , avec le dernier genre de la deuxième famille, celle des Hydrachnés d'une part , et d'autre part avec le seul genre constituant la qua- trième famille, celle des Ixodés. Des palpes libres_, filiformes, c'est-à-dire à articles à-peu-près égaux en épaisseur, et variant assez peu en longueur, courbés parallèlement en dessous et de longueur médiocre, point d'yeux, des pieds parasitiques, c'est-à-dire dont le dernier article est mou, flexible, terminé par une caroncule ou une membrane lo- bée, et par deux griffes; voilà leurs caractères communs. GENRE I" Dermanysse (i) Dermanjssus. Nobis. Ce genre offre avec le suivant tant d'affinité, qu'd n'est pas étonnant que plusieurs de ses espèces aient été confondues avec les Gamases; mais ce n'est que par un examen superficiel qu'on a pu les réunir auxacares proprement dits, ou mémo à d'autres genres bien plus disparates encore. Ce qui caractérise surtout le Dermaysses parmi les genres de la même famille, c'est la mollesse de leur peau, la forme aiguë de leur lèvre, et leurs mandibules perforantes ; c'est ce dont on prendra une idée plus complète dans les détails suivans, empruntés principalement à une espèce bien commune, mais incomplètement étudiée jus- qu'ici. Le DERMANYSSE DES OISEAUX (/zo^w) paraît être le même animal que XAcarus galh'nœ de Géer { t. vu, pi. 6,i'ig. i3;, vAcarus hirundinis d'Hermann (apt. I, i3) , le Pou de pivoine et le Pou d'une sorte d'émérillon de Lyonet. ( Mém. mus. , t. xviii, pi. 5, iig. II et 12), le Gamasus gallinœ et le G. hirundinis de La- îreille (règne animal), le Smaride des petits oiseaux selon M, Du- méril(Dict. se. nat. et Atlasj. Peut-être, sous ces dénominations, at-on compris des espèces un peu différentes de la nôtre; mais, à en juger par les figures, nous pouvons croire qu'il y a du moins identité de genre (2). Le nôtre se trouve en toute saison (1) lîtfao', peau, vu(joo) je pi(iuc. (■>) \a-% lieux rigiiro^ (le I.yoïiPt cilce» phi« liant cliffèrciil at,%Qr. l'une de l'âulre pour faite a. .^o A- ncGts. — Sur les acariens. dans les cannes creuses qui servent de perchoir aux petits oi- seaux chanteurs (linotte, chardonneret, verdier, etc.), que nous conservons en cage. Dans ces cavités profondes, le Dermanysse des oiseaux vit en peuplades nombreuses; mais il s'en édiappe furtivement la nuit, très probablement du moins, pour aller sur les oiseaux endormis, sucer le sang dont se montrent remplis les or"anes digestifs chez tous les individus jeunes ou adultes. C'est ce san^T qui donne à ces animalcules leur couleur foncée, purpurine ou brune. Dans les mêmes retraites, se trouvent une multitude de dépouilles ou peaux blanches, assez fines pour dé- composer la lumière, et attestant des mues assez multipliées. Dans cet amas se voient aussi des œufs incolores, ellipsoïdes, égalant à-peu-près en longueur la cinquième partie de l'animal adulte qui n'a guère qu'un tiers de ligne au plus. Ces œufs pa- raissent grossir en mûrissant, et prennent graduellement,comme ceux des araignées, la forme du petit qui va naître. Le nouveau né a six pieds seulement; son ventre est beaucoup plus allongé , plus renflé que celui des individus qui, avec la même taille ont déjà leur quatre paires de membres ambulatoires; ces derniers, plus sveltes, plus agiles, et dont le ventre est dépassé de beau- coup par les pieds postérieurs, sont encore pellucides et inco- lores comme les premiers ; mais ils ne tardent pas à aller char- ger leurs estomacs de la nourriture qui les colore en rouge vif d'abord , puis terne , puis brunâtre , à mesure qu'il s'altère et se dieère davantage. 3'ai fait éclore les œufs ; j'ai vu apparaître en- suite la paire de pieds d'abord en déficit, et j'ai acquis la certi- tude que c'était la plus postérieure. C'est deux jours après l'é- closion que ces pieds se sont montrés assez brusquement après s'être complétés sous la peau à travers laquelle je les ai vus ( par aplatissement et écrasement graduel) situés sous l'abdomen et repliés, le tarse en avant, derrière la troisième paire. C'est un chaneemeut de peau qui les met en liberté ; ils ont alors la même croire à une différence d'espèce ; mais peut-être n'y a-t-il que différence de sexe, le deuxième auimalcule étant plus petit, plus arrondi que le premier sérail un mâle. Lyonet dit seulement qu il a pu ouvrir la pince qui termine le bras mandibulaire; il ne dit pas si elle était à mor- Uans égaux et denliculée comme chez les Gamases; il ne serait pas impossible pourtant que so« pou de l'éméiillon appartînt à ce dernier genre. A. DL'GKS. — Sur les Acariens. n \ longueur proportionnellement aux autres que chez l'adulte. Dans ces mêmes demeures j'ai trouvé des couples d'adultes réunis comme de Géer l'a vu pour les Ixodes comme pour les Diplodon- tes, c'est-à-dire ventre à ventre, le mâle en dessous, et emporté par la femelle qu'il embrasse et dont il dépasse l'abdomen., de la moitié du sien. Ce mâle est beaucoup plus petit, un peu plus velu que sa compagne; il a les pattes plus grandes et plus grosses proportionnellement : il a surtout des mandibules bien diffé- rentes , au pointmême que je les eusse pris pour des individus de deux espèces, sans l'accouplement dans lequel je les ai main- tes fois surpris. Chez l'un et l'autre, le corps est ovalaire, déprimé, un peu plus large en arrière, quelquefois légèrement échancré à sa par- tie postérieure, et évidé latéralement (pi. 7, fig- 1). Outre la couleur brune que leur donnent deux gros et longs cœcums latéraux, dont on peut observer à la loupe les mouvemens péristaltiques, on remarque encore vers le milieu du corps, une tache blan- che, ordinairement en V, formée par les dernières portions des sacs digestifs remplis d'excrémens; et en effet, des excrémens d'un blanc laiteux, mêlés d'un peu de noir, couvrent, sous forme de petits points, les parois de leurs habitations, et je lésai vus sortir de l'anus. Cette petite ouverture est en dessous et en ar- rière; l'orifice génital est sans doute situé beaucoup plus en avant. Dans les pattes se montrent des prolongemens tubuleux du canal intestinal, mais qui sont bien rarement, et jamais en entier, remplis du sang avalé; ce sont des cœcums qui ne re- çoivent peut-être que la partie nutritive des alimens. Une dis- tribution analogue a été observée chez les Nymphons, par M. Milne Edwards. La transparence de la peau et la rareté des poils qui la hé- rissent, permettent d'observer ces particularités, et de recon- naître aussi de nombreuses trachées, rameuses et prenant leur origine de plusieurs troncs nés d'un stigmate ouvert derrière l'insertion des dernières pattes. De ces pattes, les deux antérieures sont toujours les plus lon- gues et les plus grosses ( même immédiatement après l'éclo- sion), et servent de tentacules; toutes ont leur 7' article muni' 11 A. i)UGt>s. — Sur les Acariens. d'une caroncule membraneuse bilobée et de deux crochets ; le 6* article plus long que les autres; le 3°, ou la cuisse , plus gros qu'aucun et assez long; la hanche renflée et j)iobablement mo- bile. (fig. 4- ) La bouche constitue une sorte de tète mobile attachée sous le bord antérieur du corps; elle est conjposée , i" d'une lèvre triangulaire, pointue en avant et portant les deux palpes; -1° de ces palpes dont le deuxième article est le plus fort, le cin- quième, le plus petit et accompagné d'une courte et grosse soie, mobile, située en dehors (fig. 2) : 3° de deux mandibules qui , chose bien remarquable dans cet ordre d'animaux, diffèrent d'un sexe à l'autre, et rattachent à-la-fois les Dermanysses aux Acariens à mandilndes en aiguillons, et à ceux à mandibules en pinces. Cette circonstance est une de celles qui m'ont le mieux prouvé l'imperfection d'une nomenclature fondée sur la forme des mandibules seulement. Chez le mâle (fig. 2) on peut voir dans le corps, et faire sortir de la bouche, deux bras charnus et comparables à ceux desGamases, composés principalement de deux articles dont le dernier se termine en dedans par une pointe fixe, et supporte en dehors un troisième article mobile, étroit, corné et rougeâtre ; c'est un très grand ongle aigu, tran- chant, falciforme et ondulé, destiné évidemment à percer et non à saisir. Chez la feuielle (fig. 3), ces deux bras fort ré- duits, peu séparables, peu ou point exsertiles, portent une lame élargie à la base, subitement rétrécie en forme d'épée. Ces deux lames, droites et accolées, rappellent celles des Rhyn- cholophes et des Hydrachnes, il faut une forte pression pour les désunir; une pression modérée en fait saillir simultanément la pointe hors de la bouche. Cette bouche ou bec, assez peu saillante chez le Dermanysse des oiseaux, l'est bien davantage chez le dermanysse de la CHAUVE-SOURIS (fig. 5), que nous avons trouvé sur le vespertilio murinus. Il est ici presque aussi long-que les palpes, et repré- sente aussi une sorte de tête mobile, à base large, ovalaire ou sub-pentagonale, insérée entre les deux premières hanches et l)ortant les palpes ; puis rétrécie en forme de gaîne fendue en dessus, et servant à conduire deux lamelles aiguës, fines et A. DUGKS. — Su7^ les Acariens. iZ tranchantes. Je n'ai probablement étudié ainsi que la bouche de la femelle , car je ne soupçonnais pas alors les diflérences dont il a été parlé plus haut, et je choisissais les plus gros indi- vidus : cette réflexion peut s'appliquer aux autres espèces dont il sera question ci-après. Celle-ci a le corps plus régulièrement ovale que la précédente, elle est de même un peu aplatie et hé- rissée de quelques poils raides et de longuetn- médiocre ; elle offre les mêmes particularités de coloration , la même forme de pattes, et des proportions analogues. Il n'est donc pas possible de la confondre avec les autres parasitç.s des mêmes animaux : peut-être est-ce la Tique de la chauve-souris de Geoffroy , le Pou de la chauve-souris de Baker .'^ mais ce n'est pas le Stéropte de Léon Dufour. I^eut-être faudrait-il regarder comme constituant deux es- pèces particulières les Dermanysses que j';:i rencontrés, mais trop superficiellement examinés, il y a plusieurs années, sur deux couleuvres. L'une de ces couleuvres, qui se rencontre aussi en Afrique, comme le prouve une excellente figure contenue dans la Des- cription de V Egypte y et qui au Muséum de Paris est indiquée sous le nom de couleuvre à tête de genette, est commune en Languedoc; un individu d'assez grande taille, que j'ai gardé en domesticité (i) pendant plusieurs mois, a péri épuisé par ces parasites nichés sous ses écailles, et que j'ai vainement tent de détruire par divers moyens. Si j'en juge par d'anciens cro- quis, bien que fort voisin du Dermanysse ai'iwn, celui-ci aurait eu le bec |)lus fort et plus allongé, les hanches plus renflées , le corps |)lus régulièrement elliptique, la caroncule des tarses tri- lobée. L'autre couleuvre était le natrix\ les parasites se trou- vaient jusque dans sa bouche. Ceux-ci étaient plus petits que les premiers, plus durs, plus velus; les dernières paires de han- ches étaient beaucoup plus écartées entravers. Il faudrait re- voir ces objets avec plus d'attention que je ne pouvais leur en donner alors. J'ai plus soigneusement examiné les deux espèces suivantes. (f)|C'e.st celle dout j'ai parle dans mon mémoire sur la dcglutllioii des repliles, eu la nom ■ nianl à loi» coluhtr rsculapii. (/irin. des Se. nal. , t. xii, p. 383 <•! 294; pi. 46, lis- '7 e' '8) a.'i A. DUGKS. — Sur les Acariens. Jusqu'à présent c'est sur la peau des animaux vertébrés que nous avons vu les Dermanysses chercher leur nourriture, il n'en est pas ainsi de ceux dont nous allons parler. Sur les feuilles de liseron que j'avais recueillies en raison du grand nombre de Tétranyques dont elles étaient chargées, je trouvai aussi un certain nombre de Dermanysses du liseron (Tiobis)\ ils marchaient librement sur l'eau où ces feuilles trem- paient par leurs pétioles : leur taille , leur forme générale, celle des pattes et des palpes étaient semblables à ce que nous dit des Dermanysses avium ; mais leur couleur était d'un gris verdâtre , et en effet l'intestin, et même ses prolongemens dans les pattes jusqu'au sixième article, étaient remplis d'une matière verte. Cette matière était- elle le résultat d'une si;ccion opérée sur la feuille même ou sur les Tétranyques? Cette dernière opinion sera confirmée par les moeurs de l'espèce dont la description va suivre. Celle qui nous occupe était pourvue d'un bec large et court, contenant deux fortes lames. Le D. DE l'oribate (^nobis^ s'est trouvé logé en' assez grand nombre dans les nids de ÏOribates castaneus. Il est aussi grand , aussi agile que les précédens ; plat , marbré de gris et de blan- châtre, échancré latéralement , élargi en arrière. Les cœcums et leurs prolongemens dans les pattes , étaient pleins d'une ma- tière de couleur grise. Pattes antérieures proportionnellement fort longues ; palpes velus ; la lèvre a la moitié de leur longueur ; la compression fait saillir, chez les plus grands individus, deux lames longues, étroites et qui se courbent fortement en sortant (lu bec. .^^ Genre IL Gamase, Gainasus. Latreille. Des plaques cornées sur le corps, des bras mandibulaires terminés en pinces didactyleset à mors dentelés, une lèvre tri- fide distinguent surtout les gamases des dermanysses; ils ont comme eux le corps entier, obovale, aplati, et les cœcums dis- tribués de la même manière ; les pieds ont la même forme et les mêmes proportions; la deuxième paire est souvent épaisse, la première grêle et allongée. A. oL'GÈs. — Sur les acariens. 25 A ce genre, qui représente surtout le genre Acarus d'Her- mann, et auquel le Gamasus coleoptratorum L. servira de type, il faut rattacher les Macrochèles et même un Siro de Latreille*, qui n'en diffèrent en aucune façon ; les figures d'Hermann , où il représente les bras mandibulaires allongés parla compression et saillans hors de la bouche, ont trompé le savant collabora- teur du règne animal , et nous nous en sommes assuré sur les espèces même qu'il cite, comme on le verra dans les détails subséquens. Lyonet avait bien précisé cette circonstance repré- sentée dans la figure du Gamasus cossi, qu'il nomme Pou de la chenille des bois du saule ( Mém. mus. y tome xviii,pl. 6, fig, 1 1 ). S'il faut augmenter ainsi le nombre des espèces du genre garaase, il faut aussi en retrancher un certain nombre que Latreille y a introduites, soit d'après des ressemblances extérieures comme le Derraanysse des oiseaux, dont il a été déjà question, et le Ptéropte de la chauve-souris, dont nous parlerons plus bas, soit d'après des observations bien fautives , comme le Tétranique tisserand et autres. Le GAMASE DES coLÉoPTÈRts ( Acurus fucoTum , de Géer, tome VII , pi. 6, fig. i5) est bien connu, mais assez mal carac- térisé; ce qui le distingue surtout, c'est d'avoir le dos couvert de deux plaques blondes, séparées par un sillon transversal et dont la postérieure, triangulaire, est de moitié plus petite que l'antérieure (fig. a6); la peau blanchâtre, molle, qui sépare ces plaques, ou les entoure se montre plus ou moins largement selon la plénitude de l'abdomen ; en dessous (fig. 17) il n'y a de corne qu'une plaque allongée à-peu-près triangulaire entre les insertions des six premières pattes. Les poils du corps et des pattes sont courts et peu nombreux. Je les ai trouvés quelque- fois aplatis et courbés comme chez certains Trombidions, Rhyn- cholophes,etc.Les hanches antérieures sont inséréesà une petite distance de celles de la deuxième paire ; les pattes qu'elles sup- portent sont tentaculaires, longues et grêles, mais terminées néanmoins par un tarse parasitique. Les palpes sont médiocres, armées de la soie mobile, mentionnée déjà pour les Derma- nysses; ils servent principalement à nettoyer les mandibules, petite opération dont nous avons été plus d'une fois témoin. La 26 A. DUGKS. — Sur les j4 carie ns. lèvre est large; elle embrasse les bras mandibulaires quand ils sortent, et se termine par une pointe médiane et deux crochets latéraux. Les bras mandibulaires ont une pince courte, simple, un peu dentelée, à mordant mobile placé en dessus; ils sont formés essentiellement de deux articles en partie charnus et qui peuvent rentrer l'un dans l'autre comme des tubes de lunettes. La pince est fort comprimée et assez aiguë pour percer comme une lancette, quand ces deux mordans sont serrés. La bouche est recouverte eu dessus d'une sorte de labre triangulaire com- parable à l'avancement que nous avons vu chez les Érythrés et autres Acariens. Ce Gamase cherche à fuii-, quand on saisit les coléoptères qu'il suce; il court alors avec lapidité; en hiver, on le trouve sous les pierres (i): et là, sans doute, il vit de quelques autres acarides; j'ai vu du moins de petits Trombidies dévorés par le Gamase testudinaire. Sur les mêmes coléoptères (Bousiers, etc. ), et souvent en compagnie du précédent, mais ordinairement pas groupes distincts, on trouve aussi le gamase bokdé, probablement Va- carus marginatus qu Hermann (apt. vi , 6) dit avoir été trouvé sur le cerveau d'un homme. Je l'ai pris une fois sur ime mou- che, dont il suçait le cou. Les pattes antérieures qu'Hermann figure sans article caroncule, en ont un, mais grêle et rudimen- taire. Ce gamase est couvert d'un têt ou bouclier enté sur le dos et de couleur brun-marron ; la peau molle et blanche lui forrne une bordure de largeur variable; sous le corps il a trois ])laques cornées assez grandes, surtout la postérieure; celle-ci est presque elliptique transversalement, la moyenne est sémi- lunaire, l'antérieur irrégulièrement hexagonale, à bords échan- crés. La lèvre est étroite, allongée , trifide , non embrassante ; les bras mandibulaires sont armés d'une pince noirâtre, longue, à mordans étroits cburbés, dentelés. A la base du mordant mo- bile est inséré un petit appendice pareil à celui que nous avons figuré d'après une autre espèce ( G. crassipes ). (i) Il est à remarquer que presque tous les Gamases se fléirisseut el meurent peu d'heures après avoir élé séparés de l'iusecle ou de la pierre où ils avaient élu domicile, à moins qu'on ne les conserve dans un vase humide. Ou sait que les bousiers et même les bourdons sur lesquels ils vivent, habitent des demeures soulci raine?. A. nuGÈs. — Sur les Acariens. 27 Ltj g. testudinaire, que je crois avoir aussi observé, diffé- rerait fort peu du précédent; mais la lèvre m'a paru plus large et ses crochets latéraux brisés en trois articles. Hermann les a ainsi figurés dans son Acarus crassipes ( 111,6 et 8; ix , R. ). J'ai trouvé aussi le gamasecrassipède, comme le testudinarius , sur un coléoptère, mais je ne l'ai pu examiner que mort et flétri ; j'ai conservé les figures de l'extrémité d'une des mandi- bules et du petit appendice bilobé qu'elle portait , une des pièces est lamelleuse, l'autre cylindroïde et armée de deux petites soies (fig. 6). J'ignore quelle est la nature de cet appendice, mais c'est évidemment l'analogue de ce singulier cirrhe, partant du même point, dans le Gamasus savigny ( Acarus savigny , Audouin ), figuré dans la description de l'Egypte (Arachnides., pi. 9, fig. 4 ). Un autre Gamase, auquel conviendrait également bien le nom de crassipède, nous a offert d'autres particularités intéressantes; nous le nommerons gamase tétragonoïde , en raison de la forme de son corps : il est brunâtre, écailleux (fig. 28). La deuxième patte est aussi très renflée ; la cuisse surtout est très grosse et porte un fort éperon crochu ; le sixième article atté- nué porte aussi une grosse épine recourbée. Les caroncules membraneuses des tarses sont trilobées ( fig. Sa ). J-^es hanches des deux pattes antérieures sont mobiles; la deuxième est tort large. Le labre est large , bien visible, presque carré; les palpes ont im premier article long et courbé, le cinquième f«Tt petit et accompagné d'un stylet ou grosse et courte soie ; le quatrième article est grand et porte un appendice comme bifurqué ou plutôt composé de deux portions, une très courte, en griffe, l'autre obtuse et courbe (fig. 29). Cet organe, qui n'existe peut-être pas dans les deux sexes, rappelle bien la disposition des organes sexuels chez les araignées mâles- D'un autre côté, il a de l'analogie avec les appendices que nous avons déjà vus aux marulibules de plusieurs autres espèces et qui rappellent le cirrlie mandibulaiie des Galéodes. Ces derniers n'existent j)oint ici; les bras mandibulaires (fig. 3o ) sont terminés par une pince courte, très comprimée, à mordans peu courbés et dont l'un n'a qu'une dent saillante; l'autre (le mobile, fig. 3i ) étant 28 A. DUGK.s. — Sur les Acariens. au contraire bien garni de dentelures inclinées en arrière. Ces deux espèces ne sont pas les seules dont la deuxième patte offre cette monstrueuse grosseur ; je la retrouve chez le GAMASE GÉANT ( Tiobis ) recueilli au Brésil par M. Saltzmann , naturaliste zélé qui l'a pris sur le Copris mimas vivant. Cet aca- rien , grand comme l'Ixode ricin de nos pays , est brun et écail- leux en dessus ; il a en dessous plusieurs plaques ; mais le pour- tour du corps est revêtu d'une peau molle, un peu velue, à poils cylindriques. Chez l'animal desséché toutes les parties de la bouche étaient repliées en dessous; un labre mobile, écail- leux en couvrait la base. La lèvre semblait formée de deux portions latérales, écailleuses; les palpes filiformes et écailleux m'ont paru simples. Les pattes étaient composées de six articles écailleux et bruns, terminés par un septième blanchâtre, cu- tané, flétri , en forme de massue, mais sans griffes apparentes; sans doute elle étaient rétractées dans les caroncules, car ces griffes ne manquent jaînais , bien que Hermann ne les ait pas toujours représentées. Le sixième article était le plus long de tous, le deuxième le plus gros, excepté à la deuxième paire qui avait en totalité une grosseur considérable ; la première paire était longue et grêle comme chez le G. tétragonoïde , celui des coléoptères , etc. Je puis ajouter encore ici trois espèces de Gamases, trouvés sous les pierres durant la saison froide. Tous trois sont assez petits. Le premier G. lagénaire ( nobis ) est allongé, fort rétréci, vers l'insertion des pattes antérieures, de couleur blonde, mais fort transparent et permettant souvent devoir ses cœcums en forme d'X complexe, contenant une matière rouge, probablement due à d'autres acarides dévorés par celui-ci. Les poils sont assez nombreux, spatules; le bec saillant; le labre large et trapé- zoïde ; la lèvre pointue avec deux crochets latéraux simples mais mobiles; les palpes à premier article long et courbe, à dernier très petit et accompagné d'un stylet velu lui-même, ce qui prouve que ce n'est pas une simple soie; la pince des man- dibules est noirâtre et fort longue, à mordaus étroits, courbés, dentelés ; un pore à la base du mordant mobile; pattes compa- rables à celles du G. coleoptrorum ^ les antérieures grêles , hé- A. DU G ES. — Sur les Acariens. aq rissées de longues soies , comme chez le G. testudinarius , et à tarse rudimentaire ; ses hanches longues et mobiles. Le G. COURT (nobis) est fort petit, d'un rouge canelle, terne et opaque. Il ressemble au précédent par les pattes, les poils, la lèvre, les palpes; il est de même rétréci en avant, mais beaucoup plus large et plus court; la carapace, brune de son dos, est di- visée en deux plaques comme chez le G. des coléoptères; man- dibules à pinces assez courtes, denticulées et crochues; deuxièmes pattes plus grosses que les autres. Le G. ARRONDI (nobis) est petit , raccourci , rougeâtre et velu comme le précédent; mais son dos écailleux n'a pas de sillon transversal , et il est régulièrement atténué mais non resserré en avant; d'ailleurs il a les pattes assez courtes, coniques, gros- ses, surtout la deuxième paire ; les antérieures sont longues, mais non grêles, et terminées par un pinceau de poils raides et deux griffes sans caroncules; les tarses des autres sont à caroncules bilobées et à double griffe. Les palpes ont le stylet voisin du cinquième article; leur deuxième article est le plus long; les mandibules sont médiocres , leurs mordans étroits et courbés. Celte espèce se rapproche un peu de celle qui constitue à elle seule le genre suivant : Genre IIL Uropode, Uropoda. Latr. Nous n'en connaissons qu'une seule espèce, XAcarus vege- tans de de Géer (t. vu, pi. 7, fig. '5- 19 ). Cet auteur l'a assez bien figuré et lui a reconnu des pattes caronculées et deux pal- pes courts et infères. Il lui assigne aussi comme caractère, et Latreille en a fait de même, un fil ou support à l'anus. Cepen- dant il avait bien reconnu que ce fil était caduc, que l'animal pouvait s'en détacher; on ne conçoit point, après cela, com- ment il a pu croire que c'est là une sorte de trompe , un canal par lequel l'animal prendrait sa nouri'iture, soit de l'insecte mêmesur lequel il vit en parasite, soit de quelqu'un de ses sem- blables sur lesquels sont parfois implantés ses pédicules, de sorte qu'il résulte de l'ensemble de ces Acariens une sorte de grappe appendue à l'un des membres ou à l'abdomen d'un coléoptère. 3o A. i)i:&k.s. — Sur les Acariens. Cette importance, accordée à un filament toiit-à-fait acci- (\ex\\.e\ et d' excrétion , a du nécessairement tromper les obser- vateurs qui ont pu rencontrer TUropode sans cette appendice ; aussi Hermann est-il to;nljé dans une erreur évidente , non pas au sujet de son Acariis spinitarsus que Latreille croit à tort devoir rapprocher des uropodes , mais bien à l'occasion de son Notas- pis cassidens ( pi. 6 , fig. 2 ) qui n'est certainement point un Oribate.Son erreur est venue en partie de ce qu'il n'en a pas bien observé les tarses, ni aucun des organes de la bouche, de Géer n'en connaissait que les palpes, et Latreille n'a qu'hy- pothétiquement accordé des mandibules en pinces aux Uro- podes , mes descriptions et nos figures suppléeront à ces notions imparfaites. J'ai trouvé I'uropodk végétant fixé par son pédicule sur plusieurs coléoptères fouisseurs; je l'ai trouvé libre sous les pierres, durant la mauvaise saison. Ce pédicule est un filament corné, raide , élastique quand il est sec , mou , flexible dans l'eau mais sans s'y dissoudre; on n'y voit ni cavité, ni fibres, ni rien de vraiment organisé. Fixé fortement sur les tégumens du coléoptère par un empâtement, il en offre un autre au bout opposé , et celui-ci recouvre exactement une ouverture trans- versalement oblongue, située au-dessous du bord postérieur du corps et qui paraît être l'anus , comme chez les Gamases (fig. 27). Ce ne serait donc pas là une matière sojeuse,Jï/ée par des organes spéciaux, comme le pensent quelques naturalistes, mais des excrémens visqueux et desséchés dont l'animal peut aisément se débarrasser par une nouvelle excrétion ; c'est effec- tivement de son côté même qu'il se détache du pédicule qui reste adhérent au coléoptère. Un large bouclier demi-transparent, lisse, convexe, de cou- leur brune, de forme un peu ovale (représenté trop circulaire par Hermann , trop pointu en avant par de Géer ) couvre le dos et sert au besoin de protection à tous ses membres qui se re- tirent sous cet abri au moindre danger ( fig. 33 ). On voit alors que les pattes sont resserrées et fléchies en formant chacune un anneau presque complet, le tarse en avant. Ces pattes assez courtes, grosses, conoïdes ont toutes un A. DUGKS — Sur les Acariens. 3i sixième article bien plus long que les autres et un septième ca- roncule et à deux griffes (fig. 34)' Les antérieures sont les plus longues; elles sont tentaculaires, le sixième article est hérissé d'un pinceau touffu de soies, dont une plus forte se prolonge aussi beaucoup au-delà des autres, et parmi lesquelles se cache le septième article très grêle, assez long, et à griffes peu ou point visibles. La cuisse de cette patte est grosse et longue; le trochanter plus gros encore, de même qu'aux autres pieds. Les hanches sont rondes, enfoncées, con- tiguës d'avant en arrière, écartées de la ligne médiane. Leur insertion occupe en étendue les deux tiers ou les trois quarts de la longueur du corps. La bouche est serrée entre les deux hanches antériefjres. En dessus on n'aperçoit rien de cette bouche; seulement quand l'animal marche, on voit saillir le bout des poils, plies ou demi brisés qui forment une houppe sur le dernier article des palpes ; ces deux palpes peuvent même être vus en partie, quand on les redresse par la compression. Pour les voir com- plètement, aussi bien que les mandibules, il faut écraser l'U- ropode. C'est ainsi que j'ai reconnu que les palpes sont filiformes, as- sez courts ; les mandibules intérieures, en forme de bras com- parables à ceux des Gamases, mais dont le deuxième article est long, atténué et terminé par une pince très petite, très com- primée, dont le doigt mobile est courbe et aigu. C'est un point d'anatomie bien difficile à voir et qui trompe souvent l'œil , quand, par exemple, la mandibule présente la pince à l'observa- teur par le bord et non par le plat. GKNRiis IV et V. Ptéropte et Argas. N'ayant point examiné les animaux qui les constituent, je ne puis les établir que sur l'autorité d'autrui; malheureusement le premier de ces genres ne peut être appuyé sur des notions complètes relativement aux organes de la manducation. Établi par M. Léon Uufour, pour un acaride à pattes caronculées, à palpes filiformes, et dont le dernier article est le plus long de lia A. DUGKs. — Sur les Acariens. tous j il comprend évidemment, et l'animal trouvé par ce savant zoologiste, sur le vespertilion niurin (Ann. Se. ]Sat., mai i832 ), et celui que M. Audouin a observé sur le grand fer-à-cheval (Ann. Se. Nat. , avril iSSa), et celui enfin que Hermann avait pris sur la noctule (pi. i,fig. i4) et qu'il x\o\x\vî\g Acarus ves- pertilionis, Gamosus vespertilionis de Latreille.Ces trois animaux sont-ils d'une seule et même espèce ou en représentent-ils trois différentes? c'est une question qui demande de nouvelles obser- vations. Une étude plus complète des mandibules ajoutera aussi à la certitude des caractères génériques , car tout ce qu'on en sait jusqu'à présent, c'est que Hermann a cru les voir et qu'il les représente comme un mamelon armé d'un onglet (pl.9,fig.G). Quant aux Argas de Latreille (Rhyachoprion d'Hermann), ils appartiennent à la famille des Gamasés, par leurs palpes fili- formes, mais se rapprochent beaucoup des Ixodes par la lon- gueur de la lèvre et des mandibules et les dentelures de l'une et de l'autre. Leurs pieds sont à peine caroncules ou bien les caroncules sont très rctractiles; toutes choses dont nous ne jugeons que sur les figures d'Hermann et celles de la description de 1 Egypte. On peut voir, dans ce dernier ouvrage ( Araehn. pi. IX, fig. i3 ), un acaride à six pattes désigné sous le d'Ixode de Forskahl, mais qui a des palpes filiformes; on peut croire que c'est une larve d'Argas : on peut porter , avec M. Audouin , le même jugement sur le Caris de Latreille : toutefois, en réflé- chissant qu'il a été trouvé sur une chauve-souris, peut-être se- rait-on plutôt porté à regarder le Caris comme larve d'un Pté- ropte. L'insertion des pieds, latérale et non infère et centrale, comme chez les argas, la position terminale du suçoir, etc. , au- toriseraient encore cetle conjecture que ne détruirait ni la forme du corps, si souvent différente de la larve à l'adulte , si variable même, à ce qu'il paraît, chez le ptéropte parfait, ni la forme du suçoir qui change aussi quelquefois du tout au tout dans la succession des âges comme nous l'ont prouvé les trombidions et les hydrachnes. A. Di'Gks. — Sur les Acariens. y-^ ARTICLE II. Famille des Ixocles (quatrième famille de l'ordre des Acariens). Comme tous les acariens parasites, les Ixodés paraissent pri- ves du sens de la vue, et l'on ne peut regarder comme des yeux les tubercules figurés sur le corps ventru de certains Ixodes dans la description de U Egypte (Ar., pi. 9 , fig. xo et ,2)' car leur situation même leur dénie ce titre, puisque c'est tou- jours sur la partie la plus avancée, sur une sorte de corselet quand il en existe, que sont portés les yeux des acarides. Or ce corselet existe ici; il est constitué par une plaque cornée au' devant de laquelle est le suçoir, et qui représente ainsi la tête des insectes. Les espèces du genre Ixode commencent à devenir nombreu- ses; M. Audouin en a fait connaître plusieurs indigènes • l'ou- vrage sur l'Egypte en a publié d'exotiques, et l'on est loin d'a- voir fait, sur ce sujet, des recherches complètes dans les con- trées lointaines. Plus tard, sans doute, il y faudra établir des coupes, et nous réclamons à l'avance pour l'une d'elles le nom de Cjnorrhœstes, donné à tout le genre par Hermann. Sans en- trer dans de plus longs détails sur ces généralités , nous renver- rons a notre gênera pour les caractères de la famille, et nous décrirons seulement, avec quelque soin, la structure d'une es- pèce que nous n'avons vue nulle part indiquée ou caractérisée suffisamment, bien qu'elle ne soit ni rare ni petite. Peut-être est-elle propre au midi de la France ; peut-être a-t-elle été con- sidérée seulement comme une variété de l'Ixode réticulé; on peut croire, en effet, que de Géer l'avait en vue quand il a dit, en parlant de son Acarus reduvius, que les uns sont rougeâtres' les autres ardoisés. '^ ' L'ixoDE PLOMBÉ _( nohis ) ( fig. 7 ) s'attachc sur les chiens et les quitte quand il est complètement repu; il acquiert alors une forme ovale, un peu aplatie, comparable à celle d'une petite fève; sa longueur est de cinq lignes; sa surface lisse, luisante ■/.00t. 3 3/4 A. DDGKS. — Sur les Acariens. d'un gris plombé, s.ins aucune tache, ni marbrure; il devient rouge brun dans l'alcool. A jeun il ressemble à une graine flé- trie, plissée longitudinalement, mais sans crénelure sur les bords. Les plis qu'il présente alors et qui s'effacent en partie par la distension , répondent exactement aux poches cœcales de la cavité digestive, et en examinant déjeunes individus à demi vidés, nous avons pu en reconnaître parfaitement la dis- position, vu la demi-transparence que prennent alors les in- tervalles des coecums ( fig. 8 ). On voit ainsi que ces poches sont oblongues, au nombre de douze ; huit grandes dirigées en ar- rière, quatre plus petites dirigées en avant, et partant d'un centre commun. Leur disposition et celle des sillons cutanés qui les circonscrivent pourront sans doute, dans un examen com- paratif, fournir des limiières pour la caractéristique des espèces. Outre ces sillons, la peau, vue à la loupe, présente encore, comme Lyonet l'avait remarqué dans une autre espèce {^Mém. /72M5. , t. xviii), une foule de stries parallèles comparables à celles de la peau de l'homme dans la paume des mains, au bout des doigts , etc. On y voit de plus quatre ouvertures qui méritent une mention spéciale. Deux sont latérales, situées vers le milieu du corps, formées d'une plaque cornée, brune, ovale, fendue longitudinalement au milieu; c'est un stigmate bien vu par de Géer, Lyonet et M. Audouin : deux autres sont médianes et inférieures ; l'une, située un peu plus en arrière que le milieu du corps, arrondie et entourée d'un bord brun, est l'anus; l'autre, plus petite et sans rebord coloré, est l'orifice génital. J'ai remarqué que la situation est variable ; l'individu est-il plat et vide, l'orifice est au niveau de la deuxième et même de la troisième paire de hanches ; l'intestin est-il fortement distendu, cet orifice est re- poussé au-devant de la deuxième paire et par conséquent se rap- proche de la bouche. Je dois dire pourtant que j'ai trouvé la première disposition très marquée seulement chez des individus fort jeunes et la deuxième chez de grands individus; peut-être l'âge ou même le sexe entre-t-il pour quelque chose dans ces différences. Quoi qu'il en soit, cette proximité de l'organe sexuel et de la bouche explique comment on a pu croire que les ixodes A. DUGÈs. — Sur les Acariens. 35 rendaient leurs œufs par cette dernière ouverture (Chabrier), ou que les mâles enfonçaient leur suçoir dans la vulve des fe- melles (de Géer). Les pattes sont insérées en dessous et sur les côtés du corps à distances à-peu-près égales, la dernière un peu plus en avant que le niveau du stigmate: les antérieures sont les plus longues, les postérieures viennent ensuite. La hanche, brune et cornée comme les autres articles, est wn peu élargie, adhérente au corps : à celle de la première patte est endehors une forte épine dirigée en arrière. Le troisième et le sixième articles sont les plus longs; ce dernier s'amincit pour supporter le septième (fig. 12 ); mais il ne m'a point paru segmenté comme le décrit M. Audouin dans d'autres espèces. Quant au septième on sait qu'il est formé d'une caroncule épaisse et pédonculée et de deux grandes griffes très courbées. Une sorte de tète brune , écailleuse et triangulaire occupe en dessus le devant du corps ; elle est formée de plusieurs pièces (fig. 9) : 1° la plaque déro-céphalique (a), pentagonale, à angle postérieur arrondi, à milieu convexe, à bords latéraux relevés, articulés en avant avec le bec : '1° ce bec, offrant d'abord un support quadrilatère {b) plus large que long, et qui rappelle le labre desErythrées, des Gamases, pour sa partie supérieure, la pièce basilaire du crâne des insectes pour sa partie inférieure. Il est marqué en dessus de trois saillies longitudinales. Au-de- vant de cette pièce vient une sorte de loit formé par les deux palpes écartés seulement à leur base et laissant voir ainsi une petite portion des mandibules. Les palpes engaînent même les parties latérales de ces mandibules et recouvrent en dessous la lèvre avec les cils longs, raides et serrés qui partent transversa- lement de leurs bords inférieurs et se rencontrent sur la ligne médiane. On y distingue aisément (fig. 10 ) trois pièces (ou ar- ticles ) mobiles, larges et concaves ; une quatrième, restée ina- perçue jusqu'ici, est au contraire arrondie et glandiforme; c'est l'article terminal; il est légèrement velu, et ne se voit bien que du côté du bord inférieur. Ces palpes s'écartent et laissent à nu la lèvre et les mandibules, quand l'animal enfonce le bec dans la peau du vertébré auquel il s'attache. 3. 36 A. DUGÈs. — Sur les Acariens. Les mandibules (fig. ii) sont plus complexes qu'on ne Fa généralement pensé. Elles sont en forme de bras exsertiles (r) comme chez les Gamases ;le premier article est charnu, blanc, caché habituellement dans l'épaisseur du labre ou support du bec (2) ; le deuxième est corné et brun ; il se voit à découvert, en écartant les palpes; son extrémité antérieure est terminée en partie par une lame tranchante bien distinguée par M. Au- douin , et en partie articulée avec la troisième pièce qui repré- sente l'onglet, le mordant mobile de la pince des Gamases ; cet on<ïlet est mobile en effet, crochu et dentelé sur son bord; c'est la partie dentelée en scie que M. Audouin a notée comme distincte de la précédente, mais dont la mobilité a échappé à ses investio^ations. L'épaisseur même du bras mandibulaire m'avait déjà prouvé qu'il devait contenir des muscles et porter une pièce mobile. L'inspection et la dissection ne m'ont plus permis le doute. La lèvre (fig. 11), qui reçoit en dessous les mandibules , est écailleuse, mais pâle et transparente, allongée, concave, en cuiller, un peu i-étrécie, même à sa base,hsse et marquée d'un sillon longitudinal en dessus, c'est-à-dire du côté concave, garnie en dessous de nombreuses et courtes dentelures dirigées en arrière, faisant peu de saillie vers les bords et ne donnant point à l'organe celte apparence de scie figurée pour quelques autres espèces ( Lyonet , Audouin). Ces dentelures n'en sont pas moins aptes à retenir le suçoir fixé dans la plaie; aussi n'ar- rache-t-on point le parasite sans enlever au moins une portion d'épiderme qui reste quelque temps entre les palpes et le bec proprement dit. (i) De là la longueur inégale observée par M. Audouin entre les deux mandibules, (a) Dans ce support se trouvent aussi, au milieu des chairs, deux pièces cornées principales que je crois être les tendons des muscles moteurs de la lèvre. A. ouGÈs. — Sur les Acariens. ?>'] ARTICLE III. Famille des Acarés (cinquième famille de l'ordre). On sait que sous le nom d'^c«r«^,Linnée avait compris tous les animaux de l'ordre des acariens et même quelques autres; ce genre avait été considérablement restreint depuis, et tout en l'élevant au rang de famille, nous le restreignons bien da- vantage encore à l'miitation de Latreille, puisque nous ran- geons , comme lui , dans le genre Gamase une bonne partie des animalcules à pinces mandibulaires que Hermann nommait Acarus. La famille des Acarés comprend des acariens à pieds caroncules, à mandibules chélées, à palpes très difficilement visibles et adhérens à la lèvre. En considérant la différence du genre de vie , nous avons été portés à penser que ce groupe d'acariens devait se diviser en plusieurs genres; et en effet nous en voyons un certain nombre vivre en parasites sur des insectes ou des mollusques ( pou du limaçon ? Lyonet ), d'autres sur des animaux vertébrés , d'autres enfin se nourrir de substances végétales ou animales desséchées. De là trois sous-divisions qui cadrent assez bien avec des carac- tères de conformation extérieure. Genre I". Hypope, Hypopus. Nobis. Les animalcules de ce génie, auquel appartiennent peut-être le Pou du limaçon de Lyonet et ^Acarus muscarum de de Géer ( pi. 7,fig. 2 ) ont un suçoir étroit, pourvu de deux soies rigides, dirigées en avant et paraissant composé d'une lèvre sondée aux palpes. Les mandibules nous sont jusqu'ici inconnues. La seule espèce que nous ayons pu étudier, et encore d'une manière insuffisante n'en ayant eu qu'un seul individu, c'est I'hypope spijvitarse (nobis) Acarus spinitarsus d'Iîermann ( VI , 5 ). Je l'ai trouvé sur un hister dont il parcourait lentement la surface inférieure. Le corps est ellipsoïde, aplati , lisse et de couleur brun-pâle, avec une demi-lrauspaience et une consistance d'écaillé. I^es ^'^ A. uucÈs. — Sur tes Acariens. pieds antérieurs sont les plus longs; les autres dépassant à peine, ou même pas du tout, la circonférence du corps. Néan- moins on compte à tous sept articles distincts, successivement décroissans jusqu'au sixième qui est le plus mince, mais aussi le plus long de tous ; le septième est à caroncules et à griffes ; les autres sont hérissés de poils raides, mais peu nombreux. Les hanches fort larges, presque contiguës sur la ligne médiane , forment de chaque côté deux groupes bien distincts, mais peu éloignés l'un de l'autre. Derrière chacune des hanches posté- rieures, on voit un point pellucide (stigmate?) Deux soies mobiles, saillant au-devant du bord antérieur, étaient tout ce qu'on pouvait voir de la bouche à l'état libre ; par l'écrasement, j'ai vu qu'elles partaient de l'extrémité d'une pièce mobile , en forme de parallélogramme , à milieu membraneux et à bords épais, comme dans la lèvre à palpes soudés des acarés propre- ment dits. Je n'ai pu trouver d'autres palpes, ni apercevoir les mandibules qui, sans doute, étaient cachées à l'intérieur du corps. GknreII. Sarcopte, Sarcoptes. Lalr. Latreille avait refondu, avec le genre Acarus , celui-ci dont \\ était le créateur; il nous semble qu'on doit le conserver pour les espèces d'acarés qui vivent en parasites sur les animaux à sang chaud, et dont on peut voir la caractéristique dans notre gênera. Nous devons avouer que c'est seulement sur les figures et les descriptions de M. Raspail et de de Géer, et sur de fortes analogies , que nous étabhssons une partie de cette caractéris- tique et que nous plaçons les Sarcoptes dans la famille des aca- rés ; il ne nous a pas été possible encore de les étudier par nous-même. Nous nous bornerons donc à avertir le lecteur que \ Acarus exulcerans de Linnée, Acarus scabiei de de Géer, celui, enfin, dont M. Raspail a donné la figure , n'est pas le Giron de la gale humaine, animalcule fort rare et d'une existence probléma- tique, mais bien celui de la gale du cheval. , -Nous devons aussi parler ici d'une espèce de Sarcopte nou- vellement établie par ]\L Turpiii,et qu'il dit avoir trouvée dans les galles corniculées desieuilles du tilleul; malheureusement les figures tracées par cet habile dessinateur n'ont point été pu- A. DU G ES. — Sur les Acariens. 3q bliées, et nous ne connaissons de ses descriptions que des ex- traits insuffisans, quelques explications verbales que nous te- nons de son obligeance nous ont appris néanmoins que ce n'é- tait pas sur une analyse complète de la bouche que ce naturaliste distingué avait basé la diagnose, qui dès-lors a di'i nous paraître bien incertaine. Nous avons fait nous-mêmes des recherches nombreuses depuis que la végétation a reproduit et les feuilles et les galles du tilleul sans rencontrer , dans ces dernières, aucun Acarien; nous n'y avons pas vu davantage les petits vers que Réaumur y a trouvés quelquefois; et cependant nous les avons examinées depuis leur première origine jusqu'à leur complet dé- veloppement. Un mot de Réaumur nous a mis sur la voie d'une explication qui nous paraissait d'abord assez plausible :«Quand ces galles vieillissent, dit-il, il s'y fait quelque ouverture ou quelque fente par laquelle des insectes étrangers s'introduisent; j'ai vu, par exemple, à^^ mites qui s'y étaient nichées (t. m, p. 5ii ). » Ces ouvertures, dont il parle, ne sont pas difficiles à trouver quand on suit le développement de cette galle ; c'est d'abord un petit soulèvement au-dessus d'une fossette au-dessous de la feuille où se développent des filamens qui en remplissent bientôt l'inté- rieur et en bouchent l'entrée; mais de très petits cirons peuvent, quand la galle a grandi, franchir cette barrière qui reste tou- jours entrouverte , et là, à l'entrée même, nous avons vu le Tè- tranychus telarius déposer quelques-uns de ses œufs; ses petits naissans ne peuvent-ils pas s'introduire et se multiplier dans un lieu où il n'a pu pénétrer lui-même? Il devenait donc assez pro- bable que c'étaient là les hôtes que M. Turpin y avait rencon- trés; mais M. Auguste de Saint- Hilaire qui a eu, comme rappor- teur de la commission chargée du mémoire en question le des- sin sous les yeux, qui a donné dans son rapport même des dé- tails descriptifs assez amples, et qu'il a bien voulu nous éclaircir encore verbalement , n'a point reconnu d'identité entre le sarcopte de M. Turpin et le Tétranique que nous lui avons pré- senté en nature. (i) (i) Voir à ce siijpl de nouvelles observations de M. Dugès qui paraîtront dans le prochain numéro. /jo X. uuGKs. — Sur les uécariens. Genre III. Acaie, Acarus. Latreille. KieiJ queTACARE domestique de de Geer (t. vu, pi. v, fig. i-8) soit depuis long-temps connu et qu'il ait été assez passablement figuré quant aux apparences extérieures dans plusieurs ouvrages et notamment (sous le titre de ciron de la galle) dans le Dic- tionnaire des Sciences médicales et celui des Sciences naturelles, nous croyons devoir do?iner ici une description complète de ce type du genre Acarus sur lequel nous avons lait des observa- tions assez minutieuses. Le corps mcu, pellucide, renflé, luisant et d'un blanc nacré, garni de poils rares et longs, offre xm corselet bien marqué et formant à-peu-près son quart antérieur. Les pattes et le bec pa- raissent écailleux, brunâtres. L'insertion des hanches se fait en deux groupes séparés, mais non très distans comme chez les Sarcoptes; elles sont fort gros- ses, fixes et rapprochées de la ligue médiane; le G® article est long et mince; le 7e est caroncule, membraneux , de Geer en a bien distingué les griffes qui m'ont toujours paru engagées dans la lîiembrane cordiforme de la caroncule ( fig. 16, 17, 18 ) qui est sessile; le 3c article, ou !a cuisse, est plus long et plus gros que ceux qui l'avoisinent. Les pattes antérieures sont remarquables par leur grosseur chez le mâle qui est plus petit et plus agile que la femelle; la 3e paire est la plus grêle de toutes et la plus courte, c'est le con- traire chez la plupart des Sarcoptes. Le bec est en forme de tête conoïde, on y trouve deux grosses mandibules (fig- ï3 ) confusément aperçues par quelques ob- servateurs et que j'ai pu séparer et examiner à loisir ; elles se composent d'un article mou^ rétractile et intérieur, d'un 2^ ar- ticle renflé, non rétractile, semblable au mordant fixe de la main d'une pince d écrevisse, et enfin d'un mordant mobile pareil au pouce dececrnstacé;ces mordanssontcourts etdentelés (fig. i5). Ces grosses pinces peuvent s'avancer isolément ou simultané- ment, s'écarter ou se rapprocher comme elles le sont dans l'état rîe repos, formant alors comme i\u toit au-dessus de la lèvre. A. ouGÈs. — Sur les Acariens. 4i Celle-ci, quadrilatère, allongée, échancrée au bout, amincie en avant et au milieu ( fig. i4 ) , épaisse sur les bords qui sem- blent cornés et articulés, nous a paru résulter de la soudure d'une lèvre proprement dite et de palpes filiformes à 4 ou 5 ar- ticles. La figure que nous en donnons est d'une scrupuleuse exactitude , et nous avons fait du moins tous nos efforts pour éviter les illusions d'optique si faciles à un grossissement aussi considérable; car il faut un bon microscope pour faire ces re- cherches qui dépassent de beaucoup la portée des loupes ordi- naires. Beaucoup de naturalistes ont vu, comme nous, l'accouplement des Acares domestiques. De même que les Sarcoptes, c'est par l ex- trémité du corps et bout à bout qu'ils s'unissent. Les oeuis, les petits à six pattes se trouvent abondamment avec les adultes dans la poussière du vieux fromage, et ici comme pour les Dermanys- ses et tous les autres Acariens à métamorphose , c'est la 4^ paire qui paraît se développer plus tardivement que les autres. De Geer a cru pourtant que c'était la 3e; s'il fallait un argument de plus que l'analogie avec les Dermanysses, nous ferions voir que XA- carus chelopus d'Hermann traîne déjà cette énorme paire de, pieds qui est la 3*^ chez lui comme chez X Acarus passerinus de de Geer; or le premier, qui est hexapode, paraît être la larve du second. Nous dirons quelques mots encore de X Acarus dlmidiatus d'Hermann (vi, 4) que j'ai observé réellement, et qui m'a servi à confirmer une partie des observations que m'avait fournies son congénère^, telle que l'existence d'un corselet distinct, le rappro- chement central de l'insertion des hanches, la forme en pince des mandibules, déjà bien connue d'Hermann et assez bien re- présentée dans ses planches, et de plus la lèvre palpigère qui lui a échappé. Les palpes soudées offraient quelques poils en dehors. Le bec était fléchi en dessous; la 4° paire de pattes aussi grêle que la 3"; le dernier article de tous présentait une conformation bien remarquable; la caroncule était sessile arrondie, pellucide, et il en sortait une seule griffe ou crochet mobile, et très re- combé, bien plus fort que nesontordinairenicntlcs deux ongles des acariens parasites; }rermaMii a donné de cette disposition une 42 A. DUGÈs. — Sur les Acariens. mauvaise figure, mais qu'il est facile de corriger d'après ce que je viens de dire. ARTICLE ÏV. Famille des Bdellés ( sixième de l'ordre ). Bien que certains caractères, comme la structure et la posi- tion extérieure des mandibules, le bec en forme de tête, le cor- selet distinct, etc. , rapprochent les Bdellés des Acarés, peut-être leur trouverait-on plus d'affinité encore avec les ïrombidiés, sur- tout depuis la découverte d'un nouveau genre appartenant à cette famille, et dont il sera question plus loin en forme d'addi- tion au présent mémoire. La présence des yeux et leur disposi- tion semblable à celle des Erytbérés, la forme des pieds compa- rable à ceux de XErjthrœus cornigerus , en particulier, la forme des mandibules chez les Scirus_, comparable aussi à celle des Ery- trées, leurs palpes assez voisins de ceux des Raphignathes et des Mégamères, et plus encore de certains Hydrachnés, etc.; voilà des points de contact, peut-être plus intimes que ceux qui nous avaient primitivement déterminés dans le classement actuel , et qui devraient faire reporter entre la première et la deuxième de l'ordre des Acariens, la famille qui va nous occuper ici. Palpes longs et antenniformes, mandibules terminées en grif- fes ou en pince, bec en forme de tête, allongée , un corselet, des yeux; tels en sont les caractères communs. Nous y établissons deux genres, en nous fondant, surtout, sur la structure des mandibules et la forme des palpes. Genre P'. Scire, Scirus. Ilermann. Cette dénomination conférée par Ilermann à toutes les espèces de la famille que nous établissons ici, et rejetée par Latreille, nous servira à comprendre une partie seulement de ces espèces. Le Scirus setirostris d'IIermann (m, 12, et ix,T), l'espèce nou- A. DTJcès. — Sw les Acariens. 4^ vcUe que nous allons décrire, énoncera sufiisamment les parti- cularités qui distinguent ce genre du suivant (voir d'ailleurs le gênera). Le sciRE ÉLAPHE (nobîs) , (fig. 38), est fort petit, d'un rouge de carmin, à reflets irisés; il se trouve sons les pierres, dans les lieux humides; il marche habituellement avec assez de lenteur; mais si on le touche, il court à reculons avec une extrême rapi- dité , habitude qui lui est commune avec les Bdellés et d'autres Acariens. Le corps, mou et renflé , est divisé en deux parties par un sil- lon qui circonscrit un corselet que je navais pas d'abord aperçu (i); il faut donc rectifier sur ce point le caractéris- tique du gênera. Sur ce corselet se voit de chaque côté un oeil arrondi , noirâtre; une longue soie transversale, vibratile , part du voisinage, sinon de la surface de cet œil même ; deux autres soies se dirigent longitudinalement en avant, parties de la face dorsale du corselet, comme les éminences de plusieurs oribates; des poifs bien plus courts partent de quelques points du ventre , et chez quelques individus cette partie a montré en arrière deux ])apilles obtuses. Les pieds ne diffèrent guère pour l'insertion et pour la forme de ce que nous verrons chez les Bdellés. Le bec, renflé à sa base, bientôt atténué après la naissance des prdpes,n'a j)as ce support globuleux qu'a donné Hermann à son Scirus tenuirostris \ il est composé : i° d'une lèvre trian- gulaire, épaisse, qui n'a guère, en longueur, que la moitié du bec même; ti" de deux mandibules dont l'adossement constitue seul la moitié la plus avancée de ce bec. La lèvre porte deux palpes écartés, forts et longs (pi. 8, fig. 38), à cinq articles, dont le deuxième est le plus gros, les autres vont successivement en décroissant d'épaisseur jusqu'au dernier qui est courbé, aigu, et porte deux épines; on en voit une aussi sur le premier, le troisième et le quatrième articles. Cette disposition aussi bien que la grandeur des palpes, et l'habitude cpi'a ce petit animal de les tenir fort souvent courbés, rejetés en haut et en (i) AiKsi la figiiie 22 olïro-t-elInihîl'iiicxai'tiUKlcsous ce rapport cciiimc sous celui du palpe ri Jii iioiiilxi- de SCS aiiiilcs. ;/uj/la lip;iirc aJditioiiiiullf. ) 44 A. DUGÈs. — Su?- les acariens. arrière, lui {ionne l'aspect qui lui a valu son nom spécifique. Le dernier article a été pris par Hermann, dans son Scire tenui- rostre pour une soie terminale, comme celle des Bdellés; il est probable qu'il y a eu erreur sur ce point. Les mandibules (fig. 89) , épaisses à leur base , singulièrement amincies en avant , sont terminées par un ongle mobile, épais , très crochu et se fléchissant en dessus. Gtînre n. Bdelle, Bdella. Latreille. Ce nom anciennement appliqué aux sangsues avait été, mal- à-propos sans doute, restitué à la sangsue du Nil par M. Savigny ; M.Moquin-Tandon,pour éviter des équivoques, l'a remplacé par celui de /wz«(2ft> pour l'hirudinesusdit, et nous pouvons, en con- séquence, conserver à un genre d'acarien, le nom devenu clas- sique, malgré l'inexactitude de la signification et l'inopportunité de l'emploi qu'en avait fait Latreille. Le corps des Bdelles est aussi mou , renflé , à corselet conoïde , et portant aussi une soie transversale, mais fort mince et fort courte; il y a deux yeux de chaque côté (1). Le bec saillant et triangulaire, est composé comme celui des Scires, mais la lèvre égale en longueur les mandibules à l'état de repos. Cette lèvre comprimée entre deux verres, se bifurque d'abord légèrement, puis son bout s'épanouit en une double caroncule garnie de barbes et qui rappelle le panache du Rhyncholophes. Les palpes ont toujours cinq articles , le premier fort court et globuleux en partie masqué par l'épaisseur de la lèvre, quand on ne la dé- gage pas parla compression , le deuxième fort long, le troisième et le quatrième très courts , le dernier long, cylindrique ou en massue , et portant deux grosses soies terminales et mobiles. Les mandibules épaisses à leur base, un peu atténuées vers le sommet dans plusieurs espèces, ont été généralement prises pour des pièces simples, piquantes et tranchantes , ce qui ne s'accordait guère avec leur forme. C'est effectivement une grosse pince à mordant, très petite chez la plupart : ainsi, chez (i) Voir les figures d'Hormann. A. DUGÈs. — Sur les acariens. 45 la BDELLE VULGAIRE, la Bdellc rouge de Latreille , la mandi- bule atténuée ne porte qu'à son extrémité un petit onglet aigu , tranchant, mobile et opposé à une pointe semblable à lui (fig. 19 et 20). Dans une espèce à pieds bleus et à corps rougeâtre, bdelle coERDLiPÈDE (nobïs), le museau ou bec est plus court, plus gros; aussi les mandibules sont-elles épaisses, mousses et à mor- dans robustes dont le mobile est un peu plus court que l'autre (fig. 21). Il est probable que Hermann eîit bien reconnu cette conformation , s'il eût anatomisé le suçoir de son Scirus latiros- tris. Il aurait suffi d'ailleurs d'observer avec quelque attention les mœurs des unes ou des autres, pour reconnaître à leur bec autre chose que des instrumens piquans. Enfermée avec une Podure, la Bdelle vulgaire, quand elle est affamée, se préci- pite sur celle-ci, la mord, la tire par les pattes, lui arrache des flocons de poils écailleux, et enfin la suce en la saisissant par le cou, etc. Les hanches de Bdelles sont à peine séparées, plus néan- moins en certaines espèces: ce que leurs pattes présentent de plus remarquable , c'est la longueur du septième article qui est effilé et rappelle parfaitement les proportions du sixième, chez les Acarés et les Gamasés ; on serait tenté de croire , en consé- quence, que ceux-ci manquent d'une des pièces communes aux autres acariens , et que leur septième article ne représente en réalité que la paire de griffes de ceux-ci ; cela devient d'autant plus probable que cette paire de griffes se montre portée sur une portion molle, protractile, et accompagnée d'appendices, chez XErythrœus çomigerus , et que, chez les Bdelles, les griffes sont de même portées sur un pédicule charnu et membraneux , sur une véritable caroncule. C'est là , du moins , une disposition qui se rapproche de celle des aranéides qui ont 8 articles à toutes les pattes. Tout ce que nous savons sur la reproduction, dans cette fa- mille, c'est que les Bdelles naissantes ressemblent aux adultes , mais n'ont que six pieds. Nous les avons trouvées quelquefois en réunions peu nombreuses, grandes et petites, dans les anfrac- tuosités d'une pierre , recouvertes d'un toile sur laquelle elles 46 A. DUGÈs. — Sur les Acariens. marchaient sans dif ficiiUé; mais nous n'avons pas eu la certitude que cette toile ne IVit pas l'ouvrage de quelque araignée ; car on en trouve souvent aux mêmes lieux. ARTICLE V. Famille des Oribatés (septième de l'ordre). Les Acariens de cette dernière famille se lieraient aussi bien aux Acarés qu'aux Bdellés par leurs mandibules et leur seg- mentation ; ils rappelleni même les Gamasés par leur cuirasse écailleuse,et c'est aussi par ce caractère qu'on peut les regarder comme établissant un point de contact entre l'ordre qui nous occupe et celui des Phalangiens, comme nous l'avons fait voir dans nos considérations générales; nous n'avons ici qu'un seul genre, celui des Oribatés de Latreille; mais tout doit nous por- ter à croire à la nécessité de le subdiviser comme Hermann l'avait déjà fait. Le nom de Notapsis, qu'il donnait à tout le genre , devra dès-lors appartenir seulement à l'une de ses divi- sions. Il ne sera possible de les bien établir que quand on con- naîtra plus complètement les organes de la manducation (i) chez toutes les espèces ou du moins chez les types principaux. Le nombre des griffes et même le degré de segmentation du corps ne nous paraissent pas suftire jusqu'à présent à cet effet. Ceux que nous avons observés sont le Notaspis clavipes^ le castaneus 3 Xalatus d'Hermann ; et je renvoie aux figures de son ouvrage (apt., pi. 4 et 7), en ce qui concerne les formes extérieures, bien que son clavipède ait été représenté avec des pattes trop longues, un corselet trop rétréci, des apophyses latérales trop détachées, un rang de soies circulaires sur le dos, tandis qu'elles y sont sur deux lignes longitudine (fig. l\o ), etc. (i) Ainsi, par exemple, chez le clavipède, la lèvre est bifide, le dernier article du palpe est plus court que l'avant-deriiier : chez le châlaiD, le dernier est plus long que l'avant-dernier , et la lèvre est sinueuse, mais non bifide en avant, etc., etc. A. DUGÈs. — Sur les acariens. l^n J'en ai aussi trouvé plusieurs qu'il ne m'a pas été possible de rapporter exactement aux espèces déjà suffisamment connues, un entre autres d'un noir mat et fort petit , mais qui n'a pas été suffisamment étudié; il a, au-devant d'un abdomen arrondi, un corselet petit, triangulaire, surmonté de deux cornes allongés, plates, dirigées en dedans, en avant et en bas ; particularité qui ne lui est pas exclusive, mais qui a été observée par de Géer dans plusieurs autres espèces de même que par nous. Un autre qui ressemblerait assez au Notaspis corynopus d'Her- raann est noirâtre, à corps ovale, offrant une pointe latérale entre la troisième et la quatrième patte, déprimé et inégal en dessus le corselet qui ressemble en gros à celui du clavipède, est remarquable par les deux appendices mobiles en forme de mas- sue, qu'il porte au lieu où d'autres offrent des épineuses immo- biles ou dirigées en avant; celles-ci sont au contraire dirigées en travers; les articles des pattes sont renflés; le crochet terminal simple, au premier abord est formé de l'apposition de plusieurs pièces à ce qu'il m'a paru. Une longue soie part de l'extrémité du pied antérieur. De grosses soies courbes font une double anse au-devant du museau et une autre derrière l'abdomen. Nous avons examiné avec plus d'attention une autre espèce plus curieuse et sans doute nouvelle, XOribates dasypus , orie/Vte TATOU {nobis); il est gros comme un grain de moutarde, d'un brun châtain très lisse, arrondi, mais un peu comprimé et plus large en arrière qu'en avant. Quand on le saisit et qu'on l'exa- mine à la loupe, on voit que cette carapace globuleuse n'est interrompue qu'en bas et en avant, dans un quart au plus de sa surface; dans le creux qui existe en cet endroit, l'animal retire les pattes et les couvre en grande partie sous son corselet mobile , oblong et qui forme alors une sorte de couvercle à la boîte représentée par la carapace. Les pattes , courtes relative- ment au volume du corps, sont conoïdes et terminées par un seul crochet fort grand et très courbé ; le sixième article est assez long, les autres fort courts; le troisième gros et allongé; tous d'une venue et non claviformes comme chez le plus grand nombre des autres Oribates; les derniers sont garnis de longues soies qui font de chaque patte une sorte de pinceau ; aussi le 48 A. DiiGÈs. — Sur les Acariens. nom de dasypus convient-il à cet acarien , tant à cause de cette circonstance que de la manière dont il s'abrite sous son têt. Les palpes ressemblent beaucoup à ceux de l'O. castaneus. Leur deuxième article est plus court et plus mince ; tous sont hérissés de quelques soies; ses mandibules sont également deux grosses pinces à mordans robustes et dentelés. J'ai trouvé sept à huit œufs oblongs dans le corps de l'individu qui a été écrasé pour l'étude des détails. Il a été trouvé dans les Ardennes. Arrêtons-nous maintenant sur la description de I'oribate CHATAIN (Hermann), le premier, que nous ayons étudié, et qui nous ait procuré des notions positives sur l'organisation de la bouche. L'appareil buccal est séparé du plastron ventral et des hanches antérieures par un sillon transversal ; il est tout-à- fait infère; aussi n'en a-t-on qu'à peine reconnu les palpes dans quelques espèces (de Géer, tome vu, pi. 8, fig. i, 2; Hermann, apt. pi. 9,U), et les mandibules n'ont-elles été que devinées par Latreille. Il se compose des mêmes parties que chez les autres Acariens, savoir : i" une lèvre large, triangulaire, obtuse, lui peu festonnée à son angle antérieur qui avoisine le bout du museau ou pointe antérieure du corselet ; 1° deux palpes attachés sur les côtés de sa base, fusiformes et à cinq articles, dont le premier très petit, le deuxième gros, 10. .fié, faisant en longueur presque la moitié de tout le palpe ; les autres s'atténuent progressivement; mais le dernier est un peu olivaire et plus allongé que les précédens; ils sont tous velus en dehors seulement ( pi. 7, fig. i[\) ; 3° deux mandibules en pince d'écre- visse à mors dentelées, crochues , cachées par la lèvre (fig. aS). Nous avons parlé du plaston ventral; toute la région inférieure est écailleuse en effet comme chez les insectes coléoptères ; elle porte, en arrière, une ouverture très visible, c'est l'anus; une autre ouverture, sans doute génitale, se voit derrière et pres- que entre les hanches postérieures. Un sillon transverse sépare les deux paires de hanches postérieures des deux paires anté- rieures; ces hanches sont rapprochées de la ligne médiane, assez grosses; il en est de même du deuxième article des pattes ou trochanter, qu'on ne voit point en regardant l'animal en- A. nuGÈs. — Suj- les Acariens. ^q dessus; la cuisse est très renflée, la jambe l'est un peu moins; le cinquième, le sixième et le septième articles bien moins en- core ; les deux derniers sont fort longs ; chaque membre est terminé par trois grands ongles ou crochets; c'est par défaut d'observation suffisante que Hermann père a mis cette espèce parmi celles qui n'ont qu'un crochet terminal. La carapace, brune et souvent noirâtre, n'est pas, ainsi que Hermann semble le donner à entendre, détachée du dos comme les élytres soudées de certains coléoptères, des gibbies par exemple ; c'est la peau du dos durcie séparée seulement du plastron abdominal par un espace de peau molle, blanchâtre, cachée dans l'état ordinaire, mais élargie en forme de bande, quand l'abdomen est distendu par des œufs. Cette carapace, très bombée en ai-rière,est séparée, par un sillon transversal très profond, d'un corselet conoïde et imparfaitement sous-di- visé lui-même en deux parties. De la postérieure partent deux grosses soies ou cornes plates, aiguës, dirigées en avant, et à la base de chacune desquelles j'ai vu une tache obscure qui pourrait être une paire d'yeux cachée sous une peau cornée et translucide. Sous la partie antérieure est située la bouche. J'ai trouvé, à la surface de quelques grosses pierres, dans des creux capables de contenir un pois, les nids de l'O. châtain- ils étaient plus ou moins exactement fermés par une croûte mince de matière papyracée et d'un gris sale. Là étaient ras- semblés une quarantaine d'individus adultes, dont les plus grands n'avaient toutefois qu'une demi-ligne de longueur; il s'y trouvait aussi beaucoup de peaux blanchâtres et des petits dont la plupart, n'ayant qu'un quart des dimensions de l'a- dulte , en avaient pourtant toutes les formes; ils étaient seule- ment un peu aplatis ; leurs yeux , bien visibles à cause de la demi-transparence du corps qui m'a permis d'observer d'autres détails d'organisation, étaient d'un gris bleuâtre. D'autres, plus petits encore, et un peu plus aplatis, n'avaient que six pattes, et ces pattes étaient moins éléganmient renflées que celles de l'a- dulte, onguiculées du reste de la même manière. Les deux paires antérieures s'attachaient également sous le corselet qui portait deux gros yeux bien détachés par leur couleur d'ardoise sur II. 7.00I.. — Juillet. 5o A. DUGÈs. — Sur les Acariens. un fond châtain clair. Là aussi se trouvait entermé un hôte dangereux sans doute, le Dernianysse des oribates dont nous nous sommes occupé dans un des articles précédens. ARTICLE VI. Additions aux deux premiers mémoires. L'approche de l'hiver, époque à laquelle les acariens, vaga- bonds ou parasites, durant l'été, viennent se cacher sous les pierres et ne se sont pas encore enfonces dans de trop pro- fondes anfractuosités, m'a permis d'en observer un grand nom- bre , d'en tudier plus complètement quelques-uns déjà connus, d'en rencontrer d'autres qui m'avaient échappé jusque-là. C'est surtout pour la famille des Trombidiés que j'aurai ici à faire quelques additions importantes ; j'y procéderai le plus succinc- tement possible. 1° Genre Mégamère , Megamerus. Nobis. Palpi iinguiculati , longi, liheri; corpus constrictum ; coxœ dis- tantes; pedes gressores j femore maximo (prœsertim quarti cruris). 7"° Articula hrei>i. Larvœ hexapodœ , adulto similes. Megamerus longipes ; Trombidium loîigipes, Hermann. M. inflatus y nobis; Tr. macropus? Hermann. M. ovalis, nobis. — M. celer; Tromb. celer, Hermann. M. roseus , nobis. — M. castaneus, nobis. — M.fallax, nobis. Dans mon premier mémoire, je laissais soupçonner, pour le Trombidium longipes d'Hermann, lanécessité prochaine d'établir im nouveau genre (pag. 29), et déjà ce genre compte d'assez nombreuses espèces. Ce qui le caractérise surtout, c'est un corselet plus ou moins nettement dessiné, des mandibules en pinces, des palpes assez semblables à ceux des Raphignathes et des pattes insérées et terminées à-peu-près comme chez les Té- Iranyques ; aussi avions-nous placé parmi ceux-ci le Trombidium A. nuGï-s. — Sur les Acariens. 5i celer d'Hermann qui se rattache au présent genre. Ce <^enre de- vrait, en conséquence, être placé au voisinage de ces deux autres, et ce avec d'autant plus de raison , que la mandibule des Tétranyques et des Raphignathes, peut être considérée comme une pince à mordans fort inégaux, ainsi que nous le démontre- rons dansles additions subséquentes, et que les pieds des Raphi- gnathes ne diffèrent pas autant de ceux des Tétranyques et des Mégamères que je l'avais cru d'abord. Ces derniers courent avec beaucoup de vitesse et sautent quelquefois ; la force de leur cuisse et surtout de la postérieure , explique cette particularité. Plusieurs sont certainement car- nivores ; mais il en est, dont l'intestin coloré en vert, atteste qu'ils se nourrissent de végétaux et surtout, je crois, de cryp- togames, de la matière verte qui enduit les pierres humides par exemple (Meg. inflatus et ovalis). J'ai trouvé, pour plusieurs espèces, des œufs blancs et des petits à six pattes , dont les pos- térieures étaient insérées assez loin des moyennes. Le M. LONGiPÈDE, que je n'avais d'abord trouvé que dans le nord, a les mandibules didactyles comme le M. celer ei les han- ches en deux groupes ; mais les deux postérieures ensemble et distantes des deux antérieures. A Paris, privé de mon micros- cope et de la plupart de mes instrumens, je n'avais pu éviter quelques erreurs que j'ai rectifiées à Montpellier. Je crois bien du moins que c'est la même espèce qui a servi aux premières observations et aux subséquentes. Le M£OAMÈR£ ENFLÉ a uu corsclct bien séparé, un ventre très convexe , obovale ; il est de couleur isabelle, et tantôt ses bords sont transparens, tantôt c'est le miheu qui offre une ligne lon- gitudinale ou en Y de couleur blanche; quelquefois il est vert • tout cela dépend du degré de plénitude des organes digestifs et dé la nature des matières qu'ils renferment. Les palpes, les mandi- bules, les cuisses sont comme chez les Mégamères les mieux caractérisés ; les pattes antérieures sont aussi démesurément lon- gues et grêles que chez le longipède ; elles sont blanchâtres et assez molles. Ce Mégamère est fort petit; on le trouve ordi- nairement en peuplades assez nombreuses, quelquefois isolé- jen ai vu de plus gros et dont le corps égalait la tête d'une pe-^ /ïa \. DU G Es. — Sur les acariens. lite épingle; c'étaient sans doute des femelles. Tous ont deux petits yeux blancs sur le côté du corselet. On retrouve ces mêmes yeux blancs sur les angles antérieurs du corselet du M. ovale qui se rapproche du précédent par la forme renflée de son corps; mais il diffère, par là même, de tous les autres. T-e corselet n'est marqué que par une ligne enfoncée qui le circonscrit et en fait un triangle à pointe pos- térieure et plus ou moins déprimé selon la plénitude ou la va- cuité du ventre (pi. vni,fig. 43). Le corps est noir avec un mélange variable de rouge vif; les petits sont tout rouges, et le noir pa- rait dépendre de la couleur de l'intestin rempli de matières vé- gétales , de la croûte verte des pierres humides que ces animal- cules raclent avec activité. Les pattes et le bec sont rouges. Les pattes antérieures sont les plus longues , mais dépassent peu la longueur du corps (fig. 43)» les cuisses sont partout longues aussi, mais non renflées comme dans les autres Mégamères, et les insertions des hanches sont en deux groupes, mais assez peu éloignés. Les griffes sont très grandes et il y a entre elles une papille mobile. Ce qui réunit surtout cet animal à ses congé- nères, c'est la forme allongée et la liberté des palpes ( fig. 44). bien que je n'ai pas vu d'ongle au quatrième article ; c'est aussi la forme delà lèvre et des mandibules qui sont armées d'unpetit crochet mobile, très courbe, opposé à un mordant conique et droit ( fig. 45 ). Les Mégamères sont, le plus souvent, en nombreuses familles, mais courant, çà et là, avec peu de vitesse. J'en ai trouvé de rassemblés dans des anfractuosités garnies d'un réseau rare de fils soyeux dans lesquels ils se suspendaient. J'ai vu quelquefois a l'abdomen de ceux-ci une papille volumineuse et subpédiculée. J'en ai rencontré enfin qui , deux ou trois fois plus gros que les autres, leur ressemblaient cependant sous tous les rapports. Étaient-ce là des différences accidentelles ou sexuelles ? fau- drait-il les regarder comme spécifique et ériger encore un genre de plus entre les Tétranyques et les Mégamères? c'est un soin que je laisse à d'autres. Le M. CHATAIN a un corselet distinct, le corps élargi en avant, sept à huit soies à la queue , le corps brun ; les pattes rouges, A. DUGÈs — Sur les Acariens. 53 les antérieures un peu plus longues que le corps ; les yeux blancs; il est fort petit et n'est pas rare; nous l'avons trouvé souvent en société. Il diffère peu du celer ^ à part la couleur des pattes et le nombre des soies caudales; enfin la rareté des poils sur le corps. Le M. cÉLÈRE est celui que nous avons plus particulièrement anatomisé; il avait été figuré déjà, si je ne me trompe, mais grossièrement par Hermann (II, i4); on peut voir dans nos dessins la forme et les proportions du corps et des membres (pi. viir, fig. 46 et 48) ; il est d'un gris jaunâtre ; hérissé de poils parmi lesquels on remarque trois soies terminales. La lèvre est bifide (fig. 47) ; les mandibides à ongle mobile, allongé, pointu et peu courbé (fig. 49)- Le MÉCAMTîRE ROSÉ est beaucoup plus grand encore (demi-ligne de long pour le corps seul ) , assez rare et ordinairement isolé, très agile et Carnivore. L'intestin est brunâtre, le reste du corps d'un rose sale. Les yeux latéro-antérieurs sont d'un gris ardoisé. Pour la forme il ressemble au précédent, mais les membres sont encore plus robustes et le corps plus hérissé; plusieurs de ses grands poils sont aplatis. Les mandibules sont très fortes (fig. 5o), en pince d'écrevisse, à mordans très courbes et aigus; les palpes grands, à grand appendice, à griffe longue, fine et peu courbe, ils sont le plus souvent plies en dessous, comme chez tous les Mégamères. Le dernier article des tarses est court, mais élargi; les deux griffes très fortes et crochues; on peut se faire une idée de tout cela, en exagérant un peu les figures re- latives à l'espèce précédente. Enfin j'appelle M. trompeur un Mégamère assez grand aussi, d'un noir velouté avec une tache blanche sur le dos, des yeux rougeâtres ou blancs, sadlans, placés au-dessus de l'insertion de la deuxième patte ou un peu plus en arrière, des pattes et un bec rouges, un corps élargi en avant, épaulé, aplati , sans corselet bien distinct, et simulant ainsi le Tétrauyque majeur, dont nous parlerons plus loin. Du reste, il a les palpes, les cuisses, etc. des Mégamères; ses mandibules ont le mordant Miolnle très courljé, vraimcnl crochu ( (ig. 5i ). 54 A. DDGi;s. — Sur les acariens. 1" CjQiïveV2t.chy^ndL\h.G,Pachj-gnathus. Nobis. Palpi coniciy'vix unguiculati ; mandibulce crassœ , chelatœ ; corpus integjum^ anticè attenuatum; coxœ distantes ; pedes gressorii, Çf articalo longissimo , ^'^ brevissimo ^ antici lon- giores et crassiores. Ce genre est fondé sur une seule espèce, mais qui ne peut être évidemment rapporté à aucune de celles que nous avions préce'demment étudiées. Le PACHYGNA.THE VELU ( nobis^ç&t fort petit, punctiforme; nous l'avons trouvé en assez grand nombre , en automne , sous les pierres humides, où il marche avec assez de lenteur. Il est de couleur roussâtre ; les poils plats, courbés, courts, et assez nombreux qui le couvrent, lui donnent à la loupe un aspect velouté qui le fait ressembler aux Trombidions (fig. b-i ). Les palpes et les pattes sont hérissés de poils courts et raides. Le sixième article des tarses (fig. 55 ) a l'aspect d'un chardon à carder. Le corps est renflé, épaulé, rétréci en avant, presque comme chez les Smaridies; cette portion rctrécie porte deux gros yeux saillans et brunâti-es. Les insertions des pattes sont de chaque côté en deux groupes peu distans et peu éloignés de la ligne médiane; les antérieures sont beaucoup plus fortes et plus longues que les autres ; viennent ensuite les postérieures; celles de la deuxième paire sont les plus petites ; toutes sont conoïdes, épaisses et si peu longues, que la postérieure ne dé- passe pas le bout du ventre; toutes ont une cuisse assez renflée, un sixième article fort long, un septième fort court et mince, comme chez les Tétranyques, les Mégamères et même les B.a- phignathes, quoique j'eusse cru d'abord pour ces derniers à une conformation toute différente ; il n'y a que deux grandes griffes sans caroncules apparentes , et cependant ce petit animal mar- che fort bien sur le verre. Le bec est saillant; les palpes courbés, serrés contre la lèvre, dont ils ont à-peu-près deux fois la longueur (fig. 53), conoïdes, assez semblables en gros à ceux des Tétranyques, mais A. DUGÈs. — Sur ces acariens. 55 un peu plus longs et ayant leur premier article beaucoup plus considérable qu'aucun des autres. Ces palpes s'agitent, quand l'animal marche. Les mandibulessonten pinceà mordant mobile rebroussé, pa- rallèlement à lacourbure du mordantimmobile (fig. 6/|). Elles ont une base très épaisse et sont très volumineuses , relativement à la taille de l'animalcule : quand on le presse entre deux verres au foyer du microscope, ces mandibules s'échappent aisément en rompant les parois de la lèvre ou de la cavité buccale. 3° additions au genre Tétranyqiie et Raphignathe. J'ai déjà dit que de nouvelles observations sur le Raphignathe très rouge, m'avaient prouvé que ( à part les grosses et longues soies, que nous avons dit caractériser les pieds tisseurs) leurs tarses ressemblaient à ceux des Tétranyques, dont ils diffèrent du reste par la longueur du sixième article et par la brièveté du troisième, et plus encore par la longueur des palpes et par l'in- sertion des hanches non distantes et disposées en fer à cheval continu, en y comprenant l'insertion de la lèvre. Le rapprochement des hanches postérieures et antérieures sépare aussi lesRaphignathes des Mégaraères (surtout du M. ovale auquel ils ressemblent davantage) et des Pachygnathes. Con- jointement avec ces trois genres, ils formeraient du reste un groupe assez naturel ; aussi pourrait-on diviser la famille des Trombidiés en deux sections, l'une des longitarses comprenant les Trombidions,Érythrées, SmaridéesetRhyncholophés; l'autre des brevitarses comprenant les quatre genres nommés ci-des- sus (i). Ainsi se trouverait aussi tranchée la question de savoir si l'animal, trouvé une fois par nous sur le sureau, mais mal- Ci) On les distinguerait de la manière suivante : iBrevinalpes J Mandibules piquantes. . .Télranyque. I Brevitarses. ' ' — en pince Pacliyguathe. iLongipaipes \ - piquantes. . .Raphignathe. l Mandibules piquantes, j p,„,i,„,,res KbynchoiopiK-... Longitarses. j îà (;.„sel.l Tn.mbidion. (Mandibules a crochet. J. ^,„i,.,. i.;,y,hréc. 5G A., uLGÈs. — Sur les acariens. heureusement mutilé (Voy. premier mémoire, p. 22) appartenait ou non au genre Raphignathe ; la longueur du septième article des tarses prouve que non , et je me suis assuré depuis, en re- voyant mes notes, que ce ne pouvait être que MErjthrœus arni- gerus , dont nous reparlerons un peu plus loin. A l'espèce déjà décrite, nous en ajouterons une nouvelle, le RAPHiGiYATHE HispiDE (nobîs) aussi petit que le ruberrUnus au- quel il ressemble du reste beaucoup, mais il est très velu. Je lui ai trouvé à la partie postérieure du corps, deux papilles qui semblent indiquer des habitudes analogues à celles des Tétra- nyques. Si j'ajoute ici une espèce à ce genre, j'en retrancherai une autre: le Trombidiwn lapidum de Hammer ne me paraît pas lui appartenir, et je me persuade qu'il n'est autre que notre Tetra- nychus crislatus ; la longueur des pattes, celle des cuisses, l'écartement des insertions des hanches , la brièveté des palpes, le corselet, la forme et la couleur du petit et de l'adulte, tout m'en a convaincu ; seulement, je n'ai pas vu que les yeux fussent composés de trois ocelles comme le dit Hammer. Quant aux œufs à couvercle radié, que cet écrivain leur attribue (Voy. apt. d'Hermaun, pi. vu, fig. 7, 8, R, S), je les ai assignés à des Raphignathes, et je crois encore avoir eu pour cela de bonnes raisons (premier mémoire, p. aS et 24): j'ai même conservé les œufs rouges et ronds du Tétranyque crête , et j'en ai vu sortir le petit hexapode rouge si semblable à la première figure d'Ham- iTier. Mais de nouvelles observations m'ont rejeté dans le doute : 1" dans des lieux où se trouvaient ces œufs blancs étaient en grande abondance, pas un Raphignathe et beaucoup de Tétra- nyques, soit de l'espèce du crête, soit d'une toule voisine; 2° ce dernier, que je nomme Tétranyque ténuipède, contient souvent dans son intérieur des yeux rouges et ronds comme ceux du crête, mais un individu écrasé par mégarde à l'entrée du tube de verre, où je l'avais introduit, contenait un œuf blanc, aplati et à couvercle radié. Pourrait-on croire que les œufs sont revêtus tantôt d'une enveloppe calcaire et tantôt seulement d'une membrane dans la même espèce? ou bien les œufs blancs ii'apparticnnenl-ils qu'au Tétranyque ténuipède et A. uUGÈs, — Sur les acariens. 5^ au Raphignathe et ne se recouvrent-ils de leur croûte qu'au mo- ment de l'éclosion ? Dans l'appareil mandibulaire des Raphignathes , mieux exa- miné, j'ai reconnu plus d'analogie que je ne l'avais cru d'abord avec celui des Mégamères et autres Trombidiens ; le double bulbe charnu est composé de deux corps mandibulaires presque soudés et prolongés en pointe longue et sétacée ; c'est le mor- dant fixe de la pince; l'acicule est le mordant mobile. Il faut en dire autant des mandibules des Tétranyques ; seu- lement ici le mordant fixe est très court, et le mobile ou l'acicule est très long. Chez le Tétranyque crété, cet acicule est très courbé dès sa base, mais élastique et pouvant sans doute se redresser au besoin pour sortir davantage de la bouche (fig. 56). Cet animalcule m'a offert quelques remarques nouvelles ; il a souvent le corps partagé en deux par un sillon transversal qui lui forme un corselet, mais ce sillon s'efface quand le corps est très rempli ; les yeux sont rougeâtres , latéro-antérieurs , plus visibles latéralement que en dessus; le peu de poils dont il est garni sont plats, en feuille même, et le corps porte en avant six appendices courts, épais, mobiles et bien distincts des palpes. Le TÉTRAivYQUE TER3IIPÈDE, dont il a été parlé ci-dessus, a des couleurs plus ternes encore (fauve et noirâtre) que le crête au- quel il ressemble pour la forme du corps et des membres; seulement il n'a point de rebord anguleux, ni de corselet dis- tinct. Les paltes sont plus grêles encore, mais dans les mêmes proportions. Les palpes sont également droits, gros et courts, peu visibles en dessus; les mandibules ont absolument la struc- ture ci-dessus décrite, aussi bien que la lèvre qui les renferme. Ces notions nouvelles sur la structure des mandibules, m'ont permis de rattacher au genre Tétranyque une espèce d'assez grande taille, T. majeuk (rwùis, pi. ix, fig. 67), dont la forme se rap- proche aussi beauco'ip de celle du T. crête, sans en avoir non plus les rebords anguleux; dos plat, strié transversalement, épaulé, un peu prolongé en avant et hérissé de quelques soies, soit en avant, soit autour; deux rangées longitudinales en dessus; bec en dessous, d'un beau rouge ainsi que les pattes, et une 58 A. ouGÈs. — Sur les acariens. tache au milieu du dos; le reste d'un beau noir; deux yeux rou- geâtres ou blancs, latéro-autérieurs. Au milieu de l'abdomen en dessous, une vulve rouge, bilabiée, d'où la compression fait sortir deux tubes courts et incolores. Pattes antérieures plus longues que les autres, cuisses longues partout, sixième article aussi, septième rudimentaire à deux griffes et une papille oli- vaire (fig. 58). Palpes gros et courts à peine courbés, à troisième article plus long que les autres (fig. Sg): mandibules composées chacune d'un corps épais, termine par un cône surmonté d'un ongle pointu; à la base du cône s'articule un grand mordant mobile, étroit, recourbé (fig. 60), représentant parfaitement en petit le long acicule du ïétranyque crété. Dans le corps, j'ai trouvé une douzaine d'oeufs ronds et rouges. En raison des cou- leurs, on peut, au premier coup-d'œil, le confondre soit avec les plus grands individus du Mégamère ovale, soit avec le Méga- mère trompeur, dont la taille se rapproche un peu de la sienne, mais qui est plus allongé, etc. Je crois devoir aussi reporter au genre Tétranyque, l'Acarien que j'ai indiqué ailleurs sous le nom de Trombidium glabrum, (pi. VIII, fig. 6 1 ) ( I " mém., p. 89) dont les tarses sont bien évidem- ment ceux du présent genre (fig. 62 , 63), et auquel nous avons découvert deux papilles (fillière) en arrière du corps. Il n'a d'ail- leurs pas d'avant-train , et seulement un sillon transversal se montre par moment sur le dos; sa forme rappelle d'ailleurs celle du T. caudé. Il porte deux yeux blanchâtres sur l'avance du tronc qu'il offre comme la plupart des Tétranyques. Ses palpes (fig. 64) sont moins serrés sur le bec que dans les congénères que nous lui assignons ici; du reste ils sont assez courts et co- noïdes. Les mandibules (fig. 65) ont longle mobile bien plus grand proportionnellement, qu'il ne l'est chez les Trombidions; il ressemble assez à celui du T. major, mais est encore moins prolongé et sans mordant fixe à l'opposite. Les deux pointes font simultanément saillie hors du bec quand on comprime l'animal. On voit que cet animalcule pourrait faire le passage des Tétra- nyques aux Trombidions; mais qu'il diffère plus de ces derniers que des premiers. En le transportant dans un genre dont les espèces sont peu velues en général, nous ne pouvons lui lais- A. DUGÈs. — • Sur les Acariens. 69 ser son premier nom spécifique ; nous l'appellerons Tetranichus trombidinus , tetranique trojibidiejv (nobis). 4° Addition aa genre Smaridie. {i"^ Mémoire, p. 34-) J'ai trouvé, en automne, deux individus d'une espèce bien moins grande que celle que j'ai décrite au lieu cité; celle-ci, SMAniDiE viLLEUSE fnobisj, est d'un rouge vif, ayant le bec (dans l'état de repos), les palpes, les pieds et le corps, à peu de chose près, de même forme et de même proportion que la pa- pilleuse ; mais toutes ces parties sont couvertes de poils longs et aplatis comme des feuilles de graminées; sur les derniers ar- ticles des pattes, les poils sont raides et serrés en brosse. Les yeux sont bruns et situés vers le devant du corps qui n'offre pas une avance bien saillante; le bec au contraire forme un cône allongé, très saillant entre les palpes qu'il porte; il est velu et ne s'est point déployé par la compression, il s'avan- çait seulement un peu au dehors. Les palpes étaient au contraire susceptibles d'élongation ; leurs articles semblaient rentrer un peu l'un dans l'autre, le dernier surtout dans le qua- trième; aussi leur épaisseur était-elle assez notable, et leur aspect claviforme dans l'état de rétraction. Dans le bec j'ai bien reconnu la pièce en cuiller et les deux lancettes mandibulaires décrites ailleurs. 5" Remarques ad di ionnelles pour les genres Erythrée et Rhjrn- cholophe. h' (1 Nous avons trouvé ici, en automne et au printemps, l'E. cor- nigerus, que nous n'avions vu jusque-là que dans les départe- mens septentrionaux. Durant l'hiver chaud que nous venons de traverser, il nous a été possible même d'acquérir des lumières sur le développement de cette espèce et d'une autre. Les Ery- thrées cornigères ne paraissent pas devenir parasites dans leur jeune âge; je les ai trouvés de couleur rouge ora/igé,avec six ou huit pieds, et détaille varice, depuis la plus petite jusqu'à 6o A. DiiGÎ:s. — Sur les .acariens. la plus grande, conservant d'ailleurs, à partie nombre des pieds, tous les caractères de l'adulte, les palpes, les mandibules, les hanches, les appendices du tarse, etc. Parmi ceux dont les pieds étaient déjà au nombre de huit, les deux postérieurs étaient quelquefois très grêles et très courtes comme s'ils n'eussent pas encore acquis tout leur développement; la troisième paire était nièmeaussi proportionnellement moindre qu'à un âge un peu plus avancé. Un de ces jeunes à huit pattes, conservé quelques jours dans un tube, y a filé un réseau lâche de soie très fine à laquelle il s'est suspendu; les pattes se sont alors raidies et dirigées en avant; l'animalcule devenu immobile s'est constitué nymphe. Il y a donc ici, comme pour les Rhyncolophes, plusieurs mues ou métamorphose très peu complètes. J'ai aussi trouvé un très petit E. ignipède à huit pieds. Ces pieds étaient fort grands de même que les palpes, relativement au corps dont la partie postérieure surtout était fort réduite; il était de couleur orangée, terne, rugueux, hérissé; du reste tout semblable à l'adulte. Cette forme avec une si petite taille appuie encore nos conclusions, relativement au genre de vie des Ery- thrées dans leur jeune âge: ils sont, à ce cju'il paraît, vagabonds dès la sortie de l'œuf, et pendant leur accroissement, comme ils le sont encore, arrivés à leur dernier degré de développe- ment. Depuis la publication de mes recherches sur les Trombidiées, jai aussi trouvé des Ryncolophes à six pattes; ils étaient à peine perceptibles à l'œil nu, et de couleur fauve rougeâtre. A la loiipe et surtout au microscope, il était facile de les recon- naître à leur abdomen presque globuleux , à leurs longues pattes terminées par un article renflé, à leurs poils plats, longs et Courbés, à leurs yeux rouges latéro-antérieurs, et au nombre de quatre. Le corps se rétrécit en avant au niveau de l'insertion des deux premières paires de pattes; la troisième insérée beau- coup plus en arrière, est plus longue que les autres. Les tro- kanters sont renflés, ovalaires, les autres articles longs et grêles, excepté le dernier qui ressemble à celui de l'adulte, et porte également deux griffes, plus une papille entre deux. Au devant du corps, est un bec épais, mobile en forme de A. nuGiiS. — Sur les acariens. 6i lête, un peu comme clans la larve des Hydrachnes; il porte deux grandes palpes dont le quatrième article est atténué, long, cro- chu; le cinquième rudimentaire, mais très hérissé. Dans le mu- seau mobile sont contenues deux mandibules fort différentes de celles de l'adulte; elles m'ont offert exactement la même con- formation que celles des Trombidions ; c'est-à-dire qu'elles étaient composées d'un corps épais et d'un onglet fort crochu. Cette différence entre la bouche de la larve et celle de l'adulte, peut jeter quelques lumières sur la structure du suçoir de plu- sieurs autres larves d'Acariens; elle est surtout importante à pour nous, comme établissant l'identité entre des organes dont la forme est si dissemblable , qu'on aurait peine à en reconnaître l'iden- tité, sans les nombreuses preuves que donne l'étude des ana- logies et les degrés intermédiaires de transformation dans des espèces différentes. EXPLICATION DES PLANCHES 7 ET 8. Plaitcbe TII , Figure i. Dermanjsse des oiseaux vu en dessous. Fig. a. La lèvre du mâle très grossie et comprimée ; elle porte un des palpes, et il en sort une des mandibules. Fig. 3. Une des mandibules de la femelle. Fig, 4. Une des pattes antérieures. Fig. 5. Le corps et le bec du Dermanjsse de la chauve-souris vus en dessous avec les deux hanches antérieures seulement, pour laisser mieu.\ voir les intestins pleins de sang. Fig. 6. Extrémité d'une des mandibulesdu Gamase crassipède. Fg. 7. Ixode plomûé vu en dessus; grandeur naturelle. Fig 8. Le même grossi avec les intestins peu distendus , vus par réfraction à la loupe ; jeune individu. Fig. 9. Partie antérieure du même très grossie, vue en dessus; toutes |es parties du bec en place, n, plaque dero-céphalique ou du corselet, è, le support du bec, pièce basilaire. c, les palpes entre lesquels se voit une petite portion des mandibules. Fig. 10. Ud des palpes détaché et vu de côté, de manière à laisser \oir le bout de son 4<= ar- ticle. Fig. 1 1. La pièce basilaire vue en dessus, les deux mandibules écartées pour laisser voir la lèvre dont un aperçoit les dents à travers son épaisseur en raison de sa transparence; a, trait ponctué icpréseiilant le premier article des mandibules caché dans le support du bec ; 6, article libre, c, ongle mobile et dentelé. Fig. 12. Extrémité d'une patte; Cet 7» articles avec les ongles et la caroncule. Fig. i3. Partie antérieure du corps de l'Acare domestique ou mille du fromage, vu en des- «oin et offrant : 1" les deux mandibules écartées; a" la lèvre qui les cache en partie; 'i" les deux pairet de lianchei! antérieures. Fig. i/l. La lèvre Irè» grossie avec les deux palpes. 6a A. uuGÈs. — Sur les Acariens. Fig. i5. Une des mandidules très grossie. Fig. i6. 6« et 7* articles d'une des pattes antérieures, allongées, (i) Fig. 17. Les mêmes dans la rétraction. Fig. 18. Même article d'une des parties postérieures. Fig. 19. Une des mandibules de la Bdelle vulgaire. Fig. ao. Extrémité plus grossie de cette mandibule. Fig. 21. Mandibule de la Bdelle cœrulipède. (2) Fig. 2a. Corps, bec et palpes du Scirus elaplius ; figure imparfaite et qii'il faut rectifier d'a- près l'inspection de la figure 38 à la planche suivante. Fig. 23. Extrémité d'une de ses mandibules. {Voyez la fig. Sg.) Fig. 24. Un palpe de l'Oribale châtain. Fig. 25. Une de ses mandibules. Planche VIIl. Fig. 26. Gamase des coléoptères vu en dessus; on voit, entre les palpes, le labre et les mandibules un peu avancées, sur le dos, les deux plaques écailleuses. Fig. 27. Le même vu eu dessous. On voit, entre les palpes, la lèvre avec ses deux crochets, et les mandibules qui la dépassent un peu; derrière elle est une plaque sternale et la double rangée des hanches. Fig. 28. Gamase tétragonoïde vu eu dessus; les mandibules avancées. Fig. 2g. Extrémité d'un des palpes. Fig. 3o. Une des mandibules. Fig. 3r. Son mordant mobile plus grossi. Fig. 32. Extrémité d'une des pattes. Fig. 33. Uropode végétant vu en dessus, palpes étendus. Fig. 34. Une mandibule. Fig. 35. Son e.vtréniité plus grossie. Fig. 36. 6e et 7' articles d'une patte, vus de profil. Fig. 37. 6« et 7<= articles d'une patte de l'Acare diniidié; profil. Fig. 38. Scire élaphe vu en dessous sans les pattes; les palpes dirigés en avant comme ils le sont quelquefois. Fig. 39. Une de ses mandibules vue de profil. Fig. 4o. Oribate clavipède vu en dessus; on ne voit que l'extrémité des cuisses qui sont très courtes, aux 2 paires de pattes antérieures; on voit une partie du trokanter aux 2 paires posté- rieures. Fig. 41. Lèvre avec un palpe. Fig. 42. Ce palpe détaché et grossi davantage. Fig. 43. Mégamère ovale vu en dessus ; les palpes ployés eu dessus et serrés contre le bec. Fig. 44. Sa lèvre avec un palpe. Fig. 45. Une mandibule. Fig. 46. Mégamère célère en dessus ; un palpe ployé, l'autre étendu. Fig. 47. Sa lèvre. Fig. 48. Un palpe. Fig. 49. Une mandibule. Fig. 5o. Mandibule du Mégamère rosé. (i) Cette figure porte , par mégarde, le numéro 10, déjà employé pour le palpe. Le lecteur rectifiera facilement l'erreur. (a) Le numéro de la figure a été omis à la gravure. A. uuoES. — Sur les acariens. 63 Fig. 5i. MaDdibule de Mégamère trompeur. Fig, 52. PacLygnatbe velu, vu en dessus. Fig. 53. Un palpe. Fig. 54- Une mandibule. Fig. 55. Extrémité d'une patte; profil. Fig, 56. Une mandibule de Tétranyque crête. Fig. 5-. Tétranyque majeur vu en dessus. Fig. 58. Dernier article d'une de ses pattes. Fig. 59. Un palpe. Fig. 60. Une mandibule. Fig. 61. Tétranyque trorobidien vu en dessus. Fg. 6a. Extrémiié d'une patte vue de face. Fig. 63. Idem de profd, Fig. 64. Un palpe. Fig. 65. Une mandibule. Note sur la découverte des ossemens fossiles de l'Iguanodon , dans la formation de Glauco nie Sableuse (Lower green sandj, par M. Gidéon Mantell, membre de la société royale de Lon- dres. (Extrait d'une lettre adi'essée aux rédacteurs par l'au- teur.) Maidslone, une des villes les plus belles et les plus importantes du comté de Kent, en Augletene, est située sur les Lords de la rivière Meclway^ à environ trente-cinq milles de Londres. Le terrain qu'on y rencontre immédiatement au- dessous de la terre végétale est un limon, marne diluvienne ou argile, dans laquelle on a découvert des dents et des os de chevaux , de cerfs et d'élépbans, et au- dessous de cette couche se trouvent cachés des bancs très étendus de pierre cal- caire et de grès , qu'on exploite beaucoup pour divers usages domestiijyes. Ce cal- caire est généralement connu dans le pays sous le nom de Kentish Bag. Ce fut dans une des carrières ainsi exploitée et située à une petite distance sud-ouest de la ville, qu'eut lieu la découverte des ossemens dont il va être question. Les ouvriers ayant fait éclater un grand bloc de cette roche, remar- quèrent .lU milieu des fragmens un nombre cunsidérable d'os; le propriétaire de la carrière , M. Binsted , ayant été informé de cette circonstance, fit rassem- bler aussitôt avec soin tous ces débris et parvint à replacer dans leurs ra[)por's primitifs presque tous les morceaux du bloc, puis il enleva, à l'aide du ciseau. les parties pierreuses qui cachaient les os situés prè.^ de la superficie. La nou- velle de cette découverte se répandit bientôt et attira chez M. Binsted un grand nombre d'amateurs; mais aucun de ceux-ci n'ayant pu l'éclairer sur la nature de» ossemens ou sur l'animal dont ils provenaient ^ il s'adressa à l'auteur pour en ob- tenir des rcnscignemens plus satisfaisans. Etantclrangcrjà l'anatoniie comparée , M. IJ. ne put donner tous les détails néccs- 64 G. MARTEtL. — Sur l'Iguanodoti. saires pour éclairer M. MantcU , et quelque temps après celui-ci se rendit à Maidstone pour examiner, par lui-même, ces oh)eîs curieux. Ces dil)ris consistaient en un nombre considéiable d'os des membres postérieurs d'un reptile de très grande taille, répandus dans la pierre sans aucune régu- larité; à peine deux d'entre eux étaient juxta-posés. Ils sont beaucoup fracturés mais ne sont pas frustres. La pierre qui les empâte est un calcaire arénacé ren- fermant en abondance les coquilles marines qui se trouvent communément dans la formation dç glauconie sableuse ( lower green sand), savoir des Trigonies , des Gervillies, des Térebratules, des Ammonites, etc. Les os mentionnés ci-des- sous étaient suffisamment dénudés pour être déterminés, et ou en apercevait beaucoup d'autres qui n'étaient que partiellement visibles, mais qu'on pourra mieux étudier par la suite. Deux fémurs , l'un montrant ses deux extrémités et des vestiges d'un petit trochanter sur le côté tibial du corps de l'os. Longueur trente - trois pouces (anglais); Un tibia long de trente pouces; Un fragment àe péroné placé près du tibia; Plusieurs os du métatarse et des phalanges ; Deux phalanges unguéales d'une forme un peu aplatie et ressemblant à cel- les d'une tortue de terre. La plus grande a quatre pouces de long et deux et demi de large à sa base ; Des fragmens de grands os plats qui appartenaient probablement au bassin; Des vertèbres caudales et lombaires ; celles-ci ont les caractères ordinaires aux vertèbres fossiles des sauriens, leurs deux faces étant légèrement déprimées. Les vertèbres les plus grosses sont beaucoup comprimées. De nombreux fragmens de côtes, dont l'une présente une double terminaison, comme celles du crocodile. Une portion d'une dent et l'impression d'une autre, appartenant sans aucun doute à l'Iguanodon; Un os long d'environ vingt-huit pouces et semblable à celui représenté plan- che IV, fjg. 1 et 2 de la géologie du sud-est de l' Angleterre, et déterminé comme étant une clavicule de l'Iguanodon. A l'exception des phalanges unguéales tous ces os ressemblent à ceux de l'Iguanodon , trouvés à Tilgale - ïorest, et l'existence des dents avec les os confirme les résultats déduits des découvertes précédentes, et sur des portions détachées du squelette. Il est à remarquer qu'on n'a découvert aucune trace des mâchoires de l'Iguanodon; tôt ou tard, cependant, comme l'observait M. Cuvier dans une lettre adressée à l'auteur: «Il est impossible qu'on ne trouve pas uu «jour une partie du squelette même, ou des portions de mâchoires portant des « dents. » M. Mantell évalue la longueur probable de l'individu d'où provenaient ces os, à environ soixante-quinze pieds. Brighton^ 26 juin i834. GEORGK DE MUNSTEii. — Sur Ics Cl/mènes. 65 Mémoire 5ttr les CLYMÈNEs(r) et les Goniatites du calcaire de transition du Fichtelgebirge ; ' Par le comte George de Munster. (2) Traduit de l'allemand par M. Domnando. Depuis la publication de mes observations sur les rapports géognostiques des Ammonées et des Nautilacés en Allemagne, j'ai eu l'occasion d'examiner plusieurs individus complets , provenant du groupe le plus important et le plus ancien de ces êtres, c'est-à-dire de celui des Clymènes et des Goniatites du terrain de transition, et de rectifier, après un examen ap- profondi , mes idées sur ces animaux actuellement perdus et qui appartenaient à l'ancien monde. Il est si difficile d'obtenir des individus complets ayant les cloisons apparentes, que sans une attention soutenue, il est presque impossible de se préserver de l'erreur. Mais ce qui est encore plus rare, c'est de trouver des individus où le siphon soit reconnaissable, vu qu'il est, dans les Clymènes comme dans les Goniatites, si ténu, et qu'il se trouve placé si près du têt, qu'il demeure ordinairement invisible dans le moule de marbre compacte, même quand celui-ci est poli , et qu'on ne saurait le distinguer que dans des imlividus décomposés ou remplis de matière terreuse. Aussi ai-je pris d'abord des Clymènes pour des (i) L'auteur leur avait donné d'abord le nom de PlanuUtes ; mais pour éviter probablement toute confusion avec les délerminations de M. de Laraarck , il a préféré plus tard celui de Clymènes. Ce choix ne me semble pas plus heureux, parce qu'il présente également l'inconvé- nient d'un double emploi, M. Savigny ayant désigné sous ce nom un geure d'Anuélides que M. Cuvier a rangé parmi ses Abranches sétigèrcs. Il y a quelque temps que j'ai cru devoir si- gnaler ce fait à l'attention de M. de Miinstcr à Kayreuth; mais n'ayant pas reçu de réponse de ce savant, je n'ai pas osé substituer un autre nom à la famille de Mollusques dont il a enrichi la science et dont la dénomination lui appartient exclusivement. ( Note du traducteur. ) (a) R.iyrenth, iSBa. II. /oot. — Moûi, 5 6G GiîORGE DE Mt'NSTER. — Sut lès Clymènes . Goiiiatites et des Goniatites pour des Clymènes. Cette dernière erreur a été surtout occasionée par les Goniatites à lobes éten- dus, arrondis et souvent si peu saillans qu'il est à peine pos- sible de les distinguer. Cette particularité les rapproche telle- ment des Nautilites,que, quand le siphon ou le lobe dorsal n'est point visible, on peut prendre les uns pour les autres , surtout si l'on veut adopter pour base dans la détermination, le nom- bre et la disposition des lobes et des selles, comme on le fait pour les Ammonites des terrains plus récens. L'un et l'autre de ces genres et surtout les Clymènes , sont jusqu'à présent si peu connus , que je me suis décidé à en faire figurer les espèces qui se trouvent dans le calcaire de transition au pied du Fichtelgebirge, du moins celles dont je possède des individus plus ou moins complets, et à en publier les figures accompagnées des descriptions et des éclaircissemens qu'elles exigent. On trouve ces fossiles dans plusieurs carrières de calcaire et de marbre, au pied du Fichtelgebirge, conjointement avec beaucoup d'Orthocères , de Trilobites, etc.; mais ce n'est que dans les couches inférieures du calcaire de transition qui re- posent sur l'argile schisteuse {Tkonschiefer ),et principalement à Heinersreuth, seigneurie de Lerchenfeld, près de Stadtstei- nach, et aux environs de Hof. Dans les couches supérieures de ces contrées, dans la roche appelée calcaire de montagne {Berg kalk) qui renferme beaucoup de Productus,de Delthiris,etc. , je n'ai trouvé jusqu'ici ni Clymènes , ni Goniatites. § A. Clymrnes. Les espèces du Fichtelgebirge que j'ai examinées ont les ca- ractères suivans : Le siphon étroit se trouve constamment à la partie ventrale du coue spiral où il perce les cloisons qui se rétrécissent en entonnoir; les tours despire sont libres, jamais enveloppés en entier, le dernier et une partie de l'avaîit-dernier sont dépour- vus de cloisons.'Les bords du disque cloisonnaire présentent des ondulations ou des lobes latéraux simples à angles obliques. n GEouGfe DE Mc^^stER. — Sut les Clymètics. 67 et cîes selles dorsales et latérales arrondies; les contours des uns et des autres ne sont point denliculés , ni déchiquetés. Le siphon n'étant ordinairement pas visible, c'est au moyen de la selle dor- sale qi-ie l'on peut distinguerlesClymènesdesGoniatites, ces der- nières ayant toujours un lobe dorsal sur la ligne médiane du dos. D'après M. Léopold de Buch (i), c'est la position du siphon à elle seule qui établit une différence entre les Nautilacés et les Ammonées, les premiers ayant le siphon au centre des cloisons, tandis que les dernières ont sans exception un siphon dorsal. Ainsi puisque les Clymènes se distinguent des uns et des autres, par un siphon ventral, elles peuvent être séparées des autres Nautilites connus, avec plus déraison que les Goniatites ne l'ont été des Ammonites, et former désormais un genre à part. Je n'ai pas trouvé jusqu'à présent dans le calcaire de transition duFichtelgebirge des Nautilites proprement dits ayant le siphon au centre des cloisons , tels qu'on en trouve onze espèces dans les différentes formations plus récentes et même dans le Mountain-li- mestone, en Angleterre, en Ecosse et en Irlande , d'après le Miné- ral Conchologj de Sowerby. Je n'ai pas non plus trouvé de Cly- mènes dans des terrains plus récens que le calcaire de transition. Les Clymènes du Fichtelgebirge se divisent en deux sections principales: L Clymènes à lobes peu courbés et arrondis. IL Clymènes à lobes latéraux simples et anguleux et à selles arrondies. I. Clymènes à lobes peu courbés et arrondis. î. Cljmenia lavigata^ nobis. Pi. i, fig. i., a.-f. — Celte espèce provient de la carrière de calcaire gris foncé de Schu- belhammer près de Heinersreuth, où elle atteint souvent de un jusqu'à sept pouces de diamètre. Ordinairement le têt est en- tièrement lisse ; on trouve cependant des échantillons qui indiquent, par des impressions très légères, des espèces de stries. D'une forme discoïde, elle n'est presque pas enroulée et présente, dans son état d'intégrité, de huit à neuf tours despire, (i) Vojreï Ànnaltf det sciences naturel les , i"' série, I. ïq. 6'8 GEOUGE DU. 3iuivsTi:a. — Sur les Clymènes. tant dans les petits, que dans les grands échantillons. Dans ceux de ces derniers qui ont sept pouces de diamètre , le dernier tour de spire est très large et comprimé , tandis que l'avant-dernier donnerait une coupe presque circulaire de moitié moins large , en sorte que l'on croit voir, dans ce cas particulier, une espèce distincte. La large selle dorsale est peu profonde et courbée en arc ; les cloisons sont souvent usées vers le dos et alors la selle paraît moins profonde. Le lobe latéral simple, arrondi, s'incline d'une manière peu prononcée pour se relever ensuite à la même liauteur, de sorte que son jambage ventral dépasse la hauteur de la selle dorsale. Le siphon ventral qui perce le disque cloi- sonnaire se rétrécit un peu, et paraît n'atteindre que la moitié de la loge, ainsi qu'on peut le voir dans la coupe longitudinale de l'avant-dernier tour figuré sous la lettre y. a. est un individu complet , ayant son tét, le quart de sa gran- deur naturelle ; sur le second tour de spire, on a tracé une ligne pour indiquer l'endroit où commencent les cloisons. b. Le même individu vu de profil. c. La selle dorsale avec ses lobes latéraux. cl. Un fragment d'un tour de spire moyen, sans têt et présen- tant les cloisons qui sont au nombre de treize à quinze dans l'avant-derniec tour. e. Coupe transversale de quelques tours de spire dont le premier est poli et le second creux pour montrer le siphon qui plonge en entonnoir. 2. Cljinenia pygmeaj nobis. pl.I, fig. 2, a.-d., provenant de la carrière de marbre de Geigen près de Hof, et de Schubel- hammer. Cette espèce ressen>ble tellement à la précédente, que je suis encore en doute si elle n'en est pas une variété. On trouve ce fossile assez souvent près de Hof à l'état terreux, mais il se décompose sur-le-champ ; ce n'est que rarement qu'on le ren- contre à Schubelhammer. Dans l'une et l'autre de ces localités , il est toujours très petit : à peine a-t-il de une à six lignes de dia- mètre. Il diffère surtout de la Cljm. lœvigata par desrenflemens annulaires du têt et par le petit nombre des tours de spire, car il \\ç\\ a que cinq, tout au plus six, dont l'avant-dernier ren- GEORGE DE MUNSTER. — Sur les Cljmènes. 69 ferme onze loges. La selle dorsale et les lobes latéraux sont à-peu-près les mêmes dans les deux espèces , mais un peu plus arqués dans le C. pfgmea. a, b. Individu adulte. ^. Jeune individu, c. Une cloison. '6. Clymenia angustiseptata , nobis. pi. I, fig. 3., a,b, c. de Schubelhammer où il est très rare. Le tét est couvert de faibles stries ondulées ; sa forme , plutôt discoïde que ronde , est com- primée, de sorte que les flancs sont plutôt aplatis que bombés. Tous les cinq tours de spire sont, il est vrai, apparens, mais les trois quarts des quatre premiers étant enveloppés , on n'en voit réellement qu'un quart. liCS cloisons sont si rapprochées les unes des autres que l'on en compte, à chaque tour de spire, au moins de trente à trente-six. La selle dorsale forme une courbe très peu profonde; sur les flancs les lobes plongent si peu, qu'ils paraissent presque plans, et ne se relèvent que faiblement vers le ventre. a, b. Individu, moitié de sa grandeur naturelle, ayant son tèt sur la partie dépourvue de cloisons ; la moitié du dernier tour de spire manque. c. La cloison. 4. Cljmenia compressa , nobis. pi. I , fig. l\ , lettres a, ^, c, de Schubelhammer. Cette espèce ressemble beaucoup à la précé- dente, quant à la forme et au volume ; cependant on ne saurait les confondre, parce que la Cl. compressa est plus comprimé"^, que dans de jeunes individus, qu'elle n'a que la moitié de l'épais- seur de l'autre, qu'elle a le têt tout-à-fait lisse, et enfin que les cloisons plus fortement courbées sont si distantes les unes des autres, que le dernier tour cloisonné de la spire n'en compte que quinze. Parmi les quatre ou cinq révolutions de la spire, les tours les plus intérieurs sont tellement enveloppés qu'on n'en distingue que la cinquième partie. La selle dorsale forme une courbe profonde; les lobes laté- raux sont également arqués et se relèvent ensuite pour former la selle ventrale, ainsi que le montre la figure c « , ^, est l'iiidividu le plus grand que l'on ait trouvé Jusqu'à présent réduit de moitié; il conserve son tèt, quoique l'on y ait ■yo GF.ORGK i)£ MUNSTER. — Sur Ics Cljrmènes. indiqué quelques-unes des cloisons. Il manque de la moitié du tour de spire non cloisonné. 5. Cljmenia inflatayXioh. pi. I. fig. 5. a, ^. On trouve cette es- pèce rarement à Schubelhammer; elle a quatre pouces de dia- mètre; le têt qui est lisse a souvent vers le bord ventral deux lignes d'épaisseur. La forme de l'ensemble est presque aussi discoïde que globuleuse. Les tours épais de la spire sont très arron- dis , soit latéralement, soit sur la carèrie. Les deux tiers du flanc de l'avant-dernier tour sont enveloppés. Cette espèce paraît avoir en toutdequatreà cinq tours de spire; comme ses tours intérieurs perdent rapidement en épaisseur, ils forment un large ombilic à oarois élevées. Dans l'individu unique de ma collection, les cloisons com- mencent à peine au second tour de spire qui est en partie enve- loppé, ce qui fait que l'on ne peut distinguer que partiellement les lobes faiblement infléchis ; comme une partie du tour de spire est enlevée, on peut distinguer lesipbon ventral. Les bords extérieurs de l'ouverture manquent. a, h. Individu réduit, avec son tét, sauf à l'avant-dernier tour de spire où il a été enlevé pour mettre les cloisons en évidence. II, Cîjmènes à lobes latéraux simples et anguleux et à selles arrondies. 6. Cljmenia planorbiformis , nob. pi. I. fig. (6. a^b^ c. de la carrière de calcaire gris foncé de Gattendorf prés de Hof, où cette espèce a depuis im demi jusqu'à deux pouces de diamè- tre. Le tét est couvert de stries annulaires très fines et très ser- rées, qui sur le dos présentent un arc dirigé en arrière. Ce fossile est discoïde, très peu enveloppé, ayant constamment dans des individus complets, de huit à neuf tours de spire, qui diminuent insensiblement de volume et dont chacun possède treize cloisons assez espacées. Il est dans son ensemble si aplati , que les tours internes ne sont qu'un peu moins saillans que les externes. GEORGE DE MUNSTER. — Sur les Cljmènes. n I La selle dorsale profonde et arrondie imite un peu la forme conique et a des inflexions latérales. Le lobe latéral aigu, peu élevé, a le jambage dorsal presque vertical, un peu penché en dedans , et le jambage ventral s'é- lève par une courbe faiblement arquée. a, ^. Individu complet. c. La cloison. 7. Clymenia undulata, nob. pi. IL fig. i. a — c. de Schubel- hammer près Heinersreuth , où cette espèce qui a un ou deux pouces de diamètre, n'est pas rare. Le tèt a sur les côlés des stries simples, onduleuses, saillantes, rapprochées; les sillons qui les séparent ont la même largeur que les stries ; le dos très déprimé, est limité des deux côtés par deux filets linéaires sail- lans, entre lesquels on voit des stries très courbées, semi-cir- culaires, dirigeant leur convexité en arrière, stries qui ne corres- pondent point avec les stries latérales, et qui sont entre elles tantôt rapprochées et tantôt distantes. Ce fossile discoïde , très peu enveloppé, n'a dans les individus les plus grands et les plus complets que cinq tours de spire, qui décroissent avec rapidité, et dont ceux qui sont cloisonnées renferment de treize à qua- torze cloisons. L'ouverture présente au milieu des deux flancs, un lobe saillant. La large selle dorsale, peu arquée, a des deux côtés une faible inflexion ; vient après , au milieu des deux flancs , le lobe latéral aigu , ayant le jambage dorsal vertical , et le jambage ventral légèrement relevé en arc. La hauteur de la spire, sa largeur et son épaisseur, sont exactement indiquées dans la figure. Le siphon ventral est construit de la même manière que dans la Clymenia lœvigata; souvent il laisse dans l'intérieur de la coquille un filet délié, qui forme une espèce de carène sur le dos des tours de spire précédens ; carène que l'on serait tenté de prendre pour le siphon dorsal d'une Goniatite ; il est cependant SI peu adhérent, qu'on peut aisément l'enlever, sans endom- mager aucunement le têt. a, b. Individu complet ayant son têt. c. La cloison. 'J1 GEORGE DE MUNSTER. — Sur Ics Cljrmènes. Pi. IL fig. 3. a. Un individu dépourvu du tèt et du tour de spire non cloisonné; les cloisons sont apparentes. Fig. 3. b. Le même individu vu de profil , pour montrer la cavité en entonnoir et le siphon. Fig. 3. c. JMoule de cette cavité. 8. Cljmenia subiœvis, nob. pi. L fig. 'j. a,b. de Schubelham- mer. Le tèt est lisse, et ce n'est que rarement que l'on y aperçoit des traces de stries. Au reste cette espèce, quant au volume et à l'aspect, au nombre des tours de spire et des cloisons , à la forme des lobes, et du siphon , ressemble à la Clymenia undu- lata à un tel point que je ne l'aurais citée que comme une va- riété lisse de l'espèce, si la rotondité du dos ne m'eût paru un signe important de distinction. Des recherches ultérieures décideront si elle ne doit pas être réunie à la Cljmenia undu- lata. «, b. Individu complet. g. Cljimnia inœquis triata jV\oh. pi. II. fig. 2. a, b, c. de Schu- belhammer et de la carrière de marbre gris de Gattendorf près de Hof. Cette coquille a été décrite et figurée par M. Léopold de Buch,dansun mémoire sur les Ammonites et les Goniatites, Berlin i832, page 46. pi. II, fig. 10, 11 (i), sous le nom d'Am- monites inœquistriatus ^ dénomination au choix de laquelle j'ai peut-être donné lieu moi-même, Tayant antérieurement nom- mée Goniatites inœquistriatus. Ce n'est que tout récemment qu'ayant trouvé des individus dont le siphon ventral et la selle dorsale étaient en évidence, je me suis convaincu que c'était •une Clymène. Cette coquille de trois à trois pouces et demi de diamètre, a sur les flancs de faibles plis onduleux, dans l'intervalle desquels on distingue deux à trois stries très déliées. Le dos déprimé est comme dans la Cljmenia undulata^ limité aux deux angles de la dépression par des filets linéaires , entre lesquels des stries très courbées dirigent leur convexité en arrière. Discoïde, peu • {i) Voit au^i jinnales des sciences naturelles, i'"'^ série, t. xxix, p. 74)1»'. >'> fij;. lo, ii.] GEORGE DE MUNSTER. — Sur Ics Clymèues. '■j'i enveloppée, cette espèce a dans des individus complets , six tours de spire qui décroissent rapidement. Plus d'une révolu- tion entière, les cinq quarts, et même un tour et demi sont, comme dans les espèces précé lentes, dépourvus de cloisons; les tours qui en ont, en comptent de quinze à seize. Les lobes de l'ouverture et le siphon ventral sont les mêmes que dans la Clymenia undulata. La selle dorsale est aussi large, mais un peu plus haute. Le lobe latéral est plus aigu et plonge plus profondément, ce qui fait que le jambage ventral se relève plus brusquement. a. Individu complet, réduit d'un tiers, ayant son têt et le lobe de l'ouverture. b. Fragment grossi du double. c. La cloison. Ce n'est que très rarement que l'on rencontre dans la carrière de Schubelhammer, une variété qui, en apparence, est lisse, mais qui , vue à la loupe, présente des stries déliées, onduleuses et très rapprochées; cependant les plis n'existent point. Cette Cly- niène semble servir d'intermédiaire entre les Clymenia sublœvis ^ linearis et la Clymenia inœquistnata\ dans ma collection, elle porte le nom de Clymenia sublinearis. 10. Clymenia linearis j nob. pi L fig. 8. a, b. de Schubelham- mer. A l'oeil nu, le têt paraît être lisse, mais vu à la loupe, on y distingue des stries courbées, linéaires, très déliées, qui lais- sent entre elles un intervalle oii deux à trois stries sen)blables auraient pu trouver place. Le dos déprimé , limité par des filets saillans, a comme la Clymenia undulata, des stries semi-circulai- res dont la convexité est dirigée en arrière; mais ces stries sont si distantes les unes des autres, que ce n'est qu'après avoir compté six stries latérales, que l'on rencontre une strie dorsale. Cette coquille discoïde, encore moins enveloppée que les trois espèces précédentes, reste toujours plus petite qu'elles, n'ayant communément que d'im demi-pouce à un pouce et rarement un pouce et demi de diamètre. Les tours de spire, au nombre de sept, même dans les plus petits individus, décroissent Icn- tcjnent. 74 GEORGE DE MUNSTER. — Sur les CljTTiènes. Le nombre de loges paraît être de treize à quatorze. La forme de l'ouverture , celle des lobes et du siphon ventral , est la même que dans le Clymenia undulata. Quoiqu'elle paraisse appartenir, avec les trois espèces précé- dentes, à un seul et même groupe, elle en diffère cependant par le nombre et la forme des tours de spire et des stries. a. Individu complet, adulte, vu latéralement. b. Le même individu vu de profil , pour montrer les stries du dos et les filets décrits dans la Clymenia undulata. 1 1. Clymenia parvula y nob. pi. II, fig 4 » « » ^> de la car- rière de marbre rouge brunâtre de Elbersreuth, près de Hei- nersreuth. Cette espèce rare , qui reste toujours petite, n'a que deux à trois lignes de diamètre. Le têt a des plis fins, courbés , irréguliers qui s'élèvent sans interruption en cône sur le dos voûté, en présentant le sommet en arrière. Cette Clymène discoïde, non enveloppée, compte cinq tours despire qui décroissent lentement. Il n'a pas été possible de déterminer avec précision la forme des lobes ni celle de l'ouverture sur les deux petits individus que l'on a trouvés jusqu'à présent. c'est la seule Clymène que l'on ait rencontrée jusqu'ici dans la carrière de marbre d'Elbersreutb si riche en fossiles. a, b. Individu grossi du double, sa grandeur naturelle est placée au dessous. 12, Clymenia serpentina, nob. pi. III, fîg. i, «, b, c. deSchu- belhammer, où elle est rare. Les individus adultes ont quatre pouces de diamètre. Les striesdu têt diffèrent beaucoup de celles des autres espèces. Des plis aplatis forment vers le milieu des flancs un angle obtus, avec des jambages recourbés en arrière. Entre ces plis , il y a beaucoup de stries linéaires 1res déliées. Vers le dos, les plis s'ar- rêtent devant un faible sillon placé à une ligne de distance de la ligne médiane du dos, qui devient alors un peu tranchant par le rapprochement des deux flancs. C'est sur le dos que l'on aperçoit les stries déliées, se recourbant en arrière en forme de coupe. Cette coquille discoïde , peu enveloppée, a de neuf à dix tours GEORGE DU MUNSTER. — Sur les Cljmènes. 'j5 de spire, dont ceux qui sont cloisonnés comptent jusqu'à quinze cloisons. Le pourtour de l'ouverture est pourvu, comme dans les espèces précédentes , de lobes proéminens. La selle dorsale hautement voûtée, se rétrécit à son sommet , ayant des inflexions prononcées sur ses deux côtés. Le lobe la- téral qui se termine en pointe, n'est pas aussi haut que dans les espèces précédentes , et son jambage dorsal est moins vertical. Le jambage ventral atteint la même hauteur que la selle dorsale. a, b. Individu complet réduit d'un quart, c. La cloison. 1 3. Clymenia striata, nob. pi. II , fig. 5. et pi. III, fig, 2, 3 , et 4 • Cette espèce présente cinq variétés différentes , savoir : A. Clymenia costellata y nob. pi. II, fig. 5, c, è, c. de Schu- belhammer. Le tètde cette Clymène qui a deux pouces de diamètre, a sur les flancs des côtes ou des plis falciformes, qui s'aplatissent vers le dos et finissent par disparaître insensiblement. Dans les tours de spire internes, on ne les aperçoit qu'à l'ombilic; entre ces côtes il y a des stries saillantes très déliées, à peine visibles à l'œil nu, qui, à quelques lignes de l'ombilic, se bifurquent et se dirigent sans interruption sur le dos déprimé, en se recour- bant en demi-cercle en arrière. Dans les moules, ces côtes font naître des sillons en forme de faux. La forme de cette coquille est plutôt discoïde que globuleuse. Les tours despire dont cinq sont apparens, gagnent assez rapi- dement en hauteur; le dernier très large, ne laisse apercevoir qu'un quart des tours internes qui ont de treize à quatorze cloisons. Les bords de l'ouverture sont falciformes à l'instar des côtes. La selle dorsale courbée en demi-cercle, a des deux côtés un enfoncement en forme de lobe, qui aux deux angles forme un coude aigu ; le lobe latéral est profond, son jambage dorsal plonge presque verticalement avec une faible cambrure; le jambage ventral est d'abord plus aplati et se termine par une forte courbure; vient ensuite une selle latérale large mais peu arquée^ qiji plonge fort en avant vers rombilic. 76 GEORGE DE MUNSTER. — Sur les Cljmènes. Le siphon ventral est absolument le même que dans la Cl. un- dulata. a, b. Individu complet, c. La cloison. B. Cljm. striata, nobis, pi. III, fig. Z. a, ^, c. de Schu- bell)4mmer. Des stries déliées, simples, tranchantes et onduleuses qui couvrent le tét , forment sur le dos arrondi un arc circulaire dont la concavité est dirigée en avant, et se replient ensuite sur les flancs en arrière à la même profondeur. Les individus que l'on a trouvés jusqu'ici n'ont qu'un pouce et demi de diamètre ; au reste, ils ressemblent à la Cl. costellata pour la forme et le nombre des tours de spire et des cloisons; les lobes et les selles en diffèrent aussi bien peu. On serait tenté de croire que ce sont de jeunes individus de la première variété, chez lesquels les stries s'amincissaient et les cotes se formaient à mesure qu'ils avançaient en âge. C. Cljm. semistriala, nob. : pi. III, fîg. 4- On l'avait pris d'abord pour une Goniatite, et M. de Buch , dans le travail que nous avons cité, en fait encore mention sous le nom à' Ammoni- tes semistriatus. Ce fossile provient également de Schubelham- mer. Ce n'est réellement que le moule des deux variétés précé- dentes; dès que le tét disparaît, on aperçoit sur les flancs des sillons fortement arqués qui sont probablement des indices d'accroissement; des stries proprement dites, ne se voient que sur le dos, mais jamais sur les flancs, ce qui m'a déterminé d'abord à lui conférer le nom de G. semistriatus. D. Cljm. plana., nob. : pi. Ilï, fig. a. de Schubelhammer. Ce fossile se distingue par son lèt qui est presque lisse, car on n'y aperçoit que des vestiges de côtes ou de stries; il paraît cepen- dant qu'elles n'ont disparu que par suite de la décomposition des couches extérieures du têt. E. Clym. umbilicata, nob. : de la même localité. Le dernier tour de spire est plus épais et pas aussi large que les autres, qui forment un ombilic assez profond; le têt est lisse. Ayant trouvé plusieurs individus de chacune de ces variétés , et les ayant comparées entre eux, j'ai acquis la certitude que tou- GEORGE DE MUNSTER. — Sur Ics Clymèncs. nn tes les cinq, bien qu'extérieurement différentes , appartenaient à une espèce principale, à laquelle je donne collectivement le nom de Clymenia striata. il\. Cljmenia ornata, nob. Nourolle espèce provenant de Scbubelhammer, qui se distingue par l'élégance des dessins du têt, et qui atteint à peine le diamètre d'un pouce. Le tét est pourvu de larges côtes saillantes qui cessent vers le dos, où l'on voit une dépression canaliforme. Des stries tranchantes et on- duleuses s'étendent sans interruption sur tout le pourtour du tét, et arrivées sur le dos étroit et bombé, s'infléchissent très peu en arrière. Cette espèce discoïde , peu enveloppée, présente quatre tours de spire qui prennent en hauteur un accroissement assez rapi- de. Le bord de l'ouverture répond à la forme des stries. On n'a pas encore déterminé avec précision les lobes et les selles. RÉCAPITULATION DES CLYMÈNES I. A LOBES PEU COURBÉS ET AllRONDIS. 1 . Clym, lœvigata. nob. a. — pygmea. nob. 3. — angustiseptala. nob. 4. — compressa, nob. 5. — injlata. nob. II. A LOBES LATÉRAUX SIMPLES ET ANGULEUX, ET A SELLES ARROIiniCS. 6. Clym. pUinoibiform,is. nob. 7- — undulata. nob. 8. — sublœvis. nob. 9- — inœcquistriata. nob. 10. — liJiearis. nob. 11. — paryula. nob. 12. — serpentina. nob. i3. — striata, nob. Var. a. costellala. » b. striata. » c. semistriata. 78 GKORGE DE MiiNSTEH. — Suf les Clymèttes. )) d. plana. j) e. umhilicata. i4. — ornata. nob. * B. GoNiATiTES. Goniatitea (deHaan.) Les Goniatites du Fichtelgebirge qui me sont connues ont les caractères suivans : Le siphon étroit est placé sur le dos du cône spiral. Dans son état d'intégrité, le dernier tour de spire est, ainsi qu'une partie de l'avant-dernier, dépourvu de cloisons; viennent ensuite les cloisons, dont les bords présentent des sinus (lobes et selles de formes semblables) , qui sont ou faiblement ondulées, ou lin- guiformes, ou anguleux. Ni ces lobes, ni ces selles n'ont de contours déchiquetés ou dentés; ils sont au contraire toujours simples et non divisés. Comme on aperçoit rarement le siphon, c'est le lobe dorsal qui fournit le moyen le plus sûr de distinguer les Goniatites des Clymènes dont le dos porte sur la ligne médiane une selle dor- sale, et jamais un lobe dorsal. De la même manière que ce lobe se porte en arrière sur le dos, on observe dans les Goniatites à têt strié, que les stries se courbent dans la même direction rétrograde, comme dans les Clymènes et les Nautilites, tandis que dans les Ammonites proprement dites, des terrains moins anciens, les stries dorsales se portent en avant. Les tours de spire sont ou entièrement enveloppés par le dernier, ou bien plus ou moins apparens. M. de'Haan forme deux familles fondées sur ce caractère; mais la transition est si insensible qu'il serait tout aussi difficile d'établir^ à la rigueur une ligne de démarcation entr'elles qu'entre les Ammonites et les Orbulites de Lamarck, qui se trouvent dans les terrains moins anciens. La forme et le nombre des lobes et des selles fournissent un moyen plus certain de grouper les Goniatites du Fichtelgebirge- Aussi admettons-nous , comme dans les Clymènes de la même localité, deux sections principales : I. Goniatites à lobes simples, peu courbés et arrondis. CEORGK DE MUNSTER. — Sur les Cljmènes. -79 II. Goniatites à lobes anguleux ou linguifornies, ayant un, deux ou trois lobes latéraux. Comme les Goniatites du calcaire de transition du Fich- teigebirge conservent souvent un têt assez épais, les cloisons sout rarement apparentes. Aussi pour les distinguer doit-on commencer par enlever avec soin le têt, ce qui rend très diffi- cile la subdivision naturelle des Goniatites d'après le nombre et la forme des lobes II y a en outre, entre ces deux sections, des transitions insensibles, et il y a même une espèce qui participe de l'une et de l'autre, ayant dans les tours de spire internes les cloisons de la première section , tandis que les derniers tours de spire présentent des lobes profonds en forme ^d'en- tonnoir. I. Goniatites a lobes simples, peu courbes et arrondis. Dans le Fichtelgebirge il n'y a que peu d'espèces de cette section et encore ne les rencontre-t-on que rarement. Leur grande ressemblance avec les Nautilites a été cause que ces fossiles sont si peu connus jusqu'ici et que, dans plusieurs col- lections , on les a pris pour des Nautilites. Nous devons leur connaissance plus intime à M. Léopold de Buch qui, dans son Mémoire sur les Goniatites ( Berlin iSSa), en a figuré et décrit cinq espèces. Il est probable que dans les onze espèces de Nau- tilites du Mountain limestone , publiées par Sowerby, il y a aussi des Goniatites de cette section. A ma connaissance, au- cune des espèces décrites par M. de Buch n'a été trouvée jusqu'à présent dans le Fichtelgebirge; celles qu'on y a rencon- trées me paraissent donc inédites. I. Goniatites latus , nob. de la carrière de marbre gris de Gattendorf, près de Hof. Le têt converti en calcaire, paraît avoir été lisse. Cette Gonia- tite discoïde, enveloppée aux trois quarts, de trois pouces de diamètre , a le dernier tour de spire très large; les flancs , peu voûtés, ont à-peu-près la même inclinaison vers l'axe, que vei» le dos. L'ombilic est peu profond. Quoique ayant quelque res' 8o GEORGE DE MUPfSTER. — Sur Ics Cljmènes. semblaiice, en général, avec le Goniatites Noe!^gerathi,Go\à{tisSf (de Biich loc. cit. pi. I , fig. 6, 7, 8), converti en pyrite, prove- nant de Dillenbourg, cette espèce est cependant proportionnelle- ment plus aplatie, et ses flancs ne s'inclinent point vers le dos, ce qui fait que sa plusgrande épaisseur n'est pas à l'ombilic , mais au milieu du tour de spire. Dans l'unique échantillon que je possède, ou ne voit pas dis- tinctement le lobe dorsal. La faible courbure des lobes latéraux, simples et légèrement arrondis, ressemble à celle du Goniati- tes Noeggerathi (de Buch. loc. cit. pi. I, fig. 6). 2. Qoniatiles angustiseptatus , nob. de la carrière de marbre gris foncé de Dùrrewaid près Geroldsgrûn. Je n'en ai pu ob- tenir jusqu'à présent qu'un seul fragment, qui malheureu- sement a été poli , et d'après lequel cette Goniatite paraît avoir eu une forme elliptique. Son volume doit avoir été con- sidérable , vu que le tour de spire interne, qui était cloisonné, avait trois pouces et demi de hauteur. L'épaisseur du cônespiral était de plus d'un pouce. Comme l'on peut reconnaître trente cloisons dans les trois- quarts d'un tour de spire , il en résulte qu'à chaque révolution entière, on en comptait quarante. 3. Goniatites opatus, nob. pi. IV, fîg. '5^ a-d. Il paraît que cette espèce est XEllipsolites opatus de Sowerby , J/i/zer. Conch. pi. 27. Elle provient de la carrière de calcaire brun rougeâtre de Gatlendorf, où elle atteint un diamètre de un jusqu'à six pouces. On la trouve aussi dans le calcaire de transition de Schleitz. Cette Goniatite comprimée, entièrement enveloppée et dépourvue d'ombilic , a le têt lisse. Une vingtame d'échantillons que j'ai examinés, avaient tous, sans exception, une forme elliptique de telle sorte, que la lon- gueur dépassait d'un quart la largeur. Le lobe dorsal est étroit , infundibuliforme , plus de deux fois plus profond que large. La selle dorsale courbée en arc presque semi-circulaire, est aussi profonde que large et plonge vers un lobe latéral de même vo- lume qui se rétrécit un peu à son extrémité , et qui remonte ensuite pour former une selle latérale plus grande , et fortement arquée. Par le développement de ses lobes, cette espèce se rap- t GEORGE i)K MUNSTER. — SuT les Cljmènes. 8l proche de la section suivante des Goniatites. Ses tours de spire sont au nombre de six , dont le dernier et la moitié de i'avant- dernièr ne sont point cloisonnés; les autres comptent de trente-trois à trente-quatre cloisons. a, b. Individu réduit de la moitié de la grandeur moyenne vu latéralement, et du côté du dos. c. La cloison ; il est à remarquer que le lobe latéral a été représenté trop étroit. d. Coupe d'un individu incomplet de grandeur naturelle. 4- Goniatites hybridus, nob. pi. III, fig. 5. c, è, c, de la car- rière de marbre rouge clair de Hurtigwagen près de Gerlas, aux environs de Geroldsgrûn. Je n'ai pu avoir jusqu'à présent qu'un individu endommagé de cette singulière Goniatite, sur lequel cependant les signes ca- ractéristiques sont si évidens et diffèrent à un tel point de ceux des autres Goniatites connues, que je n'hésite aucunement à en faire une espèce distincte, quoique je doute encore s'il appar- tient à la première ou à la seconde section , vu qu'il réunit les lobes caractéristiques de l'une et de l'autre. Il est entièrement enveloppé , d'une forme elliptique allongée, au moins d'un tiers plus long que large. On y aperçoit cinq tours de spire, dont le dernier et la moitié de l'avant-dernier sont dépourvus de cloi- sons; les autres ont des loges étroites, au nombre de trente dans chaque tour. Dans cette espèce, le lobe dorsal qui plonge en touchant le siphon, est cyathiforme, environ deux fois plus profond que large. La selle dorsale arrondie, un peu moins large que le lobe dorsal , s'incline ensuite vers l'axe, en for- mant un arc très étendu, de telle sorte qu'il devient impossible d'y distinguer soit un lobe latéral supérieur et inférieur , soit un lobe ventral. Dans le tour de spire cloisonné , qui approche le plus de l'ouverture, on voit évidemment un lobe latéral aigu, infundibuliforme, très profond. Dans l'individu figuré, ce tour de spire est si endommagé, que l'on ne peut voir ni le lobe dor- sal, ni la selledorsale, ni le jambage ventral du lobe latéral. a. Individu de grandeur naturelle, vu de côté. b. Le même individu vu du côté du dos. c. La cloison. n. Zooi,. — Àmtl. 6 S-2 GioRGi: DE ML'^STi-R. — Siir Ics Cljmènes. If. GONIATITES A LOBES AIGUS OU LI]\GUlFOR]MES. A. Goniatites entièrement enveloppes j à un seul lobe latéral aigu ^ infundibuliforme. 5. Goniatites undiilosus.) iioh. pi. IV, fig. 5. a, ^, c, d. de Gattendorf près de Ilof. Le tét est couvert de stries très déliées, distantes les unes des autres; elles sontondulenses, et sur le dos se replient en arrière en entonnoir. Ce fossile est presque sphéroïdal, tout en s'appro- chant de la forme elliptique , aplati , entièrement enveloppé , sans ombilic et ayant à peine un pouce de diamètre. Le petit lobe dorsal est infondibuliforme, peu saillant, pas plus profond cpie large; la selle dorsale forme un arc étendu; vient ensuite le lobe latéral qui est du même volume que le lobe dorsal ; son jambage ventral, après avoir formé une courbe égale à celle de la selle dorsale sur la moitié du flanc, va rejoindre la suture en se pencbant légèrement vers l'intérieur. On ne voit aucun vestige ni d'un second lobe , ni de lobes auxiliaires. Les lobes aussi bien que les selles sont peu développés, tant dans les der- niers tours de spire, que dans ceux qui les précèdent, ce qui fait que cette Goniatite se rapproche beaucoup de la section pré- cédente. Dans un individu qui a été poli, on voit cinq ou six tours de spire, dont ceux qui sont cloisonnés ont environ vingt loges. a, bj c. Individu de grandeur ordinaire, ayant conservé son têt, vu de divers côtés. d. La cloison. 6. Goniatites sublœvis ^ nob. pi. IV. fig. 4, a^ b , c. de Gat- tendorf; on le trouve aussi dans le calcaire brun de transition de Schleitz. Le têt lisse montre rarement des vestiges de stries ayant l'ap- parence de stries d'accroissement. Cette Goniatite, quant à la forme, diffère très peu delà précédente, quoiqu'elle semble devoir atteindre un plus grand volume. La différence principale consiste dans la forme des lobes. GEOKGn DE jruNSTER. — Sur les Cljmenes. 83 Le lobe dorsal, en forme d'entonnoir, est en proportion plus grand que celui du Gon. undulosus. La selle dorsale décrit un arc dont les extrémités tendent à se rapprocher; la paroi laté- rale plonge du double plus bas que la paroi dorsale, ce qui fait que le lobe latéral, en forme d'entonnoir, devient lui-même deux fois plus grand que le lobe dorsal. Il est à parois égales, d'où il résulte que la selle ventrale est de la même hauteur que la selle dorsale, et qu'elle forme nn arc fortement voûté avec la paroi ventrale très étendue. Sans cette différence des lobes, j'aurais réuni le Gon. undu- losus et le Gon. sublœvis en une seule et même espèce , car il y a aussi entre eux analogie parfaite dans le nombre de leurs tours de spire et de leurs cloisons. a ,b. Individu de grandeur moyenne. c. Bord du disque cloisonnaire. 7. Gonialites '^lobosus , nob. pi. IV. fig. 6, a, b, c, d, e. de Gattendorf près de Hof. Des stries d'accioissement^ distantes les unes des autres, se dirigent de l'axe vers le dos et finissent par disparaître. Cette Goniatitequi est entièrement enveloppée et quia de trois quarts à un pouce et demi de diamètre, présente différentes variétés ayant la forme tantôt sphérique, tantôt cylindrique, tantôt elliptique. A son axe elle est pourvue d'un omljilic profond. Le lobe dorsal infundibuliforme est à-peu-près aussi profond que large. La selle dorsale décrit un arc semi-circulaire, dont la paroi latérale est un peu plus courte que la paroi dorsale, de sorte que le lobe latéral, également infundibuliforme, ne plonge pas aussi bas que le lobe dorsal. La paroi ventrale du lobe latéral s'élève par une légère courbe deux fois pi us haut que la selle dor- sale. Sur un individu qui a été poli, on distingue de huit à neuf tours de spire, dont le dernier et la moitié deTavant-dernier sont dépourvus de cloisons. Les autres comptent jusqu'à vingt loges. Ujb. Individu de forme elliptique, de grandeur moyenne, ayant son têt. c. Individu de forme cylindrique. d. Individu «le forme sphérique. e. Cloison d(jnt la forme est identique dans les trois variétés. G- 84 GKORcr. DE MUNSTER. — Sur les Cl) mènes. Le dessinateur a représenté le lobe latéral un peu trop pro- fond. 8. Goinatites sublinearis , nob. pi. IV. fig. 7. a, h, c. de Gattendorf près de Hof. Cette Goniatite de deux pouces et demi de diamètre, est cou- verte de stries très fines et très rapprochées ; elle est presque sphérique , un peu comprimée , entièrement enveloppée et dépourvue d'ombilic. Le lobe dorsal est cyathiforme, très étroit, et au-delà de deux fois plus long que large. Les deux selles dorsales réunies forment ensemble un grand arc semi-circulaire qui embrasse la moitié de l'épaisseur du cône spiral, et qui est partagé en deux parties égales par l'étroit lobe dorsal, de telle manière que la paroi dorsale de la selle tombe presque verticalement. Le lobe latéral est infundibuliforme, large, un peu plus profond que le lobe dorsal. La selle ventrale décrit aussi un arc semi-circulaire à pa- rois assez égales, mais elle est d'un tiers moins profonde que la selle dorsale. Le dernier tour de spire est deux fois plus large que l'avant- dernier. Cette Goniatite a un tour et demi de spire dépourvu de loges; chacun des autres tours compte de quatorze à quinze cloisons. a, b. Individu complet réduit de moitié. c. La cloison. 9. Goniaiiles Unearis , nob. pi. V. fig. i. a^b, c, d. de Gei- gen près de Hof et de Schubelhammer. ., Les stries du tét, le volume et la forme extérieure sont absolu- ment les mêmes que dans le Gonialites sublinearis , dont cette espèce diffère pourtant essentiellement par la disposition des lobes et par la largeur du dernier tour de spire. Le lobe dorsal, trois fois plus profond que large, plonge vers le lobe suivant en forme de langue. La selle dorsale , très concave, décrit une courbe semi-circulaire, un peu moins profonde que large , et occupe le tiers du flanc; saparoilatéraleest plus courte que sa paroi dorsale correspondante qui se recourbe en dedans, d'où il résulte que le lobe latéral aigu, infundibuliforme, est aussi plus court quele lobe dorsal. La selle ventrale forme un arc semi-circulaire, un peu GEORGE i)t MUNSTER. — Sur Ids Ciyniènes. 85 relevé d'un côté, et qui occupe les deux tiers du flanc; elle est aussi profonde que la selle dorsale. Le dernier tour de spire n'est que d'un tiers plus large que l'avant-dernier ; un tour et demi est dépourvu de cloisons , les autres en comptent de douze à treize. a^ b. Individu complet réduit de moitié. c. La cloison, d'après un individu de grandeur naturelle. d. Fragment qui présente les stries linéaires dans un individu de grandeur naturelle. 1 0. Goniatites subsulcatus y nob. pi. V. fig. "i.. a,b, c, d. de Schu- mer et de Gattendorf. Cette coquille sphérique , plus ou moins comprimée , entière- ment enveloppée , pourvue d'un ombilic très petit, atteint jus- qu'à deux pouces de diamètre, et aie têt complètement lisse. Sur le moule interne on voit à chaque révolution spirale de trois à quatre profonds sillons dont on ne distingue sur le têt qu'une faible impression. Le lobe dorsal linguiforme , deux fois et demie plus profond que large, plonge jusqu'à la selle dorsale (i), qui ne diffère au- cunement de celle du Gon. linearis. Le lobe latéral infundibuli- forme, renflé des deux côtés, devient presque linguiforme; aussi profond que large , il a les mêmes dimensions que le lobe dor- sal (2). La selle ventrale arquée est de la moitié plus large que la selle dorsale. Cette coquille ne paraît avoir que cinq tours de spire , dont le dernier et la moitié de l'avant-dernier ne sont point cloisonnés ; chacun des autres a de douze à quatorze loges. a, b. Individu complet ayant son têt, réduit de moitié. c. Avant-dernier tour de spire d'un moule interne, de gran- deur naturelle, montrant les sillons et les cloisons. d. La cloison , chez un individu de grandeur naturelle. 1 1. Goniatites sulcatus, nob. pi. IV. fig. i. a, b, c. de Schubel- liammer. Sur le têt lisse de chaque tour de spire , on aperçoit trois ira- (i) L'auteur entend probahlemciii lu sclli" dor.salc ùv la cloison précédente. {IVolc du traducteur.) (t) Cl-) Iroi» durnicrs n;iraclnre.s sont peu djslin<-;.s d.iiis la fi;;iirn. {/drni.) 86 GHOiiGE DE MUNSTER. — Sur les Clymèties. pressions en gouttière qui forment sur le mouie de profonds sillons. Cette coquille est comprimée, spliérique, entièrement enveloppée; sans avoir un ombilic profond, proprement dit, elle a vers le milieu, autour de l'axe, une dépression qui le rem- place, de manière que le dos légèrement arrondi est plus large que l'axe , ce qui est en opposition avec ce que l'on voit dans la plupart des Goniatites à forme sphérique. Le lobe dorsal étroit^ aigu, linguiforme, est à-peu-près trois fois plus long que large ; la selle dorsale est profonde et étroite , ari^ondie à sa partie su- périeure , latéralement courbée en dedans et deux fois plus lar- ge que le lobe dorsal. Le lobe latéral a absolument la même forme j profondeur et largeur que le lobe dorsal (i); sa paroi ventrale se termine en une grande courbe qui s'élève et qui oc- cupe les deux tiers du flanc. Cette Goniatite, tout récemment trouvée, varie en volume de- puis deux lignes jusqu'à un pouce et demi de diamètre. De ses huit ou neuf tours de spire, le dernier et la moitié de Tavant-dernier , ne sont pas cloisonnés ; chacun des autres a de treize à quatorze loges. a, b. Individu de grandeur naturelle ayant son têt , mais dé- pourvu de la partie non cloisonnée. c. La cloison. 12. Goniatites dipisus, nob. pi. IV. fig. 8. a — c. de Gatten- dorf et de Geigen près de Hof. Cette Goniatite, d'une jusqu'àhuit lignes de diamètre, abonde dans ces deux localités ; elle se trouve spathifiée dans un calcaire gris foncé, qui, étant poli, en est tout tacheté. Le tèt est couvert de stries linéaires très déliées. Sur le flanc, il y a trois gouttières profondes qui divisent la coquille en trois compartimens presque égaux. Ces gouttières qui, vers l'ombilic, présentent le plus de profondeur, finissent par disparaître vers le dos. Dans les tours de spire internes, on ne voit quelquefois que deux gouttières. Cette coquille est sphérique , plus ou moins comprimée sur les flancs, entièrement enveloppée et pourvue d'un petit ombilic. (i) Dans la figure, on a représeuté le latéral un peu plus long que le Jorsal. (A'o/e itti traducteur.) GKORGK Dii -AiUNsrifî. — Siir les Clf mènes. 87 Ses lobes la distinguent essentiellement des sept espèces pré- cédentes de cette section , qui toutes ont des selles dorsales ar rondies, tandis que celle-ci a , à côté du lobe dorsal large, aigu , infundibuliforme, des selles dorsales aiguës, également de la même forme et qui sont aussi larges que profondes. Le lobe latéral a pareillement la forme d'un entonnoir et pré- sente le même aspect et le même volume que le lobe dorsal , à la différence près, que la paroi ventrale se courbe en demi-cer- cle et donne parla à la selle ventrale la forme d'un arc qui s'é- lève par une de ses extrémités , et qui occupe les deux tiers du flanc. Elle a de huit à neuf tours de spire ; ceux qui sont cloison- nés , ont de quatorze à quinze loges apparentes. a, ^, c. Individu complet, de grandeur ordinaire, vu de trois côtés. d. La cloison. e. Fragment grossi pour faire voir les stries. B. Goniatites entièrement enveloppées ^ à deux lobes latéraux. i3. Goniatites Mûnsteri. de Buch. pi. V. fig. '5. a,b, c. et L. de Buch,surles Goniatites ; ip\. Il, fig. 5, p. 65 (de la traduction française), de Schubelhammer, où on trouve cette espèce très rarement. Son têt est tout-à-fait lisse et épais. Entièrement en- veloppée, elleaunombilicen entonnoir, qui devient si étroitque l'on ne distingue rien des tours internes; sa forme est presque sphérique et comprimée des deux côtés. Les individus adultes et complets, peuvent avoir de trois à quatre pouces de diamètre. Ainsi que les deux lobes latéraux, le lobe dorsal est lingui- forme, étroit, deux fois plus profond que large , et il atteint un peu plus que les trois quarts delà profondeur du lobe latéral supé- rieur. La selle dorsale pluslarge que le lobe dorsal est arrondie à sa partie supérieure. Le lobe latéral supérieur , linguiforme , est plus large et plus profond que le dorsal. La selle latérale est un peu plus haute et |)lus large que la selle dorsale, dont elle a la forme arrondie. Le latéral inférieur plonge vers le milieu du flanc, un peu ])lus bas (pie le latéral su[iérieur ; sa paroi ventrale se courbe; 88 GEORGE DE MUNSTER. — Su/' les Cljrmènes. ensuite en arc pour traverser la seconde moitié du flanc jusqu'à la suture, en s'inclinant légèrement vers l'intérieur ( l'ombilic). Dans l'individu que j'ai sous les yeux, il n'est pas possible de déterminer le nombre des tours de spire. Les cloisons sont si distantes les unes des autres, que l'on en compte à peine de neuf à dix dans un tour de spire. a yb. Individu de grandeur moyenne, réduit de moitié, ayant son têt. c. La cloison. 14. Goniatites planidorsatus, nob. du calcaire brun de transi- tion de Gattendorf. Cette espèce est tellement comprimée que sur trois quarts de pouce de diamètre, elle n'a que deux lignes d'épaisseur. Son têt, quoique uni, fait voir à la loupe des stries d'accroissement ondulées et irrégulières ; elle est discoïde, entiè- rement enveloppée, ayant à son axe un large ombilic dont le bord , dans quelques individus , est surmonté de petits tuber- cules; le dos est parfaitement aplati. Cette espèce n'a qu'un seul lobe latéral qui est infundibuli- forme; quant aux autres lobes et aux selles, on ne peut pas les distinguer sur les individus que je possède. i5. Goniatites orbicularis y nob. pi. V. fig. 4- ^y^ j ^• Cette Goniatite provenant deSchubelhammer, que j'avais prise d'abordpourunesimplevariétédu Goniatites Mûnsteri, présente, à un observateur attentif, des différences si importantes que j'ai dû l'en séparer. Ce fossile a, à la vérité, aussi un tét épais, lisse, il est de la même taille et tout aussi complètement enveloppé que dans le G. Mûnsteri y mais il aune forme beaucoup plus sphérique; quoique de la mêmehauteur, il est de moitié plus large ;le dernier tour de spire dépasse de beaucoup latéralement en épaisseur les tours précédens; l'ombilic dès son origine est très étroit, sans avoir l'ouverture en entonnoir ; l'axe est plutôt bombé que comprimé. Ses lobes, qui ont la même disposition que dans le G. Mûnsteri , au lieu de se terminer en pointe, sont arrondis au sommet et sont plutôt cyathiformes que lingui- formes. Les cloisons sont aussi plus rapprochées, de sorte qu'on en compte de douze à treize dans chaque tour de spire. Les deux individus qu'on a trouvés jusqu'ici , ont des carac- GEORGE DK MUNSTER. — Sur Ics Clpnènes. 8() tères identiques et ne présentent rien qui puisse autoriser à les considérer comme un passage au G. Mûnsteri. a, b. Individu réduit comme le précédent. c. La cloison. i6- Goniatites contiguus , nob. pi. IV. fig. 2. a, b^ c. provient aussi de Schubelhammer A têt lisse, entièrement enveloppé et ressemblant, quant à sa forme^ au G. Mûnsteri dont il s'éloigne néanmoins tout autant que le G. orbicularis ; cette espèce est dépourvue d'ombilic; à en ju- ger parles trois individus trouvés jusqu'ici, elle est constamment d'un tiers plus petite que les deux espèces précédentes , dont elle diffère aussi parla taille et le rapprochement des lobes. Le dorsal court etétroitest à-peu-près de moitié plus profond que large. La selle dorsale, deux fois aussi large que le lobe dorsal, est arrondie à sa partie supérieure. Le latéral supérieur, presque linguiforme et très pointu, est deux fois plus profond que le dorsal; sa paroi latérale est d'un quart plus haute que la paroi dorsale. La selle laté- rale étroite et arrondie , qui occupe exactement le milieu du flanc , est d'un tiers plus haute que la selle dorsale. Le latéral inférieur, étroit, infundibuliforme, est d'un tiers plus court que le latéral supérieur; la selle ventrale déployée en arc, n'occupe pas tout- à-fait la troisième partie du flanc jusqu'à la suture, et se penche faiblement vers l'axe de la coquille. Dans quelques individus , les parois dorsales des lobes laté- raux supérieurs se rapprochent tellement, qu'elles semblent délimiter les bords du dos par deux lignes droites longitudinales. Dans quelques jeunes individus de ma collection, ce rapproche- ment des lobes n'a pas lieu complètement. Les cloisons sont cependant encore assez distantes les unes des autres, et on en peut compter de douze à treize sur chaque tour de spire. a. Individu privé du dernier tour de spire et d'une partie du têt. b. Région dorsale du mémo individu. c. La cloison. 90 Gj'ORGE DU jvruNSTKU. — Sur les Cljmènes. C. Goniatites non enveloppées , à trois lobes latéraux. fj. Goniatites speciosus y nob. pi. V. fig. 5. a ^ b, c. de Schubelharnmer et d'Elbersreuth. L. de Buch, sur les Goniatites , p. 77 , pi. II. fig. 7 (de la tra- duction française). Cette grande et belle Goniatite présente plusieurs variétés et atteint un diamètre de six à dix pouces. Non enveloppée, beaucoup plus haute que large, aplatie, elle a de quatre à cinq tours de spire, dont l'accroissement en hau- teur est assez rapide. Le dernier tour, plus un quart de l'avant- dernier, sont dépourvus de cloisons ; les autres en comptent chacun jusqu'à trente. Dans de grands individus adultes, le dernier tour de spire est ordinairement large et tout uni, tandis que les tours précédens portent sur leurs flancs de trente-cinq à quarante-deux côtes ou plis, simples et larges , saillans vers la suture, et finissant par disparaître sur le dos uni et peu courbé. La description exacte des lobes dans cette section des Goniatites du Fichtelgebirge, exige une grande attention , car leur forme ne demeure pas tou- jours invariable; les lobes des tours internes diffèrent quelque- .fois de ceux des tours externes, et cette différence devient en- core plus sensible quand la coquille est altérée ou roulée. Les lobes, même du dernier tour cloisonné d'un grand individu complet, ne sont pas toujours parfaitement identiques. Le lobe dorsal est infundibuliforme, large et court ou bien étroit etpro- fond, mais toujours beaucoup plus court que le premier latéral. La selle dorsale est aiguë, conique, et ordinaii'ement aussi large que haute. Le premier lobe latéral est aigu, infundibuliforme, sa paroi dorsale n'a que la moitié de la profondeur de sa paroi ventrale qui s'élève à une première selle latérale de forme an- guleuse, et deux fois aussi haute que la selle dorsale. Le second lobe latéral, infundibuliforme, très aigu, est le plus grand de tous; il plonge d'un tiers plus bas que le premier latéraletil est presque trois fois plus profond que le lobe dorsal ; sa base est aussi beau- coup plus large, sans être cependant aussi large que le lobe est profond. Sa forme d'entonnoir est souvent un peu modifiée GEORGi. DE MUiVSTKn. — Sur Ics Cljmènes. ()i par l'existence d'un coude inférieur. La seconde selle latérale, également anguleuse, atteint à-peu-près la hauteur de la pre- mière selle dorsale. Le troisième lobe latéral plonge ensuite jus- qu'à la moitié de la profondeur du second , et se relève par une courbe peu prononcée vers la région ventrale , où il se joint à la suture. a, b. Individu de grandeur ordinaire réduit au quart de sa grandeur naturelle. c. La cloison où l'on a figuré le lobe d orsal un peu ti'op large et un peu trop court, i8. Goniatites subarmatus, nob. pi. VL fig. i. a, b , c. i\e Schubelhammer. Cette rare et belle coquille, de six pouces de diamètre, est presque discoïde, nullement enveloppée; elle a huit à neuf tours de spire qui prennent un accroissement lent en hauteur et dont ceux qui sont cloisonnés présentent au moins de vingt à vingt^cinq loges. Le dernier tour dépourvu de cloisons , presque lisse, n'offre que de faibles vestiges décotes ou de tubercules, qui deviennent de plus en plus apparens dans les tours précédens;les tours internes ont chacun de vingt-qua- tre à vingt-huit côtes inégales et plissées , dans l'intervalle des- quelles on observe des stries déliées, suivant la même direction. Les côtes sont très irrégulières, garnies de tubercules ou d'épi- nes plus ou moins grandes. Le lobe dorsal étroit, infundibuli- forme, est trois fois aussi profond que lai^ge, et plus de deux fois plus profond que le premier lobe latéral. LaselLe dorsale, anguleuse, estaussi large quehaute;sa paroi latérale est de moitié plus petite que sa paroi dorsale. Le pre- mier lobe latéral est infundibuliforme, très court, beaucoup plus large que profond ; son sommet tombe en dehors du bord dorsal de la spire ^ sa paroi latérale est plus élevée que sa paroi dorsale. La première selle latérale, anguleuse, est plus haute que la seconde et que la selle dorsale. Le second lobe latéral, le plus grand de tous, est long , étroit, presque infundibuliforme; il plonge plus bas que le lobe dor- sal, et est trois fois plus profond que le premier latéral. Ses . — sublaevis, n. Fis. 8. a-b. — liiicaris, n. ; , o i i n ^ ° \ de Schubelhammer. PI. II. Fig. I. a-c. — undulala, n. Fig. 2. a-c. — inaeqiiislriata , n. Fig. 3. a-<:- Moule des Ciymènes undiilata siibiaevis et liuearis. Fig. 4. a-l>. Cl. jiarvula, n. d'Elbersreuth. Fig. 5. a-c. — striata, îin/vVfe'costellala, n. PI. III. Fig. I. a-c. — serpenlina,n. Fig. a. — siriala tn^eVe plana, n. \ de Schiibelliammer. Fig. 3. l>c. — striata, n. pjg. 4. — striata variété semistriata , n. Fig. 5. a-c. Gon. hybridus , u. de HurtigvvageD. Pi IV. Fin. X. a-c. — sulcaliis, n. > , ^ i i n " [.de Sclmbelbammer. contiguus, n. 3 ovalus , u. \ subhxvis, n. 1 undulosus, n. > de Gattendorf. globosiis , II. I .sublinearis, u. J divisus , n. de Geigca et de Gatlendorf, Pi. V. Fig. I. ad. — linearis,n. de Geigeii et de Schubelhammer. subsuloatus , n. de Gattendorf et de Schubelhammer. Mùnsteride Buch. i , c u i lu [, de Schubelhammer. orbicularis , n. \ speciosus, n. d'Elbersreuth et de Schubelhammer. binodosus, n. de Schubelhammer. subarmatus, n. de Schubelhammer. maximus, n. de Schubelhammer, réduit de moitié. planus, n. de Schubelhammer. annulalus, n.de Regnitziosau. subnodosus, n. d'Elbersreuth. IV. Fig. X. a-c. — Fig. a. a-c. — Fig. 3. ad. — Fig. 4, a-c. — Fig. 5. a-d. — Fig. 6. a-e. — Fig. ■}. ac. — Fig. 8. a-e. — . V. . Fig. I. ad. — Fig. 2. a-d. — Fig. 3. a-c. — r Fig. 4. a-c. — Fig. 5. a-c. — Fig. 6. a-b. — VI. Fig. I. a-c. — Fig. 2. — Fig. 3. a-c. — Fig. 4. — Fig. 5. — Lettre de M. Polydore Rotix adressée à M. le baron de Fé- KiJssAC et datée de Bombay., i5 juin i832.(i j Monsieur, « La lettre que j'eus rhonucur de vous adresser au momeut oii j'allais me rendre à Cosseyrc vous faisait part de mes recher- ches en K<;yptc. Aujourd'hui arrivé à lîombay, je profite du (i) Nous apprenons avec un vif regret <|ue M. Roux a succombe aux fatigues de .son voyage. Il p»t nioil à r.oihbny, le i5 avril tT33. I.cs connaissances varices, Je zclc ardent et h-s aiir.a- I oo p. ROUX. — Lettre à M. le B. de Férussac. départ du premier navire pour vous donner un aperçu démon itinéraire depuis René jusqu'au lieu d'où je vous écris. « Après cinq jours de marche dans le désert, notre caravane arriva à Cosseyre(i). Quelques Sirlis et quelques Gangas que je vis, tant que nous étions encore dans le voisinage du Nil , sont les seuls oiseaux que je rencontrai. Pas un reptile, pas un coléoptère, à peine quelques Vanessa cardui, lépidoptère cosmo- polite que j'aperçus voltigeant sur quelques plantes desséchées par un soleil continuellement ardent. Durant la nuit, aucun cri de mammifères, aucune chauve-souris, aucun oiseau nocturne qui me décelât la présence de quelque être vivant dans ces lieux de silence et de désolation. Sous le rapport de la zoologie cette partie du désert n'offre donc rien à l'étude, absolument rien. Mais la géologie y est pleine d'intérêt : les granits, les syenites, les porphyres, les quarz herborises, les serpentines, s'y mon- trent avec une variété de couleurs et une profusion d'accidens bien admirables pour celui qui n'aurait encore étudié ces pro- ductions minérales que dans son cabinet. La route que l'on suit et que bordent des montagnes toutes primitives qui composent le désert, s'étend ainsi jusque auprès de Cosseyre, Aux appro- ches de cette ville se montrent alors de belles montagnes cal- caires où l'on reconnaît bien distinctement les soulèvemens d'une première formation et les superpositions horizontales de plusieurs autres. Mais ici à Cosseyre c'est encore le désert dans toute la force de l'expression : aucun jardin, aucune végétation n'entoure Cosseyre. Aussi point de mammifères , point d'oi- seaux, à peine quelques Néophron perenoptère et quelques Mi- lans noirs ; aucun insecte : partant, une côte aride et inhabitée qui n'offrirait rien aux investigations du naturaliste si la Mer- Kouge n'était pas là pour le dédommager. En effet, on se ferait difficilement une idée de l'abondance et de la variété des pro- ductions de cette mer, dont les eaux toujours pures et souvent tranquilles favorisent si bien l'accroissement des animaux qui y Lies qualités de ce savant naturaliste lui méritent les regrets de tous les amis d'une science à laquelle son voyage eût été certainement très profitable.il laisse plusieurs ouvrages importans inachevés. On doit espérer que le journal de son voyage aura été conservé. (i) Où nous attendait le liatoauà vapeur anglais le Steamer. V. ROUX. — Lettre à M. le B. de Fé/ussac. loi pullulent. Les poissons, les crustacés et les mollusques y sont aussi nombreux que variés; le champ le plus étendu et qui peut surtout offrir le plus d'objets d'étude est sans contredit la classe des Polypiers. Parmi les flexibles, presque tout est nouveau. J'ai malheureusement trop peu de temps séjourné sur les différens points des côtes de celte mer, soit à Cosseyre, Jedda et Moka pour qu'il m'ait été permis d'en consacrer beaucoup à l'étude de ces productions animales , qu'on ne peut bien observer que sur le frais. Cependant je me suis appliqué à recueillir un bon nombre de crustacés et quelques coquilles. Je rapporte l'animal de la Houlette (Pœdum) et celui du Magile, mollusque singulier, où j'ai reconnu un opercule corné. C'est à Jedda que je me suis procuré ces deux testacés. ec Les environs de Moka sont aussi d'une aridité désespérante et semblables à la plupart des autres côtes de la Mer-Rouge. Ce n'est qu'à 36 milles de cette dernière ville que sout les planta- tions de café auxquelles elle doit sa célébrité; je regrette de n'a- voir pu m'y rendre. Sans doute que ces champs et les monta- gnes qui confinent avec le pays d'Yemen, si peu connu , qu'en- tourent de toutes parts des déserts immenses qui le séparent du reste de la terre, doivent renfermer des productions des trois règnes pleines d'intérêt. J'ai vu à Moka une mouette et une es- pèce de merle qui m'étaient inconnus , et j'en rapporte un moi- neau qui n'est ni la Fringilla dornestica, qu'il y remplace, ni X hispaniolensis et la cisalpina de Temiuinck , ni l'espèce d'E- gypte. Je ne l'ai plus retrouvé à Macala sur la côte de la mer d'Arabie, et encore moins à Bombay, où vit l'espèce d'Europe. La géologie, la minéralogie n'y offriraient pas moins d'intéres- santes observations; Moka est presque entièrement bâti avec des laves qu'on tire d'une montagne que les Arabes désignent sous le nom de Giebel asouet , la montagne noire. « Le 8 mars je passais le détroit de Babel-Mandel ; j'aperçus la côte d'Abyssinie en même temps que celle d'Arabie. Nous longeâmes l'île plate qui resserre ce passage; mais , comme sur la plupart des autres îlots, point de végétation, un sol sec, aride et brûlé, telle est ici la côte , telle elle est tout le long de l'Arabie- lleureuse, depuis le Cap Aden jusfju'au Cap Fartash. Nous lO'i p. RO'Jx. — Lettre à M. le B. de Fêrussac. aperçûmes plus d'une fois des traces évidentes d'anciens volcans dont la lave avait coulé jusqu'à la mer : vers l'horizon de la cote s'élevaient en amphithéâtres de très hautes montagnes sans vé- gétation. Le lo nous jetâmes l'ancre devant Macala. Quelques jolis échinodernes , cjuelques coquilles connues, quelques lépi- doptères que j'ai retrouvé plus tard dans l'Inde, une mélanie et deux crustacés nouveaux dont un du genre Lygia^ sont les seuls objets qu'il me fût permis de recueillir. Les végétaux que j'ob- servai à Macala étaient semblables au petit nombre de ceux que j'avais rencontrés à Moka : c'était encore ici toute la végétation de l'Egypte , des palmiers dattiers et point de cocotiers. « Vers la latitude de i[\ degrés nous quittâmes ces côtes ari- des et désertes, et franchîmes en peu de jours, grâce à quel- ques gouttes d'eau réduites en vapeur, l'espace de mer qui nous séparait de Bombay. Je n'entreprendrai pas de vous dé- crire quelle sensation délicieuse j^éprouvai en voyant toutes les montagnes des îles qui environnent la baie de ce nom , cou- vertes de bois jusqu'à leur cime , et plongeant dans la mer leurs pieds ombragés par des forêts de mangiers. Attristé depuis long-temps par l'aspect de la plus grande stérilité, je contem- plais avec ravissement ce luxe de végétation qui m'était in- connu. Je me promettais d'amples collections entomologiques. Mais deux ou trois courses détruisirent sous ce rapport mes es- pérances du moment. Le sol était partout brûlé par les rayons d'un soleil éclatant que quelques jours nuageux n'avaient pas même tempéré depuis cinc| mois; et tiois devaient encore s'é- couler sans que la terre, en proie à une canicule dévorante, fût arrosée par aucune pluie bienfaisante. Cependant dans les bois cjuclques ronces, des mangiers, quelques autres arbres de la saison , et l'innombrable et immortelle famille des palmiers , conservaient encore leur feuillage. Or, les mois de mars , d'avril et de mai correspondent parfaitement à notre saison d'au- tomne en France, époque où les récoltes en entomologie, par exemple, sont les moins fructueuses. C'est ce qui m'est arrivé pour cette partie de l'histoire naturelle. J'ai cependant employé mon temps à explorer qui^lques localités de la chaîne des Gattes. J'y ai observé et recueilli quelques coquilles et crustacés d'eau p. ROUX. — LcUre à J/. le B. de Fcrussac. i oii douce sans doute nouveaux , quelques poissons peut-être dans le même cas. En mammifères, oiseaux et reptiles, je n'ai rien trouvé qui ne me fût conuuou qui ne me paraisse l'être. Le sol de cette partie de l'Inde et de toutes les îles qui avoisinent Bom- bay , telles que l'île Eléphant, Canenjar, Salsette, etc., est un trapp riche en rognons de quarz , en géode , et où se trouve abon- damment disséminée de lazéolithe; un calcaire de transition recouvre ces rochers. Cette composition géologique paraît être celle de toute la chaîne des Gattes , jusqu'au cap Comorin. Le détritus de ce trapp a fourni à la suite des siècles une sorte de vase qui trouble l'eau de la mer à plus de cent milles au large. Certaines baies , quelques rades en sont tellement inondées qu'on ne peut se permettre d'y pêcher à la drague ni à la senne. Par conséquent, point de polypiers, peu de crustacés, encore moins de ces échinodermes , de ces mollusques nombreux qui se plaisent dans les eaux pures parmi les rochers que décorent des ulves ou des liicus, mais que n'a point envahi une impur ■ vase. Les poissons de plage , des genres Solea , Lichia , des athe" rines, des Chipées, et une espèce de Notopterus , sont assez com- muns; mais peu de Spares , point de Serranus^ ni de Labres, ni de Lutjans. Les bords de la côte sont pourtant peuplés de crus- tacés des genres Gelasima et Ocjpoda; dans l'eau on rencontre fréquemment la Maluta victor , plusieurs Portunus et Lupa, et entre autres la Lupa sanguinolenta. La mer rejette sur le rivage beaucoup de débris de Cardium ringens, de Solen et de Placuna. Ce n'est toutefois qu'avec peine que je me suis procuré cette tlernière coquille dans des localités où , à la marée basse, l'eau en repos s'éclaircissant , il m'était permis de les voir posées à plat sur le sable, et non enfouies, comme on aurait pu le pen- ser. J'en ai rapporté l'animal, et j'ai observé qu'elles avaient constamment pour commensal une nouvelle espèce de Pinno- thère très aplatie. J'ai peint, étant encore vivant, un assez bon nombre de Salicoques nouveaux qui abondent dans les mar- chés. Les productions marines sont donc ici peu variées, La cause en est dans la nature tlii- fond de la mer qui baigne cette côte des Indes. On m'a assuré qu'il en était à-peu-près de mémo sur loutc la < ôlc de Malahiu c-t sur celle de Coromandel. Tant io4 A. DUGÈs. — Nouvelles observ. sur les Acariens. pis. Je vais toutefois m'en assurer en me rendant à Ceylan , qile je compte explorer pendant quelques mois. J'irai probablement visiter Pondichéry , Madras et Calcutta. C'est de cette dernière ville que j'aurai l'honneur de vous écrire avant de m'élancer sur les monts Hymalayats , où j'espère enfin faire quelque chose pour la science, qui m'a conduit si loin de ma patrie. Nouvelles observations sur les Acariens^ extraites dune lettre adressée aux rédacteurs ^ par M. Dugès. Je vous envoie ici quelques remarques relatives à un des ob- jets dont il est question dans mon dernier mémoire sur les Aca- riens (i), et qui me paraissent assez importantes. A l'occasion du genre 5arcop;e, j'ai dit que j'avais vainement cherché dans les galles du tilleul celui que M. Turpin y a trouvé en abon- dance. Depuis cette époque, il y a eu des pluies abondantes , et j'ai profité des premiers beaux jours pour chercher sur le peu- pher noir les galles dont M. Auguste de Saint - Hilaire m'avait parlé. J'en ai trouvé , non sur le peuplier, mais sur le saule blanc ; celles-ci sont plus petites, plus rondes que celles du tilleul, vertes ou rougeâtres , et couvertes de duvet à l'extérieur; elles font saillie au-dessous et au-dessus de la feuille, mais plus de ce dernier côté que de l'autre. Comme celles du tilleul, elles sont ouvertes en dessous par un pertuis qu'obsturent incom- plètement les filamens villeux qui en occupent aussi l'intérieur. A l'intérieur toutefois ces filamens sont ici peu abondans; aussi ai-je pu facilement y découvrir en quantité les acarides de M. Turpin. Je les ai alors cherché de nouveau dans les galles du tilleul , et je les y ai trouvés aussi. Avais-je mal cherché d'a- bord , ou bien les acarides n'y étaient-ils pas encore? N'en sont- ils que les hâtes tardifs^ comme je le disais précédemment? Je (i) Tom. II, p. A. nuGÈs. — Nouvelles ohserv. sur les Acariens. ]o5 pencherais plutôt pour la première supposition , et cependant, aujourd'hui encore, quand j'examine les galles tout-à-fait nais- santes, je n'y vois rien qui en explique la production; peu d'a- carides, pas d'œufs, rien que quelques poils et un soulèvement delà feuille. Quanta celles qui sont plus avancées, j'en trouve les parois souvent toutes couvertes de ces prétendus Sarcoptes; ils sont fort petits, blanchâtres, vermiformes, et je ne doTite pas que ce ne soit quelqu'un d'eux que Réaumur a aperçus, et qu'il dit avec raison ne se bien distinguer des filamens végétaux que par les mouvemens. Le corps est effectivement très allongé, conoïde , terminé en pointe obtuse , armé de deux grosses soies. Quelques autres soies , longues et raides, hérissent les flancs : En avant ce corps qui se fléchit par des mouvemens vermicu- laires est plus renflé et terminé par une sorte de tête conique sur les côtés de laquelle on voit deux paires de pattes insérées sous un corselet peu distinctes. C'est sans doute sur cette forme extérieure , sur cet habitus que Latreille avait déterminé Sar- copte, cet animalcule , quand les figures lui en furent soumises par M. Turpin; mais une recherche plus minutieuse, quoique fort difficile en raison de l'excessive petitesse de l'animal, nous a appris : i° que le suçoir conique est flanqué de deux palpes gros, courts, appendiculés, semblables à ceux duTétranyque; 2° que de ce suçoir sort quelquefois (une fois) par compres- sion, une lamelle courbe, étroite et longue; 3° que les pattes sont de sept articles, dont le troisième, ou la cuisse, est le plus gros et le plus long, et le septième au contraire fort réduit, fort court, et probablement terminé par deux griffes, mais certai- nement point par une caroncule. Or, si nous considérons la forme des palpes, des mandibules et des pieds, nous devrons classer cet Acarien flans la famille des Trombidiés, près des Té- tranyques, et, d'une autre part, le nombre des pieds nous prouve que ce n'est qu'une larve et non un acarien parfait; car il ncn a que deux paires, et les autres larves en ont même or- dinairement une de plus. Mais alors d'où viendraient les œufs (ju'on trouve aussi dans les galles? Nul doute pour nous (ju'ils n y soient déposés |)ar des individus adiillcs e seul organe sur lequel j'ai pu constater les lois de symé- 1 16 A. DK QL'ATREFAGES. — Su?- les Plafiorbcs et les Limnées. trie et de conjugaison de notre illustre anatomiste M. Serres, est le foie; peut-être cet exemple n'est-il pas assez concluant pour nous permettre d'en généraliser l'application. IjR formation des cavités et des divers conduits que présen- tent les êtres organisés, a fait naître un grand nombre d'hypo- tiièses; Meckel, MuUer les regardent comme le produit de l'enroulement d'un feuillet primitivement unique; M. Serres pense qu'ils sont formés par la soudure de deux feuillets laté- raux; selon M. Raspail, qui a généralisé l'opinion émise par auelques botanistes célèbres, ce ne sont que des cellules dilatées ou allongées. D'après ce que j'ai vu se passer sous mes yeux, je les considérerai comme résultant dans certains cas, de l'écarte- ment des cellules, comme de véritables lacunes que ces der- nières laisseraient entre elles et qui se régulariseraient plus tard par suite des lois qui président à l'organisation des êtres vivans. Il est évident , d'après ce que j'ai décrit et la figure que je donne des premiers rudimens du tube digestif dans les Limnées, qu'il n'y a ni enroulement, ni accollement de feuillets ; nous savons que la propriété caractéristique des cellules, surtout à cette époque de la vie embryonnaire, est de servir, en quelque sorte de matrice à d'autres cellules (globulins) qui se développent dans leur intérieur; or, on ne les trouve [)as dans ces cavités prêtes à se réunir pour former le tube digestif, tandis que dans les cellules environnantes, on les distingue parfaitement; ces cavités ne sont donc pas des cellules. La forme même qu'elles affectent à leur origine et qui ne saurait résulter ou que de l'a- bouchement de cellules voisines, ou que de leur écartement, est encore un argument en faveur de mon opinion ; car, dans le premier cas, il est probable qu'il resterait des traces des cloisons intermédiaires; enfin, je ferai remarquer que cette manière d'en- visager la formation du tube digestif, est parfaitement d'accord avec ce que nous avons observé du développement des cellules élémentaires qui naissent au centre pour se porter à la circon- férence. Ce même fait m'a permis de vérifier l'observation de Meckel , savoir que le tube digestif est primitivement formé de plusieurs pièces qui se joignent bout à bout; il est encore fort i-emarquable que les extrémités sont les premières à paraître, A. uii v>UATHEFAGKS. — Sur les Planorbes et les Limnées. 1 17 et que c'est vers le milieu de l'embryon que l'on voit la jonction s'opérer. Enfin j'attirerai l'attention des naturalistes sur la formation de la coquille et son incrustation pendant le séjour du petit mollusque dans l'œuf. M. Lund a fait remarquer avec raison que cette formation n'a pas lieu dans l'embryon de la même manière que dans l'adulte, où la coquille est sécrétée couche par couche par les bords du manteau; cependant, comme elle s'accroît en épaisseur aussi bien que dans les autres dimensions, je suis porté à croire que la surface entière de cet organe con- serve sa propriété pendant toute la vie de l'animal ; cette opi- nion est confirmée par le clivage que l'on peut faire subir aux coquilles des Anodontes qui ont acquis une certaine épaisseur. J'ai cherché à constater la présence des sels calcaires dans le liquide albumineux qui environne l'embryon dès son appari- tion , et dans la gelée qui enveloppe tous les ovules; je crois l'y avoir reconnue, mais, à coup sûr, ils ne s'y trouvent pas en assez grande abondance pour fournir à la formation d'un aussi grand nombre de coquilles; il faut dès-lors admettre que ces sels sont extraits de l'eau dans laquelle baignent les paquets d'œufs , et qui traverse successivement les deuii. membranes et les deux humeurs , pour aller revêtir le petit mollusque de son, enveloppe protectrice. Résumé. « Un paquet d'œufs de Limnées ou de Planorbes doit être considéré comme l'analogue d'un fruit polysperme, comme un œuf multigerme dans lequel la gelée commune remplace le blanc (albumen), et où le liquide de l'ovule joue le rôle du jaune (yitellus). Le système nerveux est le premier à se développer, et dans ce système, le collier œsophagien est le premier à pa- raître. Les cellules élémentaires naissent au centre de l'embryon pour se porter à la circonférence; donc les organes de la |)éri- phéric sont les premiers à se montrer ( déveloj)pcment excen- trique). I j 8 A. Dii QUATREFAGES. — Sur les Plunorbes et les Limnées. Le tube digestif se forme par écartement des cellules élémen- taires, La matière calcaire qui sert à l'incrustation de la coquille provient du liquide dans lequel le paquet d'ovules est plongé^ cette dernière conclusion aurait néanmoins besoin d'expérien- ces directes que la saison trop avancée ne me permet plus de tenter, EXPLICATION DE LA PLANCHE XI, B, Fig. 1. OEuf de Limnée ovalaire grossi. Fig. 2. Idem de L. des étangs. Fig. 3. Idem de Planorbe corné. Fig. 4. Idem de L. des marais, contenant cinq germes. Fig. 5, Limnée ovalaire au premier jour. Fig. 6. Idem — troisième jour. Fig. 7. Idem — cinquième jour. Fig. 8. Idem — sixième jour, Fig, 9. Limnée des marais multigerme dans le courant du troisième mois. Fig. lo. Limnée ovalaire, septième jour. Fig. 1 1 . Face inférieure du gâteau. Fig. 12. Limnée ovalaire, huitième jour. Fig. i3. Idem neuvième jour. Fig. 14. Face inférieure du gâteau. Fig. i5. Limnée ovalaire , dixième jour. Fig. x6. Idem douzième jour. Fig. 17. Planorbe à la même époque. Description de trois espèces nouvelles de coquilles vivantes du département des Pyrénées orientales ; lue à la société philo- mat hique de Perpignan, (i) Par M. Farines. ( Extrait ) L Unio Pianensis, Nob. Description. Coquille subéquilatérale, oblongue, épaisse, re- couverte d'un épiderme très noir, épais, luisant, à stries ré- gulières ; son nacré intérieur est mat et couleur de chair dans diverses parties; sommets excoriés; le bord inférieur est un peu échancré vers le tiers postérieur et les valves déprimées (i) Brochure in-S' accompagnée d'une planche lilhographiée à Perpignan , 1834. FARINES. — JSoui^elles espèces de coquilles. i 19 dans cette partie. Cette dépression est d'autant plus prononcée que les sujets sont moins larges et plus épais ; bord dorsal pres- que rectiligne ; bord anlero-dorsal très peu oblique ^légèrement courbe; bord antérieur arrondi, obliquant légèrement en ar- rière; bord antéro-basal couvhe , obliquant fortement en arrière; bord basai horizontal, rectiligne sauf un léger sinus vers son milieu; ^or^po^/éro^a^a/ courbe, subanguleux, très court; bord postérieur très légèrement courbe , subtronqué ; bord postéro- dorsal un peu long, oblique, légèrement courbe. Longueur : 8 centimètres 1 millimètres; hauteur : 4 centi- mètres 8 millimètres; épaisseur : 3 centimètres 2 millimètres. On a prétendu que cette Unio n'est qu'une belle variété de Vu. littoralis ; cependant, après avoir minutieusement comparé ces deux coquilles et avoir mis en parallèle leurs caractères les plus minces, leur éloignement m'a paru tellement tranché, la différence si évidente et prouvée par un si grand nombre de caractères, que toute analogie a disparu pour moi, et il m'a été impossible de me rendre à celte opinion. Voici le résultat de l'examen comparatif que j'ai fait de l'^". Pianensis avec XU. littoralis, et VU. tetragona , ces deux espèces m'ayant paru les seules des Unio de France avec lesquelles on puisse la comparer. L'C/. Pianensis se distingue des deux autres : 1° En ce que la lame interne de son test n'est point nacrée ni brillante, mais mate et semblable à de la pâte de porcelaine sans vernis ; 2° En ce que son intérieur est d'une couleur de chair bien franche, au lieu de tirer sur le jaunâtre comme le nacre de !'£/. subtetragona, ou sur le bleuâtre et le brunâtre, comme celle de VU. littoralis ; 3" En ce qu'au lieu d'être très inéquilatérale , elle est sub- équilatérale. Aucune espèce de France ne peut lui être comparée sous ce rapport ; f\° En ce que, quelles que soient les nombreuses variétés d'allongement de 1'^/. littoralis ^ sa charnière forme toujours une courbe régulière qui suit le contour dorsal des valves. Dans VU. Pianensis ., au contraire, la ligne de la charnière est beau- I 20 FARiivrs. — Nouvelles espèces de coquilles. coup pins horizontale, quoique brisée par un angle vers sou milieu. Il en résulte que les crochets de VU. Pianensis sont plus saillans que ceux de la littoralis ; 5° En ce que le système de charnière est à-la-fois beaucoup moins robuste proportionnellement , et beaucoup plus saillant dans \U. Pianensis que dans les deux autres espèces; 6" En ce que la position des dents de la charnière ( caractère ' essentiel) est presque exactement parallèle aux bords dorsal et basai, tandis qu'elle est très oblique dans l^s deux autres es- pèces. Il suit de là que la dent double (valve gauche) est sil- lonnée verticalement dans \U. Pianensis ., tandis que ces mêmes sillons sont dirigés très obliquement ( et souvent même presque parallèlement aux bords dorsal et basai, dans les variétés très allongées de \U. littoralis) dans les deux antres espèces. La même remarque comparative s^applique aux sillons de la dent simple ( valve droite ) ; ■j^En ce que la dent simple est réellement triangulaire et aiguë dans \U. Pianensis, tandis qu'elle est seulement subtriangulaire et très obtuse dans les deux autres espèces ; 8° En ce que la forme générale, toujours ovale plus ou moins allongée dans VU. littoralis ^ ovale arrondie subtétragonale dans VU. subtetragona est, ovale transverse et subparallélipipédique dans la mienne ; 9^ En ce que la subéquilatéralité de VU Pianensis., caractérise fortement son/acies extérieur ; lo" En ce que son épiderme est noir et non brun comme celui de VU. littoralis, noir et non vert comme celui de VU. subtetrai^ona ; I i*^ Enfin, en ce que son épiderme est relevé de rides épaisses et régulièrement espacées, tandis qu'elles sont irrégulièrement entassées ou séparées dans VU. littoralis. L 'épiderme est presque lisse dans VU. subtetragona. Hab. Pia, village à une lieue N. N.-E. de Perpignan, dans le ruisseau qui porte le nom de cette commune. Quoique ce canal reçoive les eaux de la rivière de la Tet, comme les autres canaux d'irrigation des environs de Perpignan, c'est le seul jusqu'ici, ou j'aie trouvé celte coquille et encore dans une seule partie, de- FAUiiVKS. — Kouvelles espèces de coquilles. i •?. i puis Pia jusqu'au Vernet; au-dessus je n'y ai pris cpie XU. litto- ralis. Un fait cligne de remarque, c'est que les Unio qui, en général, se plaisent de préférence dans les eaux courantes, se trouvent ici au contraire abondamment dans les eaux dormantes et vaseuses, et que nos rivières le Tech , laTet et l'Agly qui sont assez rapides n'en contiennent point ou fort peu, tandis qu'elles sont abondantes dans la Baste et pas rares dans les eaux stagnantes des fortifications ; par opposition , j'ai trouvé XAno- donta cygnea dans le Tech, au-dessous d'Elne, dans un lieu sablonneux , et l'on sait que cette coquille aime les eaux tran- quilles et les fonds bourbeux. Utilités. \JU. Pianensis est édule, elle est beaucoup moins coriace que YU. littoralis; les cureurs de canaux en mangent en quantité sans en être incommodés: ils prétendent que son odeur est différente des autres mouscles , nom qu'ils donnent aux Unio , et qu'elle a un goût de viande bien marqué ; mais c'est probablement la couleur carnéenne de l'intérieur et qui est très intense lorsqu'on en retire l'animal, qui, agissant sur l'ima- gination, leur fait attribuer au sentiment du goût l'impression pioduite par le sens de la vision. J'en ai mangé sans prévention, et la seule remarque que j'aie pu faire, c'est qu'elle m'a paru un peu moins dure que \U. littoralis. II. Hélix Dksmodlinsii , Nob. Cette coquille appartient au sous-genre Hèlicelle de M. de Férussac ; elle est voisine par sa forme de XH. cornea et de Y H. Jlpina, mais elle s'en éloigne essentlellernent par la forme de la bouche, dont le péristome est continu; sous ce dernier rap- port, elle se rapproche davantage de VH. lapicida qui, par sa carène, fait partie des Caracolles avec laquelle on ne peut par conséquent la confondre. Description. Solide, transparente, couleur de corne claire ou blanc sale, légèrement fasciée, striée longitudinalement ; ouver- ture un peu ovale, presque orbiculaire, caractère qui la distin- dc XII. cornea, qui a l'ouverture beaucouj) plus ovale et dont le péristome forme un angle un peu droit à son boi-d gauche ; ce 122 FARiNiiS. — Nouvelles espèces de coquilles. caractère est saillant, si on met ces deux coquilles l'une à côté de l'autre ; péristome continu, blanc, réfléchi ; ombilic un peu évasé, très profond ; spire aplatie, mais un peu moins que celle de y H. cornea. Hauteur : 6 millimètres ; diamètre : i4 millimètres ; diamètre en hauteur de l'ouverture , pris de la réunion antérieure des deux bords à la jonction postérieure du péristome : 6 milli- mètres ; diamètre en largeur : 5 millimètres. jS(3^. Les endroits frais et gazonnésde la montagne des Albères; elle a été trouvée, pour la première fois, près des ruines de l'ancienne abbaye de Notre-Dame del Castell. III. Hélix Xa.tartii , Nob. De toutes les Hélices de France, la seule qui ait des rapports avec celle-ci, estl'^. arbustorum. Mais un caractère qui éloigne toute analogie entre ces deux coquilles, c'est que celle-ci est simplement perforée et appartient au sous-genre Hélicogène de M. de Férussac, tandis que {'H. Xatardi est ombiliquée et, comme \H. Desmoulinsït , doit être rangée parmi les HéUcelles an même auteur. Description à Vétat adulte. Test solide, de couleur jaunâtre tirant sur le vert, brunâtre et comme rôtie , surtout sur le tour inférieur de la spire qui est marqué d'une bande brune, clair- semé de taches jaunes plus nombreuses vers la partie postérieure de la coquille ; ouverture semi-ovale ; péristome blanc peu réfléchi ; trou ombilical moyen et un peu masqué par la colu- melle : cette coquille est très striée et comme côtelée par des replis très saillans qui sont probablement des restes d'anciens péristomes; ces stries, beaucoup plus apparentes en-dessous qu'en-dessus de la coquille, constituent un caractère distinctif entre cette hélice et 1'-^. arbustorum. La spire, quoiqu'un peu convexe, est beaucoup plus aplatie et sa grosseur beaucoup moins variable que dans les différentes variétés de VH. arbustorum. Dans le jeune âge, cette coquille est transparente, fragile, d'une couleur jaune verdâtre, unie, sans bande brune ni taches jaunes, profondément striée; son ombilic est en grande partie FARiKES. — Nouvelles espèces de coquilles. i 2 ^ recouvert par la columelle ; au fur et à mesure qu'elle avance en âge, elle acquiert de la solidité, se fonce en couleur, l'om- bilic se développe et se découvre. Hauteur : 1 1 millimètres ; diamètre : 18 millimètres ; diamètre en hauteur de l'ouverture pris de la réunion antérieure des deux bords à la disjonction du péristome : jo millimètres; diamètre en largeur : 8 millimètres. Hab, Sur toute la chaîne des Pyrénées-Orientales , à une élé- vation d'environ laoo mètres au-dessus du niveau de la mer, particulièrement du côté de Prats-de-Mollô , au lieu dit lo Coll de las ma la s. Observations sur le Dragonneau (i); Par M, Charvet, Professeur à la Faculté des Sciences de Grenoble. M. Charvet a découvert dans les eaux courantes des environs de Grenoble deux espèces de vers qui appartiennent au genre Dragonneau. Il les a désignés par les noms des locahtés dans lesquelles il les a rencontrés , Claix et Risset. Voici ce qui résulte de ses observations : Le mâle du dragonneau de Claix a de huit à dix pouces de longueur, le corps grêle, cylindrique, de couleur brun-rougeâ- tre, aminci vers les extrémités, dont l'antérieure se termine en yu\ bout arrondi ; l'inférieure bifurquée forme deux mamelons conoïdes latéraux. La femelle est plus grosse que le mâle, a de dix à douze pouces de longueur, de couleur fauve-clair ou jaunâtre. L'extrémité postérieure est divisée en plusieurs lobes courts. Le dragonneau de Risset est moins long ; le mâle n'a guère que quatre pouces de longueur, la femelle de quatre à cinq. Ces vers ont été désignés par lànnée sous le nom générique de Gordius. Gmelin , et plus tard Lamarck et Cuvier , séparè- rent les Gordius en deux genres, les Pilaires et les Dragonneaiix, (i) Ce Mémoire est imprime en entier dans les nouvelles annales du Muséum d'hisloirc n»- liircllr di" Paris. L'uxlinil (|iic nous eu donnons est emprunté au journal l'Institut, rédige avec Ulenl par M. Eugène Aruoull. i2.'î GiiARVKT. — Observations sur le Dragonneau. d'après la considération que les premiers sont des vers para- sites vivant dans d'autres animaux, tandis que les Dragonneaux sont des vers extérieurs. Mais cette distinction de genre ne pa- raît pas fondée , ces vers sont indifféremment extérieurs ou in- térieurs. Ils paraissent doués d'une très grande sensibilité. On commence à les rencontrer dans les premiers jours d'avril. Ils se tiennent ordinairement entortillés à quelque brin de jonc, tantôt isolés , tantôt par paquets de trois ou quatre formant des nœuds inextricables , d'où le nom de Gordius. Ils ne se mon- trent que pendant la nuit. A l'œil nu la peau du Dragonneau paraît lisse et vernissée;: mais, examinée à la loupe, elle est uniformément cbagrinée et percée d'un grand nombre de pores. Le muscle cylindrique qui forme presque tout l'animal est creusé dans sa longueur d'une cavité centrale simple cbez le mâle, double chez la femelle par l'existence d'une lame mem- braneuse longitudinale. Ces deux tubes, distincts en avant, se confondent en arrière où la cloison de séparation manque; ils contiennent un liquide blanc laiteux qui sort p ir jet lorsque l'on ouvre la femelle avant la ponte. A mesure que cette époque approche, la matière blanche s'épaissit et finit par acquérir as- sez de consistance pour sortir entre les trois lobes terminaux de la queue en longs cylindres blancs qui jaunissent un peu et deviennent très fragiles. Si l'on comprime cette matière entre deux plaques de verre et qu'on l'examine avec des verres gros- sissans, on voit qu'elle est composée de grains arrondis tous semblables, unis entre eux par une glaire demi-transparente,, et qui ne peuvent être que des œufs, La fécondité de ces êtres doit être prodigieuse, car on compterait des milliers d'œufs dans un pouce de cordon , et chaque] femelle en donne plusieurs pieds. A ces observations de M. Charvet nous joindrons quelques détails extraits d'une lettre de M. Jacobson à M. de Blainville. « Un enfant de i3 ans, venu des côtes de la Guinée a Co- penhague, se plaignait de douleurs à la cheville interne de la jambe droite. Un abcès s'y forma, et lorsqu'il fut ouvert, on en retira un ver, le Filaria medinemis ^ qui avait presque une aune de longueur, sur une épaisseur d'une f ligne. La couleup CHAR VET. — Observations sur le Dragonneau. laS était entièrement blanche, la peau lisse, les deux extrémités légèrement pointues. « La lancette ayant fait par hasard une petite ouverture au corps de l'animal, il en sortit une matière blanche que je pris pour des œufsj mais , en l'examinant au microscope, je vis avec le plus grand étonnement que cette humeur n'était composée que d'une quantité innombrable de petits vers pleins de vie , cylindriques , tout-à-fait transparens, et qui se mouvaient d'une manière extrêmement vive. En faisant des incisions en différen- tes parties du corps de mon Filaria, j'en fis sortir par la pres- sion une masse innombrable de ces vermicules, de sorte que je pense que tout le corps de cet animal en est rempli. Ces ver- micules ont vécu pendant plusieurs heures dans un tube rem- pli d'eau. On aperçoit des viscères dans l'intérieur de leur corps. La peau montre dans quelques-uns de leurs mouvemens des rides ou plis circulaires assez prononcés pour que le corps sem- ble quelquefois être articulé. » M. Jacobson se demande en terminant si ces animalcules sont bien les petits du Dragonneau, ou bien si le Dragonneau ne sei'ait qu'un tube ou un fourreau rempli de vermicules. Recherches anatomiques sur un fœtus de baleine , par M. Roussel DE Vauzème (communiquées à l'Académie des Sciences, i" septembre i834). (t) Voici les résultats du travail de M. Vauzème : « L'orifice extérieur de l'évent est hermétiquement fermé par un tampon conique dont la pointe se perd insensiblement dans la membrane muqueuse. En partie adliérent, ce tampon agit à la manière du liège qui bouche un flacon. Il n'existe aucune trace de l'appareil compliqué des poches qu'on observe dans le Marsouin; ce qui prouve que ces derr)ières ne sont pas néces- saires à la projection du fluide cxptilsé qui, chez les Souffleurs, ne passe point de la bouche dans l'évent, comme je m'en suis convaincu en mer par des observations directes Plus bas on re- ( I ) Cel extrait el le suivant ont paru dans le journal l'Institut. 126 R. OK vAUzi-.ME. — Rechcrches sur un fœtus de baleine. marque la fente oblonguedes cavités nasales avec des anfractuo- sités qui reçoivent à travers la lame criblée de l'etmoïde les filets nerveux provenant des bulbes olfactifs. La trompe d'Eus- taches'ouvre dans des cellules dont les unes correspondent à l'o- reille moyenne, et les autres s'étendent jusqu'à la base du crâne. Un peu au-dessus de la glotte, on voit de chaque côté, sur la membrane muqueuse, trois ou quatre ouvertures communi- quant avec des conduits anfractueux, dirigés vers l'origine de la langue et à la partie supérieure du cartilage thyroïde. Là, ces conduits , après avoir formé des cavités plus grandes , se pro- longent dans l'épaisseur même du cartilage , pour aboutir infé- rieurement à un canal qui accompagne la trachée-artère et se perd dans la poitrine. Deux poches musculo - membraneuses existent sur les côtés du cartilage thyroïde; lorsqu'on les ouvre, on aperçoit deux soupapes mobiles qui établissent une commu- nication entre ces poches et les cellules thyroïdiennes. Ces der- nières n'ont aucune ouverture dans le larynx qui , recevant l'air par la glotte, le conduit directement dans la trachée-artère. o D'après cette disposition anatomique, un fluide quelconque peut passer de l'évent par les cellules dont il vient d'être parlé, s'accumuler dans les réservoirs latéraux du cartilage thyroïde et être poussé par contraction dans la poitrine, suivant les be- soins de l'animal. Cet appareil accessoire, propre à analyser l'air dans l'eau, ou plutôt le recevoir en nature, doit servir à expli- quer la submersion prolongée des Baleines. « La caisse du tympan contient une vessie qui se gonfle en insufflant de l'air ou de l'eau par la trompe d'Eustache. Le man- che du marteau remonte vers l'articulation de la mâchoire. Le conduit auditif externe est clos vers sa partie moyenne par un tampon de forme olivaire très développé chez les adultes. Le cerveau ne remplit pas la cavité du crâne. Les bulbes olfactifs se prolongent dans les fosses etmoïdales, divisées par un repli membraneux derrière lequel je n'ai pas trouvé d'apophyse cmto gain, comme chez les Delphinus delphis. « Le poumon droit est plus volumineux que le gauche; celui- ci présente vers son extrémité supérieure une poche d'une assez grande capacité. Le cœur est aplati , la veine cave très large, et R. DE VADZÈME. -^— jRecherchcs sur un fœtus de baleine. \o.n l'aorte pourvue à sa partie postérieure d'une double rangée d'ar- tères intercostales. Cette disposition établit encore une différence entre la structure de la Baleine et celle du Marsouin, où l'aorte ne présente en arrière qu'un seul rang d'artères volumineuses. « Le foie se divise en deux lobes , dont le gauche descend plus bas que le droit. L'estomac est bilobé, le paquet intestinal affaissé et comme frangé. Point de cœcum; mais il y a derrière le rectum un espace vide qui permet son amplialion. Le rein droit est irrégulièrement quadrilatère, le gauche pyriforme. L'uretère droit se contourne avant de s'insérer avec son congé- nère, près de l'urètre, à la base de la vessie qui est oblongue et se continue dans le cordon ombilical. a Je n'ai rien à dire sur la région génitale et anale qui a été figurée par M. Geoffroy Sain t-Hil aire. » Essai sur une nouvelle théorie du bassin., par M. Desvignes. C Communiqué à l'Acad. des Sciences, 18 août 1834.) Voici comment M. Desvignes résume lui-même sous forme aphoristique les principales idées contenues dans son travail. « I. En philosophie anatomique il n'y a point d'os, mais un squelette; le travail de l'ossification ne peut servir de base à la théorie des analogues. « 1. La position des organes n'a pas de valeur absolue ; elle est subordonnée à l'énergie et à la succession du développement. « 3. IjSi formation n'est qu'un moyen accessoire de détermi- nation; elle est en rapport avec la connexion de position et le développement spécifique des organes. u 4- Ea théorie des analogues ne possède point de moyen essentiel de détermination ; elle doit se baser, soit sur la posi- tion, soit sur la fonction, soit sur toutes deux à-la-fois. « 5. La théorie des analogues ne forme qu'une partie de l'a- natomie philosoj)hique; elle exige pour complément la raison d'existence de la variété. « 6. La raison d'existence se fonde sur les lois du développe^ nient et sur la succession du développement. « 7. Les lois du développement peuvent être ramenées à trois 19.8 DF.sviGiVES. — Nouvelle théorie du hussin. primordiales : la spécialité d'évolution , la subordination du dé- veloppement, et le balancement des organes. « 8. Ces lois sont en rapport avec la connexion vasculaire, et se découvrent par l'appréciation de la valeur, soit primitive, soit secondaire des artères. « g. La valeur d'une artère s'établit par son calibre, sa direc- tion et la distance qui la sépare du cœur. « lo. Le bassin considéré philosophiquement présente trois parties principales : l'ilium, le pubis et l'os marsupial. « 1 1. Ces parties ont leurs analogues dans l'épaule : l'ilium ré- pond au scapulum, le pubis à Tos coracoïde , et l'os marsupial à la clavicule. « la. La formule générale d'un bassin est : épaule à scapulum solide et peu mobile, à os coracoïde fortement développé et à clavicule atrophiée. « i3. L'ischium est une anastomose osseuse entre le pubis et l'ilium qui survient lorsque le bassin est fortement incliné et ré- clame de la solidité. a i4« L'ischium ne saurait se développer à l'épaule, et n'existe ni dans les Poissons, ni dans les Reptiles, ni dans l'Autruche d'Afrique. « 1 5. L'ilium a son plus grand développement dans les Oi- seaux , et son plus petit dans les Reptiles. « i6. Les os pubis ne sont séparés sur la ligne médiane que dans les Oiseaux et dans quelques Poissons. « 17. Les os marsupiaux se dirigent du pubis à l'épine ilia- que inférieure. Dans les Reptiles ils sont attirés en haut, et la réunion au pubis ne se fait que par un ligament ou une pièce osseuse. Dans les Salamandres, les Didelphes et les Monotrè- mes, l'os marsupial est en connexion avec le pubis, mais est détaché de l'ilium. Dans les Mammifères l'os marsupial n'existe pas; il est représenté par le ligament de Fallope. « 18. Le bassin est perpendiculaire à la colonne vertébrale dans les Reptiles et les Amphibiens (les Grenouilles exceptées), oblique dans les Mammifères , et presque parallèle dans les Oi- seaux. « 19. Les Poissons en général ont les os du bassin situés dans un même plan parallèle à la colonne vertébrale. » EHRENBERG. — Classijîcation des Infusoîres. lâg Classification nouvelle des Infusoires , fondée sur leur organisation. Par M. Ehrenberg. Dans les deux Mémoires sur les Infusoires dont nous avons donné précédemment la traduction ou l'extrait (i), M. Ehrenberg ne s'est pas borné à étudier la structure intérieure des animalcu- les, il a fait aussi l'application des connaissances ainsi acquises àla classification de ces petits êtres. Le tableau méthodique qu'il, a joint à son premier mémoire (Académique des Sciences de Ber- lin i83o), n'étant qu'une première ébauche qu'il a depuis per- fectionnée, il nous a paru inutile d'en parler ici, si ce n'est pour dire que toutes les grandes divisions sont les mêmes que celles que ce savant adopte aujourd'hui. Dans le second mémoire inséré dans le volume suivant du même recueil académique, M. Ehren- berg a donné non-seulement le tableau des coupes que ses belles observations l'ont porté à établir parmi les infusoires, mais il a dé- crit aussi les genres et les espèces nombreuses qu'il a eu l'occasion, d'examiner. Enfin plus récemment, dans le grand ouvrage que ce naturaliste publie en commun avec M. Hemprick sous le titre àc Symbolœ phjsicœ seu icônes et descripliones animaliwn ever- tehratorum sepositis insectis , etc. , il a présenté un Synopsis générique de sa nouvelle méthode fondée, non pas sur les formes extérieures , mais sur l'organisation des infusoires. C'est l'extrait de cette classification que nous allons reproduire. L'auteur divise d'abord les petits êtres réunis , par Muller , sous le nom d'Infusoires en deux classes , les Phytozoaires po- lygastriques et les Phytozoaires rotateurs ^ les premiers sont fissipares et présentent dans l'intérieur de leur corps des vési- cules stomacales tantôt isolées, tantôt réunies par un tube in- [^)y o^ti Partie toologique,iomt i", pages lag, 109> »2fi- II. Zooi.. — &-plembie, y i3o EHRELNBERG. — Classification des Infusoires. testinal; les autres ne se reproduisant point par division, mais par des œufs, présentent un canal intestinal simple et analogue à celui des animaux articulés; enfin, ils portent des organes rotateurs qui n'existent jamais chez les premiers. CLASSE DES PHYTOZOAÎRES POLYGASTRIQUES. Animaux sans vertèbres, apodes^ ayant quelquefois une queue, nageurs, ayant très souvent des cils vibratiles ou rotateurs épars; point de cœur , des vaisseaux extrêmement ténus , réticulés , hya- lins et dépourvus d'un mouvement propre ; ayant souvent des yeux rudimentaires formés par du pigment rouge, et indiquant un système nerveux non apparent; ayant une bouche nue ou cou- ronnée de cils vibratiles, et communiquant avec plusieurs ven- tricules non réunis par un intestin (chez les Anentérés), ou bien se continuant avec un tube alimentaire polygastrique (chez les Entérodelés) ; le pharynx apparent et en général sans armature ; point de branchies ; les organes de la génération fili- formes , réticulés et granuleux; point d'organe mâle distinct; enfin, se reproduisant par des divisions spontanées. F« LÉGION. ANENTÉRÉS. Anentera. Bouche en communication avec plusieurs vésicules stoma- cales ; point d'anus ni de tube intestinal. I" ordre. Nus. Nuda. 2e ordre. Cuirassés Loricata. Corps dépourvu d'enveloppe. Corps pourvu d'une enveloppe. I" section. Gymniques. Gymnica. Corps point cilié; bouche tantdt cillée tantôt nue; point de prolongemens pseudopédiformes. EHRETTBERG. — Classification des Infusoires. i3r §. Gymniques nus. Gjmnica § I. Gymniques cuirassés. nuda. Gymnica loricata. i" FAMILLE. MoNADiNES, [Monadina. Corps monomorplie ( c'est-à-dire ayaut une forme stable et n'étant pas protéen ), reproduction ayant lieu spontanément par une division transversale simple. A. Point de queue. a. Point d'yeux. a* Bouche tronquée terminale et dirigée en avant lors des mou- vemens natatoires. a* -\- individus solitaires, jamais réunis en groupes. G. Monas. a* + + Individus solitaires dans le jeune âge , puis amon- celés en tas désagréables, enfin redevenant libres. G. Uvella. a* -\- -\--\- Individus solitaires dans le jeune âge, se di- visant crucialemeut et se résolvant en une espèce d'a- mas d'individus. G. Polytoma. a** Bouche droite , tronquée , et dirigée en divers sens lors des inouvemens de natation et de tournoie- ment de l'animal. G. Doxococcus. a*** Bouche oblique , sans bords et bilobéc. G. Chilomoncu. ùa. Un ail unique rouge. G. ÀHicro^lena^ 1" FAMILLE. CryptomonadiKes. Cryp- tomonadina. Enveloppe membraneuse , subglobu- leuse et ovale. A. Simples. a. Point d'yeux, â* Bouche ciliée. G. Cryptomonas. a** Bouche nue. G. Gyges. aa. Ayant un œil rouge. G. Lagenula. B. Composés ou se reproduisant par des divisions internes, G. Pandorina, i3îi EHRENBERG. — Classification des Infusoires. B. Une queue. h. Corps cylindrique. G. Bodo. bb. Corps anguleux. G, Urocentrum. G. Closterium. 2® FAMILLE. ViBRioNiENs. Vibrionia, 2"* FAMILLE. Closterines. Closterinu. Corps allongé , monomorplic ( ne se Enveloppe ronde , lorsqu'elle est à gonflant pas, mais se fléchissant seule- l'état rigide, se séparant spontanément ment par la contraction) et se divisant en deux ou quatre parties par des divi- spontanément en beaucoup de parties, sions transversales et ouverte aux deux bouche terminale? bouts. A. Corps filiforme, cylindrique, se courbant par ondes. G. Vihrio. B. Corps filiforme, rigide et se roulant en spirale. b. La spirale roulée en cercle. G» Spirodiscus^ bb. La spire en hélice. G. Spirillum. C. Corps oblong , fusiforme ou fili- forme , n'étant ni évidemment on- dulé , ni roulé en cercle , ni en spirale. G. Bacterium. 3' FAMILLE. AsTASDENS Astasiœo. Corps allongé , devenant phymorph e par la contraction, souvent cylindri- que ou fusiforme et se divisant spon- tanément dans le sens longitudinal, ou obliquement. A. Point de vestiges d'yeux. G. Aslasia. B. Des yeux rudimentaires bien dis- tincts. b. Un seul œil. EHRENBERG. — Classification des Infusoires. i33 * b* Corps pourvu d'une queue. G. Euglena. b"* Corps dépourvu de queue. G. Amblyophis. bh. Deux yeux. G, Distigma. 2e section. Epitriques. Epitricha. Corps cilié ou garni de soies : la bouche tantôt ciliée tantôt nue; point de prolongemens pseudopédifornies. Epétriques nus. Epetricha Épétriqtjes cuirassés. Epitric- nuda. cha loricata. 4* FAMILLE, Cyclidines. Cycli- 3e FAMILLE. Peridiniens. Peri- dina. dinœa. A. Corps garni de cils vitratiles. A. Simples. a. lies cils distribués par rangées G, Peridinium. simples, longitudinales et circu- B. Composés , se reproduisant par "''"^*- des divisions intérieures et la C. CycUdium. rupture de l'enveloppe, aa. Cils épars partout. b. Point d'yeux. G. Pantotrichum. ^* Enveloppe comprimée -n r T j -1 • (quadrangulaire). x>. Lorps dépourvu de cils , mais garni de soies non vitratiles (les ^* ^^^'■^^' cils de la houcbe non compris.) f* Enveloppe globuleuse. G. Chœtomonas. ^** t Ciliés. G. Volvox. bb** f f Tentacules. G, Sphœrosiral bb. Oculcs. G, Eudorina, i34 ËHRENBEBG. — ' Classîfication des Infusoires 3^ section. Pseudopodiens. Pseudopodia. Corps pourvu de prolongemens pseudopédiformes variables, Pseudopodiens nus. Pseudopo- Pseudopodiens cuirassés. dia nuda. 5* ïAJULLE. AldOEBIENS.^mœJœ. G. Aniœba. Pseudopodia loricata. 4e FAMUXE. Baciliabiens. Bocillaria. Enveloppe se divisant spontanément avec l'animal. A." Libres , jamais fixés. a. Solitaiies ou bien aglomérés. a* Enveloppe plus longue quelargc. G. Navicula. a** Enveloppe plus large que longue, G. Euastrum. aâ. Réunis en formes de rubans, polymorphes; les individus con- servant quelques mouvemens libres, sans se détacher; cuirasse également épaisse partout et prismatique. G. Bocillaria. aaa. Réunis en faisceaux et non polymorphes, ensuite désunis. G. Fragilaria, aaaa. Réunis en éventail, sans pied; cuirasse plus épaisse eu avant qu'en arrière. G. Exilaria. B. Fixés dans le jeune âge^ ensuite libres. b. Sessiles. G. Synedra. bb. Pédicules, souvent dichotomes, par ramification; corps rétréci inférieurement , cunéiforme. G. Gomfonema. bbh. Pédicules , souvent dichoto- mes j corps rétréci à ses deux extrémités, subfusiforme. G. Cocconema. EHRENBERG. — Classificatiou dûs Infusoîres. i35 hbbb. Pédicules, réunis en éven- tail, et souvent dicho tomes. G. Echinella. 5e FAMILLE. Arceixiens. ArcelUna, Enveloppe non divisée. A. Enveloppe urcéolée. G. Di^ugia. B. Enveloppe scutelliforme. G. Arcella, IP LÉGION. ENTÉRODÉLÉS. Enterodeîa. Une bouche et un anus distincts s'ouvrant dans un intestin autour duquel sont groupés les vésicules stomacales. 4* section. Anopisthes. Anopisthia. Bouche et anus contigus. Anopisthes nus. Jnopisthia Anopisthes cuirassés. Anopîs* nuda. thia loricata. 6* FAMiLLï. Vouticellines. 6e FAMILLE. OpHKTDiNES. Ophridina^ Korticellina. A. Coqis pédicellé, fixé, ensuite dé- A. Corps entouré de gélatine et point taché, devenant souvent dicho- pédicellé. tome. G. Ophrydium. a. Pédicule se contractant en spi- B. Corps renfermé dans une gaînc raie, simple ou ramcux. membraneuse. a* Pédicule solide , le muscle in- ^^ Pédicellés. térieur peu distinct. ^,* Gaîne sessile; corps pédicellé.' G. f^orlicella. a" Pédicule tubulaire, le muscle G. Tintinnus. intérieur souvent distinct, de- ^»» Qaîpç pédiccllée. venant arborescent par les divi- ^ Cothurnia. sions spontanées de l'animal «** -\- Animalcules d'un même groupe similaires. G. Curchesium.' bb. Non pédicellés. G. Faginicola] i36 jEHRENBERG. — Classification des Infusoires. a** H — l-Les animalcules dissem- blables sur le même arbuscule. G. Zoocladium. aa. Pédicule ne se contractant pas en spirale, rigide, sans tuyau intérieur, simple ou rameux. G. Epistylis. B. Corps non pédicule et libre, b. Cils disposés en une couronne simple. G. TricoJidina. bb. Cils disposés en une couronne spirale conduisant à la bouche. G. Stentor. 5« Section. Enantiotrètes. Enantiotreta. Bouche et anus terminaux et opposés ; reproduction s'effectuant par des divisions transversales. Enantiotrètes nus. EnantÎQ- Enantiotrètes cuirassiés, treta nuda. Enantiotreta loricata. 7e FAMILLE. EnCHELIES. EuchC' lia. A.' Boucbc terminale, droite, ob- tuse , généralement garnie de cils; divisions spontanées transversales. a. Corps ni cilié ni garni de soies. a* Simples. G. Enchelys. a*"* Doubles. G. Disoma. aa. Corps pourvu de cils vibra- tiles. G. Holophrya. aaa. Corps garni de soies non vi- bratiles. 7e FAMILLE GoLÉPiENS. Colepina. Enveloppe ovalaire ou cylindrique. G. Coleps. EHRENBERG. — Classification des Infusoires. jSy aaa* Subglobuleux. G. Actinophrysm aàa''^* Disciforme. G. Trichodiscus. B. Bouche terminale, mais obli- que, souvent ciliée. b. Corps non cilié. b* Point de prolongement ea forme de tête et de cou ( l'ex- trémité antérieure peu ou point atténuée ). G. Trichoda. b** Un prolongement en forme de tête et de cou. G. Lacrymària. bb. Corps cilié. G. Leucophrys. 6^ Section. Allotrètes. Allotreta. Bouche et anus termitaux et opposés (comme chez les Énanj tiotrètes ); reproduciion s'effectuant par des divisions , spontanées longitudinales et traasverses; Allotrètes nus. Allotreta Allotrètes cuirassés. Allô-* nuda. treta loricata. 8« PAMILLE. Trachelines. Tr'acJielina. 8^ famille. Aspidiscines. Aspidlscina. Bouche inférieure, anus terminal. G'. Aspidisca. A. Bouche non armée. a. Point de cercle de cils distinct sur le front. à* Lèvre supérieure ou front al- longé , cylindrique ou dé- prime , et se prolongeant en forme de trompe étroite. G. Trachelius, i38 EHRENEERG. — ClassificatioTi dcs Infusoires. ' a** Lèvre supérieure courte , dé- primée et dilatée obliquement. G. Loxodes. « a*** Lèvre supérieure comprimée, subcarénée ou renflée, point rétrécie. G. Bursasia. aa. Front garni d'un anneau de cils. G. Phialina. B. Bouche garnie de crochets. G. Glaucoma. 9' FAMILLE. Ophryocercines. OpJirjo- cercina. Anus inférieur ; bouche terminale. G. Ophrj'ocercus. 7e Section. Katotrètes. Katolrela. La bouche et l'anus point terminaux; reproduction s'effectuant comme dans le groupe précédent. Katotrètes nos. Katotreta Katotrètes cuirassés. Kato- nuda. treta loricata. lOç FAMILLE. KOLPODIENS. Kolpodea. 96 FAMILLE. EuPLOTIENS. Euplota. Corps glabre ou bien cilié, inerme. Corps armé de crochets, des écus- A. Sans yeux. sonné. a. Une trompe courte et rétrac- A. Tête point distincte. tile. G. Eiiplotes. à* Corps cilié en partie seule- ^ ^ête séparée du corps par un rétrécissement. ment G. Kolpoda, a** Corps cilié obliquement par tout. G. Paramœcium. aa. Point de trompe. aa* Front et queue rétrécis. G. AinphUepUis, G. Discocephàlua, RATHKÉ. — Recherches sur V^selle d'eau douce, 189 a^** Front oblong, queue rétré- cie. G. Uroleptus. B. Pourvus d'yeux. G. OpJiryogîena, 1 1" TAMILLEÎ OXYTRICHINES, Oxytri" china. Corps cilié et soyeux , ou armé de styles ou de crochets. A. Corps garni de soies; point de styles ou de crochets, G. Oxytricha. B. Des crochets, point de styles. G. Kerona. C. Des styles , point de crochets. G. Urostyla. D. Des styles et des crochets. G. Stylonichia. ( La suite , contenant la classification des Rotateurs , au numéro prochain. ) Recherches sur la formation elle développement de VAselle d'eau douce ( Oniscus aquaticus Lin. ) Par M. Ratiikê. (i) Première période, § 1. L'asclle d'eau douce înet au jour des œufs, et se trouve au nombre des crustacés, dont la formation ne commence qu'en dehors du ventre de la mère. (1) l'nlertucliitagen iiber die bildtmg tind Entmckelung der ffasser-assel der odes owiscus Ar^iiATK:i s f Àhliandliiiigcn '/.tir liildiings und l'.nlwicli<-lunf;s Ceschiclilr des Mcnschen und der Tliiirc .-van l).H. &miike, In-zv" Leipzig, i83j, Eistcr Tlicil. p. 3, lab. i). i4o RATHKÉ. — Recherches sur VAselle d'eau douce. Ses œufs sont complètement sphériques , un peu plus petits que des grains de pavot. Chacun se compose de deux enve- loppes et d'autant de fluides. L'enveloppe extérieure est tout- à-fait transparente, lisse et d'une épaisseur assez considérable par rapport aux autres parties. Nous l'appellerons Chorion. En- tre la surface de l'œuf et le jaune qui occupe le centre, se trouve un intervalle que je suppose être occupé en partie par une sub- stance claire et fluide , analogue au blanc d'œuf chez les oi- seaux. Cette hypothèse , et la constante réunion des élémens du jaune, me font admettre encore une seconde membrane très ténue, qui correspond à la membrane du jaune des oi- seaux , et qui tient rassemblées toutes les particules de cette matière. Le jaune lui-même se compose d'un très grand nombre de grains, serrés les uns à côté des autres, tendre, plus ou moins sphériques , et de différentes grosseurs. La couleur du jaune va- rie, mais est uniforme dans les œufs d'une même portée ; tantôt ils sont vert de montagne, tantôt jaune de vin pâle, tantôt jaune d'or. Du reste la variation de couleur des œufs n'est nulle- ment en rapport avec la teinte plus ou moins foncée de la mère. Dans des œufs déjà mis au jour , je n'ai pu trouver la moin- dre trace de la vésicule de Purkinge. § II. Les œufs, sortis des oviductes, sont cachés sur le champ par huit écailles, larges, minces, et demi transparentes, qui sont attachées deux à deux à la surface inférieure des quatre anneaux du corps de la mère , et qui peuvent être éloignées et rapprochées par des muscles particuliers. Ordinairement ces appendices repliés en dedans contre la surface de l'anneau auquel ils appartiennent, se couvrent en partie eux-mêmes. Lors- que les œufs y sont pondus , on trouve entre les écailles et la par- tie inférieure du corps une cavité close de tous côtés, qui est remplie entièrement par les œufs serrés les uns contre les au- tres. C'est là que les embryons se développent jusqu'à ce que leur forme soit devenue semblable à celle de leurs parens. Nous l'appellerons à l'avenir çauité incubatoire. § IIL II paraîtrait que les œufs arrivent dans cette cavité sans trace de germe , car j'ai examiné plusieurs aselles d'eau RATHKÉ. — Recherches sur V Aselle d'eau douce. \l\\ douce, dont tous les œufs ne m'ont rien présenté que je puisse prendre pour cette partie. Mais peu de jours après la ponte de l'œuf apparaît, sur une petite partie de la surface du jaune, une tache blanchâtre qui ressemble à un nuage léger, et ne laisse percer que vaguement la couleur du jaune; elle est circulaire , se perd vers la circonférence, et ne paraît pas avoir de limite bien déterminée. Dans peu de jours elle acquiert une plus grande épaisseur ; son înilieu devient plus blanc et moins transparent, et, par un dépôt toujours croissant de matière plastique à sa circonférence, elle s'étend de plus en plus, et finit par envelopper complètement le jaune. Alors cette nouvelle partie de l'œuf, que nous appellerons blastoderme ^ forme une membrane très tendre, composée d'une substance albumineuse, grenue et demi transparente; elle paraît tout-à- fait unie et plane à sa surface extérieure , tient fortement au jaune, et est presque partout d'une ténuité et d'une transpa- rence extrêmes; car ce n'est que la quatrième ou cinquième partie de cette membrane , et précisément celle où le blasto- derme a pris naissance, qui se distingue du reste par une épais- seur plus grande , et une moindre transparence. Jamais je n'ai remarqué dans les œufs de l'aselle d'eau douce que le germe , après s'être montré sous la forme d'un disque , se divisât en particules , qui se répandissent autour du jaune , se rapprochassent de nouveau après quelque temps, pour consti- tuer alors une blastoderme qui pût servir à la formation des embryons. Cela arrive cependant ainsi chez les araignées et les écrevisses de rivière, dont nos aselles sont très voisines. § IV. Dès que la blastoderme a enveloppé le jaune ^ la par- tie la plus tendre de cette membrane , celle qui a été formée en dernier lieu , se creuse vers le centre du jaune ( Pi. II. C fig. 2) , repousse les élémens de ce dernier, et présente au bout de peu de jours un large pli , dont les deux feuilles ou moitiés sont ser- /écs l'une contre l'autre; ce pli, après avoir pénétré de plus en plus dans le jaune par lui accroissement continuel du blasto- «ierme, arrive dans sa partie inférieure jusque près du centre du jaune , et se trouve alors enflé d'un côté comme une voile lé- gcrenient tendue. C'est elle qui divise l'un des héujisphères du i42 RATHKÉ. — Recherches sut V A selle d'eau douce. jaune en deux parties inégales (fig. 3-5). En général, la forme sphérique de cette substance n'a subi aucune altération ; car j'ai vu très peu d'œufs qui aient pris la forme d'un ovale pendant la formation de ce pli , et chez lesquels celui-ci se soit beaucoup plus rapproché de l'extrémité mince de l'œuf que de l'autre. Toutefois, quelle que soit la forme de l'œuf à cette époque, le blas- toderme représente toujours un sac fermé , rempli de jaune, res- semblant en quelque sorte à une cornue, ou à une calebasse, et dont une moitié est fortement appliquée contre l'autre. L'ex- trémité épaisse de ce sac figure la tête, l'extrémité mince la queue; la grande courbure désigne le côté du ventre, et la petite , formée par le pli décrit, le côté dorsal de l'embryon. § Y. Vers le temps où le pli pénètre de plus en plus dans le jaune, tout le blastoderme augmente d'épaisseur en s'appro- priant comme nourriture les liquides contenus dans l'œuf; mais cet accroissement se manifeste surtout à la partie abdominale, c'est-à-dire à celle qui est située en face du pli. En effet, en cet endroit la membrane se modifie tellement qu'après peu de temps la tache nébuleuse, blanchâtre, circulaire et indistincte- ment déterminée dont j'ai parlé, se trouve remplacée par un an- neau blanchâtre assez large dont les extrémités se perdent dans le voisinage du commencement (ou du fond ) du pli_, et qui s'é- tend depuis un bout jusqu'à l'autre du sac blastodermal. Cet anneau occupe la grande courbure de ce sac , tandis que le plr en forme la petite; il s'élargit vers l'extrémité qui tient à la par- tie épaisse du blastoderme , et il se compose d'une masse très grenue , demi transparente , qui se coagule dans l'esprit de vin, y perd sa transparence , et devient blanc de craie. Cet anneau est pourl'aselle ce que l'anneau primitif est dans l'œuf des oi- seaux. C'est lui qui donne naissance à la plus grande partie du corps et aux plus importans d'entre les organes. Les antennes et les mâchoires sont les premiers organes produits parmi ceux qui se forment à la surface extérieure de l'anneau , et que nos recherches puissent atteindre, car la petitesse de l'œuf nous empêche de le diviser avec le scapel de manière à voir les parties intérieures. Lorsque le pli a pénétré à-peu-près jusqu'au centre du jaune. RATHKÉ. — Recherches sur P A selle d'eau douce. i43 et qu'on place l'œuf de manière que ce pli soit vertical, et que le milieu de l'anneau forme la partie inférieure du sac blasto- dermal; qu'en outre la moitié la plus épaisse produite par le pli soit tournée vers l'observateur; alors l'origine des antennes et des mâchoires se trouve du côté du blastoderme qui est en avant , ou en d'autres termes à la partie la plus large de l'anneau primitif. En haut se trouvent les origines des deux petites an- tennes : mais elles sont encore assez éloignées du commence- ment du pli blastodermal, ou, pour me servir d'une autre ex- pression, de l'extrémité épaisse du sac de même nom. Elles apparaissent comme deux bandes minces , courtes et placées symétriquement; elles dépassent extrêmement peu l'anneau primitif, et divergent en une petite courbure vers le bas. Im- médiatement au-dessous se trouve une autre paire de bandes, un peu plus larges et beaucoup plus longues que les premières, mais qui ne s'avancent pas plus au-dehors. Elles sont encore plus distantes de l'axe de l'anneau , mais elles ont une direction semblable, et indiquent le commencement des grandes an- tennes. Entre ces deux bandes , et en partie aussi entre les deux petites antennes, on aperçoit une proéminence presque circulaire, petite et très peu sensible , qui n'est séparée des or- ganes précédens que par un sillon très mince et très plat; ce sera la lèvre supérieure. Au-dessous de cette proéminence se trouve un autre sillon court, mince et plat, qu'on ne peut voir qu'avec un grossissement très considérable, qui se perd dans l'axe de l'anneau primitif; ce sillon reçoit, tant à droite qu'à gauche, quatre autres sillons, encore plus courts et plus plats, et dont l'un se trouve toujours à une petite distance sous l'autre. Chacun de ces derniers sillons est fait en forme de S, et placé de manière que la courbure intérieure est tournée vers le bas, l'autre vers le haut; à mesure qu'ils s'éloignent du sillon central, ils deviennent plus plats et se perdent insensiblement. Les parties situées entre ces sillons ressemblent à des bandelettes, et indiquent les origines des mâchoires : la paire supérieure est celle des mandibules, les trois autres celles des mâchoires. Quant à la forme, toutes ces parties sont exactement sembla- bles, car elles représentent toutes des tables minces et irrégu- i44 RA.THK.É. — Recherches sur VA selle d^ eau douce. lièrement quadrangulaires, qui a un des bords tourné vers l'axe, et qui , à partir de là , s'amincissent et se perdent avec le reste du blastoderme. Ces tables sont cependant un peu diffé- rentes sous le rapport de leur grandeur , car les mandibules sont les plus grandes, et les mâchoires diminuent à mesure qu'elles sont placées plus bas. Du resle, les antennes et les mâchoires, et j'y comprends la lèvre, occupent un peu plus que le quart de l'anneau primitif, et, d'après toutes les probabilités, les sillons qui se trouvent entre les premiers indices de ces parties, ne sont pas formés parce que la masse de cet anneau se tend et cède par endroits , mais bien plutôt parce qu'il se dépose à ces places plus de matière plastique qu'à d'autres. § VI. En même temps que les organes susdits se développent, et peut-être un peu avant ^ l'on voit paraître à côté des deux coins du pli blastodermal qui divise le sac en deux parties iné- gales, et à la partie antérieure de celui-ci, deux disques très petits et très minces, l'un à la droite, l'autre à la gauche du sac (fîg. 5, d). Ils sont composés de la même substance qui forme tout le sac du blastoderme , que nous pouvons appeler maintenant paroi du corps embryonnaire ; chacun d'eux a d'abord la forme d'un triangle , et tient à la paroi susnommée par un de ses angles. Au bout de deux à trois jours il s'est changé au point de présenter une feuille trilobée qui , vue de côté, ressemble beaucoup à celle du siliodendrum tulipiferum , et qui est réunie par une tige au corps de l'embryon. Si, après cette transformation, l'œuf est placé dans une position telle que les deux bouts du sac blastodermal soient dirigés en haut, et que les antennes et les mâchoires soient tournées vers l'obser- vateur , les deux plateaux se montrent obliquement allant de la partie an téro- inférieure à la partie posto- supérieure, et l'une des surfaces de la partie en forme de feuille est appliquée contre la moitié la plus petite du sac, comme s'ils voulaient l'embrasser, de leurs bras. § VIL Pendant que l'embryon se développe de plus en plus, comme nous venons de le décrire, il augmente de grosseur, ainsi que le jaune qu'il renferme. Il en résulte que la surface de l'embryon se rapproche de plus en plus de la surface de l'œuf, RATHKÉ. — Recherches sur l'^ selle d'eau douce. i45 jusqu'à ce que l'intervalle qui se trouvait précédemment entre le chorion et le jaune, soit rempli, et jusqu'à ce que ces deux membranes se soient fendues. D'après toute vraisemblance l'accroissement de l'embryon se faitaux dépens du blanc, que je crois exister dans l'œuf, et qui , comme dans les œufs des oiseaux et de l'écrevisse de rivière, traverse peu-à-peu la membrane du jaune en vertu delà force qu'on appelle endosmose , et se trouve absorbé par le jaune. Du reste, il paraît que cette membrane du jaune, comme une partie du chorion, est absorbée successive- ment pour servir au germe, car vers le temps où l'embrvon brise ces membranes, le chorion paraît beaucoup plus mince que lorsque le blastoderme commençait a se montrer. Deuxième période. § VIII. Lorsque les membranes de l'œuf sont déchirées, le saC blastodermal rempli de jaune , ou plutôt l'embryon , en sort lentement , et s'en dépouille tout-à-fait. Dans le courant de quel- ques heures ou même d'un à deux jours, les deux moitiés du sac s'écartent ensuite , de manière qu'alors celui-ci res- semble complètement à une cornue. Les premiers indices des antennes, ceux des mâchoires et les lames placées près de la petite courbure de l'embryon qui maintenant se redressent en arrière comme de petites ailes, sont encore les seuls organes que l'on distingue; on ne voit même pas de trace de la bouche et de l'anus. L'embryon ne donne pas le moindre indice des mouvemens volontaires. Par conséquent on peut lui accorder dans cet état une vie organique, mais non pas une vie animale. — L'aselle d'eau douce est donc de tous les animaux vertébrés et articulés dont nous connaissons le déve- loppement, celui qui sort de l'œuf dans l'état le plus impar- fait. § IX. Lorsque l'embryon s'est dépouillé de ses enveloppes, il reste encore quelque temps dans la cavité incubatoire ; dans 'Cette cavité, et sans se trouver en rapport immédiat avec la mère, il se développe jusqu'à ce que sa masse dépasse de huit fois au moins celle de l'œuf qui lui donna naissance, i46 BATHKÉ. — Recherches sur l'A selle d'eau douce. et il devient à-peu-près semblable à ses parens. En même temps il se forme dans cette cavité un liquide albumineux mais clair qui entoure les embryons et les enveloppe d'œufs vides, et les baigne sur toutes les surfaces; enfin ces enveloppes ne restent visibles que peu de temps ; peu-à-peu elles sont dis- soutes par ce liquide , dont je parlerai plus loin. § X» Dès que Tembryon est débarrassé de ses enveloppes , les antennes et les mâchoires deviennent des organes détermi- nés, et en même temps a lieu la formation des pattes et des branchies. Quant aux antennes, on voit d'abord que les bandes qui les indiquaient grossissent et s'élèvent notablement au-des- sus de la surface du corps. Ensuite chacune de ces bandes s'en sépare de plus en plus , de sorte qu'à la fin elles n'y sont plus attachées que par leur extrémité intérieure. Lorsque la séparation a eu lieu, chaque antenne apparaît comme un cylindre de grosseur uniforme et un peu aplati : il est for- tement appliqué contre la paroi du corps , et quand l'on place l'embryon de manière que son petit arc est dirigé en haut, et son extrémité céphalique vers l'observateur ( situation que nous supposerons toujours), ce cylindre se trouve un peu courbé du haut en bas et d'avant en arrière (fig. 6, 8 et 9, a et b). Je crois que la formation ultérieure des mandibules et des mâchoires a lieu d'une manière semblable; seulement avec cette différence essentielle que les plaques qui les représentent sont moins grosses, et que leur séparation spontanée et partielle de la paroi du corps n'a pas lieu du dehors au dedans, comme pour les antennes, mais au contraire des bords épais et inté- rieurs de ces organes vers l'extérieur. La séparation des mâchoires .et des mandibules se fait aussi sur une longueur beaucoup plus petite que celle des antennes, qu'on la considère d'une manière relative ou absolue. Du reste ces mâchoires, comme les an- tennes, restent encore appliquées contre la paroi du corps long- temps après que leur séparation partielle est terminée (fig, 6, j8 etg. rf, e,f,g). La lèvre augmente un peu en hauteur vers la même époque. BA.THKJÉ. — Recherches sur V^selle d'eau douce. 147 et se change en un disque assez épais qui est un peu élargie vers son bord inférieur (fig. 8, c). Je n'ai pas pu m'assurer d'une manière positive si elle ne se sépare pas en partie de la paroi du corps à partir du bord inférieur, large et épais vers le haut. Plusieurs observations me portent à le supposer. Les pattes , les branchies et les deux appendices fourches qui se trouvent à l'extrémité de la queue chez les aselles adultes, naissent de la même manière que les mâchoires et les man- dibules, soit quant à leiu" forme, soit quanta leur position ré- ciproque. Tous ces organes ont dans l'origine beaucoup de res- semblance entre eux et avec ceux déjà décrits. Ils ne se distin- guent guère les uns des autres que par leur grosseur, qui est d'autant moins considérable que chaque paire des membres en question est plus éloignée de la tète, ou, en d'autres termes, qu'elle est plus proche de l'extrémité amincie de l'embryon, qui conserve toujours la forme d'une cornue ( fig. 6 , 8, 9 , i o ). Quels que soient les doutes que l'on ait conservés siu^ l'intime rapport qui existe entre les mâclioires et les pattes des animaux articu- lés, après les recherches de Savigny sur ce sujet, et d'après les miennes sur des écrevisses naissantes, ils devront tomber tous si l'on examine avec soin le développement de l'aselle d'eau douce. § XI. Poursuivons le développement de tous les organes dont nous venons de parler. Lorsque leur formation commence, le corps de l'embryon se contracte un peu dans toute sa longueur sur la hmite où l'an- neau primitif se confond de chaque côté avec le reste de la paroi du corps ; il devient pai- conséquent de plus en plus étroit à sa surface inférieure , et à mesure que ce changement s'o- père, les arcs , formés par les différentes paires de mâchoires ^ de pattes et de branchies qui se touchent, représentent desseg- mcns de cercles de plus en plus petits, tandis que les segmens du corps de l'embryon paraissent gagner en hauteur d'une manière relative et absolue ( Comparez fig. 7 et 10). Bientôt les mandi- J)ule6 et les mâchoires, plus laid les pattes, et enfin les appen- .diçcs d*; la queue, se séparent un peu de la paroi inférieure du i<»rps, preuiicnt une position oblique de dehors en dedans, cL JU. i48 RATHKÉ. — Recherches sur VAselle d'eau douce. de haut en bas, et laissent entre eux, sur l'axe du corps, un in- tervalle toujours croissant. Après que ce changement dans la position des membres s'est opéré, le corps croît sensiblement plus en largeur qu'en hau- teur, de sorte qu'à mesure que l'embryon vieillit il paraît moins courbe sur ses faces abdominale et dorsale, et s'aplatit de plus en plus. Le côté du ventre (paroi inférieure du corps, ou anneau primitif) s'étend surtout beaucoup en largeur, finit par deve- nir presque plat, et effectue par cette croissance prépondérante l'espace de plus en plus considérable compris entre les deux séries de membres. Les organes extérieurs prennent maintenant un dévelop- pement différent, et par conséquent perdent, à mesure qu'ils se forment, la ressemblance qui existait d'abord entre tous. § Xn. Les mandibules et les mâchoires grossissent et forment peu-à-peu de petites proéminences coniques, obtuses, et restent encore semblables pendant un assez long espace de temps. Mais ensuite les mandibules augmentent en grosseur beaucoup plus que les mâchoires ( fig. 1 3 ) , et, vers le milieu de la vie embryon - naire, chacune d'elle produit à son extrémité une espèce d'appen- dice qui prend une forme cylindrique, se divise à la fin de la vie du fœtus en trois articles, et devient le palpe de la mandibule. Ce n'est que long-temps après la formation de ce palpe que se montre l'apophyse dentiforme, et recourbée vers le dedans, situé sur chaque mandibule. L'extrémité de la mandibule garnie de soies et courbée ne se forme aussi que plus tard. Lorsque les deux mandibules s'écartent, le bord inférieur de la lèvre s'éloigne de la paroi du corps, s'avance plus au dehors, et cet organe prend une position telle qu'il forme un angle presque droit avec la paroi du corps avec laquelle son bord supérieur forme une articulation mobile (fig. i3 et i4). A l'endroit de la paroi du corps qui est mis à nu par le chan- gement de place de la lèvre, et peut-être un peu au-dessous, car je n'ai pu m'en convaincre parfaitement, il se forme une petite ouverture qui indique la bouche. Bientôt après (par con- séquent beaucoup plus tard que les. mandibules et les mâchoi- res), s'élèvent à côté de l'ouverture de la bouche deux petites \ KATHKÉ. — Recherches sur V^ selle cFeau douce. i^q IJandes épaisses par devant, minces vers le derrière et cour- bées en croissant, qui bordent cette ouverture, et se tou- chent à la partie postérieure, tandis qu'elles s'écartent en avant ( fig. 1 3 ). Treviranus l'aîné appelle ces membres la troi- sième paire de mâchoires. Leur croissance est beaucoup plus lente que celle des autres parties du même genre; et comme ils restent mous et charnus pendant toute la vie de l'animal, on ne peut vraiment pas les considérer comme des mâchoires. Il serait plus juste de les regarder comme analogues à ce que Savigny appelle la languette fendue ou double de plusieurs insectes et de l'écrevisse de rivière. Les mâchoires augmentent surtout en hauteur , moins en lar- geur , et pendant un certain temps pas du tout en épaisseur. Bientôt elles se présentent comme six plaques de grandeur presque égale , minces et arrondies à leurs angles ; d'abord elles naissent presqu'à angle droit avec la paroi du corps; mais plus tard elles se tournent un peu vers la lèvre et prennent une position oblique. Vers le milieu de la vie embryonnaire elles croissent en grosseur avec d'autant plus de rapidité qu'elles sont plus éloignées de la lèvre (fig. 1 1 , 12, 1 3, 1 5 et 1 7,, e, /, ^). En même temps il se forme aux mâchoires postérieures un palpe qui ressemble d'abord à un cylindre (fig. 17 g), mais se trans- forme vers la fin de la vie du fœtus eu une feuille presque trian- gulaire. § Xin. Les pattes, dont l'embryon ne possède que six paires, croissent en général beaucoup plus rapidement que les mâ- choires; comparées entre elles ( du moins jusqu'à la fin de la vie embryonnaire), on remarque une diminution dans leur masse à mesure qu'elles sont placées plus en arrière. Quant à leur forme, aucune paire ne se distingue de l'autre, et toutes sont constituées d'après le même type. Peu après leur séparation de la paroi du corps, elles apparais- sent comme de petits appendices coniques et obtus à leur ex- trémité libre. Ensuite elles augmentent, surtout en longueur, et, ce qui cstremarquablc, elles se recourbent en sens contraire des mâchoires, c'est-à-dire vers l'extrémité delà queue; après quel- que temps , il se forme vers le milieu de chaque patte une arti- i5o RATHKÉ. — Recherches sur VAselle d'au douce. culation qui la partage en deux moitiés réunies sous un angle obtus (fig. i3 et i5, h-o). Du reste, même lorsque cette arti- culation est produite, et quelque temps après, toutes les pattes sont encore courbées en dedans de manière à ce que les extré- mités de chaque paire soient beaucoup plus rapprochées que les bases. Mais vers la fin de la vie embryonnaire cette position raide et régulière des jambes se perd. Cela arrive lorsque celles- cisont déjà très allongées et partagées en autant d'articles qu'on en aperçoit à l'aselle, et lorsque l'embryon commence à exécu- ter des mouvemens volontaires. § XIV. Nous venons de voir que les six organes qui formeront les pattes se changent peu-à-peu en autant de cônes obtus; les six autres appendices, qui sont situés immédiatement derrière ces membres et qui sont les vestiges des branchies, ne suivent pas cette marche : ils se transforment, par un accroissement continu, en autant de lames minces et inclinées , qui sont d'a- bord dirigées d'avant en arrière et se couvrent comme des tuiles (fig. 12 et î5,p,q, r,), mais qui, en grandissant, perdent de leur obliquité , et pendent librement de la surface abdominale (fig. 17). Chacune de ces lames a l'une de ses surfaces tournée vers la tête, l'autre vers la queue, et se présente d'abord sous la forme d'un simple triangle irrégulier qui est attaché par un de ses angles à la paroi du corps. Plus tard, pendant que cet appendice continue agrandir, il s'y produit une incision qui le partage dans toute sa hauteur en deux moitiés, l'une inté- rieure, plus petite que l'autre qui est au dehors (fig. i3). Bientôt ces deux moitiés s'agrandissent et se développent surtout en largeur, et leur position réciproque change; elles finissent par se recouvrir tellement que la petite moitié , ou la branchie proprement dite, est placée tout-à-fait derrière l'autre. La paire d'appendices la plus petite et la plus reculée vers la queue se développe d'une manière semblable. Chacun d'eux se transforme d'abord en une lame étroite et assez épaisse qui est fortement dirigée en arrière (fig. ra, 5); puis se sépare dans le sens de sa longueur en deux moitiés égales; mais la sé- paration n'a pas lieu jusqu'à la base, de manière que le membre apparaît comme une fourche courte et épaisse, dont les extrémi- B.kTRKÉ. -^Recherches sur Fuselle d'eau douce. i5i tés dépassent un peu le tronçon embryonnaire, (fig. î3, 14, i5). Les deux branches de la fourche sont presque aussi grosses que la tige , et ce n'est que vers la fin de la vie du foetus qu'elles de- viennent proportionnellement plus minces. Cependant ces ap- pendices de la queue, qui chez les aselles adultes ont une gros- seur assez considérable, sont encore très petits, relativement au reste du corps (fig. 16, 17, 18). Outre les organes que nous avons indiqués jusqu'à présent, il se forme pendant la seconde moitié de l'état embryonnaire de l'aselle, deux plaques placées à la paroi inférieure du corps, qui n'augmentent que très peu de grosseur comparativement aux autres parties, et qui, par conséquent, sont à peine visibles. Ces plaques, disposées entre la dernière paire de jambes et la première paire de branchies, apparaissent comme deux petites excroissances, et appartiennent aux membres génitaux extérieurs. § XV. Pendant cette période ce sont les antennes inférieures qui augmentent surtout en longueur, mais pendant long-temps encore elles se montreront, comme les antennes supérieures sous la forme de fils presque uniformément gros (fig. io-i5). Après le milieu de la vie embryonnaire seulement elles grossissent visiblement dans leur moitié antérieure (celle fixée à la tète) beaucoup plus que dans la moitié postérieure; elles s'y apla- tissent un peu, et* chacune se divise enfin en cinq articles dis- tincts , dont le plus long et le plus mince est placé à la moitié extérieure (fig. 16, 17, 18). Enfin , après la naissance, ou très peu de temps avant, cette moitié extérieure et mince se partage en une foule d'articles particuliers. — Quanta la direction des an- tennes, elle reste presque constamment la même; mais, leur position se change peu-à-peu , de sorte que les grandes antennes reculent de plus en plus de la tête vers la queue; vers cette époque elles commencent aussi à s'appliquer contre les côtés extérieurs • les mâchoires (fig. i3 et i4); et plus tard elles s'abaissent en- core beaucoup plus (fig. 17). Les petites antennes sont, dans la seconde moitié de la vie du fœtus, rabattus sous la tète, e se trouvent ou placés entre les mâchoires et les mandibulest ou bien elles sont éleiiducs en avant. S XV[. Les deux organes en forme de feuilles qui se trouvent j 52 RATHKÉ. — Recherches sur V ^selle d'eau douce. au dos de l'embryon lorsqu'il sort des enveloppes de l'œuf, aug- mentent encore sensiblement de grosseur, sans changer de structure ni de texture. Ils changent seulement un peu de direc- tion, et leurs extrémités libres s'éloignent l'une de l'autre. — Quelque temps après la fin de la vie embryonnaire les deux feuilles latérales de chacun de ces organes disparaissent, et le tout prend la forme d'une massue (fig. 16 et 17). Enfin cette espèce de moignon disparaît à son tour, de manière que long- temps avant la naissance de la jeune aselle il n'en reste plus aucune ti^ace (fig. 18). § XVII. Nous avons déjà dit que l'embryon , en quittant les enveloppes de l'œuf, a le dos fortement courbé. Peu-à-peu, mais très lentement, il s'étend dès ce moment en croissant, et long-temps avant de quitter la cavité incubatoire, on le trouve placé en ligne droite. Pendant que ce mouvement s'o- père, les parois du corps augmentent en épaisseur, perdent en transparence et acquièrent une couleur tout-à-fait blanche. Ce changement se manifeste surtout à la ^aroi i^iférieure qui, dès l'origine, est plus épaisse, et qui se distingue .particulièrement par son opacité et sa blancheur vers la fin de la vie du fœtus; car, à cette époque, la paroi supérieure voûtée, laisse voir encore les parties intérieures de l'embryon, quoique d'une manière moins distincte. . ' * Pendant leur accroissement en grosseur, et vers le milieu de la vie embryonnaire, les parois du corps se séparent peu-à-peu en huit articles de forme et de grandeur très différentes , qui sont placés les uns derrière les autres. Les deux articles extrêmes sont les plus grands , et parmi ces deux, le segment antérieur ou cé- phalique est plus grand que le segment postérieur ou caudal , dif- férence qui est d'autant plus sensible que l'embryon est plus jeune. Cette proportion de ces deux segmens entre eux, comme avec ceux qui occupent une place intermédiaire, est extrêmement remarquable , parce que chez les aselles d'eau douce adultes le segment antérieur est le plus petit de tous. Les six segmens intermédiaires diffèrent peu en grosseur, mais cependant sont d'autant plus petits qu'ils se trouvent plus en arrière. Quant à la forme de ces différens segmens , celui de devant, RATiiKÉ. — Rechercher sur VAselle d'eau douce. 1 53 lorsqu'il est visible, est à-peu-près aussi long que haut et arrondi en avant ; il est plutôt plat que rond , au côté inférieur qui porte les mâchoires , fortement voûté à la partie supérieure , et un peu contracté en haut et latéralement à la partie qui se réunit au se- cond segment. Plus tard la forte courbure supérieure de la tête se perd peu-à-peu ; en même temps elle s'amincit par devant , mais elle reste toujours arrondie à l'endroit qui porte les antennes. Les six segmens suivans représentent autant d'anneaux minces com- posés chacun de deux moitiés intimement soudées, et celle den bas, qui porte une paire de pattes, forme un segment d'un cercle plus petit que le supérieur. Cette moitié est presque plate, l'autre au contraire est fortement voûtée. Cependant, avec la croissance de l'embryon, la courbure de cette dernière diminue un peu, et en quittant la cavité incubatoire, l'animal paraît beaucoup plus plat que précédemment. Vers la fin de la vie embryonnaire il se forme, à droite et à gauche, et précisément à l'endroit où les moitiés supérieures et inférieures de chaque anneau se joi- gnent une petite excroissance qui grossit rapidement et prend la forme d'une petite plaque quadrangulaire assez épaisse , dont une surface est tournée vers le bas, l'autre vers le haut; la direction de cette écaille est un peu oblique de dedans en de- hors, et de haut en bas, et c'est à l'anneau de tête qu'elle app^« raît en dernier lieu. Le segment postérieur , assez long par rapport à sa largeur, et chargé de porter les branchies , est d'abord très large à sa partie antérieure, et s'amincit graduellement jusqu'à son extré-» mité. Cette partie est aussi la plus haute , et elle prend une forme conique vers son extrémité postérieure. Plus tard , à une cer- taine distance de son point d'attache, au reste du corps, ce seg- ment devient plus large qu'à ce point d'attache même, ce qui le fait paraître à cet endroit un peu resserré latéralement. Ce rapport de dimension subsiste jusqu'à la naissance et ne se change que long-temps après. Du reste , à mesure que l'em- bryon se développe, le partie supérieure du segment postérieur perd de sa courbure proportionnellement à sa largeur et à sa longueur , et la queue devient beaucoup plus plate qu'elle ne l'était auparavant. i54 RATHKi. — RecJierches sur l'A selle âfeau douce. § XVIII. Les yeux apparaissent aussi avant le milieu de cette période, et, dès qu'ils deviennent visibles, ils présentent deux petits points noirs. Comme l'embryon est tout-à-fait blanc jus- qu'à sa sortie du corps maternel, et qu'on n'aperçoit nulle part à sa surface un dépôt de pigment , excepté dans les yeux , ces organes frappent plus chez les embryons que chez les aselles parfaits. Vers la fin de cette époque se forme aussi la couche cornée des membres tégumentaires. § XIX. Dans cette période le jaune est absorbé peu-à-peu ; mais, jusqu'à la naissance, il reste visible à travers la paroi su- périeure du corps, sans cependant laisser apercevoir complète- ment sa consistance grenue , et il ne disparaît tout-à-fait qu'à la fin de cette époque. Deux fils assez épais , jaunes et indépendans du reste du corps se montrent vers la fin de la vie embryonnaire, et sont beau- coup plus visibles lorsque le jaune est coloré en vert que lors- qu'il possède sa couleur orduiaire. D'abord ils m'apparurent dans l'intérieur des deux anneaux antérieurs comme deux cor- dons petits et jaunes qui se confondaient à la partie antérieure en se courbant. Probablement ils étaient en communication avec le canal intestinal, et y avaient pris naissance. Bientôt ils se prolongent rapidement, et quelque temps avant que l'embryon ne sorte du corps maternel, ils parcourent en ligne droite, ra- rement en ligne serpentante , toute la longueur du corps , jus- qu'au segment candel où ils se terminent librement. H paraît que le reste du jaune est compris entre ces deux fils, qui sans doute sont deux corps gras , ou plutôt deux foies. Je n'ai pu m'assurer s'ils existent seuls dans les embryons, ou si quatre de ces corps se forment en même temps , mais , dans ce dernier cas, les deux autres sont tellement cachés dans la profondeur de la cavité intestinale qu'il est impossible de les apercevoir. Je n'ai pu voir le canal intestinal probablement parce qu'il est trop transparent chez les embryons frais; et quand je les lais- sais quelque temps dans l'esprit de vin, les parois du corps de- venaient trop opaques pour me permettre de reconnaître les in- testins. Du reste ce canal se forme , selon toutes les probabiUtés, RATHKÉ. — Recherches sur V A selle d'eau douce, i55 au-dessous du jaune, et c'est encore une raison qui l'empêche d'être aperçu d'en haut dans les embryons frais. Lorsque le canal intestinal s'est constitué, il se forme sans doute un sac par- ticulier pour le jaune qui est en communication avec ce tube; peut-être cela arrive-t-il comme chez l'écrevisse. Les lames qui chez les aselles femelles enveloppent la cavité incubatoire ne se forment que quelque temps après leur naissance, et appa- raissent comme plusieurs petites excroissances , qui n'augmen- tent que très lentement en longueur et en largeur. §XX. L'embryon sort des enveloppes de l'oeuf, privé de tous mouvemens, comme je l'ai déjà dit; il reste encore quelque temps en cet état, mais loi-squ'il s'est étendu en ligne droite, et que ses pattes et ses antennes se sont considérablement gros- sies , il peut se mouvoir dans l'eau quand on l'éloigné de la mère et l'abandonne à ce liquide. Je n'ai pu voir si les embryons mou^ vaient quelques membres dans la cavité incubatoire , mais je le soupçonne fortement. § XXI. L'aselie d'eau douce femelle fait plusieurs pontes par au, et depuis le milieu du printemps jusque dans l'automne, on en trouve toujours dont la cavité d'incubation contient des œufs ou des embryons. Je ne puis indiquer d'une manière précise la durée de chaque portée; probablement elle est de plusieurs semaines (peut-être six à huit); car pendant trois semaines j'ai conservé plusieurs femelles pleines dans ma chambre sans apercevoir un rapide accroissement des œufs et des embryons. Ce qui est extrêmement remarquable, c'est que les embryons, en quittant la cavité incubatoire , sont beaucoup plus gros que les œufs. Mais d'où tirent-ils leur nourriture dans cette cavité? Plusieurs fois j'ai mis des aselles pleines dans une petite quan- tité d'esprit de vin ou de dissolution de sublimé corrosif, après les avoir soigneusement séclu';es,et en général, en ouvrant la cavité incubatoire. dans ces liquides j'y ai trouvé une espèce de coagulurn faible et blanchâtre. Je suppose donc que les parois de cetle cavité sécrètent une petite quantité d'un liquide contenant un |)tu d'alhimiinc qui entoure les embryons et leur :^a*t de nourriture. Cependant celte su|j!Stancc ne fait pijobablcment 1 56 AA.TirKÉ. — Recherches sur VAselle d'eau douce. que pénétrer le corps des embryons, sans être reçue par la bou- che , partie qui ne paraît se former distinctement que plus tard, La source de ce liquide me reste tout-à-fait inconnue. Pen- dant quelque temps j'ai cru qu'il était sécrété par les écailles da ventre ( c'est-à-dire celles qui forment la paroi inférieure de la cavité incubatoire), et la raison m'en a été fournie par la nature particulière de la surface intérieure de ces écailles. En effet, on y voit un grand nombre de verrues extrêmement petites , et de bandes , dont les unes sont réunies et d'autres isolées, qui laissent apercevoir de petites éminences et ressemblent beaucoup aux papilles qui se trouvent aux bouts des doigts de la main hu- maine. Mais plus tard j'observai que, lorsque l'aselle mue, ce qui a lieu plusieurs fois par an , elle rejette presque toute l'é- caillé , excepté le muscle linguiforme, qui se prolonge dans cha- cun de ces appendices , et n'en compose que la plus petite par- tie ; cette partie ainsi tombée n'est remplacée que très lentement par une nouvelle, qui appartient tout-à-fait au squelette tégu- mentaire de l'animal. Ces observations devaient donc beaucoup 3ffaiblir l'hypothèse dans laquelle je regardais l'écaillé , comme un organe sécrétoire. Cependant au côté abdominal des anneaux servant à former la cavité incubatoire on n'aperçoit rien qui puisse sécréter un liquide particulier; leur surface extérieure est au contraire tout-à-fait lisse et unie, mais il est aussi à noter qu'elle est d'une ténuité extrême dans presque toutes ses par- ties, ce qui permet peut-être à des liquides de pénétrer de la cavité abdominale dans cette cavité, (i) § XXII. Les aselles d'eau douce à l'état parfait possèdent, comme on sait, sept anneaux ihoraciques et autant de paires de pattes. Le dernier de ces anneaux et sa paire de pattes ne se forment qu'un peu de temps après la sortie du jeune de la cavité incubatoire , ce qui a lieu aussi chez ïoniscus asellus. L'anneau lui-même est pro- duit par la division en deux parties de l'anneau postérieur avant la première mue de l'animal ; la partie antérieure prend en peu de / \ r "«"verai ici qu'à la mue de l'aselle d'eau douce , la membrane tégumenfaire se dé- , ? *^" - le milieu du corps, que la moitié postérieure est dépouillée d'abord, e> «hire en travers , su. ■ , • , - , ' ie demi-heure après, ^ue 1 autre ne la suit qu'u^, rAlTHKÉ. — Recherches surVAselle â!eau douce, i^n temps un fort accroissement, et a bientôt la forme des autres an- neaux du corps. La formation de la dernière paire de pattes m'est restée assez obscure, en partie parce qu'elle commence et se ter- mine très promptement; en partie parce que les autres pattes du jeune , très longues , par rapport au reste du corps , couvrent presque complètement toutes les parties postérieures. Je soup- çonne cependant que cette formation a lieu comme chez Vonis- eus asellus, dont je donnerai plus tard les détails. Je remarquerai seulement que la septième paire de pattes de Voniscus aquaticus est déjà visible et développée autant que celle qui la précède lorsque le jeune n'a atteint qu'un peu moins d'une ligne en lon- gueur. § XXTÏI. Les communications que j'ai faites dans les pages précédentes sur la formation et le développement de l'aselle d'eau douce fournissent une preuve de plus en faveur de l'asser- tion avancée dans mon ouvrage sur l'écrevisse de rivière, que les animaux articulés diffèrent beaucoup plus entre eux dans leur formation et leur développement que les animaux verté- brés; du reste je me réserve de discuter plus amplement cette assertion dans une autre occasion. EXPLICATION DE LA. PLANCHE II. C. Fig. 1 . OEuf de l'aselle d'eau douce grossie ; a , jaune avec l'enveloppe blasloderraique ; l , chorioo. l''ig. 2. OEuf dont l'incubation est plus avancée. Fig. 3. OEuf dans lequel on aperçoit le repli dorsal de l'embryon (c). Fig. 4. Le même vu de face. Fig. 5. OEuf plus avancé et vu de côté ; a, portion céphalique ; c/appendice latéral en forme de feuille. Fig. 6. Un embryon vu latéralement; a, i, antennes; c-f, mandibules et mâchoires; ^-to, pattes; o, appcodice latéral. Fig. 7. Le même dans sa position naturelle et vu par-dessus. Fig. 8. Le même vu par devant ; c, labre; d mandibules; t appendice latéral. Fig. 9. Embryon plus avancé vu de côté ; « , ^ , antennes; (/-/mendibulcs; li-n pattes ; p'S membres abdominaux. Fig. 10. Le même vu en dessus. Fig. II. Le même vu en dessous. , Fig. la. Un embryon plus avancé; les mêmes lettres indiquent les mêmes parties. Fig. X 3, » 4 et 1 5. Un embryon plus avancé vu sous différentes faces. Fig. iG et 17. Un embryon prcsqu'à terme. Fig, 18. Embryon parfait. ^ Fig. ly-ai, Appcudice latéral. I $8 c. LETîLOND. — Sur lin embryon monstrueux. Rappobt /ait à V yicadémie des Sciences sur un Mémoire de M. le docteur Charles Leblond relatif à un embryon monstrueux de la poule ordinaire , Par M. DuMERiL. Nous avons été chargés, M. Serres et moi, de rendre compte à l'Académie d'un mémoire qui lai a été présenté par M. Charles Leblond sur une particularité observée dans l'œuf d'une poule et que l'auteur considère et décrit comme une portion d'un embryon monstrueux ou comme les rudimens d'un corps dont le placenta n'avait pas encore jeté les racines de son implan- tation , et dont il ne se serait développé que la partie correspon- dante au coeur. Le hasard a mis l'auteur dans le cas d'observer le fait qu'il décrit et dont il a fait voir les détails sur les [)ièces mêmes, à vos commissaires, après avoir fait exécuter les dessins en couleur qu'il avait joints à son mémoire, et que nous faisons passer sous vos yeux. Un œuf de poule fut ouvert pour les usages de l'économie domestique, et comme on aperçut dans les liquides qui sor- taient de la coque un corps rougeâtre extraordinaire, M. Le- blond en fut prévenu de suite, et voici ce qu'il observa. La masse des humeurs n'était pas altérée dans les dispositions respectives; seulement l'albumen présentait une teinte légère- ment opahne; la membrane viteliine s'était un peu déchirée vers un point où était adhérent le corps qui fait le sujet de l'ob- servation et le jaune de l'oeuf s'était épanché. L'auteur n'a pu s'assurer sur laquelle des deux faces, con- cave ou convexe, de la membrane viteUine, le corps était pri- mitivement adhérent; il croit qu'il était renfermé dansJe sac. Il occupait sur le vitellus la place de la cicatricule et du germe„ Il y était retenu par l'une des chalazes, dont il fut détaché par l'auteur, ainsi que de la membrane vitelhne ; mais comme c. LEBLOND. — Sur UTi embryou monstrueux. tSq alors il ne retrouva plus le moindre indice de germe ni de ci- catricule, il fut porté à penser que ce corps représentait le germe. Ainsi isolé, ce corps était irrégulier en apparence quoique ayant conservé l'empreinte en creux de la convexité du vitellus, et du côté opposé deux sortes de plans irrégulièrement con- vexes. Sur les bords delà jonction des plans se prolongeait d'un côté une sorte de col rétréci fixé à la chalaze. Le tout était re- couvert d'une couche mince d'albumine plus concrète et d'une membrane diaphane, inégalement épaisse, appliquée sur le germe paradoxal auquel elle adhérait par quelques points. Après avoir détaché avec soin cette enveloppe membraneuse, le corps problématique fut trouvé d'une teinte rouge passant au jaunâtre, d'apparence fibrineuse, que l'auteur regarde comme un parenchyme musculaire. Une incision, pratiquée avec précaution sur la longueur, mit à découvert une cavité intérieure contenant un peu de mucosi- tés et des fibres, d'apparence musculaire , se retrouvèrent en- core là. Une seconde incision faite à l'opposite et également dans la longueur ouvrit une seconde cavité moins vaste, mais à parois plus épaisses avec des faisceaux fibrineux irréguliers pour la forme et la longueur. H y avait donc une cloison entre les deux cavités, mais elle était percée d'un trou arrondi large- ment ouvert et béant. La partie allongée étroite qui tenait à la chalaze paraissait composée de fibres musculaires roulées en spirale et se conti- nuait avec les poches ; le plus grand de ces faisceaux était solide ou plein intérieurement, l'autre était creux et s'étendait jusque dans la poche ultérieure. M. Leblond regarde cette poche fibrineuse ainsi disposée comme un organe imparfait , une sorte de cœur ébauché dans lequel il trouve deux cavités musculaires d'épaisseurs diverses, adossées, séparées j)ar une cloison perforée et un prolongement qui correspondrait à un gros vaisseau ou à une oreillette. Il croit reconnaître dans la membrane diaphane un indice du péri- carde. L'auteur compare avec beaucoup de soins les plus petits dé- lèo C- LEBLOND. — Suv Uïi embryoTi monstrueux. tails que l'examen de ce cœur lui a offerts sous le rapport de l'apparence extérieure, de la texture, de la structure intime, avec les diverses portions d'un cœur de poulet plus parfait. Il y retrouve tous les indices de cet organe , agent de la circula- tion, quoique son volume soit plus considérable qu'il ne l'est même dans le fœtus assez développé. Après avoir fortifié son opinion de tous les faits connus des anatomistes modernes sur le développement du cœur du poulet qui a été, comme on le sait, étudié avec le plus grand soin ; M. Leblond discute les deux principales objections qu'on pour- rait lui opposer , savoir : que le corps problématique serait une mole ou même un caillot de sang organisé. Nous n'entrerons pas dans la discussion de ces deux bypothèses ^ que l'auteur essaie de réfuter par des raisonnemens qu'il faudrait combattre par d'autres suppositions , et sur lesquelles vos commissaires n'ont pas cru devoir se prononcer. Cette dissertation fort savante, à l'occasion d'une anomalie curieuse, est bien propre à donner une haute idée des connais- sances anatomiques et physiologiques de l'auteur. Il la termine par des corollaires dans lesquelles il expose beaucoup de vues spéculatives et d'opinions de théorie transcendantes dont plu- sieurs nous ont paru fort hasardées, quoiqu'elles soient d'accord avec des idées émises par plusieurs de nos confrères et des sa- vans les plus célèbres. Nous proposons cependant à l'Académie d'engager l'auteur à publier son mémoire avec les figures qui l'accompagnent parce que le fait dont il a eu connaissance est curieux en lui»même, qu'il doit être consigné dans les registres de la science , qu'il a été bien étudié et qu'il a donné lieu à des recherches savantes et importantes pour la physiologie. Rapport sur V ouvrage de M. Lacordaire. 161 Rapport verbal /««< à l'Académie des sciences sur une Intro^ duction à V Entomologie de M. Lacordaire , Par M. DuMERiL. (Séance du 29 septembre î834.) L'Académie m'a chargé de lui faire connaître le premier vo- lume d'un ouvrage de M. Lacordaire qui a p/3ur titre : Intro- duction à l'Entomologie (i), contenant les principes généraux de Tanatomie et de la physiologie des insectes, des détails sur les mœurs et un résumé des principaux systèmes proposés pour la classification de ces animaux. Cet ouvrage, d'après le plan suivant lequel il a été conçu, est uniquement destiné à l'exposition de cette partie de la zoologie, et d'après les développemens dans lesquels l'auteur est entré,. il sera sans contredit le plus complet et le plus détaillé de tous ceux qui ont été' publiés sur ce sujet, M. Lacordaire a beaucoup puisé dans la philosophie entomo- logique de Fabricius, et, comme il se plaît à l'avouer, dans l'ouvrage anglais de MM. Kirby et Spence qui a pour titre : Introduction à l'Entomologie, ainsi que dans tous les ouvrages français qui dans ces dernières années ont traité de la confor- mation extérieure, de la structure des insectes et des fonctions qu'ils remplissent. Mais aucun n'avait poussé aussi loin les dé- tails de l'organisation dans toutes ses parties et ne les avait pré- sentés dans un ordre aussi méthodique, autant que nous puis- sions en juger d'après les neuf premiers chapitres , les seuls qui aient encore paru. Le premier offre une idée générale des insectes et de leurs métamorphoses. L'auteur y donne la définition comparée de ces animaux pour les faire distinguer de tous ceux que l'on avait autrefois rangés dans la même classe; et après avoir distingué les différentes sortes de métamorphoses , il s'en sert pour indi- quer et adopter la classification des insectes en douze ordres cf après les ouvrages de Latrcille. IjCS quatre chapitres suivuns présentent, sous autant de (1) Un trol. 8° aven allas faisant partie des Huitei à llnffon publiée» par le libraii'R Korct, II. Zaoi.. srj/lemùre. >t 102 Mémoires de la Société italienne. titres, l'histoire complète et générale des œufs, des larves, des nymphes et des insectes parfaits ; et dans les quatre autres qui terminent ce premier volume, l'auteur étudie le système tégu- mentaire et successivement celui de la tète , du thorax et de l'ab- domen. L'auteur a adopté dans son exposition la marche de l'anato- mie plutôt que celle de la physiologie , qui aurait peut-être pré- senté plus d'intérêt ; mais il a préféré suivre la première parce qu'elle lui a paru plus élémentaire. D'après ce que nous venons de faire connaître du contenu de cet ouvrage, il y manque encore tous les détails relatifs aux membres , aux ailes et à leurs mouvemens , aux organes des sens , à l'instinct , à la nutrition , à la respiration , à la voix , aux sécrétions diverses et à la reproduction. L'auteur annonce en outre qu'il a traité dans un chapitre particulier de la géographie des insectes, et qu'il a terminé son travail par un résumé de l'histoire de l'entomologie. Il est fâcheux que M. Lacordaire, qui s'est livré avec tant de succès à des recherches spéciales si laborieuses , n'ait pas fait connaître les sources où il a puisé tant de faits; mais il avoue qu'il a craint d'augmenter par ses citations le nombre de deux volumes auxquels il s'est restreint. Mçm. délia società italiana^ etc. — Mémoires de la Société ita- lienne des Sciences siégeant à Modéne , tom.XXj •à'^ fasci- cule des Mémoires de physique; in-4^. Ce nouveau volume renferme parmi beaucoup d'autres sur divers sujets, trois mémoires relatifs à l'anatomie et à la zoolo- gie. Le premier a pour titre : Supplément au mémoire sur quel- ques poissons de la mer qui baigne les côtes de la Fouille , par l'archiprétre don Guis. Maria Giovene (i); le second est inti- tulé : Encefalotomia , etc. Encéphalotomie de quelques Cétacés (i) Le mémoire a élé inséré précédemment dans les Mémoires de la Sçciété ilaiieii/io, tome XX, fasc. i''. ik Mémoires de la Société italienne. jgj pour servir de continuation à l'Encéphalotomie générale de Vinc. Malacarne de Saluées, communiquée à la Société italienne par son fils Vinc. Gaetano Malacarne, qui se propose de con- tinuer les travaux de son père; le mémoire qu'il adresse à la Soaete italienne a pour objet la description du squelette de la tête du dauphin ; il donne avec soin les dimensions des di- vers os du crâne et de la face, et les représente dans deux planches; il se contente de les décrire brièvement. Une nlan che est consacrée à l'os du rocher et plus spécialement à là cavité auditive qu'il contient. M. Malacarne considère ce mé niou^e comme la septième partie de l'Encéphalotomie générale de son père, qui a publié en effet divers fragmens; les i- 'i' et 3- contiennent l'Encéphalotomie humaine et forment' un volume imprimé à Turin en 1780. Le 4- traite de l'EncephTe des oiseaux et est divisé en cinq parties, qui tontes ont été in serees dans les mémoires de la Société italienne de 178. à i8o3 Le oe, zmpr,mé dans le même recueil, a pour objet l'Encépha" o on.e du Phoque; enfin, le 6e contient la desliptionl L" tête de quelques mammifères; il fait part.e des actes de l'Aca demie de Mantoue pour l'année 1796. Le troisième mémoire relatif à la zoologie et contenu dans le volume dont nous annonçons la publication a pour titr M ! -oire du professeur Antoine Bertoloui sur quelques prôdt. t.ons naturelles du golfe de la Spezia. ^ L'auteur est déjà connu par la publication qu'il fit en 18x0 d un volume ui-80 ayant pour titre : Rariorum Itallœ plantlH decas tert.a. Accedit spécimen .oopl^torum portas Lunœl par sa reunpression avec addenda, qui en fut faite dans' les Amcenaatesltaliœ sistentenies opascula ad rem herbar.amet zoologium Italiœ spectantia. Bononiœ , 819 , in-4'> Poursuivant ces recherches, il fait connaître dans ce nou- veau mémoire quelques observations qu'il a recueillies en 18.0 et ern8 >i , entre autres la découverte des œufs d'une esnècc dcMuiex ; il décrit et représente avec soin plusieurs espèces' cf" Vo^^^^ Spon. 21. 170 ÏIM. G. BRESCHET ET ROUSSEL DE VAUZEME. PEAU. PARTIES CONSTITUANTES. lo Derme (1). — Canevas cellulaire, dense, fibreux, envelop- pant et protégeant les vaisseaux capillaires sanguins , les vais- seaux lymphatiques, les filets nerveux et le parenchyme des auti'es organes contenus dans la peau. 1° Papilles (2). — Organe du tact, terminaison du système nerveux, développé sous forme de mamelons, légèrement flé- chis, dont le sommet est terminé en pointe mousse et caché sous plusieurs enveloppes. Sur la baleine, le sommet des papil- les est olivaire, tandis qu'il est conique chez l'homme. 3° Appareil diapnogène (3) (organes de la sécrétion et de l'excrétion de la sueur). — Composé d'un parenchyme glandu- leux et de canaux siidorifères ou liidrophores. (4) L'organe parenchymateux ou sécrétoire est renfermé dans le derme, et donne naissance à des canaux excréteurs disposés en spirales, qui passent entre les mamelons du tissu papillaire et se dirigent obliquement pour s'ouvrir à la surface extérieure de l'épiderme. 4° Appareil d'inhalation^ ou canaux absorbans (5). — Ces ca- naux ressemblent, sous plusieurs rapports, aux vaisseaux lym- phatiques; ils sont situés dans la matière cornée ou corps mu- queux qui forme la couche la plus extérieure de la peau, car la cuticule ou feuillet épidermique n'est qu'une dépendance de la matière cornée. Ces canaux inhalans paraissent être dépourvus de bouches ou ouvertures d'absorption; leur origine serait en cul-de-sac ou petits rènflemens sacciformes. Bien qu'on voie les inhalans commencer vers la couche la plus superficielle de la cuticule, cependant rien n'est plus difficile que de distinguer leur origine, et nous disons ce qui nous a paru exister, sans ce- (i) Planche lo, Cg. 26-a, fig. 35-CniiT ET ROUSSEL r>r VAUZHME. obtenu, on étend ce feuillet sur un verre préalablement hu- mecté, et on le soumet au foyer d'une lentille qu'on éclaire avec ime lampe et un miroir réflecteur. Cette préparation qui est très délicate, quoique simple et qui convient pour étudier toutes les parties de la peau, exige quelques précautions. Il faut que le derme soit un peu séché à l'air, de manière à faire corps avec le tissu corné; car, s'il est mou et frais, il est impossible de le couper, il cède au tranchant du scalpel, se laisse déprimer et il s'ensuit des déchirures, des sections inégales ou des coupes trop épaisses pour devenir transparentes et pour permettre de distinguer les parties dont elles sont composées. Le derme étant ainsi préparé et injecté, on peut étudier les diverses parties qui le constituent; la cohésion en est tellement diminuée, qu'il est possible d'isoler avec deux aiguilles à cata- racte courbes et pointues, les vaisseaux capillaires , les organes sécrétoires et les nerfs (fig. 33), en surmontant la résistance légère qu'opposent à ces instrumens les fragmens du tissu dermique. De petits cylindres ou anneaux de tissus fibreux, résultat d'une coupe plus ou moins régulière, indiquent les porosités du derme et les gaines fournies par lui aux organes sécréteurs et aux vais- seaux capillaires. On extrait ces derniers de cette espèce de gan- gue, avec la pointe de l'instrument. Souvent on a beaucoup de peine à les isoler dans l'eau, parce qu'ils s'attirent et se pelo- tonnent. Le derme s'épanouit vers la face externe en luie membrane qui paraît se confondre avec le parenchyme des organes chro- matogènes et papillaires. Cette face extérieure est perforée pour le passage des appareils sécrétoires et absorbans, mais ces ou- vertures sont beaucoup moins visibles que celles de la face in- terne. Ainsi le derme est une membrane, dont les fibres, soli- dement entrelacées, laissent des interstices , des aréoles , des cellules qui protègent et isolent un graud nombre d'organes. Nous compléterons son histoire en faisant la description de ces organes auxquels il se trouve lié d'une manière si intime. Le derme de la baleine étant constamment blanc et opaque, il nous a été impossible d'en étudier complètement la texture, mais la conformité qui existe ailleurs entre cette peau et celle Recherches sur les appareils tègumentaires des animaux. 175 de l'homme, nous fait penser que , sous le rapport du derme, elle n'en diffère pas essentiellement. La face interne est unie à un tissu cellulaire abondamment fourni de graisse; l'externe présen- te, comme celle de l'homme, des séries de papilles (fig. 9), que séparent de légers enfoncemens remplis par le tissu corné, il en résulte que les nerfs étant blancs et l'épiderme noir, la surface du derme, coupée raz, est parcourue de lignes parallèles alter- nativement blanches et noires : les premières représentent la base des papilles et les secondes celles de la matière cornée. Nous avons trouvé dans ce derme, par la dilacération des vais- seaux capillaires, du tissu fibreux et des fragmens de canaux dépendans des organes sécréteurs. Chez les serpens, le derme a une disposition très remarqua- ble : il se relève en saillies imbriquées, recouvertes par une couche mince d'épiderme : c'est ce qu'on nomme les écailles. Sur les poissons au contraire, la surface du derme est unie, et les écailles sont entièrement composées de matière cornée. L'épithète inextricable attachée au derme par tous les ana- tomistes, cesse d'être vraie. Si nous ne nous sommes pas trom- pés dans l'interprétation des faits, ou dans les fonctions attri- buées aux tissus, il sera désormais possible avec de la patience, de l'attention et un peu de sagacité, de rectifier les erreurs que nous aurons conîmises. Gaultier, dont la thèse est toujours citée lorsqu'on' parle de la peau, n'a rien dit de particulier sur le derme. M. de Blain- ville en a décrit avec beaucoup de détail et de méthode les pro- ]>riétés physiques et les différences apparentes suivant les classes et les familles. Tous les auteurs, eu général, l'ont représenté comme une trame aérolaire plus ou moins serrée, tissue d'une fibre qui lui est propre; tous y ont admis des vaisseaux sanguins, des lymphatiques , des filets nerveux; et, concluant des fonctions plus ou moins bien connues de la peau, aux organes qu'ils ne connaissaient pas, plusieurs ont supposé que dans le derme, les sécrétions s'opéraient directement par les artères. Chaussier admettait à priori que tous les élémens anatomiques de la peau existaient dans le derme; d'autres physiologistes ont pensé gu'il était seulement traversé par les vaisseaux, etc.; mais au- 176 MM. G. BRESCHET ET ROUSSEL DE VATJZÈME. cune de ces opinions, dont les unes sont en partie vraies, les autres fausses, ne s'étaie d'une preuve anatomique. En résumé, ce que nous avons observé dansle derme, considéré d'une manière abso- lue, comme tissu, est conforme à ce qu'en ont dit les auteurs. Le tannage et des procédés analogues avaient mis cette texture hors de doute. Cependant nous avons remarqué que le derme, émanation modifiée des tissus fibreux et ligamenteux, peut être isolé par la dissection, jusqu'à sa face externe, où 1 se con- fond tellement avec les parenchymes des appareils sensitifs et sécrétoires, qu'il est impossible de l'en distinguer. Aucune des parties constituantes de la peau n'est étrangère au derme qui peut être considéré comme la base et la matrice de l'enveloppe tégumentaire. CHAPITRE II. DE l'appareil NÉVROTHÈLE (i), ou CORPS PAPILLAIRES. Il y a une telle complication dans la structure de la peau , que pour être compris, nous sommes forcés de décomposer ce sys- tème pièce par pièce, et d'étudier chaque partie indépendamment du milieu qui l'environne. Après avoir ainsi considéré les divers organes d'une manière isolée , nous reconstruirons le tout , pour l'examiner dans son ensemble. Nous procéderons d'abord par l'analyse puis d'après la méthode synthétique. Il faut, dans la préparation et l'étude de l'appareil névrothèle, suivre le même procédé que pour le derme. Ou sait que les filets provenant de divers troncs nerveux disséminés dans le tissu cellu- laire sous-cutané, se subdivisent à l'infini en approchant du derme. Avec quelque persévérance on peut les disséquer jus- qu'à cette membrane, où on les perd le plus souvent à cause de leur finesse et de l'opacité du tissu. Il serait impossible de distinguer les nerfs au milieu du lacis vasculaire dermique, si on ne voyait pas clairement le point où ils entrent et celui auquel ils aboutissent, car leur direction oblique fait qu'on ne peut (i) De vEvotv nerf, etÔriX/i mamelon, tissu nerveux mamelonné. IlecJ erches sur les appareils tegumentnircs des animaux, xn-j éviter, même dans les coupes les plus heureuses, une ou plu- sieurs solutions de continuité. Cependant, avec un peu d'habi- tude, on parvient à distinguer et à isoler , d'entre les canaux excréteurs de la surface du derme, en approchant de la matière ( ornée, des faisceaux de filets nerveux très minces, comme pulpeux qui se dirigent vers la base des papilles, et y pénè- trent. Fig. 34- Ces tiges (i) sont rangées en séries continues, ordinairement bifides ou trifides, séparées transversalement par l'intervalle destiné au passage des canaux sudorifères, et suivant leur lon- gueur par les sillons d'où sort la matière cornée; leur forme est celle d'un petit cône dont la base s'épanouit dans le derme, et le sommet se termine en pointe mousse. Chaque tige pénètre dans la matière cornée, comme une épée dans son fourreau, ce qui fait que la face interne de l'épiderme représente exac- tement par ses dépressions symétriques, le nombre et la dispo- sition des papilles. (2) Lorsqu'on sépare de vive force ces deux parties de la peau (3), les papilles tiennent toujours beaucoup au derme parleur base, tandis que l'enveloppe épidermique s'en détache avec facilité. La direction des papilles, dans l'épiderme, est oblique et légè- rement inclinée. Outre le névrilème qu'elles empruntent au der- me (4), la matière cornée leur fournit une gaine propre qui les couvre en forme de capuchon, fig. i4, les papilles du talon sont placées sous une couche très épaisse de matière cornée, quia pour usage d'amortir les chocs et de résister à la pression du poids du corps; leur sommet n'est percé d'aucune ouverture pour for- mer un canal. Avant d'examiner la structure et la nature des papilles de la peau de l'homme, nous jetterons un coup-d'œil sur la peau de la baleine, où elles se présentent avec un développement remar- (0 PI. 9. fig. 2-A, pi. 10. fig. 3o-*, fig. 33-A, lig. 36-e. (i) PI. 0. Gg. 2-/, f.;;. 9-^. (3) PI. 9. fig. ,.A. (4) Si on coupe uu feuillet trèi mince de la surface papillaire du derme et si l'on le retourne, on voit lesouvcrlurcs p;ir où j)i'iii-lic la pulpe nerveuse, et l'on reroiinait (pie rciiveloppe exté- rieure de la papille, I. 9. %. i3, (i, 5, i4; 1.1. 10. fig. 3o_el 35. j (v) PI. f). fig. 12,5, ui. l'i-n. Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 179 ou confuses, à mesure qu'elles serpentent vers le renflement terminal où elles paraissent se réunir en demi-cercles concen- triques. Cette surface est lisse et unie. Aucun prolongement ne s'en détache pour communiquer avec les tissus voisins. Nous l'avons disséquée, dilacérée, soumise à l'action des réactifs, etc. Quelle qu'ait été notre attention à observer ces frag- mens au microscope, nous n'avons pu y voir autre chose qu'un tissu blanc, dense, résistant, plus facile à déchirer qu'à rom- pre, en un mot tout-à-fait analogue au tissu nerveux. Il nous a été long-temps impossible de séparer en faisceaux , les stries ou corps ondulés apparens à l'extérieur. Nous avons reconnu avec beaucoup de peine, dans l'intérieur, l'ouverture d'un vais- seau nourricier, et sans doute ce ne doit pas être le seul (i). Dans les papilles de l'homme, il y a au moins deux vaisseaux qui paraissent se réunir en arcade, et qui s'aperçoivent très bien lorsque étant injectés, l'on fait ime coupe transversale sur une papille; il semble qu'on distingue en outre au centre du né- vrilème une matière pulpeuse blanchâtre. L'anatomie des papilles de la peau de la baleine comparées à celles de l'homme qui, jusqu'à présent, ont été mal observées, à cause de leur petitesse, ne permet plus de révoquer en doute la structure de ces corps et les fonctions sensoriales qu'ils rem- plissent. I^ nature et la forme des papilles du nègre ne diffè- rent pas de celles du blanc. La trompe de l'éléphant offre cette singulière disposition que la peau y est hérissée de petits prolongemens cornés à la base desquels se trouve une papille qui n'est perfo- rée au sommet d'aucune ouverture, et qui est coiffée libre- ment par des calottes épidermiques emboîtées les unes dans les autres. Cette trompe, organe essentiel du toucher, comme la main fie l'homme, est munie de papilles saillantes assez protégées par la matière épidermique, pour n'être pas lésées j)ar l'action des corps extérieurs. On voit de même sur la main de l'homme, à l'aide d'une loupe, de petits mamelons qui correspondent au honimet des papilles. (1) PI. ^|. fi;;. 1/, nb. la. I 8.) 1«M. G. Bf.lSCHtT ET ROtJ.SSEr, DE VAUzLmi--. Les papilles de la langue sont considérées en général comme propres à la perception des saveurs, c'est-à-dire qu'on les croit essentiellement nerveuses. En examinant avec soin, celles de la langue dii'bœuf, on reconnaît qu'elles sont renfermées dans un étui corné plus ou moins épais qui s'oppose à l'exercice des fonc- tions qu'on leur attribue; mais dans les inteistices qui les sépa- rent, la dissection fait découvrir, au-dessous d'im épiderme ou épithélion assez mince, de vraies tiges nerveuses semblables à celles que nous avons vues partout ailleurs, ou très peu diffé- rentes, ovant les mêmes rapports avec les autres parties con- stituantes de la peau déjà observées. Le nombre en est considé- rable. C'est en elles que réside exclusivement le sens du goiit. Les autres aspérités nommées communément papilles, n'en sont que des parties accessoires; et semblent plutôt constituer un organe de tact ou de toucher , d'abord dispersées çà et là sur la langue. La quantité en est trop limitée pour constituer le Kvstème nerveux d'un sens tel que le goût; ensuite leur étui plus ou moins corné les assimile aux cornes, aux sabots, aux pi- quaus, etc. Leur direction, en générai, rebroussée d'avant en arrière, indique nue disposition propre à attirer le bol alimen- taire dans le pharynx et peut-être à triturer, à atténuer les plus fines molécules de la matière, pour en multiplier les contacts avec la langue, et les rendre plus perceptibles aux papilles sen- sitives des interstices. Nous pensons de plus, que ces papilles cornées peuvent servir à un toucher spécial combiné avec le sens dn goût, et à préserver l'animal de l'action délétère de certaines substances. Il serait possible aussi que les deux ordres de papilles de la langue ne différassent que par la disposition de l'enveloppe. Celles qui sont coiffées d'un capuchon corné, à lamelles multiples, appartiennent peut-être exclusivement au tact, tandis que celles des interstices dont le sommet est caché sous des couches moins épaisses de matière cornée, servent plus spécialement au goût. Lorsque nous nous occuperons de ; ce sens, comme l'un de nous l'a faitdéjà de celui de l'ouïe, nous chercherons à déterminer si le même ordre ou la même paire de nerfs se distribue dans ces deux genres de papilles. Nous pouvons jusqu'à un certain point conclure, par l'ana- I Recherches sur les appareils tégnmeniaires des animaux. (8i logie de la nature des papilles gustatives du bœuf, à celksdo l'homme, que nous n'avons pas encore suffisamment observées. Dans \eà2L\x]^h.in[Delph.delphis) et le m^v&omw [D. pJiocœnà), les papilles sont courtes, d'un blanc raat, terminées en boufon, et solidement encapuchonnées par une gaîne de couleur grise. En résumé, même caractère que pour les papilles de la baleine, mais sous déplus petites proportions. La membrane muqueuse olfac- tive et gutturale appuyée sur un derme très extensible nous a aussi présenté le même système que celui de la peau. A l'époque où nous avons étudié l'enveloppe extérieure sur divers animaux, nous n'avions pas encore dirigé notre attention d'une manière assez suivie sur la structure des papilles; mais nous pouvions déj;'i, d'après les faits que nous possédions, établir en principe général, que les papilles se trouvent toujours à la surface du derme dans une aire que circonscrivent les organes sécréteurs de la matière muqueuse ou cornée. S'il pouvait élever quelques doutes sur la nature purement nerveuse des filets que nous avons désignés comme étant des nerfs, l'examen de la partie du derme où ils aboutissent ne laisse- rait aucune incertitude à cet égard; le même ordre règne dans Tintérieur du dermequ'àsasurface, oùchaque partie constituante delà peau vient occuper la place qui lui convient. Les inégalités du derme ressemblent aux sillons d'un champ, les lignes saillantes correspondent aux nerfs, leurs interstices aux canaux sudorifères et aux filets des vaisseaux iuhalans; dans le fond des sillons se trouve la source de la matière cornée. Si l'on refuse aux xWes papillaires le sens tactile, nous ne pensons pas qu'on parvienne a désigner dans la peau une ;iuti;e paitie qui puisse être consi- dérée comme l'organe de cette fonction. Ce qu'il y a d'assez remarquable, ce sont les trois états sous lesquels on peut envisager les nerfs qui se rendent à la peau : i"dans la couche sous-cutanée où ils ne diffèrent pas des nerfs provenant de la moelle; i" dans la profondeur du derme, où ils deviennent mous, flexueux , ca])illaires; 3» enfin, à la surface externe du derme où ils sont transformés eu tiges papillaires sy- métritpies. Lorsqu'on réfléchit à la liaison d(; ces trois états, t-n ou conçoit la raison et la nécessite. Il était iuipossible (jue les iSa MM. C. BRtSCHET ET ROUSSET. DE VALZÈME. filets nerveux, ramifiés à l'infini sous le derme, pussent devenir organe d'un sens en contact avec la matière cornée, sans éprou- ver un changement quelconque dans leurs dispositions premiè- res. Le derme est comme le sanctuaire où s'opère cette méta- morphose. C'est donc au-delà qu'on les voit surgir sous une ap- parence nouvelle, parfaitement appropriée aux fonctions qu'ils doivent remplir. Les nerfs, à leur entrée dans le derme, se dépouillent-ils de leur névrilème ? Sans pouvoir affirmer que cela soit , nous le pensons. Chaque nerf parait entrer dans le derme en s'épanouis- sant. On peut supposer avec vraisemblance que cet épanouis- sement est produit par le névrilème qui se répand sur le derme et le renforce, tandis que le nerf pénètre dans l'intérieur du derme, où il se trouve suffisamment protégé : ce qui est certain, c'est que la membrane externe du derme, blanche, et comme fibreuse, recouvre la substance nerveuse papillaire qui probable- ment était arrivée là sans névrilème. A leur entrée sous les enveloppes cornées des papilles, les nerfe paraissent donc s'être préalablement dépouillés de leur gaine fibreuse : il semble pourtant que la substance nerveuse n'est pas entièrement à nu, car la forme cylindrique qu'elle conserve, et que nous lui voyons encore après avoir arraché les filets de dessous leurs capuchons épidermiques, fait voir qu'ils sont enveloppés par une toile quelconque. Serait-ce un tissu analo- gue à celui des membranes qui, placées sous la dure-mère, ont des connexions plus immédiates avec l'encéphale? De même le nerf optique, en entrant dans l'œil, abandonne son névrilème à la sclérotique. Si l'on supposait qu'aprèsavoirtra- versé l'œil à l'état pulpeux, ce nerf vînt faire saillie au-dehors, la sclérotique lui fournirait nécessairement une enveloppe pro- tectrice et névrilématique. Nous pensons qu'il eu est ainsi pour les papilles. Nous ne savons pas d'une manière certaine com- ment se comporte la pulpe nerveuse sous la tige papillaire con- sidérée comme organe essentiel du toucher, mais cependant elle ne le constitue pas à elle seule. Le sens du toucher est pourvu, comme les sens de Touïe et de la vue, d'un appareil particulier, moins compliqué il est vrai, mais qu'on ne peut méconnaître. Recherches sur les appareils légume ntaires des animaux. 1 83 On y trouve un nerf provenant du foyer commun, l'encéphale et le cordon rachidien, lequel traverse la filière du derme, pour se terminer en une tige papillaire. Cette tige est renfermée dans une enveloppe propre, couverte à son tour d'une couche plus ou moins épaisse de matière cornée. Ainsi, l'organe du tact est formé : A. U une partie principale ; i" Nerf tactile terminé en pointe mousse. B. De parues accessoires et de protection; a" Du derme renfermant le nerf dans son intérieur; 3° Du névrilème papillaire fourni par le derme; 4" D'une gaine propre modifiée et du tissu corné, organe de protection . ( i ) 5° D'une couche mince d'épiderme recouvrant la gaine de la papille, et indispensable à l'exercice du tact. Si l'une de ces choses vient à manquer ou à subir certaines^ modifications, le tact ne peut plus s'exercer. Il est évident que le derme , le névrilème, la gaine propre de l'épiderme, sont aux nerfs tactiles ce que les appareils compliqués de la vue et de l'ouïe sont aux nerfs optiques et acoustiques. On voit que le nerf tactile., subit dans le derme des change- mens de structure, des métamorphoses analogues à celles qu'é- prouvent les nerfs optiques et acoustiques en entrant dans les ap- pareils de l'œil et de l'oreille, avec cette différence, que ces deux derniers nerfs résident dans des cavités profondes, où pénètrent spontanément la lumière et le son, tandis que le nerf tactile fait une saillie en dehors, comme pour aller au-devant des impres- sions. Ce qui prouve que le nerf monte jusque dans la papille, c'est qu'on peut couper impunément le tissu corné, mais une vive douleur se fait sentir lorsqu'on intéresse la tige papillaire. On sait combien, l'épiderme enlevé, la seule action de l'air sin- les papilles est pénible à supporter. Le tact s'exerce par ces milliers d'organes communiquant tous entre eux au moyen du réseau ou du plexus nerveux tendu sur toute la surface du corps, d'une papille à l'autre. Cette (i; l'I. •). (ig. I ; A i-r/-,;. l84 MM. G. UllESCHET Kï ROUSSEL DE VAUzèiHE. chaîne harmonique expUque très bien les phénomènes généraux «t sympathiques dont la peau est le siège. C'est ce lacis ner- veux sous -dermique, cette correspondance latérale de toutes les papilles entre elles, en un mot, c'est l'organe du tact, établi dans la peau, qui la rend la partie la plus sensible de tout le corps. En examinant la terminaison des nerfs, dans les organes des sens, on voit que les nerfs optiques et les nerfs acoustiques pa- raissent s'épanouir en pinceaux ou en gâteaux pulpeux. Quant au tact et au toucher, ils s'exercent par le moyen de tiges ner- veuses qu'enveloppe une couche isolante, plus ou moins épaisse, de matière cornée. Dans le goût et l'odorat, touchers plus délicats, le tissu corné épidermique disparaît en partie et met les nerfs papillaires presque en contact avec les molécules sapides et odorantes. Il suit de ià que les nerfs optique et acous- tique paraissent avoir une terminaison différente de celles des autres ; mais celte particularité n'est réellement qu'apparente, car nous espérons parvenir à démontrer bientôt que lesépanouisse- mens pulpeux de ces organes sont formés par des tiges nerveuses très rapprochées qui, à partir d'un centre commun (le corps du nerf), rayonnent en étoile ou en éventail, dans une matière mixte interposée entre les tiges. Nous pensons qu'il en est ainsi, parce que nous avons déjà entrevu cet arrangement, mais d'une ma- nière vague. De plus les yeux composés des insectes sont le résultat d'un rayonnement du nerf optique en une infinité de tiges sui- niontées d'un appareil oculaire. Quant à la sensation, il est certain, pour les organes du toucher, du goût, de l'odorat, et pour la vue des insectes, qu'elle s'opère à l'extrémité de la tige. Dans ce petit renflement, le nerf se termine-t-il en une pulpe homogène ou en un filet faisant arcade sur lui-même, de manière à établir un courant ascendant et descendant? C'est un problème non encore résolu. Ce que nous avons observé con- dmt en partie à sa solution ; mais pour répondre complètement à la question , il ne faut pas se borner à considérer la terminai- son des nerfs sur un seul tissu, il convient de l'examiner dans les divers organes des sens et en général dans toutes les parties qui doivent aux neifs leur sensibilité et leur niotilité. Recherches sur les appareils tegunieniaires des animaux. 1 85 Si le nerf optique de l'homme, par exemple, n'offre pas, dans sa pulpe , une disposition rayonnée , commme l'œil composé de l'insecte, mais une toute autre terminaison, on pourrait, en le considérant comme un organe simple ou comme une papille exagérée, en inférer une disposition analogue à celle de la struc- ture de la peau. Gaultier considère les papilles comme essentiellement vas- culaires; il les désigne sous le nom de bourgeons sanguins. Aussi ne sait-il où placer le système nerveux. Il avoue qu'il ne peut indiquer la partie de la peau chargée plus particulière- ment df^s fonctions tactiles. Il a figuré sur les parties latérales des papilles, des productions blanches qui vont duns la couche albide ; nous ne les avons pas vues. M. de Blainville admet, par analogie, une couche mince, nerveuse sur le sommet des papilles : c'est aussi par analogie qu'il les regarde comme organes du toucher, opinion admise par un grand nombre d'anatomistes, révoquée en doute par quelque^ autres. De tous les auteurs que nous avons consultés, Malpighi est celui qui, selon nous, a le mieux vu et le mieux décrit. Le mode de terminaison des nerfs reste donc encore à re- connaître, et la science ne présente aux esprits rigoureux, au lieu de faits bien démontrés, que des aperçus, des présomptions, des hypothèses. Les opinions qui partagent les physiologistes sur ce point, peuvent être rangées sous trois titres : Sous le premier, on prétend que les nerfs se perdent dans le tissu ou trame des organes et s'identifient avec leur propre substance; dès-lors il est impossible d'en étudier la désinence. Sous le second titre, le nerf ne pouvant se répandre dans toutes les parties d'un même tissu et dans tous les systèmes sans exception, il est entouré d'une atmosphère nerveuse par la- quelle il étend son action à distance, à-peu-près comme on le voit pour le fluide électrique et pour les forces d'attraction et de répulsion. Mais cette hypothèse ne répond pas directement à la ques- tion , car, tout en expliquant que les parties dépourvues de l86 MAI. G. BRESCUET JîT ROUSSEL DE VAUZÈME. nerfs sont cependant sous l'influence de ces agens organiques, on ne dit pas comment se terminent les cordons nerveux dans les parties où ilsse ramitient.Éluder une question n'est pas y répondre et y satisfaire. Enfin , sous le dernier titre, on accorde aux nerfs une terminaison anastomotique par arcade et l'on assimile les centres nerveux et les cordons qui en émanerit ou qui s'y terminent à un appareil galvanique. Des hommes graves, d'une grande sa- gacité en observation et d'un esprit scientifique peu ordinaire , «nt soutenu cette opinion qui demande encore de nouveaux faits pour être définitivement admise. L'incertitude règne donc sur ce point comme sur tant d'autres , et Tenon avait raison d'affirmer que l'anatoraie est loin de son terme de perfection. Les anatomistes qui n'ont étudié la structure de l'animal que superficiellement et qui se sont attachés bien plus aux formes et aux connexions qu'à la composition intime, ont pu croire que les nerfs se confondaient dans la propre substance des organes, lorsque ces nerfs échappaient à la vue simple, ils ont cru pouvoir se borner aux apparences, sans chercher plus loin la vérité, en variant les moyens d'investigation. L'explication de Reil(i), de l'atmosphère nerveuse, est toute spéculative et ne repose sur aucun fait physiologique déduit de l'expérience (2), car l'on ne peut pas considérer comme telle la piqûre faite à la peau avec une aiguille très fine, et la douleur sentie, quel que soit le point de la surface cutanée où Ton porte l'instrument, quoique ni le scalpel, ni les divers menstrus n'aient pu faire découvrir des nerfs partout (3). En démontrant que le corps papillaire est nerveux et que les papilles sont drues, nous répondons à l'objection de Reil. Les autres exemples donnés par lui, ne sont pas plus concluans. Quant à l'opinion de la terminaison des nerfs, en formant (i) Joannis Chrisl-Reil, exercitaliones anatotnicae , de stiiiclurâ nervorum. Halœ, 1796. (2) Omni loco, quo sensationem et stimulum ad moluin voliintarium observemus, etiam> nervum ipsiitn ejusque medullam quoad niateriem adesse, probari posse, vix credo. Mihi potiùs verisimile videtur, efficaciam nervorum ultra ipsorum maleriem extensam, exlremilatesque eorum irritabili quasi orbe efficientiœ esse circumdatos , p. 28. (3^ Quodvis cutis puDctum ferè mathematicum , cuspide siibtilissinu'e acus tactum seul i t. Sed cutis sanè lamina raedulUe continua foret, si il!i in omni puncto sentiente nervis opns cssel, quos neque cullro, nequc corrosionc unquam drlcgimii'^. Cap. viii. Recherches sur les appareils iégumentaires des animaux. 1 87 des anses , elle a été présentée et soutenue par MM. Prévost et Dumas, (i) Sans pouvoir affirmer que cette disposition soit générale, plusieurs de nos recherches semblent être favorables à ce mode de désinence. Nous avons à cet effet commencé une série de préparations, et nous poursuivrons ces études jusqu'à ce que nous ayons pu arriver à jeter quelque lumière sur ce point d'anatomie. Pour ne parler que de la peau , on voit dans les papilles, que si les filets nerveux ne présentent pas toujours une anse bien dis- tincte , ils paraissent se dépouiller de leur enveloppe ; la substance propre de tous les cordons ne formeiit, dans l'uitérieui- du der- me , qu'une seule et même masse où l'on ne peut plus aper- cevoir isolément ce qui appartient à chacun. Ce genre de ter- minaison n'est-il pas un nouveau mode d'anastomose et dif- fère-t-il réellement de l'anse nerveuse où l'on admet le filet af- férent et le filet efférent? Cette espèce de fusion de la substance nerveuse, en une masse commune sous les enveloppes cornées, après que les cordons nerveux se sont dépouillés de leurs gaines névritématiques, a été pendant long-temps tout ce que nous avons pu apercevoir; mais en variant nos procédés, en multipliant nos observations avec des verres de force successivement croissante, nous sommes parvenu à apercevoir que, sous cette calotte cornée, les nerfs conservaient leur disposition filamenteuse et qu'arrivés au sommet de cette coiffe cornée, ils représentaient des anses concentriques les unes aux autres. C'est ce que nous avons voulu exprimer par les fig. 10 — 12, pi. 9. N'est-ce point une illu- sion d'optique? Nous laissons aux expérimentateurs, qui vien- dront après nous, de le décider; mais nous avons obtenu trop souvent les mêmes résultats pour ne pas avoir une grande con- fiance dans nos observations et pour ne pas penser avoir dé- couvert la vérité. (2) (1) Voyei l'appciidire de l'ouvrage de M. W. F. Edwards : De (Influence des agcns physi- ijtiet sur la vie, p. SCi. Paris, 1834. (a) Mémoire» sur le» pliciiomcnrs qui acrompagncnl le roniraclion delà fibrf musculaire. Jour, (if Physiologie ejcpéiim. , t. m, 3ni-33(). î88 UM. G. BRESCHKT tT nOUbSEL DE VAUZK.MK. Notre sentiment, fondé sur ce que nous enseigne l'examen des papilles cutanées, ne différerait donc pas dans les deux cas de l'opinion émise par MM. Prévost et Dumas, (i) Un examen trop rapide a fait croire à Steller que les corps papillaires de la peau des cétacés, n'étaient que des poils ag- glutinés. Ce médecin voyageur dit que l'épiderme de la grande espèce du lamentin du nord, et celui de la baleine, qui est toul- à-fait analogue, offrent une disposition remarquable: dans Je premier de ces animaux, bien que le derme ou la peau n'ait qiic deux ou trois lignes d'épaisseur, l'épiderme a plus d'un pouce de hauteur, et forme autour de l'animal une sorte de croûte qui est si dure que Ton peut à peine la briser avec la coignée. Dans les manates [Rytiiia) du nord, de la couche dermique par- tent des tubes verticaux fortement attachés les ims aux autres. Chaque tube est fixé à la couche du derme par un renflement. La réunion de tous ces tubes constitue, selon Steller^ une couche secondaire d'un pouce d'épaisseur , qu'il regarde comme épidermique. Il ne dit pas quelle couche peut corres- pondre au tissu de Malpighi. En effet la déchirure par la trac- tion ou la division par l'instrument trancliant de la substance sus- dermique, dans tous les cétacés fa), fait facilement reconnaître une foret de fiiamens entremêlés et qui tous sont verticaux. Les uns gris ou noirâtres sont ou tubuleux et ne vont pas jusqu'à la dernière couche épidermique, les autres de même nature, sont ma- nifestement formés d'une succession de petites tiges écailleuses placées les unes au-dessus des autres comme des cornets ou des oublis. Les fiiamens tubuleux sont les gaines cornées ou épider- miques des papilles nerveuses et les autres appartiennent mani- festement aux tiges papillaires enveloppées de la matière cornée. En tirant sur la couche cornée ou épidermique de la peau de baleine de manière à la séparer du derme, on sort les tiges papillaires nerveuses de lours gaines, comme on tirerait une épée de son fourreau, et l'extrémité libre de ces tiges nerveuses blanches est terminée par une petite olive, tandis que la base (i) Nous reviendrons sur ce sujet dans un autre mémoire, et nous y traiterons spécialcmeut ^ (ig. a, /, , 5, 9, 10, ,.2, i3. rqo MM. G. BRESCHET ET ROUSSIX DE VA.L'ZKME. l'extrémité lenflée en olive, forment des arcades ou anses com- parables à des anastomoses. Les idées deSteller, et de M. de Blainville, ont été reproduites dans ces derniers temps par un habile anatomiste allemand, mais avec des changemens qui semblent leur donner un caractère de nouveauté. M. Rapp, professeur à Tubingen, d'après les ob- servations de John Hunter et d'après ses propres recherches, con- sidère ces tiges blanches, que nous croyons avoir démontré être de nature nerveuse, comme étant de véritables vaisseaux. La description qu'il fait de ces organes ne laisse pas de doute sur leur identité avec les tiges de nos papilles nerveuses et avec la gaîne épidermique propre à ces mêmes tiges. M. Rapp con- sidérant le derme comme charnu, dit que les fibres blanches qui forment la couche musculaire de la peau, s'entrecroisent dans tous les sens, et donnent naissance à xm tissu lâche dont les in- tervalles sont remplis par une graisse fluide. Le réseau de Malpi- ghi n'acquiert dans aucun animal un développement aussi consi- dérable que dans les cétacés. Cette couche épidermique a huit ou dix lignes d'épaisseur dans la baleine du Groenland, et dans les dauphins elle offre une épaisseur d'une ligne. La couleur de cette couche varie suivant les espèces et selon les régions du corps. Dans les baleines elle est ordinairement d'un gris d'ardoise, fon- cée vers le dos, et passant au noir pur lorsqu'on la fait sécher. En disant que les poils manquant à la peau des cétacés , on pouvait admettre, selon M. Rapp, que les prolongemens blancs et fili- formes étaient de vrais poils modifiés, qui n'arrivaient pas jus- qu'à la surface extérieure , et qid restaient confondus avec la coucbe épaisse du feuillet tégumentaire appelé réseau de Mal- pighi. Les recherches de M. Rapp l'ont conduit à considérer ces tiges filiformes comme des canaux excréteurs : Ces pro- longemens papillaires si nombreux, si fortement serrés, cor- respondant à la surface extérieure de la couche muscu- laire , viennent immédiatement de cette surface et n ont ja- mais de racine ni de bulbe. Ils se distinguent par leur mollesse extrême, et l'on ne peut les bien apercevoir qu'après avou' enlevé le tissu de Malpighi et les avoir plongés dans l'eau. Hors de ce li- quide ils s'effacent et ne forment plus qu'un velouté blanchâtre. Recherches sur les appareils tëgumcntaires des animaux. 1 9 r Leur base, c'est-à-dire la partie de leur insertion, est large; leur extrémité libre s'amincit et se termine en pointe, et ils n'atteignent pas la surface externe du tissu de Malpighi. Leur longueur est pro- portionnelle à l'épaisseur de ce tissu. Ainsi sur les baleines, leur plus grande longueur est d'jin demi-pouce. Quand on enlève la couche de Malpighi, tous ces prolongemensrestentfixésà la couche de tissu cellulaire sous-jacente. On remarque alors un grand nom- bre de petits canaux du pertuis qui traversent ce tissu de Mal- pighi, indiquant les places qui étaient remplies par les prolonge- mens qui s'élèvent de la couche dermique. Ce n'est pas seulement dans les cétacés que M.Rapp a fait ses recherches, il les a étendues sur l'hippopotame où les mêmes faits se sont offerts à ses regards. On a pu voir que nous sommes sur ces points parfaitement d'ac- cord avec lui, car nous avons aussi examiné la peau de l'hippopo- tame , de l'éléphant et surtout celle de la trompe de cet animal où les papilles sont très développées ; ainsi sous le sabot des ruminans des solipèdes, des plantigrades, etc., constamment ces organes se sont montrés à nos yeux avec les mêmes caractères que dans les cétacés. M. Rapp prétend que ces prolongemens, considérés chez les cétacés et chez l'hippopotame, ont beaucoup de ressem- blance avec les franges ou flocons qui existent sur la surface nmqueuse duodénale, d'un grand nombre d'oiseaux et de mam- mifères; mais ces prolongemens ou flocons ne sont nullement des poils : et si l'on voulait les considérer comme représentant les corps papillaires, nous dirions que, pour nous, ils sont des orga- nes sécréteurs et qu'ils versent la matière constituant le réseau de Malpighi. Nous différons totalement de M. Rapp (i), car pour lui ces tiges filiformes de la peau sont des organes sécréteurs, tandis que pour nous elles appartiennent à l'appareil des sensa- tions et constituent les papilles nerveuses. (1) Bcilrâge zur Ânatomic iind Physiologie der Wallfische, etc. — Arch. Aiiat. und Phy- •ol. von J. Fr. Meckel, i83o, p. 358. Hyi :[\1M. G. EHESCriET ET HOISSKL DK VAl!7,F.AIF. CHAPITRE III. DE l'appareil DIAPNOGÊNE ET DES CANAUX SUDORIFÈRES OU HIDRO- PHORES. Nous avons suivi dans l'étude de cet appareil le même pro- cédé de préparation que pour les papilles. Les organes consti- tuant l'enveloppe cutanée sont d'une telle exiguïté, qu'on est toujours sûr d'en renfermer plusieurs entiers dans une couche extrêmement mince de peau prise au talon et soumise au foyer d'une forte loupe. Nous avons déjà dit que si la tranche est tant soit peu épaisse, on ne voit rien ou que très confusé- ment. Cet organe d'exhalation occupe l'épaisseur de la peau, depuis l'intérieur du derme, jusqu'à la couche la plus superficielle de l'épiderme où il offre une ouverture. Il est composé d'un parenchyme de sécrétion et d'un canal ex- créteur. Ce parenchyme est situé dans l'épaisseur du derme, et en- vironné de nombreux capillaires qui s'y attachent. Sa forme est celle d'im sac légèrement renflé, d'où part un canal spiioïde qui poursuit son trajet dans le derme, et en sort par l'infundi- bulum ou fissure transversale située entre les papilles; de là il se dirige obliquement dans l'épaisseur de la couche cornée sous forme de tire-bouchon ou de serpentin d'alambic, jusqu'en dehors de l'épiderme où sa terminaison est indiquée par la lé- gère dépression ou espèce de pore qu'on remarque sur le dos des lignes saillantes épidermiques. Ce canal ( i ), vu à travers la couche épidermique, est arrondi ; sa structure ressemble beaucoup à celle du tissu corné dont il est difficile de la distingtier. Sa disposition en spirale fait qu'il dé- bouche au dehors par une ouverture très oblique presque paral- lèle au plan de la peau; cette ouverture se ferme par l'application (i) Pl. xo. lig. 17; fig. 22-S; fig. tS-e. Recherches sur les appareils légumentuires des animaux. in3 des parois supérieures et inférieures du tube, l'une contre l'autre. En examinant sourdre la sueur, on voit que la première goutte- lette est précédée d'un soulèvement de l'épiderme comme le serait une soupape. Sur un morceau de peau macérée ou échaudée convenable- ment, si l'on sépare l'épiderme du derme, on voit, à l'œil nu, ces canaux excréteurs s'allonger indéfiniment comme des fils de toile d'araignée, ce sont les spires qui se déroulent. Ils présentent, vus au microscope, une surface enduite de matière cornée (r), comme imbriquée sur un canal central. On distingue très bien , par ce procédé de séparation, la sortie de ces canaux d'entre les papilles et leur pénétration dans la matière cornée, qui remplit, en manière de coin, l'infundibulum interstitiel des papilles. A leur sortie du derme, les spires sont accompagnées d'un vaisseau inhalant qui entre dans l'infundibulum. Les spires, tubes filiformes (2), pris avec une pince et placés sur un verre humecté, se roulent, s'agglomèrent et forment un noyau muqueux homogène, élastique et tremblotant comme de la gelée. En les remuant sous le verre, il s'en détache une infinité d'écaillés polygonales irrégulières. La sueur formée dans l'organe sécréteur, parvient au dehors en suivant les sinuosités du canal excréteur qui doit exhaler aussi la matière de la transpira- tion insensible. Il est probable que, si on observait l'orifice exté- rieur d'un de ces canaux par un temps froid et lorsque le corps est un peu échauffé, on le verrait fumer comme un tuvau de poêle. Pour découvrir ces canaux sur la peau de la bnleine ou du marsouin, il faut erdever deux ou trois feuillets minces de lu ma- tière stratifiée, afin d'arriver jusqu'au capuchon incliné des pa- pilles nerveuses; on aperçoit autour des papilles et dans l'inter- valle qui les sépare, une infinité de porosités correspondantes aux taches ou valvules de l'épiderme, et qui ont leurs racines dans le derme, ce sont les conduits sudorifères. dette disposition en tire-bouchon ou en vrilles des tubes su- doiiféres chez l'homme, est très remarquable; elle expli^pie (1) PI. 0, ïiK- 'li; pi. 1'», fif;. ifi. (ï) l'i. «o, ri-. ,(i. II, /.«iii.. — Ocivliir, ,3 T()4 Ï^IJ^*- G. BRFSCHET ET ROUSSEL PE VAUZÈME. pourquoi répiderine, cvidemuient ouvert au passage des excré- tions, a toujours paru imperforé. En effet, lorsqu'on enlève un morceau d'épiderme sur le cadavre ou sur le corps vivant, les tubes sudorifères déchirés par violence, du côté du derme, se rétractent, bouchent l'ouverture; la spire s'affaisse sur elle- même, et il est impossible d'apercevoir aucune perforation soit à l'œil nu, soit avec le microscope ou par le secours des expé- riences les plus variées. Si Tépiderme se détache en plusieurs feuillets, chacun d'eux contient un fragment de spire, et les deux ouvertures de ce fragment, couchées presque parallèlement au plan du feuillet, ne se correspondent pas. Les parois s'affaissent l'une contre l'autre, s'agglutinent, et il en résulte, pour le feuillet, la même imper- méabilité apparente que pour l'épiderme en totalité. On peut suivre ces canaux depuis leur sortie vers les pores cutanés dans les sillons transversaux de la peau du talon, jus- qu'à l'infundibulum des papilles, en enlevant successivement avec un scalpel toutes les couches de la matière cornée; on voit que la présence du tube est toujours indiquée par un enfonce- ment oblique, en cul de poule que divise une ligne légère ou fissure produite par la réunion des deux lèvres. Si après avoir incisé la couche cornée en dédolant et avant d'arriver aux papilles, on la presse entre les doigts comme une écorce d'orange, dont on veut faire jadlir l'huile essentielle, on voit suinter des gouttelettes par les fissures dont nous venons de parler, lesquelles correspondent à l'infundibulum des pa- pilles, c'est-à-dire à la direction du canal sudorifère. Une autre expérience qui prouve que ces spirales sont des canaux, est la suivante : si l'on introduit un peu de mercure, par un trou pratiqué dans la matière cornée du talon, suivant un trajet parallèle au plan de la peau, et si l'on fait avec un ra- soir une coupe mince de l'épiderme le plus extérieur en pres- sant le mercure avec le manche d'un scalpel, on voit ce métal | sortir par tous les canaux sudatoires, dont l'ouverture corres-, pond au trajet qu'il parcourt. Mais la preuve la plus irréfraga- ble est celle de la sueur qui sort par les pores de la paume' des mains et de la pulpe des doigts : Les canaux sudorifères Recherches sur les appareils tégument aires des animaux. iq5 étant obliques et en spirale on voit sourdre la sueur, mais elle ne jaillit pas. Cette preuve peut être acquise par tout le monde, car celte expérience est des plus simples et elle se ré- pète sans cesse sur nous-mêmes et sous nos yeux, (i) Nous avons fait des expériences sur un morceau d'épi- derme de baleine, pour découvrir comment les liquides se font jour à travers l'épiderme, etc. Nous avons vu que la sortie du fluide chassé des tubes sudorifères par pression, était tou- joui's nrécédée du soulèvemesit d'une petite valvule épidermi- que. v^>us insistons sur ces faits, parce que les prétendus vais- seaux exhalans, dont tout le monde parle, n'avaient été avant nous ni décrits ni vus par personne, sans en excepter Eichhorn <|ui a principalement disserté sur les orifices extérieurs de ces canaux hidrophores. Les filamens très fins, élastiques et transparens qu'on aper- çoit en soulevant l'épiderme avec précaution, et que Ilunter, Bichat, Chaussier, considèrent comme des vaisseaux exhalans et absorbans, sont, d'après ces physiologistes, des organes très différons. Ils leur ont plutôt soupçonné une fonction, qu'ils n'ont reconnu la véritable nature de ces parties. Dire que ces filamens sont des vaisseaux inhalans ou des vaisseaux I exhalans ne suffit pas. Il faut donc considérer ces opinions I comme une simple présomption, et non comme une démons- I tration, car ces auteurs ne présentent aucun fait, aucune preuve ' en faveur de leur sentiment. D'autres zoonomistes ont pensé ! que ces filamens sont de simples prolongemens de l'épiderme, \ des tractus muqueux, etc. Béclardditqueles voies par lesquelles 1 la stietir traverse l'épiderme, sont tout-à-fait inconnues, etc. Gaultier fait partir les vaisseaux exhalans du sommet des bour- geons sanguins ( ou papilles), et il avoue qu'il ne peut les suivre dans toutes leurs divisions, mais que le rameau principal tra- (i) IMiis tard , nous essaierons de prouver que la nialicre cornée, privée de nerfs, s'accroît par «lie espèce de végétation; mais déjà ne pourrions-nous pas trouver une analogie entre les 1«bf» ipiroïdcs cl les trachées des végétaux qui laissent passer un fluide ascendant. f)n pour- rait croire que cette foinie coiilournée u plus de rappoit avec les Iriichécs des insecles , mais leur» spirales ue sont que des arceaux élastiques, servant de soutien aux rouduils aériens Mmme les anneaux de la traeUce-artcrc des vertébrés. Les trachées des insectes a|)pai'tiennent donc au «yslerne des voies resjiiratoires. i3. 1C)6 MM. G. 15RESCHET IT ROUSSEL DE VAUZÈME. verse l'épiderrae et parvient jusqu'à sa superficie. Pour lui, chaque bourgeon sanguin (ou papille) est un réservoir commun où entre le sang rouge et d'où sortent le sang noir, la lymphe, les fluides exhalés. Il a entrevu les canaux exhalans, qui \\n ont paru droits, à travers une tranche épaisse de matière cornée. Les idées qu'il émet sur les rapports de ces tubes avec les papilles et sur les papilles elles-mêmes, sont évidemment erronées. Eichhorn (i), qui a fait un Mémoire sur ces canaux, les a représentés comme droits et sans contours ; il dit raêm6^/ avoir introduit un crin de cheval : nous présumons qu'il a pris le bulbe d'un poil pour un canal sudorifère, ou qu'il a pratiqué sans beaucoup d'efforts une route artificielle. Eichhorn a bien connu les fonctions sudorifères de ces canaux, mais il n'a suivi ces tubes que jusqu'aux papilles, sans indiquer leurs rapports avec les parties environnantes et sans dire ce qu'ils deviennent ulté- rieurement. Il les croit de plus des organes d'absorption. Cette fonction s'exécuterait donc ici par un mouvement rétrograde ou par opposition à celui d'exhalation. Suivant M. Eichhorn les canaux sudorifères seraient à-la-fois des organes d'exhalation et d'inhalation, sans appartenir au système vasculaire général. Cependant on attribue communément l'exhalation au système capillaire et l'absorption à l'action, soit des veines, soit des vaisseaux lymphatiques. Quant aux sécrétions, proprement dites, quoique dépen- dantes du système vasculaire sanguin, le nouveau fluide ne sort pas tout formé des vaisseaux; il est élaboré par un organe par- ticulier appelé glande, et partout où nous avons observé une sécrétion, nous avons remarqué, entre les vaisseaux capillaires, artériels et veineux, une substance intermédiaire, un paren- chyme aréolaire, spongieux, en un mot, lui organe où se fait une sécrétion, dont le produit e^t éliminé par un canal excré- teur. Ayant acquis la certitude que telle est partout la disposition commune des petits vaisseaux artériels et veineux, lorsqu'il s'o- (i) Henri Eichhorn. Mémoire sur les exhalations qui se font par la peau et sur les voies par lesquelles elles ont lieu. j Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 197 père une sécrétion, nous sommes portés à conclure que les ca- pillaires ne diffèrent des grands vaisseaux auxquels ils appar- tiennent, que par leur petitesse. Ce sont des canaux d'une capacité variable destinés à charrier un liquide. Lorsque les vaisseaux artériels ne communiquent pas avec les vaisseaux veineux directement, il existe un organe intermédiaire dont le tissu est tout particulier et dont la fonction est de sécréter un fluide; mais nulle part nous n'avons vu d'organe être tour- à-tour un instrument d'exhalation ou de sécrétion , et un instrument d'absorption. Sous ce rapport, les opinions d'Eichhorn nous paraissent très erronées, (i) On rencontre de nombreuses difficultés pour observer et bien connaître la disposition de ces canaux sudorifères; il nous a fallu une longue étude et des essais très multipliés avant de pouvoir découvrir ces canaux et de les bien connaître. Aussi croyons-nous être les premiers à donner une description avec des dessins faits d'après nature de ces tubes hidrophores, car jusqu'à nous leur histoire n'avait pas réellement été faite. Nous avons étudié h structure de la peau sans avoir aucune idée préconçue, et nous nous sommes bornés à dire ce que nos sens nous ont appris. Pendant nos recherches, ces paroles de J.-J. Rousseau revenaient sans cesse à notre pensée (2) : « Je sais « que la vérité est dans les choses, et non dans mon esprit qui les « juge, et que moins je mets du mien dans les jugemens que j'en « porte, plus je suis sûr d'approcher de la vérité ». Nous nous sommes constamment fait un devoir d'indiquer les procédés que nous avons suivis, afin qu'on pût répéter nos observations. Si, avec tous ces soins et cette attention soute- nue, nous nous sommes tromjiés, on devra nous plaindre et non nous accuser; mais si les petites passions et l'esprit de déni- grement contiinient à nous poursuivre et à attaquer notre tra- vail s,'ins avoir cherché à vérifier les faits, nous ne répondrons que par le silence. i. (l) Mémoire sur les exhalations qui s<: funl jiar la pcaii 1 1 sur Us voies par Lsquclhs dits »nt lieu. Arch. de Meckel. (ï) Hniil.-. 198 MSI. G. BRESCHET ET ROUSSRL DE VAnZEBIE. Dès /717 LeeuAvenhoek (i) annonça avoir reconnu, à l'aide du microscope, les pores de la peau, mais le nombre qu'il en admettait semble prouver qu'il voyait toute autre chose que les orifices extérieurs des canaux hidrophores. En effet, l'ima- gination la plus complaisante ne peut guère supposer qu'il y ait 14.400 ouvertures sur une ligne carrée de tissu cutané. Nous pensons donc, avec Blumeubach et Eichhorn, que Leeuwen- hoek a commis une erreur. Raaw avait aperçu des filamens qui allaient de l'épiderme au corps muqueux et qu'il est facile de voir lorsque, sur un morceau de peau qui commence à se pu- tréfier, on détache l'épiderme avec précaution. W, Ilunter a décrit et figuré ces filamens déliés, transparens, élastiques , in- colores, et il les considérait comme les canaux de la sueur. Chaussier et Bichat les regardent comme des vaisseaux exha- lans et absorbans. Monro, apercevant sous l'épiderme des fila- mens disposés en spirales, les crut de nature nerveuse, et Fontana parle aussi de vaisseaux contournés, sans en indiquer le caractère. M. de Humboldt refuse à ces filamens la qualité vasculaire et croit qu'ils dépendent des simples pHs de la peau. Gaultier fait sortir les vaisseaux exhalans du sommet des bourgeons sanguins qui de là s'ouvrent au-dehors en traversant l'épiderme. Il avait bien observé le siège de ces orifices, dans les petites excavations qui existent sur le dos des sillons où il avait remarqué des gouttelettes d'un fluide limpide. Il compte de quatre à six de ces petites excavations par ligne , ce qui est bien loin du nombre assigné par Leeuwenhoek, et chacun de ces orifices correspond à un bourgeon sanguin. Ce sont les papilles nerveuses que Gaultier appelle bourgeons sanguins. Nous avons démontré leur nature nerveuse, et c'est par une erreur d'op- tique qu'on fait sortir les vaisseaux exhalans du sommet de ces boui'geons. (2) G. Prochaska admet plusieurs ordres de vaisseaux dans la struc- ture de la peau; à la troisième catégorie, il rapporte ceux qui se dirigent vers les papilles et dont les uns se terminent en cul-de-sac et les autres reviennent au réseau et se joignent à (i) Epistol ; pliys. siipor compUir. natiira; arcan. Episl : xliii. p. 4i2-4i3. 1719. (2) Heclterc/ies a'iaCoriiiijites sur le sys/ùme cula/ic i/c l'homme, e[c. Paris, 181 1 , p. ao. i Recherches sur les appareils tè-j^amenlaires des animaux. 199 lui : ces vaisseaux nous semblent se rapporter aux exhalans que nous avons décrits. Un autre ordre de vaisseaux paraît être les canaux sudorifères : les paroles de notre auteur semblent l'indiquer assez clairement : « In vola nianus, planta pedis et apicibus digitorum illud rete densius est , ex quo pari ratione vascula tenuissima papillas cu- taneas petunt. Papillœ hœ conicœ in lineas spirales dispositœ sunt , ut ita in quavis linea duplex séries papillaruni habeatur , interquas exigui hiatus aut interstitia observantur , parvis osculis in epidermide visibilibus respondentes ^ quibus , cum manus sudat., sudoris guttas insidere observamus. » Prochaska fait très judicieusement observer que ce ne peut pas être la terminaison des artères : Finium arteriarwn oscula, quœ inateriam transpirationis exhalare dicuntur , inj'ectiones non comprobant , quia omnia vasa absque ulla interruptione retia sua texunt^ et si quœ inpapillis fine cœco tenninantur , illa materies colorata non pénétrasse videtur. (i) Suivant M. Mojon (2), la surface externe de l'épiderme offre une multitude de pores qui s'ouvrent obliquement entre les écailles et entre les fibres. Ces pores sont de deux sortes ; les uns servent à la transpiration et les autres à l'absorption, il découle des premiers, chez les enfans à la mamelle, une hu- meur propre à empêcher le dessèchement de l'épiderme. Chez les animaux qui vivent dans l'eau , comme les poissons et les cétacés, cette humeur est un gluten huileux. M. Mojon confond ici des choses très différentes : 1" nous pensons que les in- halans n'ont pas d'orifices sur les surfaces extérieures ou inté- rieures ; 2° que le gluten dont il parle provient de la matière cornée et le suc huileux des cryptes folliculeux, bien distincts des pores sudorifères. Mais les observations d'Albinus , de Mec- kel, de Cruikshank, et celles de M. de Ilumboldt (3), faites avec un microscope qui grossissait 3 12,400 fois les objets, n'ont pu (i) Disquisitio anatoinico-physiologica urganismi corpor. humani etc. r'iciinœ i8ij, p. (a) OiSLTva/.ioni iiotninico-lhiolu^iclie suirc|>iclt>luriia delIV'pidcrniiclL- presciila |iui' iillinio uiiu iiiliiiità di pori, cIk; si api'oiio ' ohliipiaini'iili; Ira le sue sipianic e fra le suc fil)re, ccc. • (Ij Veiiurlie iielicr die Gerciïle Muskcl uiid iiei veofascr, 1. 1" p. i55 ■J.OO MM. G. BRKSCUKT JtT UOUSSKL DU VALIZliME. faire découvrir les pores de la j3eaii. Seiler (i)et Béclard (2)n'ont pas été plus heureux. Le premier, en enlevant l'épiderme avec un rasoir, sur un animal en sueur, et le second, en chargeant un lambeau d'épiderme d'une colonne de mercure du poids d'environ une atmosphère. Béclard ne confondait pas ces ])ertuis pour la sueur et la transpiration , avec ceux des folli- cules; il dit très clairement qu'on voit, à la siu-face libre de la peau, des ouvertures petites, arrondies , très irrégulièrement distribuées, abondantes, à la face surtout : ce sont les orifices des follicules sébacés, et d'autres ouvertures, plus petites en- core, microscopiques, ou des porosités apparentes de l'épi- derme, mais qui sont des enfoncemens infundibuliformes ter- minés en cul-de-sac. (3) Enfin, il est des anatoraistes qui, n'admettant pas l'existence de canaux sudorifères , ni d'orifices de ces conduits à la sur- face de la peau, prétendent qu'ils ne sont pas nécessaires. C'est l'opinion de Blumenbach (4),J. F. Meckel(5),Rudolphi (6), Heusinger (7), etc. — Hildebrandt (8) croit à l'existence des pores d'après l'exhalation elle-même, et nous ne voyons rien ue bien fondé dans les reproches que lui adresse Eichhorn (9). Schroëter, graveur à Leipsick, a donné une figure assez exacte de la disposition des oritices cutanés des canaux hi- diophores, mais le texte de son mémoire ne répond pas aux figures. (10) Le célèbre zootomiste Délie Chiaje n'admet pas d'ouvertures (i) Anat. physiol. Realwôrterbuch, etc. (2) Élémens d'Anal, génér. de l'homme, p. 283, Paris, iSaS. (3) Loc. cit., p. 268, §. 292. (4) Instit. physiol. (5) Manuel d' Anat. génér. descript. et pathol. , traduit par A. S. L. Jourdan et G. Bres- cliet, t., Paris, 1825. (C) Abbandluugen der Kœiiigl. Akad. , Zu Berlin. i8t4; 1817 etc. {!) System dcr Histologie^ t. i. (8) Loc. cit. (9) Loc. cit. (10) Las meiischliche Gefiihl oder Orgaii di's Gelasles, iiaili don Abbiiaiiiigoii iiulircui , lîcruehmlcn .\nalonicD dargeslelll. Leipsick, :8i.f, iii-fol. ^ Recherches sur les appareils tégumenlaires des animaux. 201 à l'épiderme (i) (^Ed è in realtà la stessa epiderinide non pertu- GIA.TA, etc.), qui est formé, selon lui, par l'agglomération des globules de sang privés de fibrine et desséchés. Il faut arriver à ces derniers temps pour trouver quelque re- cherche satisfaisante sur les perforations de l'épiderme et sur les canaux sudorifères. Le mémoire d'Eichhorn (2) sur ce sujet est d'un haut intérêt, qiioique ce physiologiste ait commis plu- sieurs erreurs et qu'il n'ait pas reconnu la véritable disposition de ces canaux sudorifères, qui présentent des spirales. Il les croit coniques, à ouverture infundibuliforme, et d'un diamètre assez large pour recevoir un crin, (i) (i) Osservazioni sulla struUura deirepidermide umana. Memoria de Stefano Délie Chiaje , |). 16, Napoli, 1827. Voyez le quatrième volume des actes académiques de l'Institut d'eiicourayement des Sciences naturelles, où ce mémoire est inséré. (2) Des exhalations qui se fout par la peau, et des voies jiar lesquelles s'opèrent ces exhala- lions. Voy. les Arch. de Meckel. (3) Tel était pour nous l'état de la science, lorsque nous ayons entrepris, il y a quatre ans, de nouvelles recherches sur la structure de la peau. Avant de communiquer les résultats de nos propres travaux à l'Académie des sciences, dans le mois de janvier de cette année 1834, nous avions, au fur et à mesure que nous rencontrions des dispositions inconnues, fait part de ces découvertes à la société philomatique, nous les avions montrées ou nous en avions parlé à beaucoup d'analomistes et de physiologistes français ou étrangers, à MM. Tiedemann, Jacobson, Lauth, Reizius, et à plusieurs membres de l'Académie des sciences. C'est sans doute à ces communications , qui se sont propagées , qu'il faut attribuer les travaux récens de plu- sieurs anatombtcs allemands. M. Retzius nous écrivait dernièrement que , pendant son dernier Toyage en Allemagne en 1833", il avait fait counaîlrc quelques-uns des principaux résultats de nos * Nous plaçons ici la déclaration faite en Allemagne par M. le professeur Retzius relative- ment aux canaux sudorifères. ORIGINAL. TRADUCTION. 3ufo(9c bcr m\Si rocl^c ic^ Oori9fêSat)t ^ la suite d'un vovage que je fis Pan dernier bur(^ mef)rfre curopâifc^c Canbcr mad)tc , unb j„„ plusieurs contrées de l'Europe , et pen- ûuf bec i J unt. r anborn Drtcn ^arié unb S8reê= j^^^ , .^, . ^i^;,^-, ^^,^^ ^^^...^ .i,,,^ p,,;, ^, JaubeMtc,tro.d;3m3Cbci-UuUrfucf)un3cn ,,,3,,,, „;, j, f„, .^^^i,. d'expériences .eu- n»eld)e m biofcn bcibcn Ditni ubcr bu- Drgani; , „ ■ ■ , , ,... ^ r ^ rL „^ c , 'tes sur lorganisatiou du la peau, on m cn- fation bcr ^aut angcfttUt roorbfn , acro cfi-n , , , " . , btn id, ûufdfforbcrt ,t,orbcp, .nid, ûbn- bcê ''^ "" '•""'"^'' '""" "^'^ ''"' '" 'T""' '■"• S?erbalt.n , in brm biffe «.rfudje m6,3li*fr '"'"'''^P" ''''"''"' «""■" '"'-•* '•«<=''«'<•''«• '^"'^ «Bdfe fl.tcn fonntfn , ju aufiiTii. »?a6 id) in "^^ '•"" J*"" ''='""■' '"'' '"'"^ J'' l"""''' ^ "' '"^'''- " ''"' biffa 3ad,e imi(j unb qlaubc ift folgtnbfS. "■•"" '"<"' ••^'i"'"'''' l'i'iis, «l^nis les M.o..sde mai, ïi'nb mdnfé î(ufcntl;altc jii *Pdviô in biii i"'" '' J"'"^"' - '""" ''""«'•"'j''-" "'"' "■' «-""«B"'' 202 MM. G. LRLSCHET ET ROUSSKL DE VAUZE3IE. iovestigations, et qu'il avait appris que des savans s'occupaient du même genre de recherches, et qu'ils avaient obtenu des résultats analogues à quelques-uns des nôtres. Dans une des notices de M. Froriep arrivée, depuis peu à Paris (mai 1 8 34), on voit, pour le n° de décembre x 833, l'in- dication des travaux de M. Weodt ; c'est aussi dans le mois de décembre que nous nous sommes inscrits à l'Académie des Sciences pour lire notre travail et présenter nos dessins. Nous avons fait SWonatcn gjîai, Suni unb 3u'i crjoi)Itc mit mcin l}oc[)gfct)rtcr gicunb unb (SoUi-gc SSrc: fd)t't, baf il' mit Untcrfudjungin ûber bic Jç)aut befd)àftigt wari-, unb ba^cr cigncGanalc fur bin (Sc^ivfig in bcrfclbcn gcfunbcn. (Snbe 3uli jcigte er mir bic geic^nungi'n ju cinem ■^luffa|e l}ierûbi'r, auf rccl(^cn id) bic fpiraU formigcn (Sanatc , wdd^e imà) bcn gorpuê a)îa(pigt)ii, in bie (gpibcrmiê gct)cn , fal). ^lê là) \\aà)i)iv im 93Jonat Scptcmber nai) Sicé= lau fam , faf) id) bicfclbcn SSilbuiigcn in cincc îûrjlic^ krf($icnciicn Siffcrtation »om >|)errn ®r. li. SOScnbt , fo iric a\xà) in 9îatura barge» ficllt Don bcm baftgcn (Sntbccfcr bcrfcibcn, bcm ^rofcITof Ç)urEingc , in ciner 3ufammcnfunft bcr anatomicoîsoologifd^cn ©cjfion , iral'rcnb bcr SSccfammIung bfutf(^cc ïïrjtc unb Sîaturs fovfc^er im oorigcn ^crbft. ^ad) bcn Sd)lûî; fcn »rcld)c i^ tt)â(ê aiiê bcr Unglcid)t)cit bcr BarjîcIIungérocifc , tt)ci[ê auê bcr Ungtci(^t)cit bcr 3cii^nungcn , tt)ci(ê auê anbcrn ©rûnbcn mac^cn îonntc , [tnb bicfc Untcrnct)mungcn ganj unabf)angig oon einanber oorgcnommcn reorbcn, o{)ne baÇ bic fic^mitbenfclben bcfd)ûf; tigcnbm Staturforfdjcr oon einanber gcn^u^t t)dttcn. (Soivofjt SSrcfc^ct aie ^urîingc iraren [cit langer 3eit unb auf unglcid)cn SBegcn mit Untcrfuc^ungen itbcr bie Jgant bcfc^dftigt gcrocs fcn. ^uiEinge batte nac^ aller 2Baî)rfi^einlic^= îiitbicfcn®cgenftanbjurnaf)ernUntcrfud)ung jufofge bcr unbcutlidjcn 2tngaben roelc[)c man oort)er ûbir bic fogcnanntcn elajîifdjcn ©piraU fabcn in bcr <|>aut f)attc , mit >f)ûlfc d)cmifd)cr SJJittcl oorgcnommcn; SSrcfdiet fdjien ju fti; ncn ©ntbcdungcn jufolgc ciner Untcrfudjung bcr bicfcn .Ç)ornbcbccEung bcim 2BalIfifd)c ges tcmmcn jufcijn- 3f)rc ^trbcitcn unbSBerbicnjle (lct)cn mcineê Srad^tcnê in Ecincr SScrbinbung mit einanber, uab nad} mciner Ubcrjcugung ilt bic gntbccfBug bcr SpiralgcfaÇc cou ihncn beiben , obnc bap ciner oon bcm anfccrn gen5U§t ijàtte, gemadjt roorben, ebcn fo mie bic Ci)mpt)î gcfape eon Sîiibbect iu «Sdjmcbcn , oon (Sàfal; pinitê in italien unb S3artl;olin in Sopcnl)agcn Breschet me montra qu'il s'occupait de re- cherches sur la peau, et qu'il avait découvert des canaux particuliers pour la sueur. Vers la fin de juillet, il me présenta les dessins d'un mé- moire sur ce sujet, et j'y vis les canaux en spirale traversant le corpus Malpiglùi et l'épiderme. Lorsque, ensuite au mois de septembre, je vins àBreslau, je trouvai des parties analogues repré- sentées dans une dissertation tout uouvellemeut publiée par M. le docteur A. Wendt, et je vis ces parties en nature, présentées par l'inventeur, le professeur Purkinje, à la section anatomico- zoologique, lors de la réunion des naturalistes et médecins allemands, qui eut lieu l'aulomue dernier. D'après les conclusions que je puis ti- rer, soit de la différence dans la manière d'ex- poser le sujet, soit de la dissimilitude des figures, soit eufin d'après d'autres raisons , ces recher- ches ont été entreprises indépendamment les unes des autres, sans qu'aucun des naturalistes qui s'y sont livrés aient eu le moindre rap- port entre eux. MM. Breschet et Purkinje s'occupaient depuis long - temps, et par des voies entièrement différentes , d'expérien- ces sur la peau. M. Purkinje, déterminé par l'incertitude qui régnait sur ce qu'on appelait les spires élastiques de la peau, a abordé l'examen approfondi de ce sujet par des moyens chimiques ; M. Breschet paraît avoir été conduit à sa découverte par l'analyse de l'é- paisse enveloppe cornée de la baleine. Leurs travaux et leur mérite n'ont , d'après moi, au- cune relation, et ma conviction est que la dé- couverte des vaisseaux spiriformes a été faite par tous les deux , sans que l'un connût les tra- vaux de l'autre ; de même que les vaisseau.x lymphatiques furent découverts simultané- ment par Riidbeck en Suède, par Ciesalpinus en Italie, par Bartholin à Copenhague, sans j qu'ils aient communiqué entre eux; mais parce' que le sujet appartenait aux problèmes de leur époque. Je puis d'autant mieux déclarer ici Recherches sur les appareils tégumenlaires des animaux. 2o3 cette lecluredunslemois de janvier *. Ce jeune niédi-cin, dont les recherches sont postérieures aux nôtres, a travaillé sous la direction de M. Purkinje; l'épiderme seul paraît a voir occupé cesauato- mistes **; et quoique nous ayons découvert les uns et les autres les canaux en spirale , nous seuls avons assigné l'origine de ces canaux et reconnu le corps glanduleux qui sécrète la sueur. L'on verra d'ailleurs qu'il y a plusd'uue différence dans les résultats de nos études. MM. Alph.Wendl et Purkinje signalent des filameos disposés en spire dans l'épaisseur de cette couche cornée(mais ils sembleraienl avoir legardé d'abord ces spires comme solides et ne formant nullement des vais- seaux **'. Monro, comme nous l'avons dit, avait aussiaperçu sous le premier feuillet de l'épiderme des filameos di,<:posésea spirales; il leur attribuait une nature nerveuse. Fontaua fait mention de canaux contournés sans s'arrèler à délerminer leur caractère, et M. de Humbodt, loin de les considérer comme des vaisseaux ou des nerfs, croit qu'ils résultent des plis de la peau. M. Wendt et Purkinje n'auraient doue rien ajouté à ce qu'on savait déjà. S'ils ont d'abord regardé ces filets autrement que nous l'avions dit , cela tient à leur manière différente de procéder. Jamais nous n'avons soumis la peau à la coction poui' pouvoir convenablement découvrir et observer les tubes en spires , taudis que ces analomisics versent de l'eau bouillante sur la peau, avant de l'examiner au microscope. Cette espèce de coction doit oblitérer le conduit central de ces fiUts en spires : voilà ce qui explique la différence des résultais. Cependant M. Wendt dit dans un autre passage et daus les couclusious de son opuscule, que ces fiiamens ont un canal à leur centre ***'. Tout eu finissant par croire à l'existence d'un canal dans Cis, filets, M. Wendt est porté à les comparer, pour leurs fonctions, aux follicules sébacés de la peau, et il dit qu'ils sécrètent la sueur comme les follicules sébacés séparent la matière grasse du tissu cutané *****. M. Wendt considère ces filets creusés d'une cavité comme étant les organes glanduleux les ïntbec!t worben, of)ne \>!k% fie I50n dnanbec cette conviction que je l'ai énoncée déjà à Bres- ifuOtfn , ba bec ©egenjlanb ju bcn ^toblemen lau , le 22 septembre i833 , dans la session itjriT 3f it 9et)6rte. Siefc SKcinung f ann id^ um anatomico-zoologique donl j'ai parlé, fo Diel etjec t)icr ûugern , "iin. \i) fie f(^on in ber Stockholm , !«■• juin i834, 3ufammenEunft ju S3rcf lau in bcr errt>àt)nten anatomico;joologifd)en ©cffion btê 22, (Sep- ^- RETZIUS, tembcrë i833.niitti)cilte. professeur u'akatomie. ©tocE^olm, ben i.Sunt i834. 2Cnbr. Sictjiuê, ?)rofc(]or bec ÎCnatomie. * Analyse d'un premier rocmoire sur la structure et les fonctions de la peau , etc. , lue à l'A- cadémie des Sciences le 27 janvier i834, etc., par G. Breschet et Roussel de Vauzème. (Voyez la Cazclte mcW/ca/e , mois de février 18 34.) ** De Epideriiiidc humaiid. *** Filorumsiruclura, seclionedescripla, explorata ,siniplex, granulosa vel polyposa nobis visa .C(l; tamen a uiucu malpigbiano minori pcllucidilate difl'ert. Duabusstriis nigris a latcre termi- uacitur, iiilerquas massa pellucidior apparci ; non autcm canalcm qucnulum iilorum certè de- munslrant quuiu l'idem in crinibus non caiiali, sed luci diverse fracla; orlum debere videantur, page 35. **'* Tamen filaomniuo cava esse. — Fila elastica, oculisarmatis conspecta, canali uniniuu si- millima viJenlur; lumen, num luci diverse fracla;,an interna; caviluli ortum dcbcat liirc forma, non facile distingiii polest. Kichliornius cunulcm se dilfidisse ruulcndit, (piod idem vero oxpe- riniciiluni nos ipsi rcpetcre frustra sluduimus, quum liluui semper dilaceraretur, ila lit , ((iio- mtclo Kii'liliornius sr-cliiiiiem |)crlrccril, omiiiui) uesciamus, p. 28. Sicul lollicidi, qui stbuni, ila lilu,f|ua! sudurem secernuul , pro glanduiis siniplicibus lialH-nda ^^M•nl , nisi lui lasse exisleret qiia;Jam csscntialis dillercnlia iiiler follii iilos scbaccos cl lila tudurifera, ^ '|0, p. 28. 2o4 MAI. G. BRESCHET ET ROUSSEL DE VAUZÈME. CHAPITRE IV. Appareil d'inhalation considéré dans les organes tégu- mentaires. Pour étudier convenablement cet appareil, il faut enlever une couche mince de l'épiderme, le plus extérieur (i), le choisir mou, blanc, comme friable; mettre cette couche sur un mor- ceau de verre avec quelque gouttes d'eau, et, après s'être bien assuré qu'il n'y a aucun corps étranger et qu'on agit sur l'épi- derme pur, en opérer la dilacération avec des instrumens à pointes courbes. Les conduits inhalans paraissent alors situés sous la couche la plus superficielle de l'épiderme sous la forme de radicules isolées, répandus dans le tissu corné, et, après s'être anastomosés entre eux plusieurs fois, pénètrent dans le derme par l'infundi- bulum des papilles, près des canaux sudorifères. Tous ces troncs vasculaires, symétriquement disposés dans les fissures interstitiel- les, qu'ils traversent, communiquent dans le derme, au-des- sous des papilles, avec des canaux formant un plexus commun, couché à angle droit des sillons. Nous déclarons que, malgré plus simples; par cette idée, ou plutôt par cette présomption, il se rapproche de l'opinion que nous avons émise sur l'origine de la sueur ; mais il ne paraît pas avoir connu le renflement ou corps glanduleux auquel aboutit cliaque canal , et qui est pour nous la glande sudoripare. Ces savaus se taisent sur tous les autres points de la composition de la peau qui ont fait l'objet de nos études. Dans un voyage (|ue nous avons fait tout récemment en Allemagne, nous avons eu l'avantage d'exposer, à Stuttgart ( septembre i834 ), devant le congrès des médecins et des naturalistes, et particulièrement devant un grand nombre des principaux anatomistes de l'Europe, tels que MM. Tledernann, Otio, Froriep , Strauss, Rapp, Arnold, Lauth , Lobstein , Duvernoy, Leuckart, Erlimann, etc., etc., les résultats de nos recherches sur la structure de la peau, et personne n'a contesté l'antériurité de nos travaux et de nos découvertes. (i) Nous considérons ici comme épiderme toute l'épaisseur de la couche cornée qui est si- tuée au-dessus du derme et qui est traversée par plusieurs organes. Le feuillet le plus extérieur de cette substance coiuée constitue la cuticule ou l'épiderme proj)rcinent dit de beaucoup d'au- teurs. I Recherches sur les appnreils tégumentaires des animaux. aoS tous nos efforts, nous n'avons pu voir qu'un petit nombre de fois cet aboutissant des inhalans de l'épiderme; quoique nous ayons la certitude de l'avoir bien vu, et assez distinctement pour le dessiner, nous devons nous borner à indiquer notre ob- servation , sauf erreur. Ces vaisseaux, d'une ténuité extrême, ramifiés en formant des anses dans une substance dure, élastique, résistante, se brisent avec ime grande facilité, et l'on n'en trouve guère que des frag- mens épars. Vus au microscope, la couleur en est blanche et argentine (i); à travers les parois de ces petits tubes, on aperçoit souvent des espèces de diaphragmes , qui prouvent, sinon une identité parfaite , du moins une analogie de structure avec les vaisseaux lymphatiques ou les veines ; quelquefois ils sont noueux, d'antres fois lisses et unis, mais en général peu élasti- ques. On peut apercevoir avec une loupe très faible, et même à l'œil nu, ces vaisseaux, en grattant la surface de l'épiderme; ils sont parfois fort longs et secs , et ressemblent à de petits poils très fins. Pour apercevoir l'entrée de ces vaisseaux dans le derme, il faut soulever légèrement l'épiderme, comme pour étudier les canaux sudorifères; alors, avec le secours de la loupe, on voit que tous les canaux hidrophores sont accompagnés d'un vais- seau inhalant, et ces parties sont unies d'une manière intime près du derme. Le vaisseau inhalant s'en sépare bientôt, de sorte que le canal sudorifère entre dans la matière cornée par la cloison iuler-j)apillaire, tandis que le vaisseau inhalant diverge du côté de la cloison épidermique, plus en relief, laquelle correspond aux sillons du derme. Eu examinant au microscope cesdeux organes, on en voit aussi- tôt la différence : le canal sudorifère est plus gros, et couvert de petites lames imbriquées, mou, pelotonné, serpentant , élastique; le vaisseau inhalant est lisse, argentin, di-oit ou légèrement courbe, traversé [)ar un canal central visible qu'interrompent imparfaite- ment de petites cloisons. Si l'on sépare avec tiop de violence du derme la couche épidermique, les vaisseaux inhalans se brisent (i) Figure i9;ri(;. ao; lig. n. :L DE VADZEME. et il ne reste plus que les canaux sudorifères qui peuvent s'allonger considérablement. Ce qui peut encore servir à distinguer ces deux ordres de conduits, si différens d'ailleurs, c'est que les tubes inhalans, diaphanes, ont des ramifications anastomotiques, par- fois comme plexiformes; les canaux sudorifères n'en présentent jamais. Une expérience qui semblerait indiquer que ces canaux inha- lans ont une communication directe avec le système capillaire sanguin artériel ou veineux, et qu'ils ne correspondent pas aux vaisseaux lymphatiques est la suivante : Si l'on fait une injection fine dans l'artère principale d'un mem- bre, cette injection s'arrête au derme, comme cela nous est tou- jours arrivé ; alors si l'on coupe la peau en dédolan t, et sil'on presse avec un scalpel, de dedans en dehors la partie injectée, on voit les canaux inhalans du tissu corné se colorer en se ramifiant et s'anastomosant entre eux jusque sous la couche la plus superfi- cielle de l'épiderme. Les canaux sudorifères et les inhalans ne peuvent se disséquer dans toute leur étendue, à cause de la ré- sistance du tissu corné; mais les uns se voient en fragmens sous la loupe, les autres en totalité par le moyen des injections. Nous avons retrouvé ces vaisseaux inhalans avec leurs ca- ractères distinctifs dans la peau du nègre et dans celle de l'élé- phant. Nous avons constaté leur présence dans la peau de la ba- leine, du marsouin, des orvets, des tortues, de plusieurs poissons; ils existent même dans les tuyaux et les barbes des plumes, dans les piquans du hérisson, véritable épidémie transformé. Quelles que soient les couleurs du tissu corné, les canaux ab- sorbans, les nerfs et les canaux sudorifères sont toujours blancs. Nous avons constamment rencontré ces canaux inhalans dans le tissu corné de toutes les peaux que nous avons observées, tissu dans lequel, jusqu'à ces derniers temps, la présence de vaisseaux quelconques avait été niée. Mais la nature de ces ca- naux pourra être contestée. Si ce ne sont pas des canaux absor- bans, que sont-ils? nous ne pensons pas qu'une différence de struc- ture avec les vaisseaux lymphatiques du centre soit une raison de refuser à ces conduits du tissu corné la faculté absorbante. Tout ce qui est en dehors du derme présente un aspect particulier : les Recherches sur les appareils tégnmentaires des animaux. 207 nerfs, par la manière dont ils se terminent, les canaux sudori- fères en spirale n'ont pas d'analogues dans les autres tissus animaux. La solidité apparente des vaisseaux absorbans, leurs contours, leur union entre eux et leurs ramifications semblent appropriés au tissu qu'ils doivent parcourir. Des lymphatiques mous et tremblotans auraient été en désaccord avec la matière cornée, dont la nature est éminemment dilatable et compressi- ble. Cependant, ces caractères appartiennent bien plutôt à ces ca- naux considérés dans leur état de vacuité, que lorsqu'ils sont distendus par une injection. Alors ils ressemblent à des vais- seaux lymphatiques ou à des capillaires veineux. Jusqu'à présent, nous savons comment s'opère le tact ; les nerfs sont connus. Nous savons que, dans le derme, le système vasculaire sanguin proprement dit ne va pas au-delà des organes sécré- teurs et papillaires, et que la matière de la transpiration est sé- crétée et exportée par l'appareil diapnogène. Noos verrons bientôt comment se sépare la matière cornée. En procédant ainsi par voie d'exclusion, nous arrivons à conclure que les ca- naux qui rampent dans le tissu corné ne peuvent être que des inbalans ; d'abord parce que leurs anses radicales prolongées jus- que sous la couche la plus superficielle de répiderme,et leur tex- ture, les assimilent aux lymphatiques, ensuite parce que l'absorp- tion étant une des propriétés manifestes de la peau, nous n'y trouvons pas d'autre organe qui puisse remplir cette fonc- tion, (i) N'ayant pu voir le commencement précis des radicules lym- phatiques dans la peau, nous pensons que l'absorption a lieu par l'imbibition préalable du tissu corné. Si nous avons pu sui- vre les canaux hidrophores jusqu'au dehors, et découvrir leurs orifices à l'extérieur, il n'en a pas été de même pour les canaux dont nous parlons. Ces conduits, étudiés par nous avec le plus grand soin et l'attention la plus soutenue, se continuaient d'une (1) L'existence de ces tanaux absorbans est rccoonue aussi par les analomistis félèbics JonI le nom fait depuis lony-tcmps aiilorité. Nous avons icrii du profossciir Ti(Hli'niai.>n ui\ momau de tissu «ulaué pris sur un cadavre bumaiii. On voii sur celle portion de peau, au-de.'^sous de la cuticule, un lacis de vaisseaux très déliés, et que M. Tiedemann nous a assuré être des vaisseaux lymphatiques; nous parlerons ailleurs de relte préparation. 208 MM. G. DRESCIIET l'T IlOUSSEL DE VAUZÈME. part avec un jDlexus inextricable de canaux semblables à eux, et parfois ils ne paraissaient être qu'une anse plus saillante que les autres flexuosités de ces conduits plexiformes; mais quant à leur terminaison à la surface extérieure de la peau, jamais nous n'avons pu les conduire jusque-là, et sur ceux dont nous aper- cevions l'extrémité dans l'épaisseur de la substance cornée con- stituant le corps muqueux, nous n'avons jamais pu nous assu- rer s'ils se terminaient par une ouverture ou s'ils étaient imper- forés et en cul-de-sac. Leur disposition très fréquente en arcades anastomatiques semble démontrer qu'ils ne finissent pas en présentant une bouche-béante. La terminaison des vaisseaux absorbans dans l'intestin où ils pompent le chyle, n'a pas été mieux vue que celle des vaisseaux inbalans de la peau. Il y a certainement identité dans le mode de terminaison et de fonction des vaisseaux des deux tégu- mens. Si l'on consulte les auteurs, on tombe dans un chaos de con- jectures et d'hypothèses, et l'on reconnaît que toutes nos notions sur les voies de l'inhalation sont aussi obscures que celles que nous avions sur l'exhalation cutanée. On suppose en gé- néral que l'absorption se fait à la surface du derme, et qu'elle se continue dans les réseaux capillaires, veineux et lymphatiques, soit avec les vaisseaux lymphatiques seuls, soit avec les veines dont ils seraient ainsi l'origine. Haase (i) a observé que quand on a injecté un vaisseau lymphatique de la peau, si on re- pousse le mercure vers la racine du vaisseau, on le fait sourdre à la surface libre. Les canaux que nous avons observés dans l'é- piderme sont -ils les capillaires séreux que Bichat admettait au-delà des capillaires sanguins? mais ils ne nous ont pas paru provenir manifestement de ces vaisseaux. Nous avons long-temps cherché la terminaison des cfl/zrt//.r in- halans pour pouvoir en connaître tous les caractères, et pour acquérir la certitude que nous ne les confondions pas avec les canaux sudorifères; mais nos investigations, variées sous (i De vasis cutis et iiitcslinonim absorbentibus. Plcxibtis lympbat belvis luim. aiinot. anotom. ; Lips. 1786. -chap. 2. p. 4. Recherches sur les appareils iégumentaires des animaux. 209 toutes les formes, n'ont jamais pu nous amener à la découverte de prétendues bouches terminales de ces canaux absorbans, comme nous étions parvenus à voir les orifices extérieurs des conduits sudorifères. Nous avons donc été forcément amenés à douter que les canaux inhalans eussent des ouvertures à l'extérieur, des suçoirs ou orifices béans au-dehors, comme en présentent les conduits lacrymaux. Cette circonstance dans la disposition de ces canaux paraît d'abord peu importante, et ce- pendauteile se rattaché à la doctrine de toutes les absorptions. En réfléchissant à ce que nous disent les physiologistes sur le mécanisme de l'absorption , nous voyons qu'en faisant résulter cette fonction d'une action de prendre ou de pomper les molé- cules des corps par des orifices ouverts, ils ne sont jamais partis de notions anatomiques exactes et rigoureuses. Aselli, le pre- mier, vit les vaisseaux lymphatiques des intestins, et pensa qu'ils y pompaient le chyle par une succion comparable à celle des sangsues (i). Bartholin (2) et Olaûs Rudbeck (3), qui découvri- rent les absorbans des autres parties du corps, partagèrent l'o- pinion d' Aselli sur le mode d'action de ces vaisseaux. Malpi- ghi (4) pensait que les vaisseaux inhalans avaient pour orifices les follicules intestinaux. J. G. Ilaase (5) a cru que les ouvertures de ces vaisseaux se trouvent dans les pores où se fait aussi l'exhalation, et que l'obliquité de l'insertion de ces pertuis les rend difficile- ment apercevables. Après avoir fait une injection dans les vais- seaux absorbans , il fit passer par une marche rétrograde , le mercure dans ces vaisseaux, en les comprimant avec le manche du scalpel. C'est aussi le moyen que nous avons employé pour rendre visi- bles les ramifications des canauxinhalans dans le tissu corné : après avoir injecté l'artère principale d'un membre, nous avons pressé (i) De lactibus , sivc de venislàcteis, disserl. Mediol, 1G27. • Ad intestina instar liirudi* uiim orificia hururn vasorum hiaut, spongiosis capiliilis. » (1) Vasor. Lyniph. Siist. nova. — Can. vi. (j) Nova cxcicilatio cxliibcus duclus licpnlicos aquosos , cl ^asa glandiilnrum serosa. — Cap. viji. ('ij De glandiilis roiiglobnlis, etc. (5) \)v. \asis cutis i;l iiiit'.-.ti.iuriiin uLi-.url;eiilibus plciiLusquii Ijuijih. pclvj» lium. ^iiuioiut. anatomiruf. — Lips. (73U, ehap. k, p. 4. II. Z()Oi.. — OiCoùre. 14 2 1() MM. G. BRF.SCHr.T ET ROUSSEL DE VAUZ^.ATE. de proche eu proche le tissu pour faire parvenir la matière colo- rée jusque dans les canaux de l'épiderme. Si véritablement nous n'avons pas produit de solution de continuité, cette expérience, nous le répétons, prouve que les canaux inhalans ne com- muniquent pas avec le système lymphatique général, mais bien avec le système capillaire, et elle devient favorable à l'opi- nion de M. Magendie qui considère les veines comme les agens principaux de l'absorption. Ou bien si l'on veut faire de ces canaux inhalans des organes distincts du système sanguin et les rapprocher des vaisseaux lymphatiques, il faut admettre que l'absorption, bien qu'elle soit exécutée par un ordre particu- lier de vaisseaux, ces organes ne sont réellement qu'une va- riété du système veineux avec lequel ils sont toujours en com- munication, soit qu'ils aient parcouru, séparément dans ce sys- tème, un espace assez considérable, soit qu'ils n'aient fait qu'un chemin très court, comme les canaux exhalans de la peau ou même encore les vaisseaux, admis par M. Lauth, entre l'utérus et le placenta, vaisseaux contre l'existence desquels M. Carus a exercé sa critique. J. N. Lieberkûhu (i), ayant étudié les lactés dans les villosités intestinales, pensait que, dans chacune de ces villosités, il entre un rameau lacté garni de valvules, plusieurs artérioles, une ou plusieurs veinules, et probablement un nerf, vu la sensibilité exquise de ces villosités. Ce vaisseau lacté se renfle pour former une petite ampoule ovalaire (2), au sommet de laquelle on aper- çoit au microscope, une ouverture et quelquefois plusieurs pertuis (3). Les artères et les veines se ramifient en serpentant autour de cette ampoule, et quelques rameaux de ces vaisseaux paraissent la perforer. Lieberkiihn injectait les vaisseaux san- guins avec soin pour faire ses recherches, mais il ne faisait par- Ci) Joannis Nathanael Lieberkulin. — Dissert. anat. physiolog. De fabricâ et actione villo- l'iim intestinoruiu tenuium bominis. Âmstelodami, T760. (a) RaniUàculus vasis lactei ( § 2, n. i ) exteiidilur in ampullulara vel vesiculam ovulo haud absiniilern, in cujus apice foraminulum quoddam exiguum microscopio detegilur. — § m , P- 4* (3) Qiiod autem uniim saltem adsit foraminulum in cujusvis ampullulœ apice, certo examine niiLi constat : interdiim tamen, licet rarissime, piura, ut in papillis mamniarum , vidisse nie- niini, p. 5. Recherches sur les appareils tègumentaires des animaux. 1 1 1 venir artificiellement aucune matière dans les vaisseaux lactés, se contentant de nourrir les animaux avec du lait, ou de faire boire de cette liqueur à des personnes mourantes, (i) Les expériences de Haase (2) portent à croire qu'il avait, par la pression, fait rompre les vaisseaux lymphatiques cutanés, injectés avec du mercure, et que ce métal avait passé dans les canaux sudorifères. Il faisait en effet avancer le mercure injecté dans les lymphatiques sous-cutanés, en le poussant avec le manche du scalpel, et l'on en voyait sortir les globules par les pores extérieurs de la surface de la peau. Ce qui semble démontrer la justesse de notre observation critique, c'est que Haase dit que ces orifices se voient dans les pores où se font en naéme temps les exhalations, et que la disposition de ces orifices est oblique. Tout ce que rapporte ici notre auteur est applicable parfaiternent aux canaux hidrophores, comme on peut s'en assurer en lisant notre description de ces conduits, llaller ne considérait pas les paroles de Lieberkiihn, comme démonstra- tives, et il doute de l'existence des orifices (3). Rom. AdolpK Hedwig (4) représente ces villosités d'une manière analogue à l'idée qu'en avait Lieberkiihn; mais une autorité que nous pou- vons opposer à l'opinion de Hedwig, est celle de Rudolphi(o) qui a examiné les villosités intestinales sur un grand nombre d'animaux , et qui affirme n'y avoir jamais découvert de vais- seaux sanguins, ni de canal, m d'orifices à P extrémité, et qui rejette ces derniers comme inutiles. Il ne paraît pas avoir ob- servé les villosités pleines de chyle, car il n'en parle pas. Budolphia suivi le même procédé que Hedw^ig, pour exami- ner les villosités, et il a obtenu des résultats tout contraires. (f) Morihundis aliquotics, ubi hx conditioncs adcraiit, lac copiosc potaiidum dcdi, et fcrè «empcr successit experiihcntum, p. 3. — Vidi separata tiinica vasciilosa, in sede villosxhanc rt-spicienle , lactciiiii aijire iii aiiipullulaui caseo plcnam, p. 5. (ï) De vasis culis, etc. — Loc. cit. (3) Eicmenta plijsiolofjia;, I. vu. ('() niscpiisitio anipiillartiin I.ieherkuhnii physiro-mirroscopira. I.ipsio: 1797. (S) Analotiiis(')i-|)liysioiu;;isclical)iiuii(lluii^<'n ;I>c'rlin 1802. libci'die Darni/ollci). " Je n'ai janiaU trouvé d'orilice sur les villosités intestinales de l'huninie , quoique je les aio examioées .sur un grand nombre de sujets différeos. •■ — Des wllositcs iriteslimilis , troisicuio méinuiir- Je Rudolplii. 14. •il 2 MM. G. BRF.SCnHT 1 V HOUSSFL DE VAUZKME. Hedwig a représenté les villosités de neuf animaux différens savoir : celles de l'homme, du cheval, du chien, de la poule, de l'oie, de la carpe, du chat, de la souris et du veau. De ces neuf figures, trois seulement présentent les prétendus orifices, et c'est sur les flocons intestinaux de l'homme, du cheval et de l'oie. Sur quarante-quatre villosités de l'homme dont il donne la figure, il n'y en a que cinq ou six sur lesquelles on aperçoive les orifices. Pourquoi les autres villosités représentées dans la même direction, n'offrent-elles pas aussi ces pertuis? Nous pouvons en dire autant pour les figures des villosités du che- val et de l'oie, et celles des grandes villosités de l'intestin de la poule et du chien n'en indiquent aucune ! Ces singularités signa- lées par Rudolphi , lui font élever des doutes sur l'exacti- tude des ohservations d'Hedwig. Lieberkûhn aussi, tout en admettant des orifices aux villosités intestinales, a fait figurer ces franges sans indiquer d'ouverture. Rien jusqu'ici, suivant les paroles de Rudolphi, ne démontre l'existence d'un orifice au sommet des villosités. Ces prétendus orifices ne seraient-ils pas ime erreur d'optique, et ne savons-nous point que Délia Torre a considéré les globules du sang comme des anneaux! Dans un autre endroit, Rudolphi dit : « J'ai déjà fait remarquer dans un premier mémoire, que je n'avais pas trouvé d'orifices dans les villosités intestinales, je ne les ai pas rencontrés davantage depuis cette époque. » En voyant maintenant que les villosités manquent surbeaucoup d'animaux, peut-être sur la plupart d'en- tre eux, et qu'au lieu de ces villosités, il existe des éminences légères, de petits plis , il faut avouer que ces prétendus orifices ne sont pas nécessaires ; car chez tous les animaux qui n'ont pas ces villosités, l'absorption se fait pourtant aussi bien sans orifices sensibles; pourquoi donc cela n'aurait-il pas lieu pour les villosités? Si la tunique interne de l'intestin forme ici d'autres prolongemens, cela n'exige pas non plus des changemens aussi considérables, et nous avons toujours pour nous l'analogie de l'absorption qui s'opère sur toute la surface du corps sans ori- fices manifestes, (i) (i) Quelques obscrvalions sur les villosités inirstinales par Ch. Asmond Ruclolj)!!!. Recherches sur les appareils tégumenlaires des animaux. 9 1 3 Les observations de notre célèbre ami le professeur Rudol- phi nous paraissent rigoureusement exactes sous le rapport de l'absence de tout orifice à l'extrémité des villosités, et sur ce point nos observations, déjà très nombreuses et très variées, sont d'accord avec les siennes; mais quant à ce qu'il dit de l'ab- sence de vaisseaux sanguins artériels et veineuxsur les villosités, nos injections nous ont démontré qu'il s'est trompé. C'est ce que nous prouverons dans un autre mémoire en traitant de la structure des membranes muqueuses. Nous sommes sur ce point en parfaite liarmonieavecMM. Doellinger et E. A. Lauth, et nos dessins faits d'après nos préparations, confirment pleinement ce qu'ils ont observé. Une opinion qui se rapproche beaucoup de la présomption que nous avons sur l'origine des canaux inhalans, est celle de Blumenbach (1), qui pense que le commerce ou la communi- cation qui peut exister entre les villosités intestinales et les vaisseaux lactés se fait par l'intermédiaire du tissu-lamineux, et, suivant nous, c'est par l'intermédiaire de la mucositéou du tissu épidermique que l'absorption s'exécute, et que la matière arrive au contact avec les canaux lymphatiques. Hev^son (2) n'admet pas les ampoules des villosités comme l'a entendu Lieberkùhn , mais il ne dit rien de bien clair et de bien satisfaisant sur les orifices des inhalans. Une fois il a cru reconnaître sur un iléon, les artères et les veines étant injectées, que les villosités étaient cylindriques, spongieuses et poreuses à leur extrémité. Ces porosités sont i-egardées par lui comme les orifices des absorbans. Une autie fois il vit ces orifices très distincts et vides. Hewson, dans ces diverses recherches, n'avait d'injectées que les veines et les artères, tandis que les vaisseaux lactés étaient vides, ce qui fait dire avec raison à Cruikshank et à M. E. A. Lauth, que cen'est que par conjecture que ïlev^son a pu considérer les pores comme les orifices des vaisseaux chy- lifères. Cependant il raconte ailleurs que, sur des poissons, il (1) Imlil. pJiysiol.,§/iîG. (1) ]'.X|u-ninrnlal iii(|iiiri(;s. — P. ■).. Coiituiiiriiii^; a (lcsori|itioii of lynij)!!. , sysl. in tlic liiiin. ful)j. aiid in ollier iiiiiinaU. yoy. uiissi Guilleliiii ïluwsoiii opéra omnia. Lalinc vi-rlit et iiolus addidil. S. 1. \an Wyiiiicrss( . Liiyduni Balav. 1795. ai/j M3Ï. G. BRESCHET KT IlOUSSIiL DE VAUzfcME. était parvenu à faire passer du mercure dans les petits vaisseaux lactés des villosités intestinales, et que même, il fit arriver ce métal jusque dans la cavité des intestins. Dans cette circon- stance, il ne put pas reconnaître si ces orifices étaient garnis de valvules ou non. Pour faire cheminer le mercure de cette sorte, il a fallu le pousser dans un sens contraire au cours du chyle, et nous pouvons appliquer ici à Hewson, ce que nous avons dit du procédé de Haase. M. Fohmann (i) ne croit pas non plus qu'on puisse regarder les expériences de Hewson, comme des preuves à l'appui de l'opinion que les vaisseaux lymphatiques sont pourvus d'orifices béans à leur origine, car le mercure que l'anatomiste anglais vit couler dans l'intestin , avait été chassé violemment par la pression des parois vasculaires. Une femme, après ses couches, mourut subitement à la suite de convulsions, vers cinq heures du matin, bien qu'elle fut ei» parfaite santé le soir précédent, car elle avait mangé de bon appétit à son souper. Les lactés furent trouvés gonflés d'un chyle formant un coagulum solide; plusieurs des villosités en étaient également remplies et ressemblaient à autant de vésicules blan- châtres. Cruikshank, qui rapporte ce fait dit qu'il fit, dans cette occasion, les observations suivantes (2): i" Les villosités étaient si pleines de chyle, qu'on ne put nen voir des ramifica- tions artérielles et veineuses; le tout paru comme vme vésicule blanche, sans aucune ligne rouge, aucun pore ou orj^ce quel- conque. 2° D'autres villosités contenaient aussi du chyle, mais en petite quantité; les ramifications des veines étaient nom- breuses, et prévalaient par leur rougeur sur la blancheur des villosités. 3° Dans quelques centaines de villosités, on vit un tronc de lactés formant des branches radiées ou commençant par elles. Les orifices de ces vaisseaux étaient très distincts sur la surface de la villosité, aussi bien que les vaisseaux eux-mêmes. Les lactés étaient pleins d'un fluide blanc, et il n'y avait qu'un seul de ces troncs pour chaque villosité. 4° La cavité spongieuse (t) Sur le mécanisme de l'absbiption, d'après la disposition auatomique du système lympha- tique des poissons. (2) Anatomie des vaisseaux, absorbans du corps humain, etc. traduit de l'anglais par Petil- Uadul, p. ta 3. Paris, 1787. Recherches sur les appareils iégatnenlaires des animaux. 2 1 5 dont parle Lieberkûhn , paraît n'être évidemment que la mem- brane celluleuse commune qui lie les artères, les nerfs et les lactés ensemble. 5° Les orifices sur les villosités du jéjunum étaient au nombre de quinze ou vingt pour chaque villosité, ainsi que le constata W. Hunter. Les lactés paraissaient naître par de petits orifices qui appartenaient aux branches radiées, les- quelles s'unissent pour former un vaisseau, (i) 11 faut suivant M. E. A. Lauth , que Cruikshank ait fait ses observations sur des intestins affectés de quelque maladie, parce qu'elles sont contraires à tout ce qu'ont vu les anatomistes qui depuis lui se sont occupés du même genre d'étude, et le langage, et le caractère bien connu de Cruikshank, ne permettent pas d'élever le moindre soupçon sur sa véracité. Scheldon a cru voir les villosités sous des formes très variées, mais le plus souvent bulbeuses; il lui a semblé quelquefois dis- tinguer les orifices au sommet des ampoules, mais il ne les a plus aperçus lorsqu'il a examiné chaque villosité séparément, de sorte qu'il élève des doutes sur l'existence de ces orifices. (2) A. Meckel représente les villosités intestinales par une lan- guette étroite, dépourvue d'artères ; l'injection les colore par simple transsudation ou irabibition; les orifices n'existent pas et ils sont incompatibles avec la disposition foliacée des villosi- tés. (3) Alb. Meckel a représenté les villosités pourvus de vaisseaux à leur base, et si les injections paraissent imparfaites ou irrégu- liéres, il faut attribuer cette apparence à l'imperfection de l'in- jection, ou à ce que les vaisseaux se sont vidés en partie après l'opération faite et lors du déplacement delà pièce et des mouve- mens imprimés à la préparation. Les deux anatomistes de notre époque qui sont universelle- ment considérés comme les plus habiles dans l'art d'injecter les vaisseaux capillaires, Prochaska et Dcellinger s'expriment d'une ( t ) Anatom'ie des vaisseaux absorbons du corps humain, traduit de l'anglais par Petil-Radel, p. I a3, l»niJuu 1787. (a) The liixtory of Ihc absorbent System., Loiidon 1784. (3) t.'l>i;r die Viliosa des Mcnsriicn inid (;inij;i!r Thiere, von A. MeciicI , Deuisclies Archiv. fur die |.lijM(jloi;ic, p. i«i3, i8i.j. 2l6 MM. G. BRESCnF.T KT ROUSSEL DE .VAUZi-ME. manière claire et positive sur l'existence et le mode de termi- naison des vaisseaux des villosités intestinales, mais il ne font aucune mention d'orifices béans sur ces éminences qui ont mérité à la membrane muqueuse le titre de membrane veloutée. G. Pro- chaska dit que les plus petits vaisseaux se terminent les uns dans les autres, sans que le microscope puisse permettre d'aperce- voir aucune interruption, (i) J. Dœllinger a porté des injections dans les vaisseaux intestinaux de plusieurs animaux, et il a examiné au microscope les villo- sités; il a toujours parfaitement distingué les veines et les artères qui se distribuaient sur les flocons intestinaux, et, sur tous les points, il a vu ces deux ordres de vaisseaux s'anastomoser entre eux un grand nombre de fois par leurs rameaux les plus déliés, en formant,surlavillosité, un réseau admirable, sans qu'aucune radicule, se terminât isolément sans s'anastomoser avec une autre, et sans constituer une arcade ou une maille. Nulle part notre cé- lèbre anatomiste ne fait mention d'orifices sur ces villosités , et ses excellentes figures, n'indiquent aucune espèce d'ouverture. (2) Si nous en croyons Mascagni, les tissus ne seraient que des plexus de vaisseaux lymphatiques et la trame elle-même du corps animal consisterait en un réseau de vaisseaux absorbans; mais nulle part il ne s'explique clairement sur le mode d'origine et sur les orifices de ces vaisseaux. Mascagni est trop exclusif pour que son opinion soit une autorité aussi puissante qu'elle le serait sans cette circonstance, surtout s'il faisait reposer sa manière de voir sur des observations matérielles (3). Il pré- ( i) Fines arteriarum aperti in interna tunicâ veniriculi et intestinorum nuUi quoque conCrman- tur, quia vasa rainima continuo tractu et sine interruptione ibidem procedentia per microscopinni observare licet , neque injectiones per arlerias facla;, in cavnm ventriculi et intestinorum , sine vasorum laesione pénétrant, nisi nimis tenues f uerint , et per vasa transsudaverint ; quare humo- rum in ventriculura et intestina secretionem traiissudatione per vasorum poros peragi, niullum probabile est, quod ob parielum vasorum tenuitalem et nuditatem facile et abunde fieri potest. Eadem via, quà huraores ex vasis in intestinorum et ventriculi cavum pénétrant, eliam quidquam ex cavo ventriculi et intestinorum vi affinitatum ad sanguinem pervenire posse expérimenta suadent. — Disquisitio aiiat. pbysiol. organis corporis bumani ejusque processus vilalis,p. io6 et 107 , "Viennai, 1812. (2) De vasis sanguiferis quae villis intestinorum tenuium hominis brutorumque insunt. Mo nacbii, 1828. (3) Prodi'oma délia grande anatomia, cliap. i. Voyez aussi Fodera. Recherches expérimenlaies sur l'absorption et fexhalalion, etc. Paris, i8a4, p. i5. Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 2 1 7 tend aussi, et cowtradictoirement à Bichat, que les artères abou- tissent constamment aux veines et qu'il n'y a pas de vaisseaux exhalans. Comme Cruikshank, M. Ern. Alex- Lauth a eu l'occasion d'examiner peu d'instans après la mort , le corps d'une femme qu'une rupture d'un sac anévrysraal, de la crosse de l'aorte, fit périr peu d'heures après avoir fait un repas. Il trouva les villo- sités intestinales distendues par le chyle, ayant la forme d'un ovoïde pointu , un peu recourbé à son sommet. Ces villosités, soumises aux plus forts grossissemens des lentilles du microscope, offrirent leur extrémité libre, rugueuse, mais jamais on ne put parvenir à y distinguer d'orifices, (i) Depuis la publication de son Essai sur les vaisseaux lym- phatiques ., en 1824, M. Lauth a continué ses recherches sur les villosités intestinales, pour y apercevoir les orifices décrits par Lieberkûhn , Cruikshank , Bleuland et autres , mais sans succès. Il n'a jamais pu voir que des rugosités, ou des granu- lations à leurs extrémités , sans orifices libres. « Cependant , j'ai examiné ( c'est M. Lauth qui parle ) des villosités dans différens états, sur l'homme et le chien, les unes vides, les autres à moi- tié remplies de chyle, d'autres gorgées de ce fluide, et compa- rativement j'ai examiné des villosités injectées, tant sur l'homme que sur divers animaux. Je ne sais donc comment expliquer cette contradiction ; à moins qu'on ne veuille admettre que les intestins, examinés par les anatomistes nommés ci-dessus, n'aient été dans une condition pathologique ; car les recherches de Cruikshank, surtout, sont exposées avec candeur. Je pense en conséquence que le résultat de mes recherches ne peut servir qu'à établir la présomption de la Jion-existence des orifices en question, parce qu'une observation positive ne saurait être ren- versée par des observations négatives. » (2) \jà plus grande incertitude règne donc encore sur le mode d'origine des vaisseaux lactés et sur l'existence ou la non-exis- (i) Essai sur U* vaisseaux lympliatUiucs, etc. , ii. i8, Strtisljoiirg, i8a4. (a) Mrmoirc sur Jiirrs poinli d'iiualomie, par E. A. Laulh, p. «5. — Voyez IHcmoires de lu sociélc il'liiiluir* iKilitrcUr. dt: Sirashoiirg, I. r. •nS MJI. G. BlllsSCUET ET ROUSSJiL DE VAUZKME. tence d'oriBces sur les villosités, communiquant avec un canal qui aboutirait à un vaisseau lacté. Bichat aurait mieux fait de descendre à la simple observation, que de déclamer contre l'anatomie de structure, la seule qui puisse nous guider en physiologie et en anatomie pathologique. Nos connaissances sont bien moins claires et bien moins précises encore à Tégard du mode d'origine des vaisseaux lym- phatiques de la peau; car tout ce que disent les anciens et les modernes n'est pas fondé sur une observation rigoureuse , et le plus souvent on a cherché à deviner et non à découvrir par tous les moyens que l'anatomie met à notre disposition. Ces recherches sont, il est vrai, difficiles et l'on peut aisément se tromper ; aussi , dans cette ébauche des premiers résultats de nos études, nous exposons simplement ce que nous croyons avoir vu, mais nous ne prétendons pas avoir toujours été exempts d'erreur. Nous citerons, à l'appui de notre présomption de l'absence d'orifice des vaisseaux lymphatiques à la surface extérieure de la peau, ce que dit un des anatomistes modernes des plus ha- biles et des pkis profonds, qui fait, depuis bien des années, une étude toute spéciale de la disposition du système lympha- tique, c'est M. Fohmann. «Si les vaisseaux lymphatiques avaient des orifices béans, le mercure, lorsqu'on l'injecte dans les vaisseaux des valvules des intestins de la raie et du loup marin , devrait s'en écouler par le seul fait de sa propre pesanteur ; mais c'est ce qui n'a pas lieu ». Malgré les nombreuses injections que M. Fohmann a faites sur ces parties, jamais , lorsque les vaisseaux n'avaient pas éprouvé de déchirures, il n'a vu un seul globule mercuriel se montrer à la surface interne de l'intestin. Il n'a jamais été pos- sible à ce célèbre anatomiste de découvrir les orifices béans des lymphatiques dans les raies, etc., où l'on peut cependant ob- server parfaitement les lymphatiques de la membrane mu- queuse à l'œil nu , ce qu'on ne peut faire sur d'autres poissons. C'est pourquoi M. Fohmann pense que ces orifices n'existent pas. A l'égard de l'origine ou des terminaisons des vaisseaux lymphatiques des poissons qu'il a examinés, ils se Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 219 comportent de la même manière, quelques différences qu'ils présentent d'ailleurs dans leur trajet. Ils finissent en cul- de-sac, formant des vaisseaux d'un plus grand calibre qu'on ne les trouve plus loin, à quelque distance de leur origine, dans lesquels on distingue une face externe, couverte d'un tissu analogue au cellulaire, par le moyen duquel ils tiennent aux parties environnantes, (i) 11 résulterait des observations anatomiques de M. Fohmann, que les vaisseaux lymphatiques, dans tous les tissus, ne sont pas pourvus d'orifices béans à leur origine, mais qu'ils se ter- minent en cul-de-sac représentant, dans la plupart des parties du corps, des poches ou dilatations qui offrent une surface interne lisse, et une autre plus ou moins semblable à du tissu cellulaire, laquelle est différente dans les diverses parties du corps. Le tissu lâche et semblable au cellulaire qui couvre la face externe des origines des vaisseaux lymphatiques, établit une connexion entr'elles et les autres systèmes qui entrent dans la composition des organes. Ce tissu forme, en quelque sorte, une éponge qui couvre l'extérieur des lymphatiques, exerce l'absorption sur les matériaux susceptibles d'être résorbés et les conduit aux parois minces du système vasculaire. Cette manière de considérer les vaisseaux lymphatiques et l'espèce de gangue, au milieu de laquelle ils sont plongés, vient à l'appui des idées de M. Magendie (2) et de M. Fodera (3), sur le mode d'exécution de l'absorption, qu'ils considèrent comme une véritable imbibition. On a dit contre cette opinion, qu'en admettant ce mécanisme pour l'absorption , il faut accorder à tous les vaisseaux la fa- culté absorbante ou la faculté de l'imbibition. Les veines , les artères et les vaisseaux lymphatiques seraient donc indistincte- ment des vaisseaux absorbans,et qui plus est l'imbibition n'aurait plus de terme , car de proche en proche, les fluides, en imbibant (t) Folimarin. Pu 'Mécanisme de fahsorption, d'après la disposition anatomiquc du sys- tème lymphalitjue des poissons, lieidclberg, 1 8^7. (a) Mémoire sur le mécanisme de l'absorption dans les animaux à sang rouge *t chaud, bulle- tin tic la Si)c. [>liiluiii. , I. I, II" i. (i^ Ktctierchei expérimentales sur l'absorption et l'exhalation, Pari», l8a4- 220 MM. O. BRliSCIIET 1-T ROUSSEL DE VA.LZEME. nos tissus , pénétreraient tout le corps , et dès-lors , il ne serait plus nécessaire d'avoir des conduits spéciaux poiiV le sang, pour la lymphe, etc. Ce mode de circulation peut exister dans lesanimaux dont l'organisation est très simple ou rudimentaire; mais dans les animaux supérieurs, cette imbibition doit avoir des limites, etc.; il faudrait alors admettre une sorte de faculté élective ou une facilité d'imbibition plus grande dans les lymphatiques et les veines que dans les autres tissus. Rfusonner ainsi ne serait-ce pas retomber dans les suppositions, les hypothèses, et procéder comme le faisaient les anciens physiologistes? Il vaut mieux s'en tenir aux faits et surtout à ceux dont l'anatomie nous donne connaissance? Ces objections contre la théorie de l'imbibition sont plus spé- cieuses que soHdes, et nous pourrions aisément en faire sentir la faiblesse, si nous traitions ici de l'histoire de l'absorption. Nous laissons à M. Magendie le plaisir de réfuter ce raisonnement. L'on pourrait, en considérant l'imbibition comme un phéno- mène de capillarité, dire que l'ascension des liquides au-dessus du niveau du milieu, dans lequel plonge le tube capillaire, est fort bornée. Le liquide que doit prendre le vaisseau lymphati- que ou veineux, par sou extrémité en cul-de-sac doit élre dans la sphère d'activité du tube capillaire, c'est-à-dire qu'il faut que l'ascension du liquide , par le tube capillaire ou par le tissu organique représentant, par son imbibition, ce tube ca- pillaire, arrive jusqu'au vaisseau lymphatique ou veineux et ne puisse pas dépasser ce niveau. Quoi qu'il en soit , les faits observés par M. Fohmann sont en opposition avec ce que disent Monro et Hewson, qui veulent que les vaisseaux lymphatiques soient pourvus dans les endroits où ils prennent naissance, d'ouvertures béantes par lesquelles ils absorbent. La description que donne Monro de ces ouver- tures sur la tète des raies, démontre suffisamment qu'il s'est trompé et qu'il a pris les bouches extérieures des conduits mu- queux , pour des orifices de vaisseaux absorbans. Nous parta- geons à cet égard l'opinion de MM. Cuvier, Fohmann et Lauth. Quant aux expériences de Hewson, nous sommes aussi de l'avis de M. Fohmann. On ne peut pas les regarder comme des Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 22 1 preuves à l'appui de l'opinion que les v£iisseaux lymphatiques sont pourvus d'orifices béans à leur origine, car le mercure que Hevvson vit couler dans l'intestin, avait été chassé violem- ment par la compression des parois du vaisseau, (i) Le paragraphe où Béclard (2) parle de l'origine des vaisseaux lymphatiques , est plein de candeur et de cette philosophie du véritable savant : « L'origine des vaisseaux lymphatiques est invisible et incon- nue ; cette origine, par des orifices béans à la surface des deux tégumens et des membranes séreuses , dans les aréoles du tissu cellulaire et dans la substance des organes, admise d'après des considérations et des expériences du même genre , n'est pas mieux constatée. Il faut savoir douter. 5> (3) Jusqu'à M. Fohmann (4), les vaisseaux lymphatiques n'avaient été reconnus dans lapeaude l'homme que par Haase (5), mais par un procédé considéré comme défectueux. M.E. A. Lauth (6), en injectant les vaisseaux lymphatiques de l'extrémité inférieure hntiqiir.s , \i:\v 11. Mojdii , profcsmir de pliysiol Ifitt f-l de mrdccitK* à Cènes. (Noie nianuHrile) Taris, li'ii. ■23o MM. G. BRESCHET ET ROUSSEL DE VACZKME. diminuant d'espace en espace le calibre des tubes lymphatiques, donnent ainsi lieu aux nodosités que l'on remarque à leur exté- rieur. Ces rétrécissemens sont surtout très visibles, lorsqu'on injecte les vaisseaux lymphatiques avec un liquide quelconque; on les aperçoit aussi très distinctement, quand ce système est dans un état variqueux , comme dans la leucophlegmatie. Si Ton tiraille les deux bouts d'un vaisseau lymphatique vari- queux, les nodosités extérieures disparaissent presque entière- ment, ainsi que les prétendus replis valvuleux internes. « La membrane fibreuse des vaisseaux lymphatiques dont parle assez exactement Mascagni, m'a paru formée par un plus grand nombre de fibres qui vont en ligne directe d'un étrangle- ment à l'autre, que pai- celles dont la direction est plus ou moins oblique; cet entre-croisement fibrillaire forme un tissu jKUticulier. u IjCS fibres longitudinales ont leurs deux bouts attachés aux fibres transversales, lesquelles constituent, selon ma manière de voir, les sphincters ou rétrécissemens d'espace en espace des vaisseaux lymphatiques. Ainsi les fibres longitudinales, en se contractant, rapprochent un sphincter de l'autre, tandis que les fibres obliques en diminuent le diamètre. et Au moyen de ce mécanisme physico-vital, le fluide qui pé- nètre un vaisseau lymphatique, irrite la portion du vaisseau cju'il remplit. Cette portion se contracte sur elle-même, diminue l'étendue de sa cavité, et le fluide qu'elle contient est obligé d'avancer, en traversant le sphincter ouvert, et ainsi successive- ment. Ce mouvement péristaltique se fait à l'instar de celui des. intestins. « On observe ce mouvement vermiculaire très distinctement dans les vaisseaux lactés mésentériques des animaux, qu'on examine anatomiquement deux ou trois heures après leiu' avoir donné de la nourriture. « En admettant cette organisation des lymphatiques, on peut aisément expliquer le mouvement rétrograde, admis pai- Dar- win et autres physiologistes, des fluides contenus dans le sys- tème absorbant, ce qui serait incompatible avec un appareil vascidaire pourvu de valvules. Recherches sur les appareils tégiujwntaxres des animaux. 2^u « Si le système des vaisseaux lymphatiques était valvuleux, en ouvrant dans toute sa longueur un de ces vaisseaux , i! pré- senterait parfois plus de deux croissans parallèles, d'espace en espace, l'un à droite, l'autre à gauche, comme il airive lors de la section des veines, paice que cette section ne tombe jias tou- jours dans l'intervalle séparant les deux valvules. Ces prétendus eroissans valvulaires, s'ils étaient de véritables valvules à l'in- star de celles des veines, ne se compoiteraient pas d'une manière différente de celle de ces vaisseaux, et c'est ce qu'on ne voit Das. t « IjH difficulté qu'on rencontre quelquefois à injecter les vais- seaux lymphatiques dans une direction contraireà celle du fluide qui les parcourt, est tlue à ce que les espaces vasculaires situés entre les sphincters et le relâchement des parois de ces vaisseaux lorsqu'ils se remplissent de la matière de l'injection, se distendent et ferment ainsi l'ouverture du vaisseau. « J'ai injecté mille et mille fois le système lymphatique avec des liquides différemment colorés, et je n'ai jamais vu aucun épanchement de ces liquides, ni dans le tissu cellulaire, ni dans le parenchyme des viscères, à moins qu'il ne se fût opéré quel- que rupture d'un vaisseau. Cela me porterait à croire que les lymphatiques n'ont aucun orifice béant à leur origine, et que l'action absorbante se fait par imbibition à travers la porosité de leurs rameaux les plus déliés, à l'instar d'une éponge. « Une fois que le liquide a pénétré par ce moyen dans la cavité des branches les |)lu3 déliées de ces vaisseaux, il s'avance dans les troncs plus gros pai' le moyen du mouvement périslal- tique. « Je crois aussi que toutes les sécrétions se font par exsuda- tion à travers les parois des vaisseaux capillaires, qui, en péné- trant dans les glandes, forment une grande partie de leur |)arenchyme. ii. i()(J5 iii-4" ciim figniis. (4) Adenograpliia, etc. cap. 6; pag. 61. (5) Aoat. des vaisseaux absorb.d 11 corps humain, p. i36, (6) Experimeulal impiiries, coiitainiiig a di!scri])lioii ol' tlic lyniph. Sysl. in llie liuman subj., etc. (7) "Vasorum lymphat. corp. huniaui historia et iconograpbia. Seuis 1787. (8) De rasis lympbalicis. Cap. V. Melhodica vasorum lyniplialicor. dcscriplio. Lugd. l'ialav. 1669. (9) Dilucidatio valvul. in vas. lymphalicis. Hagas comilis. i665. (to) Kxporiincnla nova analomica. Joan. Pccqueti Diepa;i.Parisiis, i65i, in-4". Sur la prcui. fig. de Li piern. pi. Il indique les valvules du canal liioracicpic du cbicn; lu, m, m. Recherches sur les appareils léj^umenlaires des animaux, a 33 pour la première fois en Hollande, et en 1662, il les montra à la reine lie Suède. En vain, Bartholin prétendit-il à la gloire de celte découverte, Van Horne fit reconnaître les droits de Rudbeck. (i) Ces mêmes parties, vues et revues par tous les anatoraistes qui ont cherché à perfectionner l'histoire des vaisseaux lym- phatiques, surtout par Mascagni, ont été représentées constam- ment de la même manière, et les valvules comme dépendantes du repli de la membrane interne (aj. Il était bien étonnant que tous les anatomistes s'accordassent sur un fait matériel , et que M. Mojon fût le seul à avoir vu différemment. Nous crûmes ne pouvoir répondre à son appel qu'en faisant l'injection de ces vaisseaux et en disséquant ces organes. C'est ce que nous avons exécuté et répété plusieurs fois avec MM. Robecchi et Kuhn jeune, qui nous aident depuis long-temps dans nos recherches anato- miques. Nous leur en adressons ici de publics remercîraens. Ayant introduit le tube chargé de mercure dans un vaisseau lymphatique entre le premier et le second os du métatarse , nous avons obtenu non-seulement l'injection des vaisseaux lymphatiques de la jambe et de la cuisse, mais encore celle des ganglions du pli de l'aine , de la région iliaque, et des troncs nombreux, considérables, placés dans la même région, en connexion avec l'artère et la veine iliaqiies externes. Enfin , le mercure est parvenu jusque dans le canal thoracique. Pendant l'injection , nous avons voulu à plusieuis reprises nous assurer s'il était possible, soit avec le doigt, soit avec le manche du scalpel, de faire descendre le mercure dans une direction opposée à celle du sens des valvules, et nous avons reconnu qu'à la jambe et à la cuisse, on pouvait faire revenir le mercure de haut en bas, c'est-à-dire dans une direction contraire à celle qu'il avait suivie, mais dans une étendue fort bornée. On rencontrait bientôt un obstacle à ce mouvement (1) Barih. Episl. médicinal, cent. 2. Epist. 48. (a) l'rodroino délia grande aiiatomia, seconda upcra postuma di Paolu Ma8cat;iii. l'ii'cnzu. i8i(), p. 8. Vuycicaïusi J. Vr. Meckel. — Manuel d'aiiat. génér. el palliulog. ïiudiiil do Tal- irniand par A. J. L. Joiirdan et G. Brcschct, I. 1. Paris i8î5. Ilrtlaru. l'Iémens d'anal, gén. p. 410. l'ari.s i8î3. 234 λ1«I- G. BRFSCIIET KT r.OUSSEL DE VALZKfllE. rétrograde du mercure, et cette résistance ne pouvait pas être surmontée sans un effort tel que parfois le vaisseau n'en fût rompu. Ces obstacles à tout mouvement rétrograde du métal liquide existaient à une distance d'environ un pouce les uns des autres. Nous avons ensuite détaché quelques troncs de ces vaisseaux bien remplis de mercure, soit à la jambe, à la cuisse, dans la région diaque, soit même des portions du canal thoracique, et on les a soigneusement dépouillés de tout tissu cellulaire am- biant. Ces vaisseaux lymphatiques de calibres variés offraient des bosselures et des rétrécissemens, mais sans régularité, et ne pouvaient donner aucune idée que le vaisse;ui était formé d'une suite de cônes empilés les uns sur les autres (Voy. PI. 12). Ces bosselures et ces rétrécissemens étaient assez distincts quand les vaisseaux étaient frais; mais ils le devenaient bien plus encore, lorsque les vaisseaux avaient été desséchés. Après avoir obtenu la dessiccation de plusieurs de ces troncs pris à la jambe, à la cuisse, à la région iliaque, ainsi que sur le canal thoracique (Voy.pl. 12) nous les avons fendus longitudinalement, puis ils ont été examinés avec soin à la loupe et sous le microscope. Sur tous les vaisseaux, nous avons reconiHi distinctement des valvules comparables, sous le rapport de leur forme et de leurs dispositions, aux valvules sygmoïdes de l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire; comme elles comparables à des paniers de pigeon , pour employer une ex- pression vulgaire, et dépendantes d'un repli de la membrane mterieure du vaisseau. Sur les vaisseaux bien desséchés, le mercure était renfermé dans une poche profonde à orifice supé- rieur, et dont le fond arrondi était dirigé en bas. Nous n'avons constamment rencontré que deux valvules sur les points correspondans et occupant toute la circonférence interne du vaisseau. A la bifurcation du canal thoracique, sui- le point d'origine des vaisseaux lymphatiques du plus grand diamètre, nous n'avons point reconnu de valvules véri- tables. La distance entre chaque paire de valvules n'est pas la même pour tous les vaisseaux et dans toutes les régions du coips. En général, on peut afliiiner qu'elles sont moins rap- Recherclies sur les appareils tégunientaires des animaux. 235 prochées dans les petits vaisseaux que dans ceux d'un plus gros calibre. Pour les premiers, la distance entre deux paires de valvules est d'un pouce environ. Ce qui correspond par^ faitement à la résistance que nous avions éprouvée en vou- lant faire rétrograder le mercure. Nous pouvons aussi in- férer de cette disposition des valvules, que chaque rétrécis- sement qu'on voit à l'extérieur d'un vaisseau lymphatique, ne correspond pas à la présence de deux valvules, puisque le plus souvent les rétrécissemens sont très rapprochés. Peut-être sont-ils dus à la forme globulaire du mercure, plutôt qu'à la disposition et à la structure des vaisseaux. Si l'on cherchait à séparer ces valvules du reste du vaisseau , on voyait qu'elles se continuaient avec la membrane interne, dont elles n'étaient que des replis permanens, disposés comme une sorte de draperie, soulevée et retenue dans deux points de la circonférence du vaisseau, et abandonnée à elle-même dans le reste du contour de ce canal. Chaque valvule est formée de l'adossement de deux feuillets de la membrane interne, et ces replis ne sont point circulaires ou en anneau, comme il le faudrait si l'opinion de M. Mojon était déduite de l'observation. Il en est de même des fibres sous-jacentes à ces replis valvu- laires : ni la loupe, ni le microscope n'ont pu nous laisser apercevoir ces faisceaux de fibres si artistement disposés, d'après l'opinion de Mascagni ou d'après celle de M. Mojon. Il n'existe, en effet, aucun sphincter, aucun plan de fibres circulaires dis- posées de distance en distance pour faire contracter les vaisseaux lymphatiques et les fermer comme une bourse. Si l'on tiraille par ses deux extrémités un vaisseau lymphatique de plusieurs pouces d'étendue, on j)eut bien faire disparaître les bosselures ou les nodosités de sa surface, mais jamais l'on ne peut détruire les valvules, parce que ce sont des choses tout-à-fait différentes les unes des autres. Nous n'avons pu parvenir à distinguer rien de semblable à ce que dit M. Mojon, relativement aux fibres longilndiuaks dont les deux bouts seraient attachés aux fibres transversales constituant, suivant lui, des .s|>hinclerb ou rélrccisscmcns d esp.ice en espace. a36 MM. G. BRESCHIÎT KT IlOUSSEL Uli VaUZÈMK. Nous avons aussi exp?Mmé comment la marche rétrograde du mercure pouvait s'opérer dans les vaisseaux lymphatiques d'un certain calibre. Jamais cette rétrogradation ne peut s'éten- dre plus loin que l'espace limité par deux paires de valvules. Cependant , si dans cet intervalle il existe des branches laté- rales, alois le liquide passe dans les vaisseaux voisins; mais là encore , il s'arrête dès qu'il rencontre des valvules. Toutefois nous avons vu que sur les réseaux les plus fins, les choses arrivaient un peu différemment : tantôt le mer- cure ne pouvait être chassé que dans des limites fort res- treintes, et tantôt il pouvait parcourir, eu divers sens, un espace assez considérable. Ici, sans doute, les valvules ont une disposition différente de celle que nous avons observée sur des vaisseaux d'un plus gros diamètre, ou bien les valvules sont plus rares ou elles sont moins complètes. M. Mojon ne dit pas sur quels animaux il a entrepris ses re- cherches et quel calibre avaient les vaisseaux sur lesquels il a fait ses observations et ses expériences. Pressés par les circon- stances, nous nous sommes bornés à vérifier ses assertions sur les lymphatiques du corps humain, et les résultats obtenus par nous sont contraires aux prétentions du professeur de Gênes. Cependant, nous avons déclaré que dans les réseaux les plus déliés des lymphatiques cutanés, on peut parfois imprimer au mercure des directions variées. Nous dirons aussi que les val- vules étant placées à des distances inégales entre elles ou plus ou moins rapprochés suivant les parties , on peut dans certains cas imprimer en apparence au mercure une marche rétro- grade dans une certaine étendue, laquelle est toujours fort limitée. Ainsi , les valvules sont très près les unes des autres dans les vaisseaux lymphatiques des tuniques intestinales. Elles le sont moins dans ceux du mésentère, et moins encore si on les exa- mine sur les absorbans des membres inférieurs. On sait aussi que les vaisseaux lymphatiques de plusieurs animaux sont dépour- vus de valvules. C'est ce que M, Fohmann (i) a observé sur les (i) Anatomisclie Untersiichungen iiber die Vcrbindiing der Saugadcni mit denVenen. — Heidelljcig, p. 5 1-35-49. Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux, l'i'j vaisseaux des intestins grêles du lion et de plusieurs carnivores. Dans les tortues (i) et les poissons (2) ces valvules manquent entièrement ou sont très faibles. Haller (3) put injecter les vais- seaux lymphatiques du poumon par la partie supérieure du ca- nal thoracique, et Marchettis insuffla tous les vaisseaux absor- bans d'un animal par le réceptacle du chyle (4). Il n'est pas très rare de rencontrer dans les troncs lymphatiques des val- vules comme annulaires, formées par la réunion de deux val- vules qui, ayant moins de hauteur que les valvules ordinaires, ne ferment pas totalement la lumière du canal (5). Cette dispo- sition anormale paraît se rapprocher un peu de celle dont parle M. Mojon, et cependant elle en diffère essentiellement, car elle n'est qu'un développement incomplet , un état irrégulier. Enfin, la seule inspection de la direction des valvules prouve qu'elles servent à empêcher la rétrogradation vers les branches, des fluides contenus dans les vaisseaux lymphatiques (6), comme le veut Darwin et après lui M. Mojon. Si M. Mojon a fait ses recherches sur l'espèce humaine , nous sommes étonnés d'avoir obtenu des résultats entièrement oppo- sés à ceux qu'il indique. Nos investigations viennent simplement confirmer tout ce qu'ont avancé les anatomistes qui ont le plus contribué à faire connaître la disposition du système lymphati- que (7). La spéculation anatomique créée par M. Mojon n'étant pas admissible, sa théorie physiologique de la circulation de la lymphe et du chyle, reste sans appui et croule d'elle-même. L'anatomie étant essentiellement une science de faits, il faut s'attacher à les bien observer, à les bien connaître, et se borner à dire ce que nos sens nous ont appris. Etablir des systèmes phy- siologiques sur des aperçus ou des suppositions anatomiques, (i) Panizza. — Sopra il sistema linfatico dei rellili. Pavia i833. — W. Hewsou. An account of Ihe lyinph. Syst. in atnpliibiuus animais, pliilosoph. Irans: 1769. (a) W. Hewson. An account of the lymph. Sysl. in the fish. — Pliilosopli, transaci. 1769, p. 204. (3) Ci'uikshank.- auat. des vaUs. absorb. trad. de l'anglais par Pelil-Radel. Paris, 178^, page 144. (4) Laulh. I.«. Voyez Haller, W.Hunter et ( ruikshank,p. 144 (5) Ibid. I. c. (6) Ibid. I. c. (7} Voy. la pi. 12 , que nous avom domirc pour i(''ponilrcà M. leprofcist'iir Mojon. 238 MM. (.. BliESCIIET liT l'.OUSSKL DE VAUZÈME. c'est bâtir sur le sable et s'exposer à voir son édifice renversé par la première observation faite avec rigueur , par un esprit de vérité. Il résulte de ces considérations sur l'origine des vaisseaux inhalans, que ce point d'anatomie n'est pas encore suffisamment éclairci. Si l'on, n'a pas pu facilement s'assurer du mode d'ori- gine des lactés à la surface des intestins, il doit être bien plus difficile encore de déterminer d'une manière rigoureuse com- ment se comportent les vaisseaux absorbans dans le tissu corné de la peau. On nous pardonnera donc notre réserve. Nous parle- rons peut-être plus positivement en traitant de la structure des membranes muqueuses, parce qu'à cette occasion, nous répéte- rons nos reclierches,nous varierons nos expériences et nous par- viendrons, il faut l'espérer, à trouver la solution de cette ques- tion d'un haut intérêt. Nous avons bien moins prétendu , par ces nouvelles recherches , à remplir la lacune présentée par la science , qu'à la signaler, afin d'engager les anatomistes qui s'oc- cupent en ce moment de l'étude des vaisseaux lymphatiques, à dissiper tous les doutes qui obscurcissent encore ce point de nos connaissances anatomo-physiologiques. Il faut tout attendre de l'habileté de MM. Fohmann, Panizza, Lauth, etc. (Ta suite à un prochain cahier.J Recherches sur Vanatomie comparée des anùnaux invertébré s PREMIER MÉMOIRE. Que sont par rapport aux vertébrés et à l'homme les animaux invertébrés ? Par M. Serres. Que sont par rapport aux vertébrés et à l'homme les animaux invertébrés? Comment se correspondent, comment se lient les deux embranchemens dont se compose le règne animal? Cette SERRES. — Rapport entre /es vertébrés et les iiwertébrès. 23() question, dont on a cherché la solution à diverses époques des sciences anatomiques et physiologiques , a abouti à une scission définitive entre les animaux de ces deux grandes coupes. L'aiia- toniie comparée descriptive et la zoologie différentielle devaient inévitablement produire ce résultat, comme inévitablement aussi l'application des principes et des règles de l'anatomie transcendante et de l'embryogénie doivent nous conduire à l'appréciation des rapports qui lient ces êtres les uns aux autres. Néanmoins la tâche est des plus difficiles. Les difficultés qu'elle présente sont de deux sortes ; les unes naissent du sujet lui-même; les autres ont leur source dans les piincipes qui ont dirigé l'esprit dans les recherches zootomiques. Quant aux premières elles dépendent principalement de la -variabilité des animaux invertébrés; cette variabilité ne se décèle pas seulement par la diversité infinie de leurs formes, la diver- sité et le contraste de leur structure extérieure ; elle est de plus profondément empreinte dans tous les organismes qui entrent dans leur composition. Ces organismes, ainsi que les appareils, changent du tout au tout non-seulement de classe en classe, mais souvent aussi de genre en genre et de famille en famille. Quel contraste avec la société d'organisation des mammifères, des oiseaux, des reptiles et même des poissons, considérés d'une manière générale ! Remarquez aussi que le même antagonisme se trouve dans l'anatomie comparée et la zoologie ! Comparez en effet la fixité des descriptions des appareils organiques des vertébrés à l'in- fixité des descriptions des appareils des invertébrés! Comparez le peu de variation des classifications des premiers aux varia- tions sans nombre et continuelles de la distinction méthodique des invertébrés, et vous verrez se réfléchir dans la science ces deux caractères opposés : la mobilité des organismes chez les uns , et leur presque immobilité chez les autres. L'imperfection de l'anatomie comparée et de la zoologie des invertébrés ressort donc de la nature même des êtres qui composent cet embranchement. Il en ressort aus«i (jnc des principes hypolliétitjiios dont Tap- 24o SERRES. — Rapport entre les vertébrés et les invertébrés. plication chez les vertébrés n'avait produit que de légers incon- véniens , en ont eu de très graves chez les invertébrés. Le principe préexistant qui supposait tous les organismes, tous les ètves pré- formés ; le développement centrifuge qui, contrairement à la manifestation des faits, les faisait développer du centre à la cir- conférence, l'absence des règles de formation qui dérivait de ces pseudo-principes ; enfin toute cette zoogénie mystique fondée aprioriet sur des faits incomplets, ne pouvaient manquer d'aug- menter la confusion et le désordre que l'on remarquait chez les invertébrés. En comparant d'après ces vues les deux embranchemens du règne animal, on se trouvait arrêté dès les premiers j^as ; d'un côté on avait des êtres trop simples; de l'autre des êtres trop compliqués. Tout paraissait différent entre eux , car tout l'est en effet du point où l'on se plaçait pour faire les observations; on ne s'occupait pas de leurs rapports, et d'après ce qui vient d'être dit, on ne pouvait s'en occuper: tout rapport suppose en effet une analogie; or, pour entrevoir cette analogie , il aurait fallu pouvoir élever l'organisation des invertébrés, ou abaisser celle des vertébrés. Ce fut de cette manière et entraînée pour ainsi dire de con- séquence en conséquence que la philosophie préexistante de la nature fut amenée à voir des hiatus infranchissables d'une classe à une autre; ce qui justifié en grande partie chez les vertébrés, ne se trouva plus juste pour les invertébrés. Ce fut de cette manière qu'elle désespéra et renonça à étiblir une échelle de graduation organique dans le règne animal, et qu'un peu trop hâtivement peut-être elle la déclara impossible. Ce fut toujours d'après les mêmes vues qu'elle rejeta comme chimérique l'exis- tence d'un être ou d'un groupe d'êtres qui pût servir de lien , d'intermédiaire ou de passage de l'organisation d'une classe à celle de la classe qui la précède ou qui la suit. Cette dernière proposition, qui devint une espèce de champ clos où se renferma la zoologie différentielle , est encore vraie en plusieurs points quand on la borne aux vertébrés adultes ; mais elle perd ce caractère si on l'applique aux animaux inver- tébrés. J'en citerai pour exemple le groupe des Cirripèdes; ces SERRES. — Rapport entre les t^'ertébrés et les inuertébrés. ■x[\ i animaux, composés des Anatifes, des Balanes, etc., errent en- core de classe en classe, et la méthode ne peut parvenir à leur assigner définitivement le rang qu'ils doivent occuper. Enfin, rien de commun ne pouvant exister entre les deux embranchemens, les développemens des invertébrés furent dé- clarés incompatibles avec ceux des vertébrés. On supposa qu'ils devaient se faire, et on vient d'affirmer dernièrement qu'ils se font d'après des règles différentes de celles qui président au développement des vertébrés : conclusion qui contraste d'une manière étrange avec les recherches organo-géniques des bota- nistes qui à chaque pas confirment sur le règne végétal les prin- cipes et les règles de formation et de déformation du règne animal ! Ainsi s'est élevé le mur d'airain qui a séparé jusqu'à ce jour l'un de l'autre les deux embranchemens du règne animal. Cependant qu'est-il résulté de cette scission pour la physiolo- gie générale ? Il en est résulté que les invertébrés tenus à dis- tance des vertébrés ont disparu des études modernes sur la vie; il en est résulté que malgré les richesses immenses acquises depuis Haller sur la zoologie et l'anatomie comparée des in- vertébrés , le champ de la physiologie s'est rétréci , et nous en sommes encore à ne pouvoir refaire son grand ouvrage. Est-ce la faute des zootomistes? est-ce la faute des physiologistes? Peut- on diviser la vie comme on a divisé les animaux? Fera-t-on une physiologie pour les vertébrés et une autre pour les invertébrés? Là s'est arrêté le système préexistant; il n'a pu méconnaître l'unité de la vie dans le règne animal; il n'a pu méconnaître, et hâtons -nous de le dire, il n'a point méconiui sa graduation dans les deux embranchemens? Or, considérée dans son ensemble , la vie n'est que l'orga- nisation en action ; reconnaître la graduation des phénomènes par lesquels elle se manifeste, n'est-ce pas avouer tacitement 1.1 graduation des organismes? Comment séparer ici l'effet de sa cause? D'un autre côté comment lier la cause à ses effets, j)!.isque les animaux invertébrés ont une organisation si descendue, et les vertébrés adultes une organisation si élevée, rjuc lout rap- II. /ooi.. - Ocloùrc. ' iG 24 2 SERRES. — Rapport entre les vertébrés ci les invertébrés. prochement, que toute comparaison entre eux est presque ren- due impossible? Comment suppléer par la méthode à cette in- compatibilité apparente des faits? Comment saisir des rapports qui au premier aperçu semblent ne pas exister? La difficulté serait insurmontable si la nature était réellement telle qu'avec ses suppositions et ses hypothèses la science ac- tuelle nous l'a faite. Mais si au contraire on a opéré sur une nature artificielle, si au lieu d'embrasser la généralité des faits on n'en a considéré qu'une partie , et si la partie négligée est celle précisément qui renferme les données du problème, on conçoit que la question change tout-à-fait de nature, et que son insolubilité pourrait bien n'être qu'une attestation de l'imperfec- tion de nos connaissances, et de nos méthodes d'investigation , en anatomie générale et comparée. Or, c'est ce qui est. Dans la supposition que l'embryon était la miniature ou la répé- tition exacte de l'animal parfait, on avait négligé l'embryologie, on avait délaissé comme inutile l'immensité des faits dont se com- pose l'embryologie comparée des animaux vertébrés, pour s'en tenir uniquement aux faits de leur anatomie arrêtée dans ses développemens. Qui ne voit les conséquences de ce délaisse- ment? Qui ne voit qu'en procédant de cette manière on n'a trouvé et on ne devait trouver que des élémens incompa- rables ? Cette conséquence sera mieux appréciée encore dans ses causes et dans ses résultats , si les faits simples de l'embryologie des vertébrés nous reproduisent passagèrement les faits sim- ples et permanens des animaux invertébrés. En faisant rentrer les premiers dans la science d'où jamais ils n'auraient dû être exclus, nous pouvons donc espérer de replacer cette partie de l'anatomie comparée sur ses véritables bases, et nous sommes au moins assurés de lui fournir des élémens comparables. Cette certitude nous est acquise par l'application que nous avons faite de ce principe à l'anatomie comparée des vertébrés; les lois de l'ostéogénie, l'anatomie comparée du système ner- i veux , les mémoires d'anatomie transcendante que nous avons publiés et qui servent de base l\ la théorie du développement excentrique ne sont en effet autres que des faits d'embryologie , SKRRES. — Rapport entre les vertébrés et les invertébrés. i[^ comparés aux faits permanens provenus des vertébrés adultes et liés entre eux par leurs analogies et leurs rapports. Le premier et le plus important de ces faits, c'est que tous les organismes se développent de la circonférence au centre, que tous étant primitivement pairs, viennent se réunir sur la ligne médiane pour former un organisme impair. Le second , et aujoiu-d'hui nous pouvons dire le moins in- contesté de ces faits, c'est que tout organe, de même que tout organisme , de même que tout animal vertébré , suit dans ses développemens une marche progressive et ascendante qui le conduit au terme où définitivement il doit s'arrêter. Le troisième de ces faits généraux qui dérive du second, c'est que l'embryon d'un vertébré supérieur traverse plus ou moins ra[)idement des formes organiques auxquelles s'arrêtent les ver- tébrés qui lui sont inférieurs; d'où il suit que la grande diffé- rence, la différence capitale des vertébrés réside, dans le plus ou le moins de métamorphoses que subissent leurs orga- nismes. En descendant des vertébrés aux invertébrés, la nature chan- gera-t-elle de plan, d'ordre et de méthode? Les règles de for- mation et de développement seront-elles changées par le fait lus rigoureusement l'image de l'association des inverté- brés que dans l'embryogénie de la duplicité monstrueuse. Ici comme chez les invertébrés, deux êtres simples se réunis- sent pour former un tout unique et commun; mais pour former cette association chaque individu se dépouille de quelque par- tie |)our la sacrifier au tout. Un animal double n'est pas un double animal; c'est un être nouveau qui tient la moyenne entre les comj)osans qui le forment. J'ai exposé dans un autre ouvrage les règles de cette nouvelle organogénie des vertébrés anomaux. La discordance que l'on observe entre les invertébrés et les vertébrés n'est donc que relative; elle est incontestable si l'on compare les invertébrés aux vertébrés adultes. Mais si on les considère pour ce qu'ils nous paraissent être, des embryons per- intmens et si l'on compare leur organisation à l'embryogénie des vert(''brés, on voit les différences s'effacer, et de leurs analogies on voit naître une foule de (apports inaperçus. q48 serres. — Rapport entre les vertébrés et les invertébrés. Le plus curieux, comme aussi le plus important de ces rap- ports, est celui qui se manifeste dans les régénérations succes- sives dont les invertébrés sont susceptibles. On sait d'après nos recherches qu'un animal élevé dans l'é- chelle organique ne parvient à occuper ce rang qu'en passant par les rangs intermédiaires qui le séparent des animaux placés au-dessous de lui. L'homme ne devient homme qu'en traversant des organisations passagères qui le rapprochent d'abord des pois- sons, puis des reptiles , puis des oiseaux et des mammifères. On conçoit que nous aurions de ce fait une démonstration rigou- reuse, si nous pouvions reproduire par la synthèse ce que l'ana- lyse anatomique a mis hors de doute. Or, ce qui ne peut se faire chez les vertébrés à raison de la complication de leurs organismes devient possible chez les in- vertébrés à cause de la simplification de leur structure et de la régénération des parties qui en est la conséquence. Supposons un annélide dont la formation soit élevée comme celle du lombric de terre : si nous suivons ses métamorphoses diverses depuis la sortie de l'œuf jusqu'à son développement complet, nous le verrons dans la première période se rappro- cher de l'organisation d'un polype nu, dans la seconde \\ par- viendra à l'organisation d'une hélianthoïde ; dans la troisième il reproduira la structure de l'arénicole qui l'avoisine; dans la qua- trième enfin il deviendra ce qu'il doit rester sa vie durant. Si maintenant nous soumettons le lombric de terre aux expé- riences de régénération , nous le verrons à la suite des pre- mières expériences redevenir arénicole; puis hélianthoïde à la suite des secondes; puis enfin polype à la suite des troisièmes. De cette manière il parcourera en se dégradant, mais en sens in- verse, la même série de transformations qu'il a déjà traveisée en se développant. Ces expériences et l'appréciation des résultats que nous ve- nons d'énoncer feront l'objet d'un mémoire particulier. couERBE. — Sur le cerveau. 249 Rapport fait à V Académie des sciences sur un Mémoire de M. CouERB£, relatif au cerveau considéré sous le point de vue chimique et physiologique; par M. Dumas. (Séance du 11 août i834. ) L'Académie nous a chargés, MM. Thenard , Chevreul et moi de l'examen du Mémoire de M. Coiierbe, qui est partagé, ainsi que l'indique son titre, en deux sections; l'une chimique, l'autre purement anatomique. Cette dernière partie, ne conte- nant aucune observation nouvelle, nous n'avons pas cru néces- saire de réclamer l'adjonction d'un anatomiste à la commission. Nous l'avons laissée de côté, pour concentrer notre attention sur la partie neuve de ce travail, celle qui a pour objet l'analyse chimique du cerveau. C'est donc sur elle seulement que nous allons fixer l'attention de l'Académie. Pour qu'on puisse apprécier plus facilement les observations de l'auteur, un court historique des expériences chimiques dont le cerveau a été l'objet nous paraît indispensable ici, en nous bornant toutefois, à ceux des chmaistes qui ont réellement introduit quelque notion nouvelle dans cette difficile étude. Sans remonter à une époque trop ancienne , à laquelle des coimaissances imparfaites encore sur la nature des matières animales, ne permettaient pas d'exécuter une analyse utile du cerveau, nous rappellerons d'abord un Mémoire de Fourcroy, publié en 1793, qui a servi réellement de point de départ à toute saine recherche sur ce sujet. Il fait bien connaître la na- ture généiale du cerveau et prouve que cet organe renferme l)eaucoup d'eau, une matière analogue à l'albumine et divers plujspliates. 11 fait voir que cet organe n'est point alcalin, comme le sang et la bile. A ces notions générales, qui sont vraies et qui rélulaient des erreurs graves accréditées alors, Fourcroy ajoute doux faits essentiels. Il signale l'existence d'iuie certaine 25o couEBBfi. -- Stn' le cerveau. quantité de soufre dans le cerveau humain, qui, par sa com- bustion, lui a fourni en effet de l'acide sulfurique. Il fait voir en outre, qu'en traitant le cerveau humain par l'alcool, on en retire un corps analogue à la cholestérine des calculs biliaires. Dix ans plus tard, Jordan fit voir que le cerveau soumis à l'incinération donne de l'acide phosphorique libre, qu'il ne renfermait point à l'état frais. Cette observation incomplète ne pouvait fixer l'attention, le fait étant de nature à s'expliquer par des circonstances très ordinaires, telles que la présence d'un peu de phosphate d'ammoniaque dans le cerveau. En i8j2, Vauquelin éclairé par des recherches qu'il avait laites avec Fourcroy sur la laite de carpe, retrouva dans le cer- veau des phénomènes que cette matière leur avait présentés , et fut conduit à l'une des observations les plus importantes que l'on ait eu l'occasion de faire en chimie animale. Il découvrit _, en effet, que le cerveau renferme du phosphore en nature ou au moins du phosphore qui n'est ni à l'état de sel, ni à celui d'acide ,*'et qui dès-lors doit être uni aux élémens de la matière animale, comme l'un de ses principes. Non-seulement Vau- quelin fit connaître l'existence du phosphore dans le cerveau en général, mais il parvint à isoler des autres matières que ren- ferme cet organe, deux substances grasses, dans lesquelles le phosphore se trouve confiné. Vauquelin fit voir que le cerveau, le cervelet, la moelle allongée et les nerfs ont à-peu-près la même composition, et présentent tous du moins la matière phosphorée caractéristique. Plus tard, M. John, dans un travail très étendu, s'efforça de prouver que la substance phosphorée est particulière à l'homme; les diverses cervelles d'animaux soumises à ses expériences ne lui ayant jamais offert les effets si tranchés que l'on observe à cet égard, dans le cerveau humain. Cette assertion n'est pas d'accord avec les expériences de Vauquelin , desquelles il résulte que la matière phosphorée se retrouve dans la cervelle de veau, par exemple. Vue en grand et dans ses rapports avec la physiologie, l'ana- lyse du cerveau n'avait rien appris de plus. Le travail de M. Couerbe vient se rattacher aux précédens couERBE. — Sur le cerveau. 201 d'une manière intime, et semble destiné à présenter sous un nouvel aspect ces faits déjà si dignes d'intérêt. D'après ce jeune chimiste, le cerveau renferme diverses ma- tières grasses qui sont à-la-fois phosphorées comme l'a vu Vau- quelin, et sulfurées, comme on pourrait dire, que l'avait entrevu Fourcroy. Il contient, en outre, de la cholestérine , ainsi qu'on aurait pu le présumer d'après les observations de ce dernier chimiste. Mais, suivant M. Couerbe, le phosphore est un élément d'une bien haute importance, car sa juste proportion est absolument indispensable au libre exercice des fonctions intellectuelles. En excès, il engendre la folie; s'il vient à manquer, on tombe dans l'idiotisme, ou plutôt, pour nous servir ici d'un langage plus réservé, l'analyse ne perçoit d'autre différence qu'une variation dans les quantités de phosphore dans le cerveau de l'idiot, de l'homme sain et du fou. Ainsi, rangeant les cerveaux selon les quantités de phos- phore qu^ils renferment, on aurait: 1° celui du fou; 2° celui de l'homme sain; 3° celui de l'idiot; 4* celui des animaux, où John n'en trouve que des traces ou même point du tout; ce qui exige confirmation. Personne ne sera surpris que votre commission ait cherché à peser avec maturité les preuves sur lesquelles sont établies des assertions d'une si haute importance. Elle pense que les expériences de M. John ont besoin d'être revue avec soin, pour mettre hors de doute l'absence du phosphore, dans le cerveau des animaux. On aurait la droit d'exiger que par des expériences plus nombreuses, il fut bien démontré que les variations du phosphore dans l'homme sain ne sont pas susceptibles d'attein- dre, par excès ou par défaut, les quantités que M. Couerbe regarde comme étant caractéristiques de l'état de folie ou d'idiotisme. Or, il est évident que si l'assertion de M. John exprime un fait absolu très facile à vérifier, la proposition énoncée par M. Couerbe repose sur des rapports qui ne peuvent s'établir que par des nioyeniics exigeant des analyses beaucoiq> plus nombreuses que celles qui semblent avoir été faites par l'auteur. aSa couERui". — • Sur le cerveau. Votre commission n'a pas dû considérer comme un travail qui fût dans ses obligations la série nombreuse d'analyses qui était nécessaire pour arriver à la connaissance de la vérité sur ce point. Elle a dû se borner à faire ressortir toute l'importance de cette question et à fixer sur elle l'attention des chimistes. Laissant de côté maintenant cette discussion , pour laquelle les matériaux nous manqueraient bientôt , nous allons fixer l'attention de l'Académie sur une partie du ménioiie de M. Couerbe, qui est plus positive, plus finie, et qui forme vé- ritablement le corps de son travail. C'est l'étude et l'analyse des matières grasses du cerveau. L'auteur n'en reconnaît pas moins de cinq parmi lesquelles quatre seraient à-la-fois chargées de soufre, de phosphore et d'azote; la cinquième n'est pas moins remarquable, quoique privée de ces trois élémens, puisqu'elle est identique avec la cholestérine ou matière grasse des calculs biliaires. Parmi les quatre premières, il en est deux qui sont isomé- riques, c'est-à-dire qui ont la même composition. Il est à désirer que l'auteur donne en détail les résultats analytiques surles- quels il appuie cette opinion. L'auteur désigne ces deux sub- stances sous les noms de Céphalote et à'Eléencéphol. Celle qu'il nomme Céréhrote , en diffère à peine, et contient seulement ~ de carbone et ~ d'hydrogène de plus que les deux précédentes. Enfin , celle qu'il nomme Stéarvconote contient beaucoup moins de carbone et beaucoup plus d'azote, ainsi que l'indique le tableau suivant : Cholestérine. Cérébrote. Cép halole et Eléencépho! l. Stéaroconol Carbone. 84,9 67,8 G6,36 59,S Hydrogène. 12,0 11,1 10,03 9,? Oxigène, 3,1 13,3 15,86 17,3 Azote. » , 3,4 3,25 9,3 Pliosphore, m 2,3 2,54 2,4 Soufre. n 2,1 1,96 2,0 100,0 100,0 100,00 J00,0 Nous allons donner les caractères que l'auteur assigne aux substances qu'il a reconnues dans le cerveau humain. couriiBK. — Sur le cerveau. 253 Cérébrote. — Elle est infusible, ne tache pas le papier, ne se dissout pas dans l'éther. Après dessiccation , elle devient friable et peut se pulvériser. L'alcool bouillant la dissout très bien, mais l'alcool froid en prend peu ; les alcalis ne la saponifient point. Dans la cérébrote d'un cerveau sain , l'auteur a trouvé i , 3 pour loo de phosphore. Dans celle du cerveau des aliénés, il a trouvé de 3, 4 à 5 p. joo de phosphore. H en a trouvé moins, au contraire, dans la cérébrote extraite du cerveau d'un idiot ou des cerveaux des vieillards. Céphalote. — Cette matière, qui diffère à peine de la précédente parla composition, est solide, brune, insoluble dans l'eau, in- soluble dans l'alcool , mais soluble dans vingt-cinq fois son poids d'éther froid. Elle se ramollit par la chaleur, mais ne devient jamais bien fluide; elle est élastique à la manière du Caoutchouc. Les acides agissent difficilement sur cette substance , mais les alcalis la saponifient. Il est à regretter que l'auteur n'ait pas fait connaître la nature des acides résultant de cette saponifi- cation. Cette étude est du plus haut intérêt, car elle seule peut nous éclairer sur l'état où se trouve le phosphore dans ces com- binaisons singulières. Stéaroconote. — Celle-ci est infusible, fauve, insoluble dans l'eau, l'alcool ou l'éther bouillans, mais soluble dans les huiles. L'acide nitrique la convertit en un produit cristallisable. Eléencéphol. — Cette substance entièrement semblable à la cé- phalote, quant à la composition, en diffère beaucoup par ses propriétés; elle est liquide, rougeâtre, d'une saveur désagréable, soluble dans l'éther en toutes proportions et soluble aussi dans l'alcool bouillant. Cholestérine. — Cette matière, que l'auteur désigne sous le nom de cholestérote , est selon lui entièrement semblable à la cholestérine des calculs biliaires. Il est fâcheux que l'auteur, en changeant la désinence du nom déjà adopté, la remplace par nn(t autre qu'il applique à trois corps azotés, sulfurés et phos- phores, qui ne paraissent avoir aucun rapport avec la cholesté- tine i\\n'. cette uomenclatiM'e en rapprocherait. La cholestérine cérébrale, jiperçue par Fourcroy, avait été 254 couERBE. — Sur le cen>eau. retrouvée par Ruhn , qui pourtant ne semble pas l'avoir bien reconnue; l'analyse élémentaire que vient d'en faire l'auteur lève tous les doutes sur son identité avec celle des calculs biliaires, et montre qu'elle ne renferme pas de phosphore, quoiqu'on l'ait cru, faute de l'avoir convenablement purifiée. La cérébrote pure avait été obtenue par Ruhn , qui n'avait fait qu'entrevoir la céphalote ; la stéaroconote est une matière nouvelle ; l'éléencéphol était déjà connue de Vauquelin. Il serait long et inutile de décrire le procédé que l'auteur emploie pour séparer ces cinq matières. Il repose sur l'emploi de l'alcool ou de l'éther, soit à froid, soit à chaud. C'est surtout par l'emploi de l'éther qu'il se dislingue de ses devanciers. Depuis que Vauquelin a fait voir qu'il existe dans le cerveau des matières grasses phosphorées , il était à désirer : 1° Qu'on en fit l'analyse élémentaire; •2° Qu'on cherchât le rôle physiologique de ces corps ; 3" Et, enlin, qu'on essayât de fixer l'opinion sur l'état du phosphore dans ces substances, en étudiant sur elles l'effet des réactifs, (i) Le travail de M. Couerbe paraît complet sur la première question. Quant à la seconde, il donne des indications qui méri- tent d'être suivies avec le plus grand intérêt. Relativement à la troisième, vos commissaires regrettent que l'auteur ne l'ait pas traitée. Considérant que l'auteur fait mieux connaître le nombre et la nature des matières grasses du cerveau ; qu'il en donne la com- position élémentaire; qu'il y prouve le présence du soufre (a) qu'on n'y soupçonnait pas , vos commissaires ont l'honneur de vous proposer d'accorder une place dans le recueil des savans étrangers à la partie chimique , c'est-à-dire à la deuxième section du mémoire soumis à leur examen. (i) Il serait curieux, par exemple, de chercher ce que devient le phosphore dans la sa- ponificatiou de la céphalote. Pas^e-t-il dans les acides ou dans un produit analogue à la glycérine .>• (a) C'est M. Chevreul qui a indiqué, le premier, la présence de l'azote dans la matière grasse cérébrale qu'on a appelée céréhrine. BoiiRJOT. — Nerf facial du Marsouin. 255 Extrait d'un rapport fait à V Académie des Sciences par M. Du- MF.RiL sur un mémoire ayant pour titre: Considérations sur le nerf facial et sur son influence dans l'acte de la respiration chez le Marsouin ; Par M. BouRjOT Saint-Hilaire. L'auteur, dans ce mémoire, donne une description très dé- taillée de la forme, de la disposition toute particulière des os qui entrent dans la composition des fosses nasales, et de l'ar- rangement qu'ils ont subi dans les parois des cavités qu'ils constituent; puis il décrit l'appareil musculaire, les deux lèvres mobilesMe l'orifice nasal externe, la double poche charnue et le mécanisme des soupapes qui la ferment. Tous ces faits étaient connus; mais , sous quelques rapports, ils n'avaient point en- core été étudiés avec autant de soin et de détails. C'est surtout sur l'origine , la distribution et les fonctions des nerfs qui se terminent dans ces appareils, que les commiis- saires signalent des observations tout-à-fait nouvelles, qui vien- nent confirmer d'une manière positive les usages attribués par M. Charles Bell à la portion dure de la septième paire. On sait que ce physiologiste considère la septième paire ou nerf facial comme spécialement destinée à produire ou à faire concorder les mouvemens de la respiration dans les parties supérieures ou faciales de l'appareil. Or, dans le marsouin, les rameaux destinés aux muscles chargés de faire mouvoir ces singulières narines , se trouvent extrêmement développés. H résulte des expériences et des observations de Bell, que la respii-ation s'opère sous l'influence réunie de quatre juiircs de nerfs cpii pr(jvieiinent tous d'une même région de la moelle épi- mère, où ils seiidjient naitre sur luie seule rangée régulière. 256 BOURJOT. — Nerf facial du 31arsouin. Ces nerfs sont : i le spinal accessoire; 2° le pneumo-gastrique, 3° le glosso-p! laryngien; 4° le facial ou portion dure de la sep- tième paire. M. Bourjot Saint-IIilaire a trouvé dans les cétatés une pleine confirmation des prévisions de Bell, En effet, le nerf facial, après sa sortie du crâne, au lieu de s'étaler comme chez l'homme et chez les autres mammifères , en filets nombreux qui se dis- tribuent au nez, aux lèvres, an menton et au cou, se continue sous la forme d'un très gros cordon plexiforme, sans donner une seule branche, jusqu'à l'endroit qui correspondrait à la commissure des lèvres : et là , au lieu de se distribuer dans ces parties et au museau antérieur, il remonte contre sa direction première en faisant avec son tronc un angle très aigu pour se jeter, non sous la peau, mais dans les muscles profonds et puis- sans qui agissent sur les poches à eau et qui déterminent la dila- tation et le resserrement des évens, dans le mécanisme parti- culier qu'ils sont appelés à exécuter pour l'acte de la respi- ration. Les commissaires ont eu sous les yeux les préparations qui ont servi à l'auteur pour son mémoire, et reconnu l'exactitude de tout ce qu'il avait avancé; ils regardent ce fait anatomique comme venant à l'appui de Tune des découvertes de la physio- logie moderne, et proposent en conséquence que la parie du travail de M. Bourjot qui se rapporte à la description du nerf facial , so:t insérée dans le Recueil des sauans étrangers. j. CHRiSTOL. — Dugong fossile. aS; Mémoire sur le Moyen Hippopotame fossile de Cuvier, replacé au genre des Dugongs, ( i ) Par M. Jl'les de Christol, « Secrétaire de la Société d'histoire naturelle de Montpellier. Dans ses recherches sur les ossemens fossiles, Ciivier avait établi, avec quelques doutes néanmoins, une espèce détruite d'Hippopotame , qu'il désignait sous le nom de Moyen Hippo- potame fossile , et qu'il ne connaissait que par quelques débris découverts et donnés au cabinet du Roi, par M. Dubuisson , conservateur du cabinet d'histoire naturelle de la ville de Nantes. Ces débris consistent en une molaire isolée, et en une portion de mâchoire inférieure contenant la dernière et la pénultième molaire. On en voit les dessins, fig. 9, pi. vu, du tom. î" des Recherches Sur les ossemens fossiles, dessins re- produits dans nos planches, fig. i , et de grandeur naturelle, figure 2 et 3 ( pi. 1 3 }. Cuvier remarque avec justesse, c]yL indépendamment de leur petitesse^ ces dents ont des caractères particuliers dans leurs formes: x" elles n'ont point de collet ou rebord saillant autour de leur base j a" les disques de leurs couronnes ne présentent pas de trèfles aussi distincts que ceux de l'Hippopotame , ce sont plutôt des lobes plus larges en dehors et un peu plus échancrés que de véritables trèfles ; 3"* la dernière n'a pas un talon aussi lou' gitudiruil et aussi simple que la dernière de l' Hippopotame com- mun ^ mais seulement trois tubercules formant un talon trans- verse ^ comme dans ta pénultième. A ces caractères, différens de ceux de l'Hippopotame, je puis ajouter, dès à présent , d'après le dessin même de Cuvier et d'après des molaires absolument semblables qui sont à ma disposition, que la der- (1) Voyczje rapport fait à l'Académie des Sciences, sur ce travail, par M. I'. Ciivirr, Aiin. des Se. nat. , a' série, Zool., I. r,p. 9.89. II. /.(lor.. — !\'ovem/>rr, 17 2 5>S 3. cfjRisroL. — Dugong fossile. nière de ces molaires na que deux racines, l'une antérieure, comprimée d'avant en arrière, l'autre postérieure, occupant les deux tiers de la longueur de la dent. Dans ces dernières molaires d'Hippopotame vivant ou fossile que j'ai pu examiner, j'ai toujours reconnu une division des racines entièrement différente. Ayant fait scier plusieurs portions de mâchoire d'Hippopotame fossile , afin de dégager les racines de la der- nière molaire inférieure, j'ai vu constamment qu'à chaque lobe de la couronne correspondait une racine séparée des autres; ces racines sont au nombre de cinq ; il y en a d'abord quatre ran- gées deux à deux , de manière qu'une paire soit devant l'autre en travers, puis il y en a une cinquième en arrière, laquelle correspond au talon de la couronne. J'insiste sur ces circon- stances , parce que les divisions des racines me paraissent four- nir, dans beaucoup de cas, des caractères plus importans qu'on ne le pense généralement. M. Frédéric Cuvier me paraît avoir senti cette importance de la forme des racines; aussi, dans son ouvrage sur les dents des mammifères, a-t-il soin de si- gnaler les modifications que les racines éprouvent dans les divers genres. Les doutes que toutes ces différences avec l'Hippopotame font naître sur la détermination de l'animal fossile qui les pré- sente, ont été partagés par Cuvier lui-même; aussi n'hésite-t-il pas de convenir que l'établissement de ce Moyen Hippopo- tame ne sera démontré que lorsqu'on en aura trouvé les inci- sives et les racines. Or, c'est là im résultat auquel on ne peut espérer de parvenir, car de nouvelles pièces m'ont donné la preuve la moins équivoque que ce Moyen Hippopotame est un mammifère marin du genre des Dugongs; et que, par consé- quent, il ne peut avoir ni canines ni incisives à la mâchoire inférieure adulte. Les sables marins supérieurs de Montpellier m'en ont fourni une mâchoire inférieure, contenant trois mo- laires absolument identiques., dans leurs moindres caractères, à celle de Nantes ; il n'y aurait peut-être entre ces dernières et les miennes qu'une faible différence de grandeur, moindre même que celle qui existe entre divers individus de la grande espèce (riiip|)O[)0tame fossile. J^a forme de la mâchoire, de j. CHRrsTor . — Dugong fossile. a5q Nantes, dans ce qui en est conservé, rentre parfaitement dans la forme de la mienne, et, autant que je puis en juger par le dessin et par la description qu'en donne Cuvier, on y voit, comme dans la mienne, un très gr;iî)d canal maxillaire , et Je trou mentonnier qui, par son excessif développement, est ca- ractéristique dans le Dugong. J'ai fait représenter à moitié grandeiu- ma mâchoire fossile de Dugong, vue en dessus, fig. 4» et de profil , fig. 5. Pour en faciliter la comparaison, je donne, fig. 6, la mâchoire du Du- gong de Daubenton, et fig. 7, la tête du Dugong de MM. Diard et Duvaucel. Dans le dessin de la mâchoire du Dugong de Dau- benton, dont je n'ai indiqué les contours que par des lignes ponctuées, j'ai placé des ombres à la partie qui correspond à ma portion de mâchoire fossile. On peut s'assurer par là que cette partie ombrée correspond entièrement à ma portion de mâchoire fossile, fig. 5. Les molaires de cette dernière sont au nombre de trois seu- lement et la série est complète, puisque le bord alvéolaire de la mâchoire, qui est très bien conservé, ne montre aucune trace d'alvéole ni en avant ni en arrière de ces molaires; s'il y en a eu plus de trois, ce n'a pu être que dans le jeune âge; à l'état adulte le nombre habituel des molaires a dû être de trois; aussi voyons-nous qu'il en est ainsi dans le Dugong vivant et dans la mâchoire, de Nantes (i). Cuvier dit bien qu'il y a dans celle-ci , à part les deux dents en place , les racines d'une troi- sième et l'alvéole d'une quatrième ; mais je serais porté à croire, d'après l'examen de ma mâchoire où la troisième molaire est entière, que cette quatrième alvéole du morceau de Nantes appartient à la troisième molaire , dont un tronçon seulement et non les racines complètes, serait encore en place; en sorte que ce qui a paru à Cuvier une quatrième alvéole complète ne serait, selon moi, qu'une portion d'alvéole dépendant du tronçon de troisième molaire encore en place. Il serait possible (i) Dans If Dugong, le nninijrc des molaires inférieures est de ciuq de chnqiic côté; mais les antérieures tomljaiit de très bonne heure, il n'en reste plus que deux ou trois en arriére. Ln tèlo du Dugong, de Uauljentoii , ne porte que trois molaires'. '7- aGo T. CHRISTOL. — Dugong fossile. toutefois que cette mâchoire , ayant appartenu à un sujet plus jeune que la mienne , portât effectivement quatre molaires. Ma dernière molaire, représentée de grandeur naturelle , 6g. 8 , a le même nombre de lobes que celle de Nantes, et porte, comme elle, un talon transverse (f), formé de trois tubercules ou mamelons disposés en triangle ; le mamelon moyen étant en avant des deux autres placées sur une même ligne en travers de la dent; comme dans la molaire, de Nantes, il n'y a dans celle-ci que deux lacines, l'une en avant, l'autre en arrière. Les disques de la couronne sont irréguliers et ne présentent pas de trèfles distincts comme dansTHippopotame. Cette molaire étant un peu plus usée que celle de Nantes , les deux lobes placés en travers au devant du talon commencent à se confon- dre, parce qu'ils sont usés presque jusqu'à leurs bases qui se touchent. Dans la molaire, de Nantes, fig. 2 , ces deux lobes étant à peine entamés à leur sommet, ne pouvaient encore être confondus ensemble; mais ils l'auraient été inévitablement par la suite , si la dent avait eu le temps de s'user davantage; c'est ce qui est arrivé dans la pénultième, de Nantes. Ma pénultième (même fig- 8) est très usée; néanmoins, d'après les divisions que les lignes d'émail établissent sur sa surface triturante, on peut juger que la couronne a dû être divisée en quatre lobes rangés par paires (a,Z> ), l'une au-devant de l'autre, et suivis d'un talon transverse ( f ) à la partie posté- rieure, absolument comme dans la pénultième, de Nantes; si le talon de cette dernière porte deux tubercules, c'est que la dent n'était pas encore usée au point qui, plus tard, aurait opéré la jonction de ces tubercules. La molaire isolée, de Nantes, que je représente fig. 3 et qui est aussi une pénultième, étant plus usée, montre les deux tubercules du talon réunis en un seul disque, les deux lobes de chaque paire , oi^ colline trausverse, s'y trouvent aussi confondus, par suite de la détrition, et for- ment, sur la couronne, deux disques bordés d'émail, irrégu- liers, allongés transversalement , et placés l'un au-devant de l'autre en travers de la dent; ces disques transverses se joignent par leur milieu, et complètent ainsi la ressemblance de notre pénultième avec les deux pénultièmes, de Nantes. .T CHRiSTOL. — Dugong fossile. 261 Ma première molaire ou antépénultième, encore plus usée que les deux antres par suite de sa position en avant, ne diffère de la pénultième qu'en ce qu'elle ne porte aucune trace de talon; je n'ai pas cru devoir la faire dessiner séparément, on peut du reste la distinguer parfaitement sur la mâchoire, fig. l\. Dans aucune de ces molaires, les disques ne montrent de dis- position à former de véritables trèfles, et cependant elles sont loin d'être arrivées à ce point d'usure qui, dans l'Hippopotame» ne permettrait plus de reconnaître la forme des trèfles; dans au- cune non plus il n'y a de collet ou rebord saillant autour de la base. Les racines sont au nombre de deux, l'une en avant, l'au- tre en arrière, simples supérieurement, et bifurquées à leur ex- trémité. A l'exemple de Cuvier, je donne, dans le tableau sui- vant, les dimensions de mes molaires et de celles de Nantes en regard des dimensions des molaires de l'Hippopotame vivant et de la grande espèce fossile. Ma dernière molaire, fig. 8, est longue de . . . o,"o26 La dernière, de Nantes, fig. 2, de (1) o, o3o La dernière de l'Hippopotame vivant, de . . . o, 064 La dernière de l'Hippopotame fossile du Muséum de Paris, de o, o85 Dans quatre dernières molaires d'Hippopotame fossile de ma collection, de o, o65 Ma pénultième^ fi^. 8, est longue de 0,02$ La pénultième, de Nantes, fig. 2, de o, 028 Mon antépénultième, fig. 4> de o, 018 Au moyen des dents, de Nantes, et de celles de Montpellier, on peut facilement former une description rigoureuse des molaires de notre animal , description d'autant plus complète qu'elle embrassera tous les degrés d'usure que peuvent présenter ces dents. Je vais l'entreprendre, afin de faciliter aux naturalistes, qui auraient à leur disposition des dents semblables, les moyens de les reconnaître à tout degré d'usure. (i) Il doit y avoir erreur dans le texic de Cuvier, relativemeal aux dimensiuDS des denixde ■Jantes, car dan» le dr«in de grandeur naturelle, fig. lo et 1 1 delà |)laorli« vu du I. i" de (Minier, )t trouve des dimentions pareillei à celles de mes nioiairei^. 26v>. j. CHRisioL. — Dti^oîJi^ fossile. Le nombre des molaires persistantes est de trois. i° Elles sont plus longues que larges, surtout les dernières; a*^ leur couronne (tig. 2,3, 8 et4) se compose de deux collines ( a, b), placées l'une au-devant de l'autre, en travers de la dent, et formées chacune de deux lobesadossés ; les lobes de lacolline antérieure (a) parais- sent moins séparés que ceux de la colline postérieure (^); il peut se faire encore qu'entre les deux lobes de cette dernière colline il y ait un troisième lobe ou tubercule peu distinct; 3° ces mo- laires présentent à leur partie postérieure un talon transverse (f) assez considérable à la pénultième, et encore plus étendu d'a- vant en arrière dans la dernière, où il est formé de trois tuber- cules ou mamelons disposés en triangle, le tubercule du milieu étant placé en avant des deux autres. Par la détrition , les lobes de chaque colline transverse se transforment en disques allon- gés, bordés d'émail et placés en travers de la dent; ensuite à mesure que la couronne continue à s'user, le disque de la pre- mière colline transverse se joint au disque de la seconde colline transverse; plus tard, le talon se réunit au disque qui le pré- cède, et enfin tous les disques formés par les lignes d'émail , s'é- tendent de plus en plus jusqu'à ce qu'ils se confondent en une surface aussi étendue que la dent qui est alors entièrement usée; 4» elles n'ont j^oint de collet ou lebord saillant autour de leur base; 5° les disques de leurs couronnes ne présentent pas de trèfles distincts comme ceux de l'Hippopotame, ce sont plutôt des lobes plus larges en dehors et un peu échancrés que de vé- ritables trèfles; G" la dernière n'a pas un talon aussi longitudinal et aussi simple que la dernière de l'Hippopotame, mais seule- ment trois tubercules formant un talon transverse comme dans la pénultième. Les racines sont au nombre de deux, l'une en avant, l'autre en arrière, simj)le3 supérieurement et bifurquées à leur extré- mité; la racine postérieure de la dernière molaire est très forte et occupe les deux tiers de la longueur de la dent. D'après l'identité absolue des dents, de Montpellier, avec celles de Nantes , il est bien démontré qu'elles se rapportent à l'animal que Cuvier a appelé Moyen Hippopolame fossile. M. Frédéric Cuvier, (pii a vu ces pièces dans ma collection, a reconnu en .1. cHfiiSToL. — Dugong fossile. ^63 elles le Moyen Hippopotame de Cuvier; je dois dire néanmoins, que, quoiqu'elles aient singulièrement fixé son attention, il n'a pas eu le temps de les étudier assez pour que je puisse me pré- valoir entièrement de son assentiment. A cette époque non plus, bien que je me trouvasse fort embarrassé de la forme de ma mâ- choire , j'étais tellement préoccupé de l'idée qu'elle appartenait au Moyen Hippopotame, à cause de l'identité de ses molaires avec celles de Nantes, que je n'avais pas songé à en contester la détermination ; ce n'est que lorsque j'ai entrepris de la décrire que je me suis aperçu de l'erreur ; je me suis bientôt convaincu qu'elle ne pouvait en aucune façon être rapportée au genre Hippopotame, et ce n'est qu'après y avoir longuement réfléchi que je me suis décidé à la rapporter au genre des Dugongs. D'après Cuvier, les molaires inférieures du Lamantin sont plus longues que larges, surtout les dernières Elles présentent toutes deux collines transversales et un talon à la partie postérieure , qui devient assez considérable à la dernière et à la pénultième; les collines transversales, avnnt d'être entamées, offrent deux ou trois petites pointes mousses, ensuite , à mesure qu'elles s'u- sent par la mastication, elles montrent deux lignes bordées d'é- mail, qui s'élargissent jusqu'à ce qu'elles se confondent enuiie surface aussi étendue que la dent, qui est alors entièrement usée. Tout cela convient âmes molaires, de Montpellier, tout aussi bien qu'à celles de Nantes. M. Frédéric Cuvier ajoute, à cette descrip- tion des molaires de Lamantin, que les racines sont au nombre de deux, l'une en avant, l'autre en arrière, simples d'abord, mais qui s'élargissent et se bifurquent à leur extrémité. C'est là en- core une circonslance que je retrouve dans mes molaires. Maintenant, si l'on considère que mes molaires, ainsi que cel- les de Nantes, sont au nombre de trois seulement , tandis que la série est de cinq au moiuj dans l'Hippopotame; que, de même que dans le Lamanlin, il n'y a point de collet ou rebord saillant qui entoure la base, comme cela a lieu dans l'Hippopotame; que, de même que dans le Lamanlin , il n'y a pas de trèfles sur la cou- ronne, comme cela a lieu dans l'Hippopotame; que les racines sont au nombre de deux, de même que dans le Lamantin, au lieu d'être au nomJjre de cinq dans la dernière, comme elles le 264 T- QPRiSTDL. — Dugong fossUc. sont constamment dans l'Hippopotame; que leur couronne est divisée en collines transversales et en talon comme dans le La- mantin, et que le talon de la dernière est moins longitudinal et plus compliqué que dans l'Hippopotame , ou ne pourra s'empê- cher de convenir que les doutes émis par Cuvier sur la détermi- nation de l'animal de Nantes ne soient bien fondés, et qu'en dé-' finitive cet animal , qui est le même que celui de Montpellier, né doive appartenir à un genre voisin des Lamantins. En passant à l'examen des caractères de la mâchoire qui porte ces molaires, on n'hésitera pas à la replacer à son véritable genre, au genre des Dugongs qui effectivement est très voisin de celui des La- mantins. '<'"'«"'' ' Camper avait depuis long-temps signalé l'extrême ressem- blance du Dugong avec le Lamantin; Cuvier assure que ces deux genres sont aussi voisins qu'un genre puisse l'être d'un autre; l'analogie entre eux devient encore plus grande , lorsqu'on étu- die le Lamantin dans le jeune âge , puisqii'il porte alors, comme le Dugong , deux incisives à la mâchoire supérieure. Cette der- nière observation et beaucoup d'autres du même genre , dont plusieurs me sont propres, se lient d'une manière remarquable aux belles observations de M. Geoffroy Saint-Hilaire; pour le mo- ment, il me suffira de montrer que cette analogie entre le Du- gong et le Lamantin, encore plus frappante dans le Lamantin du Sénégal que dans le Lamantin d'Amérique, devient plus mani- feste dans le Dugong fossile, puisque ses molaires, en s'éloignant un peu des formes qu'elles affectent dans l'espèce vivante, se rapprochent très sensiblement de la forme des molaires du La- mantin. La mâchoire elle-même montre la même analogie en se rapprochant de celles du Lamantin du Sénégal. Privé de tout moyen de comparaison effective, je dois me borner à indiquer simplement ce rapprochement; tout me porte à croire, néan- moins, que, s'il était en mon pouvoir d'ajouter à la description etauxdessins de la mâchoire du Lamantin donnés par divers au- teurs, l'observation directe de cette pièce, je ne serais point forcé de m'arréter à un résidtat aussi vague. Le point essentiel de la question étant de démontrer que les débris de l'animal de Montpellier, rigoureusement semblables à j. cHRisTOL. — Dugong fonsile. 265 ceux de l'animal de Nantes, dont Cuvier a fait un Hippopotame, se rapportent au Dugong et non à l'Hippopotame, je suis naturel- lement conduit, dans ma description , à en poursuivre la com- paraison avec l'Hippopotame, afin d'en signaler les différences. Ayant déjà rempli cette tâche pour les molaires, je vais la conti- nuer pour la mâchoire. Quoique les deux branches hoiizontales de ma mâchoire, fig. a, ne soient pas complètes, on reconnaît facilement, par la di- rection de celle qui est entière et par ce qui reste de l'autre, qu'elles ont dû converger fortement vers l'extrémité antérieure comme dans le Dugong. Dans l'Hippopotame, ces deux bran- ches (fig. 9) se maintiennent parallèles dans toute leur étendue; elles ne sont pas plus écartées à leur extrémité postérieure qu'à leur réunion à la symphyse, Cuvier ne manque pas de signaler ce caractère important; dans le Dugong, au contraire, l'écarte- ment delà partie postérieure des branches horizontales est très considérable; antérieurement elles se réunissent en pointe pour former la symphyse, qui est étroite et allongée, particularité que je retrouve exactement dans ma mâchoire. Dans l'Hippopotame, l'extrémité antérieure de la mâchoire, vue en dessus, est dilatée en dehors de chaque côté (c, c, fig. 9). Ce renflement latéral est produit par les alvéoles énormes des canines qui se déjettent en dehors. Dans ma mâchoire, au con- traire, la symphyse (hg, ^) va en se rétrécissant déplus en plus jusqu'à son extrémité, et l'on voit qu'il n'a pu y avoir de cani- nes; car, outre qu'il n'y a aucune trace d'alvéoles, ce qui ne manquerait pas d'exister, si la mâchoire eût appartenu au genre hippopotame , la terminaison en pointe de la symphyse ne laisse ])as une place suffisante pour loger des canines, et surtout pour des canines aussi grosses et aussi écartées qu'elles devraient l'ê- tre dans une espèce quelconque d'Hippopotame; en l'attribuant au Dugong qui, à l'état adulte , n'a ni canines ni incisives, tout rentre dans l'ordre. ' '"'M "' ' En continuant à examiner ma mâchoire en dessus ( Hg. 4)» on ajxMToit à la base antérieure et interne de l'apophyse coronoide, lui j)ou en arrière de la dernière molaire, un trou foimé par uiir .ircadc osseuse très forte (A), et semblable à celle qui se 266 J. CHRisToi . — Dugong fossile. trouve sur le condyle de l'humérus desFélis. J'ignore si ce trou existe également dans les Dugongs vivans. Cuvier ne le men- tionne pas, et il n'est pas marqué dans le dessin de Dau- benton. En examinant le profil de ma mâchoire (fig. 5), on voit que le bord inférieur est excessivement concave. Dans l'Hippo- potame , l'angle inférieur de la mâchoire donne bien un cro- chet qui correspond à la partie postérieure de la courbure de ma mâchoire, mais en avant, il n'y a pas la grande courbure qui est ici formée par le renflement du dessous de la symphyse; on retrouve exactement ce caractère dans le Dugong et dans le Lamantin du Sénégal, avec cette différence, il est vrai, qu'il est moins prononcé dans ce dernier, surtout en ce qui concerne la courbure postérieure de l'angle inférieur. Vue de profil , la symphyse de la mâchoire est très déclive d'arrière en avant (a,^), commedans le Dugong (fig. 6 et 7). Dans l'Hippopotame , cette partie se relève sensiblement. Le canal maxillaire est très grand; il s'ouvre un peu en avant de l'antépénultième molaire, et forme à l'extérieur un énorme trou mentonnier {t fig. 5), qui se continue en gouttière pro- fonde recourbée en bas. Cette grande étendue du trou menton- nier caractérise le Dugong. L'ouverture interne du canal maxil- laire est très large et très évasée. Les branches horizontales ont leur face externe convexe, et leur face interne concave, de manière qu'en rapprochant par la pensée la branche droite de la branche gauche, et faisant toucher les bords opposés de l'arcade dentaire, la série des molaires se trouverait comme suspendue au centre d'une voûte» et ferait, pour ainsi dire, l'office de clef Le morceau de mâchoire, de Nantes (fig. i), est trop endom- magé pour qu'il soit possible d'en poursuivre bien loin la com- paraison avec la mâchoire, de Montpellier ; néanmoins, on peut voir par le prolongement et par la direction de sa partie anté- rieure, qu'il devait y avoir une symphyse allongée et déclive comme dans la mienne. En dessous, on aperçoit très bien, et Cuvier le signale dans sa description, le canal maxillaire (jn) qui est proportionnellement plus grand qu'il ne devrait l'être dans I j. CHRisTOL. — Dugong fossile. 267 un Hippopotame. En arrière de la dernière molaire , on voit un trou (A) qui, s'il n'est pas dû à une cassure accidentelle, doit être celui que j'ai indiqué dans ma mâchoire. Les caractères que je viens de signaler, dans la comparaison de, ma mâchoire fossile avec celle de iHippopotame, étant pour la plupart communs au Dugong et au Lamantin du Séné- gai, je n'aurais prouvé autre chose que la non-identité de ma mâchoire avec celle de l'Hippopotame, mais je n'aurais pas décidé à qui du Dugong ou du Lamantin elle devrait être rapportée. En outre , les molaires de mon animal se rapportant par leurs caractères au Lamantin plutôt qu'au Dugong, il faudrait mon- trer encore pour quel motif je donne la préférence aux carac- tères de ressemblance que ma mâchoire présente avec celle du Dugong ; je vais éclaircir successivement l'une et l'autre de ces questions. Et, d'abord, quoique dans le Dugong et dans le Lamantin du Sénégal, le bord inférieur de la mâchoire soit très concave, il l'est encore plus dans le premier et surtout à sa partie pos- térieure. Or, c'est là ce que je retrouve dans ma mâchoire, dont le bord inférieur forme presque le crochet en arrière (fig. 5, c), comme dans l'Hippopotame; dans le Dugong, la branche ho- rizontale est plus haute à proportion, et moins allongée d'avant en arrière que dans le Lamantin; je retrouve ce caractère dans mn mâchoire. Dans le Lamantin, la symphyse est plus allongée et la partie antérieure est moins déclive, parce que la mâchoire supérieure ne se recourbe pas vers le bas comme dans le Du- gong (fig. 7), ma mâchoire, au contraire, a sa partie symphysée relativement peu allongée comme dans le Dugong, et sa partie antérieure est très déclive de a en b pour s'accommoder à l'in- clinaison correspondante de la mâclioire supérieure. C'est en cela que je trouve la raison la plus péreiriptoire de ma détermi- nation, commc^je le montrerai tout-à-l'heure. Dans le Dugong, comme dans ma mâchoire (fig. 5), le trou mentonnier est unique et se continue en avant sous la forme dune profonde gouttière recourbée en bas ; dans toutes les espèces de l.amantin, ce trou est uiidliple, moins grand que dans le Dugong , et n'a pas la même forme. Dans le Dugong, comme dans ma màv-hoire, ce ^6^ J- cuRisTOL. — Dugong fossile. trou s'ouvre un peu en avant au-dessous de l'antépénultième molaire; dans le Lamantin, le premier des trous est placé beau- coup plus en avant. La supériorité que, dans ma détermination, j'accorde aux caractères de la forme de la mâchoire sur les caractères des dents, qui sont en général si importans dans la classificaiion des mammifères , est entièrement basée sur le principe de la corrélation des formes; la déclivité de la partie antérieure de la symphyse de ma mâchoire, son peu d'étendue d'arrière en avant me donnent, et la courbure de la mâchoire supérieure y et la mesure de son développement, et l'existence de deux grosses uicisives dont le développement est en relation intime avec le grand développement des intermaxillaires qui les por- tent. Or, comme cest le Dugong seul qui présente cette con- lormation M. (fig. y), c'est bien à lui que doit se rapporter une mâchoire dont la forme est telle qu'elle entraîne nécessairement cette conformation du maxillaire supérieur. On ne contestera pas, je pense, qu'il ne soit plus rationnel de concevoir l'exis- tence dun Dugong ayant des molaires semblables à celles du Lamantin, [que l'existence d'un Lamantin qui aurait une tète et une mâchoire inférieure semblable à celle du Dugong, Ajoutons a. ces observations que, dans le même gisement où j'ai trouvé la mâchoire de Dugong, se trouvaient aussi d'autres os offrant évidemment les caractères propres à ce genre. Rpste maintenant à décider si le Dugong, de Montpellier, se rapporte à une espèce inconnue ou à une espèce vivante. Quel- que peu considérables que soient les débris caractérisés que J en ai recueillis , ils me paraissent suffisans pour résoudre cette question , que ne pouvaient éclaircir les vertèbres et les cotes que l'on trouve dans nos sables marins, et qui, avant mes recherches, étaient inconnues dans nos contrées. Les molaires ont des caractères qui les distinguent à-la-fois des espèces vivantes du Dugong et du Lamantin ; la dernière porte un fort talon formé de trois tubercules ou mamelons placés en triangle, disposition qui ne se montre ni dans les Dugongs, ni dans les Lamantins vivans, et qui est constante dans mon espèce fossile, puisqu'on la retrouve tout aussi bien j. cHKiSTOL. — Dugong fossile. 269 dans les molaires de Nantes, que dans celles de Montpellier. En l'absence de tout moyen de comparaison effective , je me vois dans l'obligation de prendre pour base de mes détermi- nations, les descriptions des dents du Dugong et du Lamantin, telles que les donnent les naturalistes. Je ne puis m'empécber néanmoins de soupçonner quelques différences, d'abord entre les molaires de divers Dugongs, et ensuite entre les molaires du Lamantin du Sénégal et celles du Lamantin d'Amérique. Cuvier ne donne des dessins de molaires que d'un seul Dugong, où elles me paraissent différentes de celles du Dugong de Dau- benton. M. Frédéric Cuvier n'en donne que d'une espèce de Dugong et de Lamantin , en sorte que je suis forcé de rester dans l'incertitude sur ce point. Il est peu vraisemblable néan- moins que si les dents des diverses espèces de Lamantin vivant n'étaient pas sensiblement différentes des molaires de mon Dugong fossile, Cuvier eût été jusqu'à la méconnaître dans la mâchoire de Nantes. On peut donc regarder comme infiniment probable que les dents du Dugong fossile diffèrent de celles des espèces connues de Lamantin, quoiqu'il y ait entre elles un grand nombre de caractères communs. Quant aux rapports des molaires fossiles avec celles des Du- gons vivans, il faut convenir qu'ils sont presque nuls. Camper , Daubenton , Cuvier et M. Frédéric Cuvier s'accordent tous à reconnaître au Dugong des molaires simples et coniques; la dernière seule serait formée de deux cônes adossés; suivant Daubenton elles seraient mêmes dépourvues d'émail, particula- rité qui me paraît fort difficile à admettre. Il suffit de jeter un coup-d'œil sur les molaires fossiles du Dugong (fig. F, a, 3,4, 5 et 8), pour être bien convaincu que les antérieures ne sont ni coniques ni simples ; leur division en talon , en collines formées de deux lobes, la multiplicité des ra- cines, excluent toute idée de simplicité dans les formes. Je dois faire observer néanmoins qu'en rapprochant la supposition , que me paraît vouloir admettre M. Frédéric Cuvier, de l'existence de deux espèces distinctts de Dugong , d'un fait rapporté par Cu- vier, il serait |)ermis de soupçonner que les molaires d(M|uelques Dugongs vivans ne sont pas sans analogie avec celles de l'espèce 27<> J- CHiusTOL. — Dugong fossile. fossile. Cuvier rapporte que feu Péron , l'un des voyageurs les plus instruits qui aient fait des collections d'histoire naturelle lui soutenait avoir rapporté des dents d'Hippopotame des Mo- lusques; quand il les montra, Cuvier reconiuit que c'étaient des dents de Dugong. Le nom de Vache-marine ayant été donné par les Hollandais et par d'autres peuples à l'Hippopotame aussi bien qu'au Dugong, il serait possible, comme le pense Cuvier, que Péron ait été trompé par cette homonymie; cependant sa qualité de voyageur-naturaliste et de voyageur très instruit, jointe à la facilité qu'il a probablement eu de voir dans ses voya- ges ou dans les collections, des dents d'Hippopotame , me por- terait à croire qu'il n'a commis cette méprise que parce qu'il au- rait trouvé de la ressemblance entre les dents du Dugong et celles de l'Hippopotame. Comment, si ces dents eussent été simples et coniques, les eût-il prises pourdes molaires d'Hippopotame qui sont rectangulaires et très compliquées? Il est probable que celles de son Dugong, par leur physionomie , lui ont rappelé les formes des dents d'Hippopotame , formes qu'en effet les dents du Dugong fossile rappellent au point que Cuvier a pu s'y mé- prendre. Quoi qu'il en soit de la cause de l'erreur de Péron , il faut reconnaître que mes molaires de Dugong diffèrent essen- tiellement de celles des Dugongs connus jusqu'à présent. Au Moyen Hippopotame fossile, Qnwer fait succéder dans ses descriptions une quatrième espèce d'Hippopotame qu'il désigne dans son Tableau général des Animaux fossiles sous le nom à' Hippopotamus Dubius. Cette espèce d'Hippopotame , plus pe- tite que le cochon , ne lui est connue que par quelques molaires isolées, découvertes par M. Jouannet, deBordeaux, dans un beau calcaire près de Blaye, département de la Charente, et repré- sentées fig. 12-17 et fig. 18-ao, pi. Viï du tome P' des i?e- cherches. -.'.,.. ; Cuvier ne dit pas précisément en quoi ces molaires diffèretlt de celles de son Moyen Hippopotame; il trouve seulement qu'el- les sont plus petites et que deux d'entre elles offrent d'un côté un trèfle assez bien marqué; l'inspection seule du dessin qu'il en donne suffit pour montrer que cette assertion n'est pas hors de toute contestation. 11 y a loin de ces apparences de trèfles 3. CHRiSTOL. — Dugong fossile. o/ji aux véritables trèfles des molaires d'Hippopotanie , qui sont tuii- quement formés chacun par une seule colline marquée à sa face externe de deux sillons verticaux ; dans les molaires de Blaye, au contraire , la disposition peu marquée à former des trèfles, ne peut être admise qu'autant qu'on fait entrer dans la composition de chacun de ceux-ci les deux collines opposés et même le talon, élémens distincts qui ne sont point compris dans les trèfles de Ihippopotame; en sorte que, tandis que dans l'Hippopotame chaque colline séparée donne son trèfle; il fau- drait ici la réunion de deux collines pour produire l'apparence ii'un seul trèfle. i» En définitive , ces molaires, qui réellement ont de grands rap- ports avec celles du Moyen Hippopotame de Cuvier , rentrent assez bien dans les formes générales des molaires du Dugong de Nantes et de Montpellier. Les unes appartiendraient à la mâ- choire inférieure, les autres nn peu différentes appartiendraient probablement a la mâchoire supérieue. Si elles sont plus petites que celles de Nantes et de Montpellier , cela peut tenir, soit à ce qu'elles seraient des molaires de lait, soit à la place plus avancée qu'elles auraient occupé dans la mâchoire. Il est inutile de rappeler que dans les mammifères les dents antérieures sont généralement plus petites que les postérieures , et précisément dans ma mâ- choire de Dugong fossile (fig. 4)> la molaire antérieure est juste de la même grandeur que celle de Blaye. i/i Les molaires (fig. 16 et 18) de Cuvier me paraissent être des })énultiemes ou des anlépéimltièmes, composées comme les pénultièmes de Nantes et de Montpellier de deux collines lo- bées et transverses, suivies d'un talon à la partie postérieure. La première de ces dents est peu usée, mais la seconde, que nous représentons fig. 10, l'est à-peu-prèsau point de la pénul- tième isolée de Nantes (fig. 3). Il suffit de jeter un coup-d'œil sur ces molaires pour reconnaître que les élémens anatomiques y sont les mêmes, quoique la physionomie des contours , souvent • .variable d'un individu à l'autre, soit un peu différente; au fond il y a toujours, comme dans les autres molaires de Dugongs fos- siles, deux collines transverses (a, Z»), suivies d'un talon transver- sal/), à la partie posiérioun'. Ce que j'ai dit (\c ces molaires a-ya J. cHRisTOL. — Dugong fossile. s'applique également à celles que Cuvier représente fig. i5, i;^, 19 et 20. 1' Dans l'intérêt des naturalistes qui désireraient vérifier mes observations sur la pi. VII, tom. l^"" des Recherches, je dois prévenir que Cuvier, qui me paraît n'avoir pas fixé son atten- tion'sur la division de ces molaires en collines et en talon, les a indifféremment placées en divers sens, de manière que les nues présentent le talon en avant, les autres en arrière. Il eu agit de même à l'égard de la molaire isolée de Nantes de la fig. 1 r, dont il a placé la talon à la gauche de l'observateur , tandis qu'il est à droite dans la correspondante des dessins (fig. 9 et 10). En ayai?t soin de retourner plusieurs de ces dessins et les plaçant tous dans le même sens , on saisit plus fac ilement les rapports qui existent entre toutes ces dents. -^ Quant aux molaires des fig. 11 et i3 de Cuvier, comme elles ne diffèrent sensiblement des antres que par l'absence du talon , je les considère comme des molaires supérieures ; le Lamantin en effet n'a plus de talon à ses molaires supérieures, et puisque notre Dugong fossile a des molaires inférieures si approchantes de celles du Lamantin , il n'est pas étonnant que ses molaires supérieures participent de la même ressemblance. Ce qui doit encore les faire considérer comme des molaires supérieures, c'est qu'en général dans les herbivores et principalement dans les Pachydermes, les molaii-es supérieures sont moins allongées d'avant en arrière que les inférieures. Un autre caractère que je trouve dans l'une de ces molaires, fig. i3 de Cuvier, et qui me confirme dans l'opinion qu'elle appartient à la mâchoire supé- rieure, c'est qu'elle porte trois racines, l'une au bord interne, les deux autres au bord externe. Or, comme c'est là un caractère que M. Frédéric Cuvier signale dans les molaires supérieures du Lamantin , il est probable qu'il doit aussi se retrouver dans les molaires supérieures de notre Dugong fossile. Ces dents, pas plus que celles de Nantes et de Montpellier , ne portent de collet ou rebord saillant autour de leur base ; en les rapportant au genre Hippopotame, Cuvier exprime les mê- mes doutes que pour l'espèce précédente, et termine sa descrip- tion en disant : Cependant je dois prévenir , comme pour tes- I j. CHRiSTor. — Dugong fossile. 273 pèce de Nantes, qu il faut attendre d'autres cas pour porter un jugement définitif. Le désir de rendre à ce grand homme une entière justice, me porte à faire ressortir peut-être plus que sa renommée n'en a besoin, le soin qu'il a d'exposer son incertitude sur des déter- minations qu'il était impossible de rendre plus exactes tant qu'on n'avait pas trouvé des parties mieux conservées que celles qui étaient à sa disposition. Le nom seul qu'il a donné à l'un de ces Hippopotames ( Hippopotamus Dubius^ , montre bien d'ailleurs qu'il ne réclamait pas pour cette détermination la même confiance que pour les autres grands résultats auxquels l'avait conduit l'application des principes qu'il a développés avec tant de génie; et cette méprise, si toutefois on peut l'appeler ainsi, loin de porter atteinte à la certitude du grand principe sur lequel reposent toutes ses déterminations, le principe de la corrélation des formes dans les êtres organisés, en montre toute la fécondité, puisque en dernier résultat c'était à un Pachyderme qu'étaient attribués ces dents d'espèce inconnue , et qu'en effet elles se rapportent à un Pachyderme, car les Lamantins et les Du- gongs, quoique formant un groupe très voisin des Cétacés ordi- naires, sont de véritables Pachvdermes marins. Dans l'un de mes précédens mémoires j'avais rapporté à l'une des petites espèces d'Hippopotame fossile ma mâchoire de Du- gong; j'avais en cela suivi la détermination de Cuvier; aujour- d'hui que j'ai pu étudier à fond la question , je m'empresse de signaler l'erreur dans laquelle j'étais tombé. En résunjant les faits principaux que j'ai développés dans ce travail, je crois pouvou* considérer coinme suffisamment établi I" que la portion de mâchoire et la molaire isolée de Nantes, dont Cuvier a fait un Moyen Hippopotame fossile, appartiennent au même animal que la mâchoire de Montpellier; 0° que si Cuvier les a attribuées au genre Hippopotame, ce n'est qu'en exprimant les doutes les |)lus Ibrmels à cet égard, et qu'il eut sans doute rectifié les conséquences qu'il a cru pouvoir tirer de l'analogie que ces molaires présentent avec celles de l'Hippopo- tame, s'il (!Ùt eu à sa disposition des pièces plus complotes que celles (1(! Nantes; 3" que la mâchoire, de Montpellier, se rap- II /,ooi.. — Noffmhre. t8 ^'j[\ j, cHiiisioL. — Dugong fossile. portant au genre des Dugongs (ce qui est démontré par la con- vergence en avant de ses branches horizontales, par la terminai- son en pointe de sa symphyse allongée, déclive d'arrière en avant et recourbée en bas, par la grande courbure de son bord inférieur, par l'étendue et la ioime du trou mentonnier; il s'en- suit que la mâchoire , de Nantes , qui porte des molaires rigou- reusement semblables à celles de la mâchoire de Montpellier, appartiens^ aussi au Dugong, et que dès-lors il faut rayer du tableau des espèces fossiles, le Moyen Hippopotame Jossile àc- Cuvier, dont l'existence ne repose que sur les molai»es de Nan- tes; 4°qi^'6 la même rectification s'applique, quoique avec moins iX éw'iàe^nce^kV Hippopotamus Dubius, qui rentre également dans le genre des Dugongs; 5° que le Dugong fossile, que je nom- merai Halicore Cuvierii., distinct par la forme de ses dents des espèces vivantes de Dugong , a les plus grands rapports par la forme de celle-ci avec le Lamantin. A part la mâchoire qui fait le sujet de ce travail , je possède depuis plusieurs années diverses pièces qui se rapportent au genre Dugong, et qui ont été trouvées dans nos sables marins supérieurs à quelques pas seulement de la mâchoire; ce sont deux côtes, deux vertèbres dont une lombaire et l'autre dor- sale, deux humérus et un os du bassin; toutes ces pièces sont entières et bien caractérisées; elles sont du reste pétrifiées comme tous les os de nos sables marins, et annoncent un ani- mal long d'environ huit pieds. Les dfux côtes sont moins larges, moins épaisses, et par conséquent bien moins fortes que celle de Lamantin dont nos sables fourmillent; elles sont plus effilées, et offrent une espèce d'angle ou coude très prononcé à la moitié de la longueur de leur bord postérieur ; elles ont une entière ressemblance avec les côtes de Dugong, dont Cuvier donne les dessins. Leur lon- gueur , en suivant la courbure externe est de o"^55. La ver- tèbre lombaire est une quatrième, son corps est ovalaire , presque plan en avant, sensiblement concave en arrière; ses apophyses transverses sont aussi larges que le corps, épaisses, longues, arquées vers le bas et en avant ; elles sont marquées à leur extrémité d'une fiicette articulaire destinée à l'attache j. CHRisTOL. — Dugong fossile. 2^5 des os du bassin. Ses apophyses articulaires antérieures sont moins allongées que dans l'espèce vivante, elles sont moins éle- vées au-dessus du corps de la vertèbre dont elles sont à peine séparées. La distance de l'extrémité d'une apophyse transverse à l'autre, en suivant la courbure, est de o" 33. La vertèbre dorsale a son corps un peu en forme de cœur à pointe mousse, ses apophyses transverses courtes, très fortes, avec ime facette costale à l'extrémité; une autre facette costale est marquée sur le corps; les apophyses articulaires sont, comme celles de la lombaire, plus courtes que dans l'espèce vivante. La distance d'une apophyse transverse à l'autre est de o", i3. Les apo- physes épineuses de ces deux vertèbres sont verticales, ce qui les distingue du Lamantin où elles sont inclinées en arrière. L'humérus diffère très peu de celui de l'espèce vivante, son corps est en forme de prisme triangulaire, tordu , étranglé dans son > milieu , dilaté à ses deux extrémités , solide et non fistuleux à l'intérieur; la poulie esta gorge simple, et disposée un peu obliquement; la cavité olécranienne est de forme sémi- huiaire et très peu profonde; la crête deltoïdale, quoique très arquée, ne forme pas à sa partie supérieure un crochet aussi marqué que dans l'espèce vivante, La largeur de la tête infé- . rieure est de o^jOÔ , lu longueur de l'humérus de o,i55. Des Bahnes (balanus miser) adhèrent à sa face antérieure, ce qui montre clairement que cet os a long-temps séjourné dans la mer, dépouillé de parties molles, avant d'être recouvert par les sables. Cette observation, jointe à beaucoup d'autres dont l'exposition ne peut être développée dans ce mémoire, annonce que l'accumulation des sables, qui forment de puissantes as- sises en dessous et en dessus du point où j'ai recueilli cet os, n'est point due, comme (juelques géologues l'ont supposé, à une invasion brusque de la mer sur nos conlinens, mais qu'elle s'est opérée successivement comme dans l'époque actuelle (i). (i) En émettant celte opinion snr un fait parlicnlior, je suis loin de vouloir la généraliser en l'étendant à l'eascmble dej t'oi-mat ions marines des Icirains tertiaires; je pense , aiiconlruire, que l'opinion de MM. Cuvier et Isniii^niart sur les invasions et les retraites successives de la mrr, pful M-iile rendre raim comme type de la classe des oiseaux y présentés à l'Académie des Sciences ^ le 6 octo- bre I d34. Par M. Emile Jacquemin. Amené par mes études en zoologie à choisir la classe des oiseaux comme l'objet spécial de mes recherches, je me suis aperçu bientôt que la classification de ces animaux, fondée pres- que uniquement sur les considérations du bec et des pattes, ne pourrait suffire dans l'état actiiel de l'ornithologie. C'est ce qui m'a engagé à tenter d'établir des bases plus rationnelles poin- une nouvelle classification , en étudiant avec détail la structure d'un oiseau convenablement choisi j)our type, et en rapportant ensuite à son anatomie l'organisation des autres. Parmi les agens physiques du milieu ambiant, c'est l'air (jui influe le plus puissamment sm- le corps de l'oiseau; ce seront donc ses rapports avec ces êtres qui nous occujieront d'abord. (1) M. Marcel de Srrresa depui.s long-lempsaiiiioiicécr genre d'aprè.* les débris déleriniun i|iic je lui ai ruriiniuiMipiés. •2-jS JACQUHMm. — Osléologie de la Corneille. Non-seulement ce fluide baigne la surface du corps et pénètre dans la cavité pulmonaire par le jeu de la respiration; il traverse encore les poumons dans des points non déterminés, pour rem- plir huit poches pneumatiques ou aériennes dont la situation est telle qu'elles entonrent les organes les phis volumineux de la cavité pectoro-abdominale, et qu'elles amènent de l'air, par des ouvertures particulières, non déterminées, dans les cavités osseuses du squelette. Par l'intermédiaire des sacs pneumatiques sous-scapulaire et sous-fémorale, l'air pénètre aussidans les cellules sous-cutanées, et entre dans les tuyaux des plumes développées, sinon directement de ces cellules , au moins par le trou situé à la base des barbules. Enfin de toutes ces cavités, l'air revient au poumon pour être chassé au dehors. Il en résulte une sorte de circulation respiratoire qui présente quelque analogie avec la respiration trachéenne des insectes, et qui tend à diminuer le poids du corps, en desséchant les parties traversées par l'air (i). L'activité vitale, l'irritabilité des tissus, l'oxidation du sang, l'in- tensité de la couleur de ce liquide, l'énergie de la circulation , le degré de chaleur animale, la force des fibres musculaires, la marche plus ou moins rapide de la nutrition et des autres fonc- tions, etc., etc.; toutes ces conditions organiques et vitales sont d'autant plus énergiques et plus actives que l'influence de l'air sur l'être est plus intense. Après l'air, c'est la lumière qui influe le plus sur le corps de l'oiseau. La différence essentielle dans faction de ces deux agens, c'est que la lumière n'agit pas comme l'air sur les or- ganes internes; mais qu'elle ne se borne à modifier la surface du corps, et à pénétrer les parties constituatites de l'œil. La modification principale qu'éprouve l'oiseau sous l'influence de la lumière , consiste dans la forme et surtout dans la coloration des plumes. M. Gloger (dans le Mémoire qu'il vient de pré- (i) Le squelette du corvus cornue (|ue j'ai examiné en état parfaitement sec ne pesait que 25 grains. Un second qui avait été préparé depuis huit semaines, où par conséquent toutes les parties liquides n'étaient pas encore entièrement évaporées, pesait 26 grains gSo. Le squelette de Pelicanus onocrotalus, qui a été examiné par plusieurs membres de l'ancienne académie des Sciences, ne pesait que 23 onces. Nous remarquerons que le squelette de ce palmipède est très pneumatique; qu'il présente un très grand nombre de trous qui percent dans tous les points les os qui le composent , et servent d'eutrée à l'air qui remplit leurs cavités. TACQUEîiriv. — Ostéologie delà Corneille. ^79' sentcr à TAcadémie de Berlin et de Paris, intitulé sur les modi- fications qu'éprouve l'oiseau par l'influence du climat ) nous a démontré de manière à ne laisser aucun doute , que les indi- vidus d'une seule et même espèce d'oiseau, présentent des colorations différentes selon les climats qu'ils habitent , et qu'un seul et même individu , parmi les oiseaux de passage , change jjendant presque toute l'année les couleurs de son vêtement, selon les divers climats qu'il parcourt. Il est certain que l'air et la lumière ne sont pas les seules influences physiques auxquelles l'oiseau se trouve soumis. La chaleur (i ) et la pression atmosphérique, variables selon les dif- férentes couches de l'atmosphère, exercent une grande influence et amènent une série de phénomènes particuliers. Pour garantir 1 oiseau contre les chaugemens brusques de température pendant ses voyiiges dans de hautes régions atmo- sphériques, la nature a enveloppé le corps des bons voliers d'une couche de plumes très serrées. Le rayonnement de cha- leur de son corps vers l'espace céleste est par là beaucoup ralenti, rayonnement qui sans cette enveloppe aurait été très considérable dans les hautes régions où il existe un froid de I 5 à ao", tandis que la chaleur animale s'élève à 4^ et 48", ce qui fait une différence de 20 à 33'. Comme l'air ne baigne pas seulement la surface du corps, mais pénètre aussi jusque dans l'intérieur des tissus (ce qui établit un contact beaucoup plus intime, et beaucoup plus propre à refroidii- promptement le corps), il est plus que probable que la conununication de ce fluide avec les poches pneumatiques n'a lieu que peu ou point dans les hautes régions; et nous croyons pouvoir admettre que l'oiseau, avant d'y arriver, remplit d'air toutes les cavités et po- ches aériennes de son corps , et qu'ensuite l'air est retenu dans ces réservoirs ou au moins qu'il y est rarement renouvelé, de telle sorte que co fluide, une fois échauffé par le corps, con- tribue à entretenir la chaleur propre de l'animal. (i) Coiisullnz, Mir la nature de la chaleur et de la lumière, mon Extrait de la philosophie de la nature de Oken, dans la Minerve, rlioix dp mémoires étrangers, no i. Chez t.rochard, l'ari», rue de l'E\. i5, fig. 1,/). Ce dernier est un petit tuyau ou canal" osseux qui s'étend entre la caisse du (i) Il est à remarquer que cette ouverture , après avoir été trouvée chez l'aigle par Galvani, a clé presque entièremeut négligée par les analoniistes. M. Ticdemann, qui en parle, nie son existence dans le genre Corvns, où il se présente cependant très distinctement après qu'on a ouvert l'antivestibulum. (Voy. sa Physiologie et auatomic des oiseaux.) JACQUEMiN. — Ostéologie de la Corneille. yQ5 tympan et le trou de la mâchoire inférieure dont nous venons de parler. Dans les squelettes préparés avec peu de soin, il est ordinairement enlevé. B. Des vertèbres du reste du corps. Ces vertèbres sont généralement moins compliquées que celles de la tète. Les arcs supérieurs qui par leur réunion forment le canal pour la moelle allongée sont très développés dans la ré- gion cervicale, pectorale et ventrale; ils s'affaiblissent dans la région caudale et finissent par un état rudimentaire dans la dernière vertèbre caudale. Les apophyses latérales existent depuis la seconde vertèbre cervicale jusqu'à l'avant-dernière vertèbre caudale; elles sont plus développées dans les régions pectorale et abdominale. Les apophyses inférieures n'existent que dans les régions mobiles de la colonne vertébrale, notamment dans les points où cette co- lonne fait des courbures, c'est-à-dire dans la partie supérieure du cou, dans la partie antérieure de la région pectorale et dans la région caudale. Les apophyses supérieures se contre-balan- cent avec les inférieures; c'est-à-dire qu'elles sont surtout bien développées dans les points où les premières n'existent pas , comme dans le milieu du cou et sur les vertèbres dorsales. Les vertèbres lombaires et sacrées présentent dans leur réunion intime un fait très remarquable en ce qu'on y voit une ten- dance, dans la substance nerveuse comme dans le système osseux, à produire un second renflement , celui de la tête étant le pre- mier. En remontant la série animale c'est chez l'oiseau que la colonne vertébrale quitte pour la première fois d'une manière décisive sa direction simplement horizontale; elle présente des courbures ou des ondulations parfaitement analogues et cor- respondantes en situation et en nombre à celle de cette co- lonne chez l'homme; elle s'élève même à la verticalité dans sa partie cervicale. Les appendices vertébraux consistent en vraies côtes au nombre de cin(|, en fausses côtes au nombre de d<;ux ou trois et en côtes rudimenlaires existant sur toutes les vertèbres cervicales, où elles sont attachées aux apophyses laté- 9A)6 JACQUEMiN. — Osléologie de la Corneille. raies et concourent à la formation du canal latéral et enfin en ex- trémités, dont deux antérieures et deux postérieures. Les vertèbres du corps se subdivisent suivant les systèmes d'or- ganes qu'elles renferment. Les principaux de ces systèmes sont formés par les organes de la respiration, par ceux de la digestion et enfin par ceux de la génération: les régions qu'ils occupent s'ap- pellent la poitrine, l'abdomen et le bassin. Nous avons par con- séquent des vertèbres pectorales, abdominales et pelviennes. Les vertèbres cervicales appartiennent aux pectorales, et celles de la queue aux pelviennes. 1 ** Des vertèbi es pectorales. Elles se subdivisent en vertèbres cervicales au nombre de 9, en vertèbres brachiales, livrant passage aux nerfs brachiaux au nombre de cinq, et en vertèbres pectorales proprement dites; qui portent les vraies côtes; leur nombre est de cinq. *. Des vertèbres cervicales. Ces vertèbres sont avec les caudales, dont nous parlerons plus tard, les plus simples du squelette. Elles sont composées es- sentiellement d'un corps situé à leur partie inférieure et de deux arcs supérieurs qui se réunissent et forment un anneau complet. Telle est l'organisation de l'atlas ou première veitèbre cervicale. La seconde vertèbre cervicale se complique lui peu plus; elle présente trois apophyses supérieures, une moyenne et deux la- térales: son corps tend également à produire une apophyse in- férieure qui reste encore très courte. Dans la 3* et la l^, l'apo- physe inférieure devient très prononcée; il se forme de plus deux apophyses latérales antérieures. Chacune d'elles porte une face articulaire et un rudiment de côte dirigé d'avant en arrière siu* sa j )artie postérieure. Avec ces deux apophyses latérales commence le canal latéral destiné à loger les vaisseaux et les nerfs cervicaux. La 5^ vertèbre porte un prolongement inférieur; les deux apophyses postérieuies et latérales augaientent en longueur: la même chose a lieu pour la 6^, la 7', la 8" et la 9% avec la différence que toute la vertèbre devient successivement plus ramassée, les apophyses postérieures el latérales })!us courles et les rndimcns costaux JACQUEMi«. — Os'Ji^^logie de la Corneille. a^j plus longs. Toutes les vertèbres cervicales sont pneumatiques si ce n'est l'atlas. Leurs trous aériens sont placés dans le canal latéral; ils sont cachés par les apophyses correspondantes et ne sont visibles pour la plupart que lorsqu'on regarde dans ce ca- nal d'arrière en avant. **. Des vertèbres brachiales. Elles sont toutes très courtes, et se distinguent essentielle- ment des dernières vertèbres cervicales en ce qu'elles présentent une apophyse inférieure très développée. Les rudimens de côtes qu'elles portent s'allongent successivement à mesure qu'on se rapproche de la poitrine au point que la dernière vertèbre bra- chiale porte déjà une fausse côte très développée. Les apophyses latérales antérieures qui portent les côtes ru- dimentaires sont très allongées surtout dans les trois dernières. Les nerfs biachiaux très volumineux s'échappent par les trous laissés dans leurs intervalles : ce sont ces cinq vertèbres qui for- ment la courbure que le corps présente dans cette région; toutes sont très boursoufflées d'air, et présentent des trous aériens très développés, rangés le plus ordinairement par groupes dans les canaux latéraux de ces vertèbres. ***. Des vertèbres pectorales proprement dites. Elles se distinguent principalement des autres vertèbres par leurs apophyses dorsales très larges et soudées les unes aux autres dans les vieux individus et par les vraies côtes qu'elles portent. Toutes sont privées d'apophyses inférieuics, la première seule fait exception. Leurs apophyses latérales sont élargies et aplaties; les canaux qu'elles présentent dans la région dorsale sont formés par les i\cu\ apophyses supérieures des côtes. Ces dernières sont minces, très aplaties, et pourvues, sur leur bord postérieur, de longs prolongeincus qui montent sous un angle aigu en haut et en arrière. 11 est à remarquer que ces prolongemens naissent par des j)oirits d'ossification particuliers. Toutes ces parties sont pneumatiques; les trous pour le corps de ces vertèbres sont percés dans ses pniois latérales : ceux j)our les côtes se trou- vent sur la face interne et supérieure de ces os. L'air leur arrive iinmcdialernent des poumons. 298 JACQUEMiJV. — Osteolc^cle de la Corneille. 1°. Des vertèbres abdominales. Ces vertèbres sont peu nombreuses chez le corvus corone; leur nombre se réduit à quatre. La première porte la fausse côte postérieure; les autres ne présentent ni côtes, ni apophyses in- férieures. Leurs corps sont intimement réunis et forment un os qui augmente de volume d'avant en arrière. Cette même aug- mentation se remarque aussi dans le canal formé par ces ver- tèbres et dans la substance nerveuse qu'il renferme. M. Tie- demann confond ces vertèbres avec les vertèbres sacrées, tan- dis que Meckel , avec lequel nous sommes d'accord, les en sépare. Les apophyses latérales sont très fortes et intimement réu- nies avec l'os iliaque. Toutes ces vertèbres sont très pneumatiques; l'air leur arrive par des trous nombreux percés dans le corps et sur les apophyses latérales. 3° Des vertèbres pelviennes. Elles se divisent en vertèbres sacrées et en vertèbres coxi- giennes. *. Les vertèbres sacrées. Elles sont très simples et au nombre de sept. Elles ne pré- sentent qu'un corps, un anneau supérieur et des apophyses la- térales grêles. Toutes sont réunies intimement entre elles et avec la lame horizontale du sacrum. Le canal qu'elles forment pour la moelle épinière diminue de volume d'avant en arrière. I/air leur arrive de la poche pneumatique sacrée qui occupe une grande partie de la cavité interne du bassin, au moyen des trous percés dans leur corps entre les apophyses latérales. **. Des vertèbres coxigiennes. Ces vertèbres au nombre de sept sont les plus simples et les moins développées de toutes. Elles se composent d'un anneau et de trois apophyses dont les deux latérales sont très déve- loppées. Elles servent d'insertion à des muscles très forts; leur canal interne, servant à recevoir la partie postérieure de jACQUEJviiN. — Osiéologie de la Corneille. 299 la moelle épinière,'est très étroit. Les quatre dernières présentent seules des apophyses inférieures, qui vont en augmentant d'avant en arrière. La dernière de ces vertèbres présente une forme toute particulière: elle n'est composée que du corps muni d'une lon- gue apophyse supérieure et renfermant une cavité dans laquelle la moelle épinière vient se terminer par un grand nombre de ramifications. Cette pièce singulière est le résultat de la réunion de 3 à 7 petits rudimens de vertèbres qu'on trouve fort distinc- tement chez les corbeaux très jeunes. ,>. Il nous reste maintenant à dire quelques mots des os de Vépaule, du bassin et des extrémités. La poitrine, siège de la respiration, étant très développée dans toutes les parties qui la composent, les extrémités pectorales le sont également. L'arc formé par les os de l'épaule se réunit infé- rieurement aux vertèbres sternales; mais en haut il ne tient plus à la colonne vertébrale comme chez les lézards et les tortues. Il se compose de l'omoplate, de la vraie et de la fausse clavicule. Lorsque dans la série ornithologique les os de ces arcs s'affai- blissent, c'est toujours la vraie clavicule qui commence, et c'est elle aussi qui disparaît entièrement chez le casoar et l'autruche, comme cela a lieu chez les crocodiles; tandis que chez les mam- mifères c'est l'inverse qui se remarque. Les os du bassin (pi. xiv, fig. 4-) qui correspondent aux os de l'épaule forment également deux arcs, mais qui restent ou- verts en bas, parce qu'il n'y a pas chez l'oiseau de colonne ver- tébrale abdominale correspondante à la sternale à laquelle ils puissent se réunir. Ils se composent de l'os iliaque, du pubis et de l'ischion. Le pubis présente beaucoup d'analogie avec les côtes. Ces os sont tous assez longs. Leur direction est presque horizontale, faisant un angle très aigu avec celle de la colonne vertébrale. Chez l'Autruche seule, les pubis se réunissent en bas et chez le lihca americana ce sont les ischions. La colonne vertébrale sternale se compose de cinq vertèbres intimement réunies chez l'animal adulte. Chacune de ces vertè- bres se compose d'un corps, d'une apophyse inférieure (le bre- chetj oX (le deux prolongemens latéraux, pourvus chacun d'un, aj)pendice qui est l'apophyse caudale. La colonne vertébrale ab- 3oo JACQUEMIN. — Ostèologie de la Corneille. «loniinale et pelvienne n'existe pas chez l'oiseau, comme cbez le crocodile. Chez l'autruche seulement le prolongement cartilagi- neux situé à l'extrémité postérieure du sternum et un autre pro- longement de la même nature dirigé en avant et attaché au point de ia réunion des deux pubis sont les faibles traces de cette colonne. Dans aucune classe les extrémités n'ont pris lui développe- ment aussi considérable par rapport au tronc que dans les oi- seaux. M. Heusinger a essayé de démontrer l'existence de cinq doigts chez l'oiseau; ce qui est sans doute très difficile attendu qu'on n'en compte jamais plus de trois. IJ humérus (pi. xiv, fig. i, E), qui manque encore chez les poissons, devient chez les oiseaux lin des os les plus considérables du squelette. Son intérieur est complètement rempli d'air; c'est même lui qui de tous les os est le premier pénétré par ce fluide. Le brasse compose de trois parties : la supérieure est simple, c'est l'humérus; la moyenne comprend deux os, le cubitus et le radius; la troisième en pré- sente trois, qui sont les doigts. Cette dernière partie se subdivise elle-même dans le sens longitudinal en trois autres : le carpe, le métacarpe et les phalanges. La succession des subdivisions est moins régulière dans les extrémités inférieures (pi. xiv, fig. 5). Leur partie supérieure se compose du fémur, la moyenne du tibia et du péroné; ce dernier est rudimentaire. Entre ces deux parties se place la ro- tule. Mais la troisième partie est privée du tarse proprement dit. Le métatarse qui est très développé en remplit la fonction. Le nombre des phalanges est progressif, comme chez les reptiles de 2, 3, 4 et 5, en commençant par le pouce. Aussitôt que ma position me le permettra j'envisagerai le sys- tème musculaire, autre partie des organes de la locomotion, sous le même point de vue. Je démontrerai comment ce système, par ses fonctions et par ses attaches, confirme en détail la division du squelette en vertèbres; comment la distribution du système nerveux et vasculaire dans les diverses parties du corps se rattache à cette doctrine. Enfin à la suite de ces considéra- tions je ferai ressortir les avantages que celte doctrine présente pour l'étude de TanatoiBie et de la physiologie. TACQiiEMiN. — Ostéologie de la Corneille. 3oi EXPLICATION DES FlGURliS. PLANCHE XIV. La figure I représente le sternum et le bras 'gauche vus par la face inférieure. I. le sternum, a. son corps, h. le crista-sternalis , c apophyse antérieure, d. apophyse postérieure, e e. deux échancrures,/. spina sternalis; a fiu^se clavicule, D. cette même clavicule représentée séparément, vue par sa face interne, a. apophyse claviculaire, b. apophyse scapulaire , c. apophyse supérieure , d. concavité , e. face d'articulation , /. trous pneumatiques; 3. clavicule, B. moitié droile de ce même os représenté séparé- ment, vu sur sa face interne, a. petite lame, b. apophyse fausse clavicule, c. apo- physe scapulaire, d, trous pneumatic|ues; 4. l'omoplate. B. ce même os séparé, vu sur sa face interne, a. apophyse scapulaire , b. apophyse claviculaire avec le trou pneuma- tique; 5. rotule scapulaire {patella scapulœ Jacq.); E. l'humérus, a. tète d'articula- tion, h. apophyse supérieure, c. apophyse inférieure, d. trous pneumatiques suppo- sés vus par transparence, e. tt f. deux tètes d'articulation,^, trous pneumatiques, A. et I. apophyses supérieure et inférieure; 7. radius; 8. cubitus : a. l'olécrane; b etc. deux apophyses , d. et e. deux faces d'articulation,/, trous pneumatiques, g. et li. deux apophyses , /'. face d'articulation ; 9. os radical du carpe {os carpi radiale) , a. et b. deux facettes d'articulation; ïo, os cubital du carpe {os carpi cubitale ulnare); 1 1. le pouce, composé de deux phalanges a. et b.; 12. le métacarpe, composé de deux parties, le radial (pars metacarpi radiale) a. et le cubilal (pars melacarpi cubitale) b. , tète et face d'articulation, c, d. et e. deux apophyses;/", et^-. faces d'articulation; i3. pre- mière phalange du second doigt ; i4. seconde phalange de ce doigt; i5. première phalange du troisième doigt. Fig. n. Côtes du côté gauche, vues par la face interne : a. tête, b. apophyse, c. prolonge- ment postérieur {kamulus), d. trous pneumatiques, e. e. e. e. apophyses costales, /. trous pneumatiques. Fig. m. Le bassin divisé suivant sa ligne médiane : a. ischion , b. pubis , c. sacrum , d. ver- tèbres lombaires, e. canal pour la moelle allongée, qui présente un renflement dans cette région, f. échancrure ischiatique, g. foramen oblongum, h. trou oval, i. cavité cotyloide pour le fémur, k. trous pneumatiques, /. ramifications de l'extrémité terminale de la moelle épinière dans l'iulérieur de la dernière vertèbre crurale, m. partie de l'os iliaque. Fig. IV. Le bassin vu sur sa face interne : a. l'os iliaque, b. l'ischion, c. le pubis, d. le sa- crum , e. foramen oblongum ,/. trou oval, g. trou pneumatique , h. vertèbres sacrées avec leurs apophyses. Fig V. La jambe désarticulée, 1. fémur pourvu de deux trous a et ^, a. tibia et "pé- roné : a. et b. apophyses, c. trou pneumatique, d. péroné, e. canal osseux , t et /». faces d'articulation; 3. métatarse: a. et b. deux apophyses dont la postérieure percée d'un trou , c. face d'articulation pour la première phalange du pouce, d. et c, facettes d'articulation. Le reste sont des phalanges dont le nombre est de 5, 4 , 3 et a en commençant par l'interne. Fig. VF. La têtu désariiculée vue du côté gauche : a. frontale, b. le pariétal, c. l'occipital, d. temporal, /. l'ethmoidc, g. sphénoïde, h. os carré, /. nasaux, k. omoïde, m. pa- 3oî2 TACQUEMiN. — Osteologie de la Corneille. latin, n. lacrymal, /?. l'intermaxillaire , ;•. maxillaire supérieur, s. maxillaire infé' rieur, t. jugal , «. sortie du nerf olfactif , w. sortie du nerf optique. Fig. VII. La têle désarticulée, vue par en bas : a. occipital, /', sphénoïde, t. c. entrée de la trompe d'Eustache, d. os carré, ff. palaliu, /(. temporal, k. omoïde, n. \omei; p. in- termaxiliaire, r. maxillaire supérieur, t. jugal , o. entrée de l'o'reille. Fig. VlII. La tète désarticulée, vue par derrière : a. pariétal , l>. occipital, c. c. os carré, d. d. mâchoire inférieure , e. c. siphonium. Fig. IX. Les cavités internes du crâne ; les pariétaux, b. une partie du frontal et de l'occipital a été enlevée : a. cavités pour les grands hémisphères, b. cavités pour les couches op- tiques , c. c, crêtes qui séparent ces deux cavités , d. une seconde crête saillante , e. sor^^ de du nerf olfactif, z. sortie du nerf optique et cavité pour la protubérance cérébrale , w. sortie de la cinquième paire ou du nerf facial et auditif, v cavité pour le cervelet , m. trou occipital. Fig. X. Le frontal, vu sur sa face interne : a. a. cavités pour les grands hémisphères céré- braux, b. trous creusés par le nerf olfactif. Fig. XI. L'occipital détaché, vu sur sa face interne : a. a. deux faces qui touchent le cer- veau , b. cavité pour lé cervelet , d. d. deux lames osseuses qui font la paroi postérieure de la caisse du tympan. PLANCHE XV. Fig. i; repvéseote la moitié droite de la tête, vue sur sa face interne : a. cavité pour les grands hémisphères , b, cavité pour la protubérance cérébrale , c. cavité pour le cer- velet, arlant de mon travail, M. Geoffroy dit: «Beaucoup de fait» soûl passés sous iilence : i" la vessie urinairci etc. (Sur le) glandes abdominales de l'oniytlwrhynqiie, i833.) 5o4 "• owf.N. — Sur l'OrnitJiorj'nque. logue descriptif du muséum Huntérien, je me suis toujours ef- forcé d'ajouter à la série des pièces laissées par son immortel fondateur , quelques préparations relatives aux questions qui intéressent le plus les physiologistes d'aujourd'hui. Ce fut dans cette intention que je saisis la première occasion de disséquer, en 1828, une femelle d'Ornithorhynque, afin d'examiner et de préparer les glandes , auxquelles la description de Meckel et les observations de Geoffroy avaient donné un si grand intérêt ; cette dissection et d'autres.'que mes amis, en Australasie, m'ont mis à même de faire, m'ont conduit à la découverte de la cor- respondance des phases de développement des glandes mam- maires avec celles des ovaires, qui peut seulement être expli- qué par la théorie mammaire. L'injection des glandes, l'obser- vation de la manière dont les conduits lactifères convergent vers un aréole qui, comme je l'ai pensé alors, correspondrait en grandeur à la bouche du jeune animal, et la découverte des glandes mammaires, dans l'Echidné, furent le résultat de ces re- cherches. Les objections soulevées contre la théorie qui regarde les glandes abdominales des Monotrèmes , comme analogues aux glandes mammaires des autres mammifères, proviennent de l'influence des deux hypothèses suivantes : La première , que ces animaux forment une classe distincte des vertébrés ; et la seconde, que l'oviparité est incompatible avec la lactation. La première de ces deux opinions a été mise en avant par Lamarck, avant qu'on connût les glandes mammaires dans les Mono- trèmes, et la non-existence supposée de ces glandes, fut en quelque sorte confirmée par l'analogie de certaines parties de leur squelette avec celui des reptiles, et par la structure de leurs appareils génitaux. Mais ces deux systèmes sont de ceux qui of- frent le plus de variation dans les mammifères , et par consé- quent sont les moins capables de fournir des caractères de classe. Maintenant, examinons les Monotrèmes par des systèmes d'organes plus essentiels et plus constans. Si nous prenons les organes respiratoires , par exemple, le type des diverses classes de vertébrés peut être représenté ainsi : R. owEK. — 5///- 1' Ornithorynque. 3o5 Mammifères. . . . poumons thoraciques, libres ou flottans- Oiseaux poumons thoracico-abdominaux, fixes; Reptiles poumons thoracico-abdominaux, libres; Poissons branchies. Dans les monotrèmes , quel type trouvons-nous ? Rien de particulier, ni d'anomale, dans le système respiratoire, la struc- ture des poumons est celle des mammifères; leur diaphragme est entier. Si nous prenons le cœur, nous trouvons dans les mammifères que cet organe est composé de deux oreillettes et de deux ven- tricules, avec une aorte gauche permanente; dans les oiseaux, de deux oreillettes, de deux ventricules et d'une aorte droite persistante; dans les reptiles (i), de deux oreillettes, d'un ven- tricule et de deux aortes persistantes ; et dans les poissons , d'une seule oreillette et d'un seul ventricule. Dans les Mono- trèmes, nous avons les deux ventricules , les deux oreillettes et l'aorte qui se courbe au-dessus de la bronche gauche. 11 est vrai qu'ils approchent du type ovipare , en ce qu'il y a deux veines caves supérieures, et qu'il n'y a pas d'ouverture pour la veine coronaire dans l'oreillette droite; mais les Monotrèmes nous offrent cette disposition anomale, en commun, avec les marsupiaux et plusieurs rongeurs. Si , en poursuivant cette comparaison , nous examinons la trachée artère et le larynx , dans la théorie de la nature ovipare de l'Ornithorhynque, et que nous demandions si la règle d'Aristote est conformée à leur égard, et si la déviation du type des mammifères, est démontrte par l'absence de i'épiglotte , les monotrèmes répondront néga- tivement; car dans ces animaux, I'épiglotte est très développé proportionnellement, et ferme un larynx supérieur. Les reins de rOrnithorhynque sont-ils caractérisés par l'homogénéité de leur substance, par des conduits arborescens, et par une double circulation veineuse? Rien de semblable: ces organes sont con- struits sur le même type que celui des mammifères, ils sont si- tués comme dans ces derniers, très haut dans l'abdomen, po- (i) Daii» le crocodilus liichis et crocodilus aciilas , li;s ventricules cummiiniqucnt l'iisfiiiItU», ddnr de là des conclusions DoS R. owKN. — Sur r Ornithorynque. sur le mode de génération; et comme j'ai toujours considéré la question des mamelles, indépendamment de celle de la géné- ration, je suis prêt à accepter toute déduction que l'on peut tirer de celte structure. Mais l'incubation exige une structure particulière de l'œuf : c'est-à-dire un grand vitellus, produit ex- clusif de l'ovaire et des chalazes, pour assurer au germe une po- sition rapprocliée du corps échauffé de la mère. Il reste à dé- montrer que ces conditions sont remplies dans l'œuf de l'or- nithorhynque. MÉMOIRE sur les Monolhrèmes ^ par M. Geoffroy-Saint-Hilaire. Dans la séance du 24 novembre, M. Geoffroy a présenté à l'Académie un Mémoire sur les monothrèmes extrait d'un ou- vrage sous presse intitulé : Études progressù'es d'un naturaliste^ faisant suite à ses publications dans les quarante-deux volumes des Annales et Mémoires du Muséum d'histoire naturelle. Dans ce mémoire M. Geoffroy reproduit avec plusieurs des commu- nications qu'il avait faites sur ce sujet à l'académie des sciences la lettre de M. Owen, lue le 3 novembre dernier (voyez ci-dessus page 3o3 ), et il y joint des notes soit pour répondre aux objec- tions qui lui sont adressées par le naturaliste anglais, soit pour redresser quelques faits ou combattre quelques déductions. Ainsi, à l'occasion de la comparaison établie par M. Ow^en entre la structure du cœur et des gros vaisseaux chez les dif- férentes classes de vertébrés, M. Geoffroy fait la remarque suivante : « Depuis la publication du Tableau de la circulation du sang chez le fœtus de Hiomme, par M. Martin Saint-Ange, et celle d'un autre ouvrage du même auteur couronné par l'académie des sciences, on ne saurait être trop circonspect en énonçant les généralités sur le cœur des animaux vertébrés, telles qu'on les trouve dans une foule d'ouvrages. Le fait avancé que les reptiles ont le cœur uni-ventriculaire est un point non entiè- rement applicable à tous les reptiles qui lespirent l'air en na- ture. M. Owen ne donne qu'à demi cette considération restric- .1 G. SAiNT-uiLAiRE. — SuT îc's Moiiothrème.s. :k)9 tive à l'égard des crocodilus lucius et acutus qu'il cite en note. Le cœur tout-à-fait séparé en ses deux ventricules chez les Cro- codiles formait un fait déjà observé par Panitza, suivant une réclamation assez tardive qu'il en a faite dans les journaux de médecine de Paris. « Ce n'est point seulement à cet égard, poursuit M. Geoffroy, que je me trouve en dissentiment d'observations avec M. Owen; je pense même, par exemple, que, relativement au cœur et à ses vaisseaux, il ne met pas les Monothrèmes à leur place parmi les ovipares et assez près des plus élevés des reptiles, des Crocodiles, par exemple. Il n'y a de cœur uni-ventriculaire proprement dit, que chez les batraciens et leurs analogues qui vivent dans l'eau. Les ophidiens ont les deux ventricules plus ou moins distincts à cause des valvules compliquées, et parce que leur cloison mé- diane n'est pas fermée dans tous les points. Nous venons de dire qu'elle l'est entièrement chez les crocodiles. Mais avec ces difitî- rences, au confluent, s'en joignent d'autres plus fortes et dans un degré proportionnel à l'égard des troncs au sortir du cœur. Quelques-unes de ces différences en ce qui concerne les Mono- thrèmes sont indiquées par M. Owen, mais non toutes, princi- palement dans leur degré d'influence. Il est vrai qu'il rapproche les Monothrèmes du type ovipare, du moment qu'il leur re- connaît deux veines-caves supérieures, et qu'il déclare que dans rOrnithorhynquo il n'y a pas d'ouverture pour la veine coro- naire. «< Voici ce qu'a remarqué à cet égard M. Martin Saint-Ange, en examinant le jeune ornithorhynque : la veine cave supérieure gauche, après avoir contourné le cœur, s'ouvre dans le point où la veine cave inférieure débouche dans l'oreillette droite; la veine cave supérieure droite se rend comme de coutume dans l'oreillette droite; et les branches de la veine coronaire se réu- nissent en un tronc qui contourne la vqine cave inférieure, et va s'ouvrir dans le confluent veineux qui précède immédiatement l'oreillette droite. Notre jeune Ornithorynque était à cet égard dans un développement d'adulte : ni trou botal ouvert, ni canal artériel encore subsistant. « Or, existc-t-il chez un mammifère deux veines caves dispo' 5ro G. SAUNT-HiLAini'. — Sur les Monothrèmes. sées\;omme nous venons de le voir; le mélange du sang s'effec tue enrplus grandes proportions lorsqu'il est à l'état de fœtus. Cette généralité, remarquée par M. Martin Saint-Ange est un fiait propre à l'Ornithorliynque; mais en outre, cette ouverture de la veine coronaire manquant, dit M, Owen, à l'égard de l'oreillette droite, il y est néanmoins suppléé au moyen d'un versement à très courte distance dans une portion de la veine cave. Cette différence est de peu de valeur pour la circulation de l'adulte; mais, chez le fœtus, il n'en est pas de même, puisque le sang provenant de la veine cave inférieure passe en plus grande quan- tité dans l'oreillette gauche par le trou de Botal : d'où un mélange plus grand ici que chez les mammifères, puisque le versement des coronaires se fait dans le vestibule de la veine cave infé- rieure. « Les Ornithorhynques à mélange des sangs, aux doubles vei- ■les caves supérieures, et à veine coronaire, dans la circonstance ici décrite, contiennent donc des rapports importans de circu- lation, les menant plus sur les reptiles que sur les mammifères. « Or, voilà ce qui surgit de tout cela : pendant que les Mo- nothrèmes inclinent de cette manière vers les reptiles, les Cro- codiles, avec leur cœur bien doublement ventriculaire, s'avan- cent par là vers les mammifères. Ce sont de part et d'autre des actes de développement du même rang, plus ou moins incom- plets, plus ou moins arrêtés, ou au contraire plus ou moins pro- longés et portés à un maximum d'action. « La théorie de l'unité décomposition organique recueille ces considérations comme lui apportant autant de manifestations encore inaperçues de la persistance de ses règles toutes-puis- santes. » A l'occasion de quelques réflexions de M. Owen sur la subor- dination des caractères qui peuvent être pris pour base dans une classification, M. Geoffroy remarque que l'auteur paraît ne pas assigner un rang assez élevé à ceux qui sont tirés de l'organisation sexuelle. « Il y a, dit l'honorable académicien , unité de relations et nécessité d'harmonies réciproques dans toutes les parties des systèmes, et quand l'un baisse, il en est de même de tous. L'au- teur me paraît aussi insister beaucoup trop sur la conformation G. SAiNT-HiLAiRE. — Sur les Monothj'èmes. 5i i analogique des reins, des poumons, des téguraens. Ce serait une objection à me présenter, si je parlais de transporter les mono- trèmes vers la fin de la série des vertébrés ; ce que j'ai voulu a été seulement d'indiquer qu'ils se séparent tout autant des mar- supiaux que des vrais mammifères, d'ailleurs pour les suivre et pour précéder la classe des oiseaux; et je dis cela au sujet des marsupiaux avec intention , afin d'avoir occasion de placer ici mon doute sur l'assertion par laquelle il termine : « que l'œut de « rOrnithorhynque se développe d'une manière toute différente « de celui des ovipares proprement dits, et qu'il offre sous ce « rapport beaucoup d'analogie avec ce qu'on rencontre dans les « didelphes. » [Temps 26 novembre.) Sur les N A ROI NES, nouveau genre de raies électriques , suivi cTun Synopsis des raies électriques en général; Par le docteur F. Hjîwlk. (i) Parmi les raies électriques connues des naturalistes, les es- pèces qui habitent la Méditerranée et les côtes de l'Europe ont presque seules occupé l'attention. Les formes extérieures des espèces exotiques n'ont été décrites que d'une manière incom- plète par Gronovius et par Bloch, et leur organisation inté- rieure nous est presque entièrement inconnue. Afin de faire cesser la confusion qui régnait dans la synonymie de ces pois- sons, M. Olfers publia en i83i une dissertation contenant la révision de toutes les espèces mentionnées par les auteurs, et dans le travail que nous annonçons ici, M. Henle s'occupe de la structure intérieure aussi bien que des caractères extérieurs de ces animaux. Ce naturaliste a constaté que le Torpédo Bra- siliensis d'Olfers,et plusieurs autres espèces, s'éloignent beau- coup des Torpilles marbrée et ocellée, tant par leur forme extérieure que par la composition de leur squelette, et ces dif- férences l'ont conduit à établir pour les premiers un genre nouveau sous le nom de Narcine , tandis qu'il conserve aux derniers celui de Torpédo, il désigne en même temps la petite (i) IJber Narcine e!ne ncue gcllung clccIrisclitT Roclicn, etc. brochure in-/»" avec t% planches lilhograpliiicu. Rirlin i83/,. r. I i. T. HENLK. — .Sur les Narcines. famille formée par ces i\&\\x genres sons le nom de Torpillieiu ( Torpedines). L'auteur compare avec beaucoup de détails les caractères ex- térieurs des Narcines et des Torpilles proprement dites; il s'é- tend ensuite sur la description de leur squelette cartilagineux dont les principales pièces sont figurées dans une de ses plan- ches, et il résume de la manière suivante ses observations. Dans ces deux genres : I" Le corps est nu, sans écailles ou sans piquans. 2° Les nageoires abdominales naissent immédiatement der- rière les pectorales , de manière qu'elles sont en partie recou- vertes par l'insertion de ces dernières ( l'animal étant supposé couché sur l'abdomen ). 3° Le queue est plus charnue que chex les autres raies, à l'ex- ception des Rhinobates : elle est large, un peu aplatie à sa base, et arrondie en arrière ; enfin elle est pourvue d'une seule ou de deux nageoires sur la face dorsale , et d'une troisième , de forme triangulaire, qui la termine. 4° La valvule nasale présente quatre faces, son bord inférieur est libre dans toute sa largeur (et non réuni à la mâchoire su- périeure dans son milieu ). 5° Les dents sont des crochets pointus, creux, à base élargie. 6° L'arc scapulaire n'est pas soudé aux vertèbres dans le point où il croise la colonne vertébrale , mais il est placé dans la chair sans adhérence avec d'autres cartilages. Ce caractère distingue les raies électriques des autres raies. 7° L'espace compris entre le crâne , les branchies et la na- geoire pectorale est occupé de chaque côté par l'organe élec- trique. Cet organe est composé d'un grand nombre de petits prismes triangulaires ou hexagones , dont l'axe se dirige de la face ventrale vers la face dorsale de l'animal. Les prismes eux-mê- mes sont composés de lamelles transversales, placées exacte- ment les unes sur les autres. Les différences essentielles entre les deux genres dont nous traitons sont les suivantes : pour faciliter la comparaison , nous les présentons en regard : Genre Nakcihe. 1° La paroi inférieure du crâne se prolonge plus en avant que la supérieure ; sa forme est celle d'une plaque étroite chez plusieurs de ces poissons, et élargie comme une pelle chez d'autres; elle est presque aussi longue que le reste du crâne. 2° Les surfaces articulaires du crâne avec la colonne vertébrale se trouvent placées immédiatement sur les deux cô- tés du trou occipital, 3° Il existe des cartilages ptérygoï- des simples dans la paroi antérieure du trou destiné à la sortie de l'eau. 4" L'apophyse ptérygoïde est réuni avec le cartilage ptérygoïdien. 5° Il existe des cartilages palatins dans l'œsophage. 6„ Il y a des cartilages dans les lèvres. 7» Les mâchoires sont fortes , larges et peu courbées. 8o Les dents sont placées sur une plaque qui n'occupe pas toute la lar- geur de la fente buccale, dont le bord antérieur est convexe et se recourbe au dehors sur le bord de la mâchoire, de manière qu'on en voit une partie lors- que la bouche est fermée. 9" Les dents sont disposées en quin- conce. lo" Il existe une valvule interne des lèvres; elle est développée ou rudimen- taire. 1 1" Le frein de la valvule nasale est formé d'un repli de la peau qui entoure la bouche comme un cercle. La bouche est susceptible de s'avan- cer. i2°LcsfentcsdcsyeuxetIcs irousscr- vant à 1.1 sortie de l'eau sont jilacés près F. HEXLE. — Sur les Narcines. 3i3 Genre ToRpnxE. La paroi inférieure et la paroi supé- rieure du crâne se réunissent en avant et se terminent par deux crêtes sail- lantes et courtes entre lesquelles se trouve une ouverture qui conduit dans l'intérieur du crâne. Les surfaces articulaires sont à l'ex- trémité de deux apophyses étroites qui naissent de chaque côté sur le bord du trou occipital. Au lieu de cette disposition il y a une chaîne com[)osée de trois petits cartilages. L'apophyse ptérygoïde est un carti- lage séparé. Ces cartilages manquent. Ces cai'tibges manquent. Elles sont étroites, minces et très re- courbées en avant. Les dents ne s'avancent pas sur le bord de la mâchoire; elles occupent toute la largeur de la fente buccale. Elles ont une forme oblongue; le côté le plus long est parallèle avec le bord des mâchoires. Manque (?). Le frein de la valvule nasale naît sur le bord antérieur de la mâchoire supérieure. La bouche ne peut pas s'avancer à cause de la tension de ce petit faisceau. Les fentes des yeux sont à quchpic distance des trous servant à la .sortie 3i4 F. iiENLE. — Sur les Narcines. l'un de l'autre. Ces derniers sont fine- de l'eau. Le bord de ces derniers pré- ment dentelés, ou bien ils sont lisses. sente 5 à 9 prolongemens coniques. i3°. Les quatrièmes cartilages de Tous les arcs branchiaux présentent chacun des trois derniers arcs bran- quatre pièces. Le quatrième de chaque chiaux se réunissent de chaque côté en arc s'articule avec le bord antérieur un seul cartilage , qui est articulé avec de l'os hyoïde profond, l'os hyoïde profond. i4. Les deux tiers latéraux de l'ar- Ces mêmes parties et la moyenne se ceau scapulaire se dirigent presque en dirigent transversalement; elles sont ligne droite d'avant en arrière. un peu recourbées en avant. La seconde partie de l'opuscule de M. Henle se compose d'un synopsis de la famille desTorpilliens. L'extrait suivant donnera une idée précise de ce travail. J TORPEDINES. 1 Discus rotundatus nudus. Pinna ventralis pectorali approximata. Cauda car- nosa , basi depressa , apice cylindraceo, pinna dorsali simplici vel duplici , ter- minali triangulari. Valvula nasalis quadrangularis, marginelibero. Dentés acumi- nali. Apparatus electricusinter cranium, branchia et pinnae pectoralis marginem internum , columellis constans, quarum superficies terminales per cutem trans- lucent. I . G. Torpédo. Discus rotundatus, antice subtruncatus. Pinna caudalis duplex. Rictus amplus in superficie abdominali non prominens, nequeprotactilis. Dentés, maxilla mar- ginem non excedentes , basi oblonga , niaxillse margini parallela. Frenulum val- vulœ nasalis ex labii superioris margine anteriori oriundum. Oculi a spiraculis remoti. 1. T. ocellata Rud. 2. 2'. marmorata Risso. — T. punctata — Var. A. T. marmorata. Ra- finisque Schmaltz. — Raja dorso dypterigio Gronov. Var. B. T. Galvanii Risso. — T. immaculata Rafîn. Var. C. T. Panthera Mus, Berol. Var, D. T. Pardalis Mus. Ber. Var. E. T. Sinus perslci Kampfer. Var. F. fossile. G. 2. Narcine. Discus subrotundus, ellipticus vel angulatus^ antice rotundatus productusve, Rictus angustus, protractilis, cartilaginibus labiorum propriis instructus. Dentés, ultra maxillx marginem culi labiali insidentes, per quincuncem dispositi. Frenu- lum valvulae nasalis c plica cutis, os ambienti, oriendum, Oculi spiraculis ap- propinquati. A, Pinna dorsalis duplex. Lamina dentifera apice clliptico ultra maxillx marginem prominens. Valvula labialis interna in sola maxilla superiori. F. HEWLK, — Sur les Narcines. 5 1 5 1. N. Brasiliensis. — T. BrasiUensis Olfers ( Hcnle, 1. i, fig. i-2.) 2. N. Timlei. — T. Timlei Bloch. ( Henle, pi. 2, fig. i.) 5. N. indica Sp. nov. (pi. 3, fig. 2.) B. Pinna dorsali unica. Frenulum valvulae nasalis cartilagine cylindrica suf- fultum. Dentés maxillae margiiicm vix excédantes. Valvula labialis interna in utiaque maxilla. 1 . N. Capensis. — Raja Capensis IX ~ — Bloch. — T Campensis Olfers (Henle, pi. 3. f. i.) Species dubia. N. dlpterygia. — R. dipterygia Bloch. — T. dipterygia Olfers. (Henle. pi. 3, f. 2. ) Ins. Sedis. i. Torpédo ocellala Quoj et Gaimard. 2. Raja ocel/ata, n. i ( Temeree) Riissel. — R. Maculala Shaw. 3. Raja ocellata, n. 2. ( Nalla Temeree) Russel. — R. Bicolor Shaw. Rapport annuel sur les travaux de la Société d'histoire na- turelle de lile Maurice pendant le courant de tannée 1 833/ Par M. JiiLitN DKSJAuniJVs, secrétaire et membre fondateur. Mammifères. — Un Cachalot, probablement le yJ/acrocepAa/e ( Physeter macrocephales Linn. Gmel. ) est venu s'échouer sur le récif voisin de Xlle aux Roches ., vis-à-vis l'embouchure de la Grande Rivière du port Sud- Est le i3 octobre i832. M. Julien Desjardins, que sa position favorisait, s'est rendu sur le rivage, et là il a pu se procurer plusieurs dents de deux pouces et demi de longueur, quelques cotes de plus de 5 pieds de long et une dou- zaine de vertèbres appartenant à diverses parties de la colonne vertébrale. Cet animal pouvait avoir 35 pieds. Il avait été har- ponné quelques jours auparavant dans les parages des îles Sey- clielles. Le même membre a lu dans une autre séance quelques re- marques sur plusieurs mammifères de cette île, et particulière- ment sur la léthargie du Tanrec (Erinaceus setosus Lin. Cm.) qu'il a suivie à différentes époques sur plusieurs sujets. Ce som- meil hivernal avait été mis en doute par plusieurs naturalistes, «l |)arliciilièrement par M. Prunelle, j)rofcsseur à la Faculté de médecine (h; Montpellier, (jui ilit que « les espèces qui vivent 3i6 3. DESJARDINS. — Soc. d^HLst. nat. de Vile Maurice. « dans la zone torride n'y sont point sujettes, et ne l'éprouvent « qu'en passant sous des latitudes plus froides ». (i) Ce sommeil a cependant lieu à l'île Maurice lorsque le ther- momètre n'est pas au-dessous de + 20° centig. , et même lors- qu'il marque 26°. OrsEAUx. — Parmi le petit nombre d'espèces d'oiseaux qui ha- Intent à Maurice, deux ont été signalées dans le courant de cette année par M. Julien Desjardins, et elles appartiennent à l'ordre des Echassiers. Le premier de ces oiseaux, que les chasseurs connaissent sous son vrai nom de Pluvier, appartient au genre Linnéen de Charadrius , et au sous-genre yEdicnemus Cuv. — Il lui a imposé, en habitant, l'épithète de Nesogallicus , cesi-k-dire de rile-de- France. L'autre appartient aux Bécasses proprement dites de Cuvier, et il a cru pouvoir lui donner le nom de Bécasse élégante (Sco- lopax elegans), parce que, différente des autres espèces de ce genre, celle-ci a des formes gracieuses. Sa légèreté, sa vivacité, contrastent étrangement avec cet air stupide qu'ont générale- ment les bécasses, particularité produite par la position de l'œil vers l'arrière de la face. Dans la Bécasse élégante l'œil est situé comme dans la généralité des oiseaux. Les chasseurs de l'île appellent cet oiseau Alouette de mer. PojssoNS. — Dans le premier rapport annuel que j'ai eu l'hon- neur de soumettre à la Société , les poissons n'occupent qu'une très petite place : deux seuls paragraphes leur sont consacrés. Dans le rapport de l'année suivante cette classe d'animaux occupe un plus grand nombre d'articles , et dans celui de la troisième année douze espèces des mers de cette île ont été analysées avec de grands détails. L'année qui vient de s'écouler a été encore plus abondante en descriptions ichthyologiques, car MM. Liénard père et fils, et M. Julien Desjardins, les mêmes et les seuls membres qui (1) Recherches sur les phénomènes et sur les causes du sommeil, hivernal de quelques mammifères. {.-Inn. efa musée d'/iist. nat., t. xviri^ 21. 18 11.) j. DtsJARDiMS. — Soc. (l'Hlst. nut. de l'île Maurice. 3 1 7 les deux années précédentes se sont occupés de cette classe , ont donné depuis un an dix-neuf descriptions d'espèces dont quelques-unes déjà connues dans d'autres localités n'avaient cependant pas été indiquées comme existant aussi dans nos mers. M Liénard père a fait connaître avec quelques détails un poisson de la famille des Percoïdes et du genre Plectropome ., que les pêcheurs appellent dans notre île Sincillia. C'est wiy poisson très rare sur nos côtes, qui a des mœurs solitaire ; et qu'il est défendu de vendre au marché d'après un avis du chef de la police, sous la date du 8 avril 1829, parce qu'on assure qu'il est vénéneux. La partie molle de sa dorsale est très élevée ; ses pièces oper- culaires sont fortement armées. Sa couleur est uniformément brune; les nageoires sont d'une couleur plus foucée encore, excepté les pectorales, qui sont d'un rouge orangé, ce qui a décidé notre collègue à l'appeler Plectropome à pectorales oran- gées. Il se place entre le Plectropome melanoleuque Cuv. et Val. 1 1. 388, et le P. Aiguillonné , Cuv. et Val. VI. SaS. Ses nombres sont ; D. 8 , 1 1 . A. 3 ,8, V. i , 5. P. 1 7. C. 17. Le même membre a décrit un Holacanthe qu'il appelle Ho- lacanthe argenté , assurant que l'espèce est nouvelle. Ses nom- bres sont : D. 12. 17. k. 3, 17. P. 16, etc. Il est remarquable par une quantité de petites lignes sinueuses, argentées qui oc- cupent principalement le milieu du corps. Deux bandes jaunes et deux autres noires dont une est oculaire et les autres sur la face, distinguent encore ce poisson, que notre collègue avait reçu de Batavia. M. Elisée Liénard n'ayant pas trouvé parmi les espèces du grand genre Labre qui sont décrites dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, un poisson du sous-genre Chicline^ que nos pêcheurs appellent Castor., en a fait une description dé- taillée. Il ne lui a pas donné de nom , pens;iut que ce poisson ( dont les couleurs sont très agréablement disposées) pourrait se trouver mentionné dans d'autres ouvrages. Ses nombres sont : iJ. 5, D. 9, 10. V. I , G. A. 3, 8. P. Il ,C. i3. C'est le même motif qui a conduit notre collègue à faire sim- 3i8 J. DESJARDINS. — Soc. d' H'ist. nat. de l'Ue Maurice. plement une description d'un Echeneis, dont le disque offre 25 paires de lames. Celle espèce, qu'il y a peu de temps nous aurions appelée la Rémora, a 36 rayons à l'anale et 87 à la dorsale. Enfin, M. Elisée Liénard a fait encore connaître une Murène qu'il a cru pouvoir appeler Murène à dorsale jaune j à cause de cette nageoire, qui ressemble à un ruban jaune placé le long du dos de cet animal. Ce qui contraste très agréablement avec la couleur du corps, qui est d'un beau noir d'ébène. Ce qu'il y y a d'assez singulier, c'est que notre collègue assure que cette Murène a été prise bien loin en dehors des récifs de notre île, et comme il l'observe fort bien , les Murènes habitent cepen- dant ordinairement le long des côtes à peu de profondeur, et ne s'écartent pas du trou qu'elles ont choisi pour demeure. M. Liénard père ayant reçu de Passandara, endroit situé à la côte occidentale de Madagascar, une collection de poissons, en a dressé un petit catalogue accompagné de descriptions plus ou moins détaillées, selon l'importance des espèces. Parmi i3 de ces espèces qui ont été soumises à la société, 6 sont connues depuis long-temps. Ce sont : i® Le TÏierapon esclave. / 1" Le Percis à 6 ocelles, 1 Cuvier 3" Le Scolopside de ghanam. < et 4" Le Denté à queue en filet. I Valenciènes. 5° Le Drépane peigné. \ 6° Le maquereau pneumato- phore Laroche. Ann. du mus. XIIL Les autres poissons qu'il a fait connaître sont : i» Un Gai qu'il suppose être le Zeus Galus. Bloch.... a" Un Caraux semblable à la Carangue de notre île. 3° Un Thérapon dont la couleur est un gris argenté, avec des bandes plus ou moins foncées et disposées en sens divers sur le corps et les nageoires, et ayant deux taches noires sur la dorsale. 4° Une Diacope qui approche beaucoup de la Diacope axil- laire ; 5" Une Gorette qu'il est porté à croire nouvelle. Sa couleur il j, DESJARDINS. — Soc. d'Hist. Tiai. de VUe Maurice. 3 ro est d'un blanc argenté , avec des taches brunes. Ses nombres sont : D. 12, \(\. V. i , 5, P. 16. C. 17. A. 3. 7. 60 Un Pristipome qu'il appelle Pristipome à bandes verti- cales. Ces bandes sont grisâtres et reposent sur un fond argenté. Ses nombres sont: D. 12, 14. A. 3,7. V. i , 5. 70 Enfin un Diagramme dont les nombres sont : D. i3, 21. A. 3, 8. V. i5. P. 17. C. 17. 11 est d'un gris cendré et a tout le corps couvert de taches rondes d'un jaune orangé. Ses joues sont armées de six bandes longitudinales de la même cou- leur; sur la dorsale on voit deux rangées de taches d'un jaune pâle. "~ Pour terminer tout ce que j'ai à dire sur les poissons, je cite- rai l'espèce de Tetrodon que M. Julien Desjardins a décrit sous le nom de Tetrodon à/ace bleue (Tetrodon faciès Caeruleata) qui habite dans nos mers, et qu'il s'est procuré à l'anse du Bambou. Ses nombres sont : D. r5. A. 12. P. 14. C. \l\. Il est remar- quable par les deux grandes taches bleuâtres que l'on remarque de chaque côté de la face , et par les tégumens à base étoilée , au milieu de laquelle se projette une pointe très aiguë. Ces té- gumens ou plutôt ces épines sont disposées sur 26 rangées si- tuées de chaque côté au-dessous des pectorales. agas- Insectes. — M. Gqdot , membre correspondant à Mad car, a adressé à la Société plusieurs lettres et un mémoire sur un insecte de l'ordre des Hémiptères, et qui appartient au nou- veau sous-genre Aphropho^ , c'est-à-dire Porte-écume. Je ne sache pas qu'aucun auteur l'ait encore indiqué comme se trouvant à Madagascar, et d'après ce que M. Gqdot nous a écrit, il paraît qu'il y est très commun , et que dans le mo- ment le plus chaud de la journée , il exsude une si grande quantité d'écume et d'eau qu'il suffit de quelques heures seule- ment pour remplir plusieurs bouteilles en ayant soin de re- cueillir toute l'eau qui s'écoule des branches et des feuilles d'un des nn'iriers où ces insectes se tiennent ordinairement par cen- taines. M. (Joaot a eu l'attention d'accompagner son mémoire de 320 J. DESJARniNS. — Soc. d'Hlst. nat. de Vile Maurice. plusieurs de ces insectes et d'une bouteille de cette eau qui finit par prendre une teinte jaunâtre quelques heures après. Vers. — La nature est si riche en espèces et elle possède tant de moyens pour les conserver que le naturaliste doit faire des re- cherches jusque dans les viscères les plus cachés des grands animaux, afin de découvrir s'il n'existe pas d'autres étres^qui vi- vent à leurs dépens. C'est après des examens multipliés de ce genre que M. Julien Desjardins a rencontré dans un de ces animaux si utiles à l'homme, le bœuf, une multitude de vers intestinaux parenchy- mateux qu'il rapporte au genre Distorna de Cuvier et de YEn- cyclopédie méthodique , et qu'il présume avec bien des raisons être le Faciola hepatica Linn., et quoique ce soit généralement dans le foie des animaux qu'on la trouve , celle-ci habitait par myriades dans l'estomac d'une vieille vache , et principalement dans la partie de ce viscère appelée la Panse. Le même membre a eu occasion d'observer presque en même temps dans un autre animal domestique , le cochon , une quantité pour le moins égale de Çysticerques du tissu cellulaire Bremser (Tœnia cellu- losa Linn. Gmel.), que d'autres encore appellent fort justement hjdatides du cochon. Cet animal, après avoir été écorché, lais- sait voir une si grande quantité de cette ladrerie qjt'il était dif- ficile de poser le doigt sur une partie c(ftelconque de la tête, du tronc et des extrémités sans toucher* quelques-unes de ces vessies pleines d'eau qui étaient de la dimension d'une très grosse lentille et d'une forme ovoïde. On lit dans presque tous les ouvrages d'économie rurale et domesti(j«e, et on le pense généralement, que les femelles de ces aninAux à qui l'on a pratiqué la castration , et que l'on appelle dans les colonies Sennea , sont exemptes de cette ladre- rie; mais le cas dont il s'agit dément cette assertion , puisque le sujet était une truie châtrée depuis quelque temps. MM. G. BRF.SCHET ET ROUSSKL DE VACZÈMF,. Rccherchcs , etC. 32 \ Recherches anatomiques et phjsiologiqiies sur les appareils tégumentaires des animaux. Par MM. G. Breschet et Roussel de Vauzème. Suite du Premier Mémoire, (i) CHAPITRE V. APPAHEIL BLEJVWOGÈNE (2) OU PliODUCTrUR DE L\ MATIÈRE MUQUEUSE. Il est essentiel pour bien étudier cet appareil d'avoir une peau fraîche, injectée en rouge par le sang. Lorsque le derme est blanc naturellement, ou par l'effet de la macération dans de l'eau ou dans de l'alcool, on ne distingue rien. Du reste, mêmes préparations que celles que nous avons déjà indiquées. Tranches fines suivant la longueur et en travers des sillons. Nous avions primitivement nommé cet appareil kératogène ou générateur de la matière cornée; mais ayant ensuite reconnu que cette m.itière est primitivement un mucus, lequel est le même, soit dans sa nature , soit dans son mode de production , et à la peau et sur les membranes muqueuses, nous avons préféré désigner ces organes sous le nom de blennoghnes. La matière muqueuse de la peau s'unit bientôt après sa sécrétion à une matière colorante, d'où résultent les teintes diverses de la corne, des poils, des cheveux, des écailles, des plumes, etc. En observant la peau de dedans en dehors, nous trouvons: 1° Dans le derme ; I. Un appareil Blennogcne composé d'une glande sécré- ff) Voyez page 167. (i) De ^iiMt., mucus, et de •^vniiù, j'ciiRondif. II. Zooi,. — Décembre. , , 32 2 MM. C. BKKSCFIM' KT ROUSSEL DK VAU/.KMK. toire; d'un canal excréteur du produit sécrété, ou matière muqueuse devenant matière cornée par la dessiccation; 1. Un appareil CZ/roma/o^è/ze composé d'un parenchyme sécréteur, de canaux excréteurs du produit de la sécrétion (corpuscules squammifoimes) ; a* Hors du derme et comme résultat du mélange des deux sécrétions : 1. îa matière cornée , ou l'épiderme; 2. Les poils, les cheveux, les plumes , les cornes, les sabots, etc. 1° appareil blennogène. A la base du derme(i),on aperçoit de petites glandes rougeâ- tresqci, examinées au microscope ou à la loupe simple, paraissent bosselées , inégales , sillonnées par des vaisseaux sanguins (2). Elles sont enveloppées d'une membrane celluleuse assez lâche , dans une atmosphère de petites vésicules adipeuses, transpa- rentes, entassées comme de petites perles. Du sommet de cha- cune de ces glandes part un canal ou tube qui traverse toute l'épaisseur du derme , et va s'ouvrir dans la profondeur des sil- lons qu'on y remarque. Ce canal est enveloppé par une mem- brane celluleuse , diaphane , qui se prolonge des contours de la glande. On voit des vaisseaux ou fdamens capillaires adhérer au tube et à l'organe glanduleux dans lequel nous avons remarqué souvent qu'un vaisseau assez considérable entrait par la base. Les canaux forment le plus souvent une colonnade régulière dans l'épaisseur du derme. Quelquefois les glandes sont placées à des hauteurs fort inégales, et paraissent communiquer entre elles par des canaux intermédiaires (3). Les rangées de canaux excré- teurs correspondent à la longueur des sillons, c'est-à-dire qu'elles (i) Fig. 36, pi. 10. (■*) Fii;. a 5 , pi. lo. (3) lig. 36, pJ. 10. i Recherches sur les appareils tègiimentaires des animaux. 323 sont perpendiculaires an plan du parenchyme sécréteur de la matière colorante ou organe chromatogène dont nous allons parler. 2° Appareil Chromatogène. ( i ) Il est situé à la partie extérieure du derme, dans la profon- deur des sillons, au-dessous et entre les lignes saillantes papil- Iaires(2). Sa partie supérieure est surmontée (3) d'une grande quantité de tubes excréteurs assez courts, qui aboutissent au fond des sillons, où des tubes nombreux excrètent une matière particulière. Sa face inférieure est hérissée de vaisseaux capil- laires et en rapport avec les tubes excréteurs des glandes blen- nogènes. Sa structure est aréolaire , spongieuse , résistante. Ce paren- chyme et ses canaux excréteurs rougissent avec une grande fa- cilité , parce qu'ils sont essentiellement vasculaires ; ils forment une limite que dans l'état régulier le système artériel ne franchit jamais et où il cesse d'exister en y apportant son dernier tribut. Nous faisons abstraction des vaisseaux nourriciers des papilles qui s'élèvent un peu plus haut. Lorsqu'on ck':chi»'e ce tissu , ou y trouve une infinité de petits filamens d'où s'échappent des écailles ou corpuscules incolores en très grande quantité. Ce réservoir des écailles n'existe nulle part ailleurs dans le derme. On peut donc regarder ce tissu parenchymato-glanduleux comme tm organe particulier formé d'une substance propre, dans la- quelle pénètrent des vaisseaux capillaires artériels et veineux, et duquel sortent des canaux excréteurs qui aboutissant au même point que ceux de la glande blennogène , versent dans le mucus de cette glande les granulations du pigment, ou la matière colorante proprement dite. 3" Produits excrétés. Ces produits sont Tépiderme ou la matière c(jrnéc. Nou;^ l) f)iî /.'fiiiLi, ('(iiiltMir, ci de -jtvvàw, j'ciigcndrc, (a) Fig. i5, 3(, i-i, 36, j)l. lo. (3) Fig. 3î, 33. |.l. I... 3t. 324 MM. c. lînrsriiKï i-r rou.sskf, i»e vadzkme. allons (l'abord rexaminer dans son ensemble, telle qu'elle se présente dans la peau du talon, ensuite nous en ferons l'analyse. On isole du dernje la couche épidermique par l'immersion dans j l'eau chaude ou par la macération. La face inférieure de cette couche, qui constitue la totalité de répidern)e, se montre avec des inégalités qui représentent la forme du plan extérieur du derme, de la même manière qu'un masque en plâtre, moulé sur la figure d'une personne, porte l'empreinte de ses traits. Cette surface est désignée sous le nom de canevas réticulaire de Malpighi. Nous y distin- guons deux cloisons : l'une plus en relief , ou dermique, rem- plit les sillons du derme, et y adhère par des prolongemens issus des tubes excréteurs des organes chromatogène et blen- nogène. C'est par elle que le tissu corné se produit et se renou- velle. En séparant la couche cornée, on éprouve toujours une résistance assez forte lorsqu'on extrait cette cloison des sillons du derme, à cause des racines qu'elle semble y projeter, quoi- qu'il soit rare de les apercevoir, parce qu'elle se détache le plus souvent d'une manière nette, comme si elle n'était que posée dans la profondeur du sillon. Sur les parties latérales on voit de petits trous qui donnent passage aux vaisseaux lymphatiques. L'autre cloison, que nous nommons interpapillaire, occupe l'intervalle que laissent les papilles bifides, et se prolonge dans les enfoncemens infundibuliformes et les interstices au- tour des canaux sudorifères et inhalans. On remarque tou- jours sur les bords de cette cloison des espèces de déchirures produites par les fragmens flottans des canaux sudorifères. A droite et à gauche de cette cloison se trouvent des trous ou es- pèces dégaines, dans lesquels pénètrent obliquement les papilles nerveuses. La matière cornée qui circonscrit ces ouvertures, se fixe aux deux cloisons, lesquelles ressemblent à une charpente qui soutient cette curieuse structure. i A la face supérieure de l'épiderme on remarque des lignes ' saillantes légèrement concentriques ou parallèles, que séparent les sillons (i). Examinées à la loupe, ces lignes présentent alter- I (() Fig. 2, pi. j). Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux, 3.i5 ria!ivemei)t de petites émineuces papillaires, et des fissures ou légères dépressions qui contiennent les orifices des canaux hi- drophores. Il y en a ordinairement de quatre à six par ligne; il est facile de voir que les lignes saillantes ont une disposition imbriquée, de manière que dans les mouvemens de contrac- tion, à la main surtout, elles avancent les unes sur les autres tomme les écailles de poisson ou de serpent, tandis que par le n)ouvement d'extension, elles s'écartent et laissent à décou- vert le fond des s lions. La peau présente cette disposition manifestement imbriquée tlans les endroits qui forment des plis conune à l'avant-bras, au pli du jarret, à l'aine, etc. La matière cornée c'iez l'homme est d'un blanc mat, élas- tique, essentiellement hygrométrique et transparente. L'étude de cette matière présente des difficultés presque insurmonta- bles qui exigent la patience la plus opiniâtre. Elle rebondit sons le scalpel comme le caoutchouc. Molle, elle se gonfle et ne lais.se rien apercevoir; sèche, elle s'écaille et blanchit, au moindre contact, sous la plus faible pression. L'épiderme de la baleine, formé sur de plus grandes propor- tions, devient par conséquent plus facile à analyser ; nous allons le décrire d'abord, afin d'en tirer des lumières propres à éclai- rer l'histoire de la peau humaine. La matière cornée est sécrétée par un appareil spécial et paraît s'organiser comme les fausses membranes; c'est pour- quoi, à l'imitation de Bichat, qui a donné le nom de tissu à l'épiderme, nous croyons pouvoir lui conserver cette dénomi- nation. Le tissu épidermique (i) de la peau de la baleine (a), vu dans son ensemble, est lisse, uni, spongieux, et ordinairement de couleur d'ardoise foncée. Cousidéré à l'oeil nu , et de dehors en dedans, on y reconnaît deux couches, l'une externe, parallèle au [)lan du demie; l'autre composée de fibres droites, perpen- (i) Fig. 6, pi. 9. (a) Sous ce nom de tissu épidermique ou tissu situé au-dessus du derme, nous comprenons «•I IV[iidri'ine lui-même et les rouelles de matière coi née qui reposent sur le derme. La rulieulc |>i(i|iii'iiiriil ditr n'i'it (|(K' 1,1 ciiurlie l;i plus siipcrfn iifllp (\k' iv li.\àti i-pii/rrinii/iir. » 3j6 mm. g. breschet et roussel ue vauzème. diculairement placées enlre le derme et la couche extérieure. On voit aussi paraître à travers l'épaisseur diaphane de ce tissu noir, les sommets des tiges blanchâtres des papilles nerveuses enveloppées de leurs gaines. La face inférieure est criblée d'ou- vertures pour le passage des petits cônes papillaires. (i) Les deux couches ont en épaisseur : i" Couche horizontale i ligne. a" Couche perpendiculaire 3 idem. Total 4 lignes. Le derme ayant lo lignes, la (2) peau prise sur la tête de l'animal, près des évents, a i4 lignes d'épaisseur. Voilà tout ce que présente à l'œil nu cet épiderme sans le secours des loupes et du scalpel. Pour analyser le corps épidermique il faut prendre une fibre perpendiculaire , très fine, et la placer, au foyer de la loupe, sur un verre légèrement humecté. On voit alors que ce tissu est composé de petits corps squam- miformes imbriqués , sur une trame celluleuse très fine (3). Ces écailles se détachent avec une grande facilité, et ce sont elles qui teignent l'eau en i\oir sous l'apparence de granulations. (4) Considérée isolément, l'écaillé a pour ainsi dire la forme d'une raquette ou d'une spatule à bords mousses. On y distingue deux faces colorées en noir dans le tiers supérieur de leur éten- due; un bord libre légèrement arrondi, et un pédicule rétréci et blanchâtre. Pour bien les étudier, il faut prendre un peu de matière noire à la base des fibres près du derme, et la remuer dans quelques gouttes d'eau sur un verre. Une fibre de matière ( ornée, réduite par la dissection à son état le plus simple et vue au microscope, est formée d'une série d'écaillés, ou cônes apla- tis, insérés les uns dans les autres. Chaque pièce squammeuse, (i) Fip.8, pi. 9. ^2) Sur d'autres parties du corps, les prop^Tiionî ne «ont pas Iti nicnivs. (iJ) rig. 23 , 34 , 3^ , a6 , pi. 10. (4) Fig. a7. 28, 3i , pi. 10. Recherches sur les appareils téguinentaires des animaux. 327 pyritorme, s'applique sur celle qui suit, et se trouve recou- verte un peu par celle qui précède, à la manière d'un cône ou pomme de pin. Cette fibre est élastique, assez résistante; néan- moins les pièces articulées qui la composent, s'en détachent, et, comme nous l'avons vu déjà, peuvent être étudiées iso- lément. On voit très bien sur de la peau de baleine le point d'origine de la matière cornée, à cause de la couleur noire de l'épiderme, qui tranche sur la blancheur du derme(r). Elle remplit tout l'espace qui n'est pas occupé par les papilles. La matière noire «'St excrétée un peu avant de paraître hors du derme, c'est-à-dire tju'une ilemi-ligne environ avant sa sortie nous la trouvons en- fermée dans une capsule ou membrane dermique, au fond de laquelle se remarquent de petits mamelons blanchâtres et fila- menteux qu'elle embrasse étroitement; ce sont les canaux excréteurs du parenchyme chromatogène. Le développement se fait de dedans en dehors. La matière qui vient de se former presque à l'état muqueux^ chasse devant elle les couches supérieures qui se solidifient peu-à-peu. Ce phénomène a lieu par une expulsion sriccessive d'écaiîles et de mucus, dont les couches les plus extérieures sont toujours les plus anciennes, les plus compactes et ks moins distinctes. Actuellement que nous connaissons l'oiigiue, le développe- iiient et la structure de la fibre cornée élémentaire, il nous sera facile d'en faire dériver toutes les variétés de formes que présente le tissu épideimique. Supposons plusieurs de ces fibres sortant du derme en ligne droite, serrées l'une contre l'autre à la manière d'une claie, nous aurons une membrane; disposons- ks en cercle, nous aurons un cylindre, une gaîne de papilles, un fourreau pour les garantir. Que les fibres surgissent du derme en masse [denso agmine)., il en résultera un tissu épais, compacte, qui remplira l'intervalle des papilles. Si, arrivées à une certaine hauteur, ces fibres se courbent à angle plus ou moins ouvert, on aura le corps stratifié , parallèle au derme, car la dissection déniontre que ces couches sont produites par (1, t'i;; a8, |)l. lo. 328 MM. G. BUtSCHKT ET ROUSSKL DE VAUZKME. l'inflexion des fibres perpendiculaires (i). La dissection démon- tre aussi que toutes les formes épidermiques indiquées ci-dessus, sont engendrées par la fibre élémentaire, base primitive et invariable du tissu corné. La gaine que cette matière fournit aux papilles est formée d'un tissu moins blanc que les tiges nerveu- ses. Il est grisâtre et l'on y voit au microscope des écailles beau- coup moins nombreuses et moins colorées que dans le tissu corné proprement dit; il y a prédominance de la trame celluleuse ou muqueuse. Cette gaine se moule parfaitement sur les contours des papilles cylindriques, striée vers le haut, cannelée vers la base, telle que se présente la disposition des tiges nerveuses, et c'est ce qui détermine aussi la forme des canaux creusés dans l'épaisseur du tissu corné. Dans la couche horizontale, les fibres étant d'autant plus pressées qu'elles s'éloignent davantage de leur point d'origine, les écailles sont moins distinctes et très diffi- ciles, pour ne pas dire impossibles à détacher (2); c'est pourquoi cette partie, quoique fort noire, ne communique à l'eau aucune teinte, parce qu'elle n'y est pas dissoute en squammules. L'adhérence croissante et toujours plus intime des couches exté- rieures les unes avec les autres, explique la formation des feuil- lets épidermiques assez nombreux que la macération fait déta- cher successivement, et dans lesquels la forme imbriquée se dessine d'une manière assez manifeste. La pression du milieu dans lequel vit l'animal , celle de l'air ou de l'eau n'est proba- blement pas étrangère à la formation de ces membranes. Elles sont percées pour le passage des matières qui doivent être excrétées. Après avoir parlé précédemment des organes producteurs de la matière cornée chez l'homme , nous avons décrit les for- mes extérieures de l'épiderme ou produit excrété ; mais lorsqu'il s'est agi de sa structure, partie obscure et difficile à observer, nous avons cru devoir intervertir l'ordre et analyser d'abord l'épiderme de la peau de la baleine, qui, par son développement extraordinaire, est un acheminement naturel à la connaissance du tissu épidermique chez tous les vertébrés. (I) Fig. ï6,pl. .0. ,-.-...,-.^ (a) l'ig. 26, pi. 10. Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 329 Ayant accompli cette tâche et l'esprit étant mieux préparé, nous allons reprendre l'étude de la peau humaine. Structure de la matière cornée chez Vhomme. De même que nous avons découvert dans le derme les or- ganes sécréteurs servant à la production de cette matière, de même en la décomposant nous distinguerons les élémens fournis par chacun de ces organes l'appareil blennogène et l'appareil chromatogène. Pour étudier cette matière, il faut l'examiner àla loupe, en plaçant dans un peu d'eau une partie friable de l'épiderme le plus extérieur, ou le gluten muqueux qui se trouve à la surface du derme. En dis- sociant cesfragniensavecla pointe d'un scalpel, on voit flotter, au xm^\ç,\xA(i^àëhv\sàç.?,vaisseauxinhalans^\.A^&'i, canaux sudorifères^ une infinité de corpuscules amorphes (1) en apparence, parce que la violence qu'on a employée pour les extraire les a souvent divisés, ou bien les a laissés réunis deux à deux, ou deux moitiés adhérentes ensemble. Mais on peut rapporter à un trapèze irré- gulier la forme générale de ces écailles : elïes ont une certaine épaisseur, et sont plus ou moins striées, blanches et transpa- rentes, imbriquées les unes à côté des autres; elles sont placées sur un canevas aréolaire très mince. On reconnaît facilement dans les écailles de la matière cornée le produit de l'organe chromatogène ., et dans la trame pellucide qui les supporte, le mucus de l'organe glanduleux blennogène n'est plus amorphe. Pour voir l'origine du tissu corné dans les sillons du derme, il faut préparer une tranche fine du derme injecté en rouge, et l'on apercevra que là où s'arrête le sang dans les tubes excré- teurs , là commence le dépôt de la matière cornée. Cette sépa- ration est très manifeste sur la peau de la baleine, comme nous l'avons déjà remarqué, à cause de la couleur blanche et noire du derme et de son produit. La matière cornée, d'abord excré- tée muqueuse, fluide, se moule, couche par couche, autour des papilles, enveloppe et protège les canaux sudorifèrcs, les (0 Fin- 3i , |1. 10. 33o MM. G. BRESCHET ET ROUSSEL DE VAUZÈME. vaisseaux inhalans, après avoir contracté une densité d'autant plus grande qu'elle devient plus extérieure. Pour en bien con- naître le développement, il faut prendre un morceau de peau du talon, la faire macérer dans de l'eau, et en couper une tranche en travers des sillons. Si la macération a été suffisante, on voit des feuillets de matière cornée partir du centre du sillon comme d'une tige commune , et se développer à droite et à gauche sur les saillies papillaires qu'ils enveloppent (i). La tige centrale de ces sillons représente les stries linéaires et les feuil- lets latéraux, les couches d'accroissement qu'on remarque si bien sur les coquilles de mollusques, les écailles de poisson, les ongles, etc. Il est inutile d'insister davantage sur ces choses, qui sont une répétition de ce que nous avons vu sur la baleine. Ces deux tissus se développent d'après les mêmes principes; les différences consistent uniquement dans la variété des formes. Le tissu corné chez le nègre est partout noir, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Cette dernière partie présente cependant quelques nuances légères de coloration, sur lesquelles Gaultier a établi ses divisions futiles. Sa structure est la même que chez lai .race humaine blanche, dans la partie noire de la peau; les écailles sont en spatules colorées sur le bord libre, comme chez la baleine. Au talon, qui est blanc, la forme en est polygonale irrégulière : ces écailles sont incolores. Vue à la loupe, la peau du reste du corps, chez le nègre, ne paraît pas entièrement noire comme à l'œil nu ; on aperçoit que la matière colorante, née autour des papilles, dans les sillons, les dessine en formant des aréoles dont le milieu semble être blanc, parce que le tissu nerveux blanc paraît à travers la trans- parence de l'épiderme. La trame aréolaire qui supporte les écailles est toujours blanche. Sa structure est la même dans le marsouin, le dauphin, que chez la baleine. Sur im morceau de peau qui présentait alterna- tivement des raies noires et des raies blanches, les écailles étaient noires dans un cas et incolores dans l'autre. Nous avons examiné la peau de la trompe de l'éléphant, et (t) Fig 3(i. pi. m. Recherches sur les appareils tégujnentaires des animaux. 33 1 nous avons reconnu les couches successives et imbriquées de l'épiderme issu des sillons, et coiffant les tubercules papillaires. La peau des serpens, formée par des prolongemens imbriqués du derme, est revêtue par une couche mince de tissu corné épidermique. Ce tissu est visiblement perforé de pores exhalans, et composés de squammules plus ou moins colorées suivant l'es- pèce de serpent, et suivant la partie du corps qu'on examine. En divisant la carapace de§ tortues en deux parties , on voit que la peau ossifiée recouvre la colonne vertébrale, et que ces deux organes, /^ea M et système osseux, quoique unis, sont par- faitement distincts (Il y a une couche mince de derme qui sépare les os de la peau ). L'épiderme est composé des mêmes élémens que déjà nous avons signalés ailleurs. Dans les poissons, le derme mince et uni, très adhérent aux muscles, ne s'élève pas en cônes inclinés comme chez les ser- pens; le canevas épidermique dessine chezr quelques-uns les contours d'un parallélogramme ou d'un losange, d'où sortent Its grandes écailles proprement dites et le mucus coloré. (Les écailles solides des poissons faisant partie des organes de la peau , nous en ferons l'histoire avec celle des poils , des plumes , des cornes, des sabots, etc.) Le tissu épidermique des poissons est mou et comme pul- peux, né de la base de l'écailIe qu'il couvre dans la moitié de s(jn étendue; il est parsemé de points noirs ou peints de couleurs très variées; l'eau dans laquelle on l'agite se couvre bientôt de petites paillettes biillantes : ce sont les écailles colorées qui se détachent. De plus grands développemens seraient inutiles; ce que nous venons de dire suffit pour démontrer que l'épiderme singulis r;igis, quœ incuticula, cl rete protubérant, bini papillaruni ordines paralleli pcr luiigum (î icuntur in quorum medio dispersa locantur sudoris vasa, ctr. , p. 25. Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 335 Les paroles de Ruysch sont trop peu précises, et ses figures trop imaginaires, pour donner une idée exacte du corps réticu- laire; cependant on voit qu'il le considère comme une matière que les papilles nerveuses traversent et perforent, (i) Meckel l'ancien a étudié avec soin le corps réticulaire sur le cadavre d'un Nègre : il pense que partout où l'épiderme est étendu sur la peau, on trouve au-dessous une membrane mu- queuse, qui, dans les Nègres , est noire ou d'un brun très foncé ; c'est cette membrane à laquelle Malpighi a donné le nom de réseau^ estimant que c'était une véritable membrane, et que les nerfs et les autres vaisseaux en perçaient les mailles. Par la ma- cération , cette mucosité située entre la peau et l'épiderme le ramollit, puis se dissout; elle ressemble, en se ramollissant, à la mucosité pituitaire. Cette matière muqueuse, brime ou noire dans les Nègres, n'existe pas partout en même quantité. Elle est parfois si molle qu'on peut l'enlever avec un couteau. Elle s'épaissit dans l'alcool, et prend alors la forme d'une membrane; mais considérée ainsi au microscope, ce n'est point une mem- brane d'un tissu continu : en se desséchant, la matière s'est réunie en lames noires plus ou moins épaisses. Miscible à l'eau, la macération finit par la détruire, et alors l'épidennese détache. Cette matière muqueuse couvre partout les petits mamelons de la peau; les poils qui en sortent passent à travers, et il est assez probable que les vaisseaux exhalans se terminent au-dessous , et au-dedans d'elle; l'injection cependant ne laisse apercevoir au- cun vaisseau qui la traverse. Cette mucosité noire, située au- «lessousd'(me peau blanche, ne paraît pas à Meckel l'ancien être sortie des vaisseaux cutanés, par sécrétion ; mais il est plus pro- bable qu'elle y a d'abord été jetée jaune, et par son séjour sous l'épiderme elle y est devenue noire. Il repousse l'idée de Santo- (t) Vix ac ne vix qiiiJeni io coiispcctuin venil dictiiin lioc corpus Retioularr, nisi pos-t macerationem iii spiritii viiii : vixquii dumon.strari potest vulgari enclieiicsi , et cumuiiiiii dis- Mcandi modo , niullo minus |)<'ipillu; pyiuniidules, [luiliculiu , quas anulomia- prolossores sicco quui pede iu diueclionilju» Iransirc soient, quamvis sludiusb nicdiciiia; scilit cl visu aduù ne- ce»«ari;i! ccnscndiK sioi, propler tarum nsiira, qiicm praislanl, iil iiculiqiiam iu admiiiistrationi- Lu» aiialomici» prascrlim piivalis, sint iicgliyiiidn-. Kii)sili, iiprra oiimia,!. ii, pay. «j. Ri;s- ponaio Frcd. Ruyscli. ad Joli.*(;«iil)iiini. 336 MM. G. BRESCHET ET ROUiSEL 1)K VAtZÈME. rini (i), par laquelle il attribue au foie la sécrétion de la liqueur noire. Quant à la nature cribleuse de la înembrane muqueuse , telle que Malpighi l'a décrite, elle n'a, suivant Meckel , d'autre fondement que les petites élévations qu'on observe dans les endroits où aboutissent les extrémités des mamelons, car d'ailleurs la mucosité enduit partout la peau d'une manière uni- forme. (2) Les figures de B. S. Albinus, représentant le corps réticu- laire (3), sont bien supérieures à celles de Ruysch; et les consi- dérations dans lesquelles entre l'anatomiste hollandais démon- trent qu'il avait étudié la structure de la peau avec plus de soin et de succès que ne l'avait fait son compatriote, dont on a beaucoup trop vanté les procédés anatomiques , et surtout ceux pour l'in- jection des vaisseaux sanguins : il considère cependant comme distincts la cuticule et le corps réticulaire, et indique la plante du pied de l'homme pour bien voir cette différence. Le corps réticulaire ne présente pas de véritables trous, snais des fos- settes , des gaines qui contiennent les papilles, comme Tépée est renfermée dans son fourreau (4)- Les orifices de ces cavités ne sont pas arrondis, mais anguleux, de grandeurs différentes en- tre eux, et leur arrangement ne présente rien de régulier ou en quinconce comme dans les figures de Ruysch. Lorsque le corps réticulaire est très coloré, les fossettes ou dépressions va- ginales ressemblent beaucoup plus à des perforations, parce que dans ces points la teinte est moins foncée , l'épaisseur du tissu étant moins grande. G. A. Gaultier (5) considère le corps muqueux réticulaire comme composé de quatre parties distinctes, en commençant de dedans en dehors; ce sont : 10 les vaisseaux sanguins, unis (i) Observationes anatoDiic», cap. i.§n. (a) Recherches anatomiques sur la nature de l'épiderme et du réseau qu'on appelle maîpi- ghieo ( Mémoire de l'Académie royale de Prusse, tome ix, année 1753 ). (3) B. s. Albini. Âcademicanim annotationum, etc. Leid%, 1754, vol. x, iib. 1, Toy. pi. i, fig. I, 2 , 3 , 4 , 5. (4) Cap. II. De cognitioneet distinctione cuticulx et retîcnli,etc. 1. i, p. ai. — T. m, fig. 3. (5) Rorberches anatomiques sur le système cutaoé de l'homme, de. Paris, i8ii. ia-4 avec fig. ^1 Recherches sur les appareils tégumeniaires des animaux. 33^ par un tissu blanc, contigus au derme, admettant une matière qui colore les tégumens; a" un tissu blanc formant une couche uni- verselle (couche albide); 3» les, gemmules, petits corps colorés en brun chez les Nègres, et d'un blanc opaque chez l'Européen. 4° nne couche blanche contiguê à la cuticule {couche albide superficielle). Gaultier avait entrevu certaines dispositions; mais n'ayant pas pu faire ses recherches sur différens animaux, et principalement sur des cétacés, il n'av.iil pas pu donner à ses observations la rigueur et l'exactitude désirables; de là est résultée la confusion. Ainsi sa première couche est composée des organes de sécrétion de la matière cornée, de la matière colo- rante et des vaisseaux sanguins qui servent à ces sécrétions; sa couche albide paraît être l'enveloppe propre des papilles ner- veuses, et peut-être les fdets nerveux eux-mêmes, dont ne parle pas Gaultier. Les gemmules ne sont que les couches fournies aux papilles par le corps muqueux réticulaire, et qui lui forment des enveloppes. Enfin la couche blanche, contiguê à la cuticule ou couche albide superficielle., n'est que cette matière muqueuse réticulaire moins colorée que dans les couches profondes. Gaultier aurait pu faire une cinquième couche, ou la couche épidermique, car il la distingue, sans doute à tort,du tissu muqueux aveclequel il y a identité de nature, pour en faire un organe à part, la cuti- cule.On doit reconnaître ici que Gaultier ne parle pas du système nerveux, que presque tous les anatomistes, et surtout Malpighi et Winslow ont vu dépasser le derme; il ne dit rien sur le mode de terminaison des nerfs, et ne s'explique pas sur leur mode de terminaison à la peau. Le principal organe des sens et le plus généralement répandu, le corps muqueux réticulaire, sui- vant Gaultier n'a pas d'orifice apparent pour donner passage à des mamelons ou papilles, lesquels, dans le sens que Malpighi les décrit, n'existent pas (i). Il fait partir du sommet des bour- geons sanguins de petits tubes qui viennent s'ouvrir dans les alvéoles des doigts, et il regarde ces tubes comme des canaux exhalans. Gaultier a encore ici été à côté du vrai; mais s'il a eu * (i) Page a». II '/moi.. — Décemliie. n 338 !MM. G. r.«>S(,IIKT tT «OUSStL OE VATJZKME. raison d'admettre ces canaux, il s'est trompé en les faisant partir des bourgeons sanguins et en les représentant droits. Le £;énie observateur de M. Dutrocbet se retrouve dans le peu de lignes qu'il a écrites sur la structure de la peau, comme dans tous ses autres ouvrages, et nous devons regretter qu'il n'ait pas enti épris pour tout le système cutané ce qu'il a fait sur la structure et la génération des plumes (i). La peau des animaux vertébrés offre, suivant M. Dutrochet , de l'extérieur à l'intérieur, les couches suivantes : 1** L'épiderme, 2° les tégumens cornés des papilles , 3° la couche de matière colorée, et les deux dernières couches, quel- quefois séparées, très souvent confondues, et parfois dans un état de mollesse qui ne permet ])as de les distinguer l'une de l'autre; elles forment ce qu'on appelle le corps muqueux; 4° la mem- brane épidermique des papilles; 5*^ la couche papillaire, émi- nemment vasculaire et nerveuse; 6" le derme. Nous n'avons aucune observation bien sérieuse à faire sur cette manière de considérer la structure de la peau; nous ferons seulement remarquer que M. Dutrochet n'est pas entré assez profondément dans son sujet, parce que, si telle avait été son intention, il aurait certainement découvert les canaux hidro- phores, le mode de terminaison des lymphatiques, la structure des corps papillaires, celle des glandes qui sécrètent la matière cornée et la matière colorante, etc. Il a judicieusement séparé la substance, cornée de la matière colorante, bien qu'elles soient le plus souvent mêlées ensemble. L'enveloppe cornée reçoit ordinairement sa couleur de la matière colorante avec laquelle elle est en contact; mais aussi, dans bien des circonstances, elle reste incolore, sans qu'il soit possible d'en apercevoir la cause. (2) La désignation sous laquelle J. F. Meckel décrit le réseau mu- queux vasculaire démontre déjà qu'il le considère comme com- posé de vaisseaux; et en effet il dit que c'est une substance muqueuse à demi fluide, parsemée d'une innombrable quantité (1) ()l)scrvations sur la structure et la régénération des plumes, avec des considérations gé- nriales sur lu compositiou de la peau des animaux Terlébrés. Paris, 1819. {1) Diilnirhi'l , ). 344. Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 33() de vaisseaux capillaires sanguins fi). Nous ne pouvons pas par- tager l'opinion de ce savant anatorniste, s'il considère ces vais- seaux comme appartenant en propre au corps muqueux, et l'ex- pression de réseau muqueux vasculaire semble le faire croire. CHAPITRE VI. APPAREIL CHROMJTOGÈNE , OU ORGANES DE SÉCRÉTIOIf ET d'excrétion de LA MATIÈRE COLORANTE. Le réseau muqueux de Malpighi a aussi été désigné comme le siège unique de la matière colorante, laquelle serait sécrétée par le prétendu réseau vasculaire, et conservée en dépôt semi- diffluent; mais l'analyse du tissu corné et la connaissance de son mode de production , nous permettent de présenter, d'après les faits , une théorie de la coloration de la peau beaucoup plus satisfaisante que celle qui règne dans les écoles. Nous avons remarqué que si la peau est noire ou blanche, le bord libre des écailles est tacheté de noir ou de blanc. Le pédicule de l'écaillé et le canevas cellulaire où il s'implante conservent toujours la couleur blanche, ainsi que les parties qui entrent accidentelle- ment dans la composition de l'épiderme, telles que les tiges nerveuses, les tubes sudorifères, les canaux iidialans.Les écailles sont donc les seuls organes en qui réside le siège de la colo- ration. Naturellement nous avons dû comparer, cette disposi- tion du tissu corné avec les ailes si coniuies des Lépidoptères , et nous avons trouvé une ressemblance d'autant plus frappante que les ailes sont elles mêmes une sécrétion épidermique. Les écailles des papillons, colorées, pédiculées, sont implantées sur une espèce de nervure centrale, ce qui nous permet de penser que le réseau délié auquel adhèrent les écailles de la peau hu- maine est aussi une trame contenant des canaux propres aux écailles; ce qui est évident sur la baleine. Ayant examiné par curiosité quelques fleurs au microscope, (i) Maiiunl d'aiiutomic générale, descriptive et pathologique, traduit dr l'allctnoiul par \ J. L .lourdan etc. (7) Comment, in insllt. lioerhaaui, vol. ni, p. 555. N. U. (S) Obs. anat. c;ip. p. :>.. (gj Anioi, it, '^ Recherches sur les appareils tëgumentaires des animaux. 3/|5 une expérience ancienne, et Ruysch (i ) lui-même décrivent l'épiderme comme noirâtre. Ces savans ont peut-être considéré l'épiderme, lorsque la membrane muqueuse y était encore adhérente. Mais quand on a fait dissoudre cette membrane par une longue macération et qu'on l'a raclée et détachée de l'épiderme, celui-ci manifeste sa couleur cendrée. Il y a donc une différence essentielle entre la substance de la peau, celle de l'épiderme, et de la membrane muqueuse; ce que démontre suffisamment la diversité de leur couleur et de leur nature. Peut-on dire avec Leeuwenhoek, que l'épiderme soit d'une structure écailleuse? cet habile homme paraît avoir été trompé par des portions d'épidermes détachées des diverses parties du corps. On ne saurait voir d'écaillés à l'épiderme le plus épais de la plante du pied et de la paume des mains, qui est seulement formé de couches posées les unes sur les autres d'un épidémie durci et pareil à de la corne. (2) J. Fr. Meckel l'ancien prétend aussi que la couleur de l'épi- derme des nègres, démontre au premier coup-d'ceil, qu'il est entièrement distinct de la peau et qu'on ne saurait le prendre pour la surface cutanée durcie, car on voit ime peau parfaite- ment blanche, sous la mucosité noire et sous l'épiderme qui est une substance particulière, tout-à-fait différente de la peau. Son insensibilité est une preuve, suivant Meckel , qu'il ne doit pas être pris pour une production des papilles nerveuses, car l'accroissement d'épaisseur de l'épiderme n'augmente pas sa sensi- bilité. D'ailleurs la couleur des nerfs est blanche chez les nègres comme chez les autres hommes, tandis que leur épiderme est noir. Il n'est pas non plus la réunion de petits vaisseaux exha- lans, car c'est un tissu continu, et sans aucune ouverture. (3) J. Fr. Meckel (4) partage l'opinion de son aïeul sur l'insensi- (0 Thés. anal, ii, ap. v. n. n. (a) Ki'cli. aiiat. sur la nature de répidernii' et du réseau qu'on appelle Malpighien, par Meckel. Mcm. de l'Acad. loy. des Sciences de Berlin, I. u, année 1763. (3) Recherches anatoniiques sur la nature de l'épiderme et du réseau de Malpigbi. etc. Mém. de l'Académie roy. de Berlin, t. ix, année 1753. (4) Manuel d'Anatoniie nénérale, descriptive et patlioloi;i(|ue par J. Y. Merkil, traduit d« l'alhniand par A. J. L. Jourdan et G. Breschilos et epidermidem nuoquam iujectio pénétrai, qua de causa nulluni iinquam ruborem siiscii)iunl. (5) Diiquisilioues aiiul. pliNsiol. orgaiilsiiii. ^ p 97. Viciiu.'c, 1812. \ \ Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 3^7 On voit sous 1 epiderine, suivant Béclard , des filamens très bien décrits et représentés par W. Hunter qui les regardait comme des vaisseaux de la sueur; ils avaient été notés par Raau qui en avait la même opinion. Bicliat et Chaussier les considèrent aussi comme des vaisseaux exhalans et absorbans. Mais on n'est pas encore parvenu à les injecter, et l'inflammation qui rend la peau si vasculaire, ne les colore pas sensiblement. Cruikshank pense que ce ne sont pas des vaisseaux , mais des prolongemens exces- sivement fins de lepiderme qui tapissent les plus petits pores du derme. Suivant Seiler ce sont des rudimens de follicules sébacés et de bulbes de poils. On a dit que l'épiderme était composé d'écaillés imbriquées, mais c'est une apparence trompeuse d'après Béclard : il consiste en une membrane plane et continue. 11 est transparent et d'ime coideur légèrement grisâtre. Dans les races colorées, il participe à la couleur de la peau, mais il est moins foncé que le corps muqueux.Ni irritable ni sensible, il est de toutes les parties du corps, celle qui est douée de la foPce de formation la plus active , et résulte delà concrétion d'un fluide exlialé à la surface de la peau ; continuellement renou- velé, jamais résorbé , mais détruit à l'extérieur à mesure qu'il est produit à la surface interne. Produit, suivant Béclard d'une exsudation ou excrétion du derme , c'est la surface endurcie du corps muqueux; de sorte que depuis le derme jusqu'à la surface libre de l'épiderme, il y a une dégradation successive d'organisation et de vitalité qui fait de l'épiderme une sorte de vernis, (i) M. de Blainville (u) regarde l'épiderme comme une matière cornée, rejelée à la surface de la peau, assez souvent lisse ou formant des amas dans certains endroits, d'où résulte ce qu'on nomme des écailles, etc. 11 ne lui accorde ni vaisseaux ni nerfs; produit ])ar une exsudation de matière cornée, il est une sorte d'excrétion. M. de Blainville dit avec grande justesse que l'épiderme ne se reproduit plus lorsque le derme a été dé- truit. Nous donnerons ailleurs la raison de cette particularité, ( i) lléclard, p. 280 et suiv. (i) Uc l'orgaiiiMlion dus animaux, c!c. 348 MM. G. BRESCHET ET ROUSSEL DE VAUZÈME. Le docteur Mojon (i) soutient que l'épiderme est de nature organique, et qu'il a des propriétés vitales quoiqu'on n'ait jamais pu y découvrir de vaisseaux sanguins, et bien que Ruysch n'ait pu en pénétrer le tissu avec son injection. Cette membrane est le résultat d'une opération organique et nutritive, comme tous les autres tissus. Si l'épiderme était insensible, pourrait-il ab- sorber certains liquides et en repousser d'autres, sans être doué d'une sensibilité élective particulière? comment sans lui accorder une organisation et une sensibilité, expliquer les diverses alté- rations morbides auxquelles il est sujet, quoique parfois sa sensibilité soit très obtuse; n'en donne-t-il pas des marques non équivoques, dans quelques circonstances de maladie? Il est lié au corps muqueux par de petits filamens cellulaires, par les dernières ramifications des vaisseaux exhalans et par les racines des absorbans. Ces parties entrelacées de mille manières diffé- rentes, et unies par une matière albumineuse, forment le tissu de l'épiderme dont la face externe est écailleuse. L'importance de l'épiderme est telle que tous les êtres organisés sont pourvus de cette pellicule. (2) Les raisons de M. Mojon sont plus spécieuses que solides, et il n'en est pas une qtii puisse résister à un sérieux examen. M. Délie Chiaje Ç5) fait dériver l'épiderme d'une origine à la- quelle avant lui personne n'avait songé; mais si la pensée peut paraître ingénieuse, les raisons données par le physiologiste napolitain ne sont pas démonstratives et conséquemment peu convainquantes. Notre célèbre naturaliste pense que l'épiderme est formé par l'agglomération des globules du sang privés de fibrine et desséchés. Dans une nouvelle édition de son mémoire sur l'épiderme , où M. Délie Chiaje cite notre travail sur la structure de la peau, présenté à l'académie royale des sciences, ce savant donne plus de développemens à son opinion sur la nature de l'épiderne. (i) Osservazieni noloniico-Csiologiche sull'epiderniide. Genova , i8t5. Seconda ediaione. Genova, 1820. (a) E t.ile l'imporlauza delIV-piderniide clie tutti gli esseri orgaoici taftlo auimali, che vege- tâbili ut! soDO dutali, elc. p. 21. (3) Ossci'e vauzkme. festa autour de chacune des ouvertures qui donnent passage au poil. Cette observation a fait penser que c'est par l'ouverture du derme, qui livre passage aux poils, que l'excrétion du pigmen- tum s'opère. Nous avons dit, dans notre partie descriptive, que l'appareil sécréteur de la matière colorante correspond à la couche ex- terne du derme, laquelle couche est formée par un lacis de vais- seaux sanguins; qu'au-dessus se trouvent le corps muqueux for- mant l'épiderme; et que ce lacis vasculaire,de même que les petites ^\aiu\es chror?îato gènes , laissent passera travers leur tissu , ou à côté d'elles, les corps papillaires. Une irritation vive par un épispastique dénature le corps mu- queux , l'enlève, met à nu le lacis vasculaire surmontant le derme, et de là résulte la manifestation de la teinte rouée. Mais à mesure que l'irritation s'apaise, le corps muqueux est de nou- veau sécrétée, et bientôt la matière colorante vient se mêlera cette substance cornée diffluente. (r) Suivant Béclard , le corps muqueux est une couche très mince de tissu cellulaire à demi liquide, qui revêt la surface pa- pillaire du derme, la sépare de l'épiderme, adhère intimement à l'une et à l'autre, et devient le siège delà coloration. Cette couche a l'apparence d'un réseau , mais n'est point percée. Ceux qui n'ont admis que deux membranes à la peau , l'ont regardée comme la partie profonde de l'épiderme; ce corps muqueux paraît consis- ter en un liquide plastique ou un tissu cellulaire à demi orga- nisé. Le sang et les injections n'y montrent point de vaisseaux; des liquides y pénètrent pourtant; mais ils semblent y être contenus dans des interstices particuliers ; on n'y aperçoit pas de nerfs non plus, et c'est par une pure allégation que Gall l'assimile à la substance grise du cerveau. Cette membrane forme un vernis humide qui revêt la surface papillaire et vascu- laire du derme; elle est le siège de la couleur, et celui des pro- ductions cornées, écailleiiscs, etc.; dans quelques cas elle paraît! être composée de plusieurs couches superposées (2). Le pigment il (t) Gaultier. Kecherches anatoruiques sur le syst. cutané de l'iiorame, etc. Paris, 1 8 1 1 . (a) Béclard. Anat, géu. p. 2 7,5. § 3oi. RecJwrches sur les appareils tégumentaires des animaux. 35-; (le la peau a donc son siège principal clans le corps muqueux , et souvent dans sa couche moyenne; mais les surfaces externe du derme, et interne de l'épiderme surtout , y participent aussi un peu. Les anatomistes antérieurs à Malpighi, et quelques-uns depuis lui, en placent le siège entre ces ûeun membranes, sur- tout dans la dernière. La matière colorante existe dans les hommes de toutes les races, excepté les Albinos; cependant ce n'est guère que dans les Nègres qu'on peut la voir bien distinc- tement du reste de la peau. Malpighi avait seulement anîioncé cpjelacouleur de la peau avait son siège dans le réseau muqueux. Littre avait essayé, mais en vain, d'obtenir la matière colorante séparée, en soumettant la peau du Nègre à la macération pour gonfler le corps muqueux, et isoler ainsi l'épiderme du derme, (iaultiera assigné pour siège spécial, à la matière colorante, la couche moyenne du corps muqueux, qu'il décrit sous le nom de gemmules. Il semble plutôt que le pigment résulte de globules colorés disséminés dans le corps muqueux. La matière colorante lie la peau est très analogue à celle du sang; elle paraît être sé- crétée de cette himieur, et passer des vaisseaux de la surface du derme dans le corps muqueux, où elle est dans une sorte d'imbi- bition. Divers phénomènes morbides portent à croire qu'elle y est sans cesse renouvelée par une déposition et une résorption continuelles. Les observations chimiques de Davy, de Coli et autres, ont démontré ce que Blumenbach avait avancé depuis long-temps, que le pigment de la peau est principalement formé de carbone, (i) M. de Blainville (2) considère \e pigmentum comme une des |)riiicipalcs parties constituantes de la peau. Placé au-dessus du réseau vasculaire, ce pigment forme une couche presque dif- fluente, composée de grains agglutinés les uns aux autres, sans continuité organique enlriMîUx; c'est une sorte de membrane artificielle qui est exhalée par les parois mêmes des vaisseaux veineux. Ce que dit ici M. de Blainville est bien supérieur à tout c: qu'avaient avancé ses prédécesseurs, seulement il accorde aux (i) iW'clard, Aii:il(ini"u' gt'iu'inli". |>. 177. (i) n<; roigunisnlidii doK auJiiiciiiY 011 |iiiii('i|M'^ >raii.'iU)iiiie cuiiiparic. T. ', ['■ -H- Pa- is 1822 358 MM. G. BRIiSCHET ET ROUSSEL 1)E VAUzèttlE. veines une fonction de sécrétion qui est possible, mais qui n'est pas démontrée. M. de Blainville a été bien près de ce que nous considérons comme étant la vérité, car c'est dans ce plexus vasculaire que nous plaçons les organes glanduleux chargés de séparer la matière colorante. Notre opinion diffère donc très peu de celle du savant que nous venons de citer, seulement nous attribuons la production du pigmentum à des organes spé- ciaux de sécrétion, situés au-dessus du derme ou près de sa face extérieure. L'opinion de MM. G. Cuvier et Ch. Valencienne vient cor- roborer la nôtre sur le rhode de production, le siège et la dispo- sition organique de la matière colorante. Ils attribuent au derme de sécréter, sous les écailles, cette matière d'un éclat métallique argenté, qui rend tant de poissons si brillans; elle se compose de petites lames polies comme de l'argent bruni, qui se laissent enlever par le lavage, soit de la peau , soit de l'écaillé dont elles vernissent la face inférieure; il se sécrète aussi de cette matière chez beaucoup de poissons, dans l'épaisseur du péritoine et des enveloppes que le péritoine fournit à certains viscères, particu- lièrement à la vessie natatoire, (i) PATHOLOGIE. Cette partie importante, que nous n'avons pas eu le temps d'étudier suffisamment, devra compléter l'histoire de la peau, et nos hôpitaux nous fourniront de nombreuses occasions pour ces recherches. Nous avons dit qu'au-delà du derme dans l'épaisseur du tissu corné, il n'y a point de réseau vasculaire sanguin ; ce qui le prouve, c'est que dans les ampoules des vésicatoires , qui soulèvent tout le tissu corné, on ne trouve qu'une sérosité albumineuse produite par la rupture des vaisseaux lymphatiques, des canaux sudori- fères et des canaux excréteurs du mucus; nous pensons que les cantharides agissant sur les organes sécréteurs de la peau d'une (i) Hist. natur. des poissons. Liv. 2'', chap. 6, p. 483, ■k Recherches sur les appareils tégiimentaires des animaux. 369 manière spéciale, analogue à celle qu'elles opèrent sur les voies iirinaires , en activant la sécrétion au point d'occasioner la rupture des vaisseaux, mais elles ne produisent aucun effet sur l'épiderme; elles attirent le sang dans le canevas érectile du derme, qui s'en débarrasse par une sécrétion abondante. La rougeur de la peau dans l'inflammation ordinaire est le résultat de la transparence du tissu corné. En effet, on ne la voit rougir que dans les parties où ce tissu est fort mince ; l'in- flammation ne colore jamais en rouge les couches épaisses de la plante des pieds, ni les callosités accidentelles, si ce n'est par ecchymose ou extravasalion du sang. D'après la structure connue de la peau, il est certain que le dermene resteétranger àaucune maladie cutanée, quelque légère qu'elle soit, et que tous les organes dont il se compose peuvent être affectés isolément, c'est-à-dire que l'un d'eux prédomine tou- jours dans le développement dessymptômes. Ainsi les desquam- mations furluracées des exanthèmes et les diverses espèces d'ich- tliioses pourraient être envisagées comme ayant principalement leur siège dans les organes sécréteurs de la matière cornée, car l'épiderme se détache écailles par écailles ou quelquefois par plaques; parce qu'un nombre plus ou moins considérable de- cailles est agglutiné par le dessèchement de la matière. Les affections de la matière cornée proprement dite doivent présenter des formes squammeuses différentes, suivant les di- verses parties où elles établissent leur siège, sans pour cela changer de nature; car la forme et les usages de certaines ré- gions du corps déterminent dans l'arrangement des écailles, dans la disposition des lignes, etc. , des modifications pour ainsi dire locales, qui n'influent en rien sur la nature des organes sécié- teurs et du produit sécrété. Dans la dartre squammeuse humide du docteur Alibert, on voit une sécrétion plus abondante de la matière cornée qui conserve son caractère diffluent, son appa- rence miKjueuse, qui parfois devient puriforme. C'est cotte «natière qui, condensée, constitue; les larges squammcs appar- tenant à une période de cotte «naladie, dont le siège soniblot ait olri! dans les corps glandiihujx sécrétant la matière mu(|uouse qui plus tard devient la n)atière cornée. 36 ) MM. G. BRKSCm T KT HOl'SSIÎL DF. VAUZKME. Il faudrait donc, avant d'examiner une affection cutanée cir- consciite, connaître parfaitement la structure de la peau saine en cet endroit même, afin de découvrir, s'il est possible, au mi- lien du détritus des croûtes, l'organe principalement affecté. Nous avons trouvé, dans nos recherches, des canaux sudori- fères dont l'orifice extérieur était élargi et corrodé; nous avons vu les organes glanduleux situés dans le derme, enduicis et comme squirrheux. Les canaux inhalans doivent présenter aussi des symp- tômes propres aux maladies lymphatiques. Le derme est-il en- vahi en partie ou eu totalité, alors sans doute on doit voir se développer des ulcères d'un aspect plus ou moins repous- sant, etc., etc., etc. Si on parvenait à localiser les maladies de la peau , et nous en concevons la possibilité, c'est-à-dire si l'on pouvait, prenant pour guide l'anatomie, indiquer le siège de chaque maladie cu- tanée, ce serait un véritable progrès pour la médecine et pour l'anatomie pathologique. Dans les plaies superficielles, la pellicule cicatrisante marche presque toujours de la circonférence au centre, et les bourgeons dits charnus sont insensibles à la cautérisation. En voyant com- ment l'épiderme s'avance progressivement sur le test d'un coro- nule implanté dans la peau d'une baleine, on peut se faire une idée de la manière dont marche la cicatrice, de la circonférence vers le centre de la plaie, lorsqu'elle trouve un point d'appui sur les bourgeons cornés qui s'organisent avec elle. Cette cicatrice part de tous les points des couches les plus inférieures de l'épi- derme voisin, en se rapprochant; à ces couches s'en ajoutent suc- cessivement d'autres, jusqu'à ce que la pellicule nouvelle ait atteint le niveau de l'épiderme environnant. Les bourgeons dits sanguins sont insensibles parce qu'ils appartiennent à la matière muqueuse épidermique. Dans les plaies avec peite de substance, lorsque le derme est détruit, on voit néanmoins se former une cicatrice aux seuls dépens du t ssu corné environnant resté in- tact. Aussitôt que h pellicule cicatrisante peut trouver un point d'appui sur les bourgeons vasculaires qui remplissent le fond de la pliiie, ou même siu' une surface osseuse, elle s'étend d'un bord à l'autre par le même procédé que l'épiderme qui Recherches sur les appareils tègumentaires des animaux. 36 1 couvre les écailles de tortue ou les coquilles de mollusques : c'est ce qui constitue les cicatrices de mauvaise nature et faciles à déchirer. L'albinisme , les taches blanches de la peau , les colorations différentes du pelage, du plumage, et les changemensde teinte de toutes ces parties par l'effet de la mue, des maladies ou de l'âge, ont beaucoup embarrassé les physiologistes. Comment les poils deviennent-ils blancs dans le lieu où il y a eu une plaie? pourquoi une plume a-t-elle des teintes différentes dans telle ou telle partie de son étendue? pourquoi le piquant du porc-épic a-t-il alternativement des zones blanches et des zones brunes ou noires? pourquoi la fourrure de beaucoup de mammifères car- nassiers, ruminans, solipèdes, etc., a-t-elle une coloration diffé- rente dans les diverses parties du corps? etc., etc. La connaissance de l'appareil sécréteur du pigment, et la situa- tion de cet appareil, donne la raison de tous ces phénomènes. La sécrétion peut dès l'origine ne pas se faire, et cette circon- stance est un véritable arrêt de développement ; alors il y a albi- nisme. On sait que chez le fœtus la coloration n'existe pas encore, et qu'elle appartient aux dernières phases de la vie intra-utérine. Dans la race nègre, cette sécrétion du pigment cutané ne se fait qu'après la naissance. Le pigment de la choroïde n'existe pas non plus, et les yeux du fœtus sont alors rouges comme ceux d'un Albinos. Cette sécrétion est- elle peu abondante, les yeux, de roses qu'ils étaient, deviennent bleus, et les poils et les cheveux sont blonds; la sécrétion est-elle plus abondante, les yeux sont plus colorés, et la peau, ainsi que le système pileux , prennent une teinte plus foncée. L'âge, les passions, l'état de gestation, les maladies peuvent diminuer, suspendre etc. cette sécrétion ou la rendre plus abondante dans telle ou telle par- tie. De même, et par une disposition originelle, telle ou telle partie de la surface des tégumens extérieurs peut sécréter plus ou moins de ce pigment, lequel peut varier dans ses teintes. Cette sécrétion peut être intermittente, ce qui explique les zones des piquans du porc-épic, ou bien si dans les plaies et les ulcères les organes sécrélcurs ont été détruits. Us poils (jui revieiuicnt restent blancs, parce que le poil nait d'une couche 362 MM. G, BRESCHET ET ROUSSEL DE VAUZKME. bien plus profonde que celle qui fournit le pigment, et l'on sait que la partie qui avoisine le bulbe n'est jamais colorée. La reproduction du tissu corné se fait de dedans en dehors. Si on coupe une plume de l'aile d'un oiseau, elle repousse, mais conserve toujours son extrémité tronquée; si au contraire la plume tombe, il s'en développe une autre, complète dans toutes ses parties; c'est pourquoi, lorsque les écrevisses ont perdu un fragment de patte , on dit qu'elles s'arrachent le moi- gnon restant afin qu'il en repousse une entière. C'est ainsi que sont renouvelés les cornes, les sabots, les ongles, etc. Délie Ch'iaje a considéré les écailles de la peau comme des globules de sang desséché : cela peut être ; mais ces globules ont passé par un organe qui les a façoimés et mis en place, après leur avoir donné un pédicule et imprimé une couleur. Si nous ne sommes pas dans l'erreur, l'anatomie du système cu- tané vient d'être refaite en entier par nous: le derme exploré avec une rigoureuse etpersévérante attention, nousa montré en grande partie son organisation, nous y avons découvert des organes jus- qu alors inaperçus ; nous y avons vu la marche et la terminaison des nerfs; la fin ou le commencement des vaisseaux sanguins; les organes sécréteurs de la sueur; l'origine des vaisseaux inhalans; nousavons étudié la nature et le développement d'une matière d'abord muqueuse, devenant ensuite une matière cornée; nous avons démontré la perméabilité de répiderme,et donné une nou- velle explication des couleurs naturelles des animaux. Il faudrait, pour compléter ce travail, étudier les parties accessoires de la peau (cryptes et phanères); examiner les membranes muqueuses et approfondir une infinité de questions qui n'ont été qu'ébau- chées : ce sujet est immense. Il y aurait de plus une nomenclature à faire, et nous avons essayé de la créer, sans tenir beaucoup à son adoption. Condillac a eu raison en disant qu'une science doit se réduire à unelanguebien faite; mais pour composer cette langue, ii faut supposer que cette science est arrivée à sa dernière per- fection, et ici nous ne faisons que des études, nous ne donnons qu'un aperçu de nos premières recherches; les mots que nous Recherches sur les appareils tégumentaires des animaux. 363 avons créés ne doivent donc servir qu'à nous faire mieux com- prendre et à éviter l'ennui des périphrases. La peau, considérée dans son ensemble, forme un tout comme enveloppe générale du corps (membrane tégumentaire); elle n'est pas un organe, mais bien une série d'appareils, parce qu'elle renferme une multitude d'organes dont les actions sont distinctes les unes des autres. Cette circonstance de fonctions diverses doit lui faire refuser le titre d'appareil simple , parce que les organes qu'elle contient ne tendent pas tous à l'accomplissement de la même fonction ; mais il ne faut peut-être pas pousser si loin la ri- gueur scolastique. Disons cependant que c'est une chose remar- quable en anatomie que tant d'organes divers, et pour ainsi dire étrangers les uns aux autres, soient rassemblés dans le même tissu, le derme, modification particulière des tissus fibreux ou albuginés. Celte modification n'appartient qu'à la peau , dans laquelle on pourrait ainsi ne voir qu'un tissu proprement dit , renfermant une partie des appareils sensitif, circulatoire, sécrétoire et ab- sorbant. Pour résumer tout ce que nous avons exposé dans cet essai, qui n'est qu'une ébauche de nos premières recherches (i)j nous disons que lenveloppe tégumentaire extérieure, considérée dans les animaux vertébrés, nous a représenté : 1. Un premier organe formant la trame et la base de toutes les autres parties : le der- me; 2. Des organes de sernibilité, appareil ncvrothèle ■ . [corps papillaires ) ; 3. Des organes d'exhalation, appareil diapnogène , {canaux sudorifires ou hidrophores) ; 4. Des organes d'inhalation [vaisseaux inhalons ou absorbans); 5. Des organes producteurs de la matière cornée (appareil Blennogène ) ; 6. Des organes producteurs de la matière co- loraiile (ii|ipareil chromatogène). I Partics'essentielles et constantes ''1) Nous sutiiiiics les premiers à sciilir cl à reruunailrc rjui; ce travail csl encore fort impar- 364 ^^^^- ^* BRESCHEÏ ET ROUSSEL DE VAllZiaiE. 2» f I. Poils , rlievcux , crins , soies, laine, ele ; I 3. Piqiians, cornes, écailles, plumes , ongles, Parties accessoires | nabots , etc. ; (Phanères elCryptesdeM. deBlainviile. (i) | 3. Follicules muqueux , adipeux, sébacés, \ etc. CONCLUSrONS. Il résulte de toutes ces recherches, par lesquelles nous avons essayé d'aborder quelques-unes des questions les plus difficiles de l'anatomie et de la physiologie, que nous avons contirmé des prévisions ou des premiers laits déjà signalés |)ar d'autres observateurs, et que nous avons donné la solution de plusieurs questions touchant des points sur lesquels la science n'offrait que des hypothèses. Ainsi nous avons vu que : 1° Il existe réellement xin appareil d'exhalation composé de canaux hidrophores ou sudorifères disposés en spirale, ou- verts à la surface de la peau par une de leurs extrémités , et correspondans par l'autre extrémité au derme , dans un corps parenchymateux ou glanduleux {appareil diapnogène). 2" Les canaux inhalans sont situés dans le corps muqueux constituant les couches épidermiques; que ces canaux absor- bans paraissent être dépourvus d'orifices à leur extrémité; 3° Le milieu, dans lequel ces canaux absorbans se répandent, est au-dessus de la surface externe du derme; fait. Cependant il a exigé de nous de nombreux essais, beaucoup de temps et de patience. Mais pour le rendre tel que nous l'aurions désiré , il nous aurait fallu plusieurs années. Sachant que d'autres personnes s'occupent du même genre de recherches , nous avons cru devoir prendre date pour ce que nous avions déjà vu et constaté. Cette communication ne nous empêchera pas de continuer nos éludes , et nous pourrons profiter des critiques et des conseils des savans, car notre but est de découvrir la vérité. (i) Notre second mémoire sera consacré à la description de ces parties accessoire-s, et dans un troisième nous traiterons de la structure des membranes muqueuses , structure jusqu'ici trop peu étudiée et 1res peu connue; nous terminerons enfin ce travail anatomiquc par des considérations physiologiques, déduites de nos expériences , sur les fonctions delà peau et des membranes mu(]ueuses. Recherches sur les appareils tégamentaîres des animaux. ' 365 4" La matière muqueuse qui, en se durcissant, forme les diverses couches épidermiques, est produite par un appareil particulier composé d'un organe principal, comparable à une glande, correspondant, à la partie la plus profonde du derme , et d'un canal excréteur (^appareil Blennogène\ 5° L'épiderme ou tissu corné résultant de cette sécrétion et de son mélange avec la matière colorante, est traversé par les canaux sudorifères, les canaux inhalans, les papilles nerveuses, etc. Les deux derniers ne s'ouvrent pas au dehors. 6" Un second appareil , situé vers la superficie du derme , est chargé de la sécrétion de la matière colorante ou pigment (^appareil Chromatogène). Cet appareil se compose aussi de glandules et de petitrs canaux excréteurs ; 7° La matière sécrétée par cet appareil va se mêler à la ma- tière cornée diffluente ou corps muqueux de Malpighi, ainsi qu'à ses dépendances pour les colorer. 8° L'épiderme résultant de la sécrétion de la matière mu- queuse, et de son mélange au pigment ou matière colorante, est disposé par couches successives. De cette disposition résultent les écailles de la couche superficielle ou épiderme de beau- coup d'auteurs. 9° L'appareil de la sensibilité se compose à la peau de pa- pilles ou éminences conoïdes formées essentiellement par les extrémités nerveuses, enveloppées par des couches épidermi- ques, et les filets nerveux parvenant sous ces gaines nou- velles, se dépouillent de leur névrilème, et finissent en s'anas- tomosaut entre eux pour former des arcades. io° Dans ces papilles pénètre un petit vaisseau sanguin , bien inférieur par son volume aux filets nerveux qui sont très ap- parens. II" Les filets nerveux , quoique se séparant du névrilème pour pénétrer sous les gaines épidermiques, conservent une membrane propre. 11° Le derme est une trame fibreuse et vasculaire, dans la- quelle sont contenus les organes de sécrétion et le commen- cement . papilles; c. matière cornée. Les rameaui qui viennent du côté de l'épiderme s'abouchent dans le troue commun. Fie. 19- a. vaisseaux inhalans dans le tissu corné de l'homme. Fig. 20. un fragment de ces vaisseaux, grossi davantage. Fie. ai. vaisseaux inhalans, tels qu'ils ont été vus sur le tissu corné épidermique d'une trompe d'éléphant. Fig. 32. a. organe sécréteur de la matière muqueuse; /^ son canal excréteur ; c. vaisseau san- guin; d. petits grains blanchâtres qui l'entourent. Fig. 23. a. une fibre simple de matière cornée grossie, appartenant à la baleine, composée d'écaillés placées les unes au^lessus des autres sur un tissu muqueux aréolaire très fin. Fie. 24. écaille seule, colorée en noir au sommet, blanche vers le pédicule d'inseitiou. Fi". a5. plusieurs écailles réunies et formant une trame. Fig. 26. figure composée ; a. derme de baleine; i , 6. papilles; c, c. petits canaux excréteurs des écailles ; d. fibre naissant de ces canaux et se courbant au-dejisus de ces canaux pour former la couche horizontale épidermique. Fig. 27-28. matière cornée de la baleine telle qu'elle se présente à la vue, et indiquant la for- mation de la couche horizontale par la courbure des libres perpendiculaires. Fig. 29. coupe et disposition naturelle de la peau dans le conduit auditif externe de la baleine; a. derme; 3. cylindre de matière cornée engrené dans le derme; c. nerfs pénétrau dans les cannelures du cylindre ; d. trajet des nerfs dans la matière cornée jusqu'à la couche la plus externe; e, conduit auditif. Fig. 3o. peau humaine ; a. derme ; è. papilles; c. matière cornée soulevée eu d pour faire voir son origine dans les sillons du derme entre les papilles. Les prolongemens déchirés correspondent aux canaux excréteurs de l'appareil chromatogène. Fie. 3i. écailles de la matière cornée de l'homme, délayées dan l'eau. On y voit des fragmens de canaux sudorifères et de vaisseaux inhalans. Fig. 32. a. organe chromatogène déchiré en deux endroits , b et c, pour faire voir la sortie des écailles qui s'y forment et les vaisseaux filiformes dont cet organe se compose; - seaux lymphatiques de la peau du pénis, et communiquant par leurs exlréuiités avec le réseau du prépuce; b. b. réseau des vaisseaux lymphatiques injectés au mercure , do la [leau du prépuce, vus par sa face interne; c. réseau des vaisseaux lymphatiques de lu surface du gland. Fig. Sg. Portion de la peau du scrotum du même enfant; le réseau d'une teinte claiie a. a. est formé par les vaisseaux lymphati(|ues ; les vaisseaux arborcscens et d'une teinte foncéa b. h. sont des artères. Les objets sont grossis. Fig. 40. Portion de la peau du scrotum d'uu sujet adulte; b. b. b. réseau des vaisseaux lympha- lique« iiijccli-sau mercure et mis à découvert par l'enlèvement du premier feuillet épider- Diique; n. a. a. le même réseau avec les vaisseaux lynijibaliques qui .s'y rendent pour le f;h REND ERG, — Classificûtlon des fnfusoires. a* Queue non bifurquée, tronquée et flexible. G. Ptygura. a**Queue bifurquée et très courte. G. Ichlhydium. aa. Face dorsale du corps garnie de soies. G. Chœtonotus. B. Deux yeux (queue non bifurquée). G. Glenophora. i' section. Schizotroques. Schizot/oeha. Couronne de cils simples , divisée pai' lambeaux d'une laanière variable. ScHizoTuoQUEs NUS. iVwrfa 5cAj- Schizotroques cuirassés. Lori- zotroçha. cala schizotrocha. l'* FAMILLE. MAGALOTROCHA. A. Un œil unique (queue simple). A. Point d'yeux (enveloppe du corps G. Microcodon. gélatineuse). B. Deux yeux qui s'effacent avec «. Organe rotateur bilobé ou quadri- l'âge. lobé. G. Megalotrocha. Q, Lacinularia. aa. Organe rotateur multiâde. aa* Organe rotateur à 5 divisions ; mandibules dentées. G. SLephanoceros. aa** Organe rotateur à 6 ou à 8 di- Aisions; raandibulei; non dentées. G- Floscularia. B. Deux yeux , s'cffaçant avec 1 âge (enveloppe du corps membraneuse et granuleuse ; organe rotateur bi- lobé ou quadrilobé). G. Melicerta. EHKENBERG. — Classification des Infusoires. 373 3* section. Polytroques. Polytrocha. Plusieurs petites couronnes de cils. PoLYTROQOES WDS. Nudu Poly- PoLYTROQUES CUIRASSÉS. Lori- trocha. cata Polytrocha. l'" FAMILLE. HYDATINA. A. Point d'yeux. a. Mandibules dentées. G. Hydatina. aa. Mandibules non dentées. aa* Boucbe droite terminale. G. Euteroplea. aa!** Boucbe obbque, inférieure. G. Pleurotrocha. B. Un œil unique. h. OEil frontal, queue bifurquée. G. Furcularia. bb. OEil dorsal. bb* Queue simple, garnie desoies. G. Monocerca. bb'** Queue bifurquée. Aè'* •]- Cils frontaux similaires. G. Notomniata. W'-f-j- Cils frontaux non simi- laires. bb. ** ■\-\- "^^ des cils et des styles. G. Sjnchœta. bb** ■]--}-«£?> «s» Des cils et des crocbets. G. Scaridium. C Deux yeux. c. Yeux frontaux. c* Queue bifur(|uce. Q. Dinlena- 1^" FAMILLE. BUCHLANIDOTA. A. Point d'yeux. a. Cuirasse déprimée ( queue bifur- quée). G. Lepadella. aa. Cuirasse comprimée. aa* Queue simple. G. Monura. aa** Queue bifurquée. G. Colurus. B. Un seul œil. b. Cuirasse déprimée. b* Queue simple. G- Monostyla. b** Queue bifurquée. G. Euchlanis. bb. Cuirasse gonflée ou anguleuse, bb* Queue soyeuse et simple. G. Mastigocera. bb** Queue bifurquée ou trifur- quée. bb** j- Point de corniculc. G. Salpina. bb**-\--f corniculéc. G. Dinoc/iaris. C. Deux yeux (frontaux). c. Tète nue. G. Metopidia. ce. Tôle encapuchonnée. G'. Slepliaiwps- 3^4 EHKENBERG. — Clas&ijwatiun cles Infusoïtes. c** Queue simple ( front garni de D. Quatre yeux frontaux. deux cirres ). G. Squamella G. Triarthra. ce. Yeux dorsaux. ce* Queue simple. G. Rattulus. ce** Queue bifurquée. G. Distemma. D. Trois yeux. d. Un œil dorsal et deux frontaux. J. Eusphora. dd. Les trois yeux dorsaux. G. Norops. E. Plusieurs yeux. e. Yeux disposés eu un cercle unique sur le cou. G. Cyeloglena. ee. Yeux réunis en deux groupes cer- vicaux. G. Theorus. 4* section. Zygotroques Zygotrocha. Deux petites couronnes de cils. Zygcttroques hus. Nuda Zygo- Zygotroqles ctrtuASsÉs. Lorica- trocha. ta Zjgotrocha. l" FAMILLE. FHILODINOEA. 1*^^ FAMILLE. BRACHION^A. A. Point d'yeux. A. Point d'yeux. G. Noleus. a. Queue bifurquée et côrniculée B. Un seul œil. (une trompe frontale ). ^,. Point de queue. G. Callidlna. . .^- ^«"'-œ^- bb. Queue bifurquée , flexible. aa. Queue bifurquée; non côrniculée. q ff,achion. aa* Roues céphaliques portées sur C. Deux yeux (frontaux). des bras frontaux Jtiès longs G. Plerodina. EHRENBEKG. — Classification des Infusoires. 3^5 (point de prolongement fron- tal en forme de trompe ). G. Hydrias. aa** Roues céphaliques sessiles et latérales (point de prolonge- ment frontal ). G. Typhllna. B. Deux yeux. b. Yeux frontaux. i' Queue bifurquée et portant deux paires de cornes (d^où il résulte que la queue présente six poin- tes) un prolongement proLosci- dien frontal. G. Rolifer. b"** Queue trifide et garnie d'une seule paire de coruicules (ayant par conséquent 5 pointes) , un prolongement frontal. G. Actinurus. b'** Queue bifurquée et sans cor- nicules (simplement fourcbue); point de prolongement frontal. G. Monolabis. bb. YeOx dorsaux. (Queue bifurquée et portant deux paires de cornicules; un prolongement frontal.) G- Phylodina. 3''6 G. BRESCHKT. — Système vasctiîaire des Cétacés. RKPPOKT/aii à r^lcadèniie des Sciences par M. Duméril, sur un Mémoire intitulé: Description d'un organe vasculaire découvert dans les cétacés, suivie de quelques considérations sur la res- i piration chez ces animaux et chez les amphibies , Par M. G. Brischi t. Le sujet des recherches auxquelles railleur s'est livré est des plus intéressans pour la physiologie, comme il est facile de le comprendre quand on réfléchit aux circonstances obligées de l'existence d'un animal mammifère forcé de passer toute sa vie sous Teau, ou étant dans un état continuel d'immersion. Comme les cétacés jouissent de la faculté de plonger long-temps, souvent il de grandes profondeurs, et que cependant toute la masse de leur sang doit passer par leurs poumons, il résulte de cette cir- constance, qui d'une part s'oppose an renouvellement de l'air atmosphérique, et qui d'une autre exige une circulation com- plète et continue, que les actions chimiques et vitales nécessaires a l'hématose pourraient être momentanément arrêtées. Telle est la difficulté qui se présente à résoudre dans ce pro- blème physiologique, dont les données acqtiises par la connais- sance de l'organisation des autres mammifèi-es et même des oiseaux s'accordent si peu avec le fait que les marsouins, les cachalots, les baleines peuvent constamment , et à volonté, sus- pendre l'acte de leur respiration. Pendant cet espace de temps , prolongé quelquefois au-delà d'une demi-heure, on doit penser que l'oxigénation pulmonaire ne peut plus s'opérer; mais si cet effet avait lieu, il s'ensuivrait que la majeure partie du sang artériel passerait à l'état veineux, et exercerait bientôt l'influence la plus funeste sur toutes les fonctions vitales, principalement sur le système nerveux, et par suite sur la motilité : il y aurait asphyxie et mort de l'animal. Cependant ce fait se passe autrement, et comme ce lésultat et ait devenu inexplicable, avec l'organisation connue de tous les autres mammifères, on a, par analogie, supposé diverses modi- c. BRiîSCHKT. — Système vasculaire des Cétacés. 677 fications dans les organes circulatoires chez les cétacés; mais quand on a recours à l'observation directe pour les vérifier, on a reconnu que toutes ces hypothèses, plus ou moins ingénieuses, étaient fausses et même impossibles. M. Breschet vient jeter sur ce sujet obscur une lumière vive et tout-à-fait nouvelle. Ayant eu occasion de disséquer plusieurs marsouins {Delphinus Phocœna) ^ il a reconnu chez ces animaux une disposition particulière dans la marche et la terminaison insolites des artères intercostales. Ces vaisseaux présentent véritablement dans leurs intrications bizarres, mais régulières, une série d'organes tout-à-fait spé- ciaux à la race des cétacés. Hunter, en 1787, avait reconnu 1 existence de ce plexus dans la baleine; mais il n'avait pour ainsi dire fait que les indiquer, sans en poursuivre la terminaison. Desmoulins les avait aussi entrevus ; mais il les avait considérés comme des veines. M. Breschet, par des injections'heureuses et des recherches anatomiques qu'il a poursuivies avec succès, est parvenu à faire connaître parfaitement leur distribution, qu'il a développée et fait figurer de grandeur naturelle par des dessins en couleur, exécutés siir des pièces injectées; il a rédigé à ce sujet le savant mémoire qu'il a présenté à l'Académie, et dont nous allons donner une idée générale, car une analyse complète exigerait beaucoup de détails. On sait que les cétacés n'ont pas de cou apparent que les sept vertèbres de cette région qui existent chez presque tous les mam- mifères, sont ici réduites à une excessive ténuité, de manière à ne former qu'un seul os; de sorte que la tête semble supportée par la poitrine. La cavité de cette dernière région , d'ailleurs fort développée, est cernée en arrière par le diaphragme, latérale- ment par les cotes, vers le dos par la colonne vertébrale, et en- dessous par le sternum. Les poumons remplissent presque en- lièrement sa capacité, et même, lorsqu'ils sont très gonflés, ils se portent en avant jusque sous le crâne, en passant par l'ou- verture que laissent entre elles les premières côtes. Quand on a ouvert la poitrine et enlevé les poumons, on voit • sous les plèvres, dans toute la région dorsHle de l'un et de l'autre côté, utu- masse de vaisseaux disposés par lobes réguliers, cor- 378 G. BRESciiET. — Système vasculaire des Cétacés. respondans à chacune des côtes et simulans des vermicdiations. j Ce sont autant de plexus de vaisseaux grêles dont le calibre ' reste absolument le même, malgré les sinuosités et les replis sans nombre que leur canal présente dans toute sa longueur. Ces masses vasculaires sont produites par les artères intercos- tales qui naissent de la région postérieure de l'aorte pectorale, comme chez les autres mammifères. Non-seulement ces artères plexiformes existent ainsi sous la plèvre, mais elles pénètrent dans le canal rachidien , et elles s'étendent dans le crâne par le trou occipital; on les retrouve aussi en-dehors de la poitrine , dans les espaces intercostaux sous les muscles du dos, où ils forment des plexus d'apparence glan- duleuse. Ces vaisseaux flexueux ne sont pas retenus par un tissu fibreux; il est facile de les dépelotonner, bien différens en cela de la texture qu'on retrouve dans la rate , dans les corps caverneux et dans les autres tissus érectiles. M. Breschet s'est assuré que ces vaisseaux tortueux ne se sub- divisent ou ne se ramifient presque pas, et qu'outre leur termi- naison capillaire dans les veines, les seules communications directes qu'ils offrent par anastomoses sont celles qu'il a re- connu exister avec les ramifications des artères vertébrales et les carotides. Voilà donc une organisation tout-à-fait propre aux cétacés. Après avoir décrit avec les plus grands détails cette disposition anatomique, l'auteur du mémoire développe son opinion sur les usages de ces organes, et il donne, ainsi que nous allons les faire connaître, ses explications physiologiques. Ces masses flexueuses de vaisseaux artériels peuvent être considérées comme des réservoirs détournés des déversoirs du sang ( Diverticula sanguinis) , destinés à admettre et àconservei- pur une grande quantité de sang oxigéné ou artérialisé, pour le restituer à la circulation générale à l'époque où l'animal, plongé sous l'eau, ne pourra plus exécuter l'acte de la respiration, ou quand il aura épuisé l'oxigène de la portion d'air qu'il avait inspiré avec force au moment où il allait plonger. Dans cette hypothèse, M. Breschet suppose que l'air contenu dans ces j)OU- mons fait agir la masse de ceux-ci comme un ressoit qiu appuie m G. BRESCHET. — Système vasculaire des Cétacés. 879 sur les vaisseaux flexueux, afin de faire rétrograder le sang qu'ils contiennent dans le tronc de l'aorte descendante, qui se rend alors dans les régions sous-diaphragmatiques, et par con- séquent dans les grands agens du mouvement qui sont les mus- cles de la queue; mais d'autre part, une portion de ce sang ainsi détourné pénètre dans les artères vertébrales et dans les caro- tides, pour fournir à l'encéphale du sang oxigéné, et par consé- quent afin de subvenir à l'innervation générale. (1) (i) Nous croyons devoir joindre ici les ronclusioas du Mémoire de M. Breschet , parce que dans un rapport il est presque impossible de parler de toutes les parties d'un travail de celte nature, tandis que dans les conclusions de l'auteur on doit trouver l'indicatiou de tous les points importans de son œuvre. Voici les conclusions du Mémoire de M. Breschet : « lO II existe dans la cavité thoracique des Cétacés des masses vasculaires considérables qui forment des plexus volumineux ; 2" Ces masses vasculaires sont situées entre la face interne de la paroi thoracique et la plèvre costale ; elles n'ont noint d'enveloppes particulières; 3° Ces organes sont artériels, car ils proviennent de branches artérielles qui sortent de l'aorte ; 4° Quoique les principales masses de ces plexus vasculaires artériels soient dans le thorax , cependant plusieurs appendices sortent de la poitrine vers son sommet, pour se porter entie les coaches musculaires du dos. Plusieurs prolongemeas de ces réseaux plexiformes parviennent jusqu'à la base du crâne et s'enfoncent dans cette cavité par le trou occipital. D'autres prolon- gemens pénètrent par les trous de conjugaison , jusque dans le canal rachidien ; 5" Les Cétacés sont dépourvus de veines azygos proprement dites, situées dans la poitrine; mais à l'intérieur du canal rachidien, on aperçoit ces veines, formant deux troncs veineux de grosseur inégale entre eux , et qui reçoivent les veines intercostales, lombaires , caudales , etc. Ces deux veines azygos se réunissent vers la partie supérieure du canal , et un Ironc unique, qui perce à droite la paroi de la poitrine, et va s'ouvrir dans la veine cave supérieure. Tout le système veineux est considérablement développé chez les Cétacés. Les divers systèmes orga- niques sont pénétrés de veines gorgées de sang ; 6° Les plexus artériels décrits dans ce Mémoire nu sont pas destinés à neutraliser les effets de la pesanteur de l'eau qui presse par le corps des cétacés; "]" Nous les considérons comme recevant et gardant en réserve une grande quantité de sang artériel qui revient dans l'aorte lorsque l'auimal est sous l'eau et que la respiration ne peut plus s'exécuter; 8" Ce retour du sang dans l'aorte est produit par la pression de ces plexus entre le pou- mon distendu par l'air et les parois de la poitrine rendues fixes. Cette circonstance de l'exis- teoce de ces plexus dans le thorax et celle de leur compression pour ramener le sang dans l'aorte, explique pourquoi la veine azygos n'est pas située dans le thorax; 9" Os plexus artériels doivcul utru considérés comme des Jivcrticula sanguuiis, apparte- nant aux appareils circulatoire et n^iiiratoire ; ils donnent aux détacés la l'acullé de rester quelque temps sous l'eau sans avoir besoin de respirer l'air atmosphérique. » ( La rcdaclciirs. 38o LE PiEz. — AiialGUiie du Marsouin. Telles sont les conséquences de ces recherches curieuses d'anatomie comparée. Nous répéterons que l'auteur de ce mé- moire a présenté un travail très important sous les différens points de vue historique, anatomique et physiologique de la respiration des cétacés; que cette dissertation savante mérite, ainsi que nous avons l'honneur de vous le proposer, d'être insérée en entier parmi les mémoires de savans étrangers que publie l'Académie. Rapport verbal sur une lettre de M. le Piez, D. M. à Saint- Germain-en- Laje ., relative à Vanatomie du marsouin ^ lu à la séance de V Académie royale des sciences du lundi ^fé- vrier i835. L'Académie, dans une de ses dernières séances, a renvoyé à l'examen de M. Serres et de moi , une lettre qui lui avait été adressée par M. le docteur Le Piez. L'auteur de cet écrit ayant eu connaissance par les journaux de l'extrait du rapport que nous avions fait sur un mémoire de M. Breschet, relatif à une organe vasculaire découvert dans les cétacés, a cru devoir saisir cette occasion de communiquer à l'Académie quelques observations sur le même sujt t. Elles lui ont été fournies par un marsouin femelle qui avait échoué vivant sur le rivage avec im petit, que des pêcheurs affirmèrent avoir vu téter sa mère. Plusieurs circonstances étrangères au mémoire de M. Breschet, sont relatées dans cette lettre: c'est la présence dans l'utérus d'un foetus de lo à u pouces de longueur ; quelques détails sur le la- rynx, observé trop légèrement, et relativement à la véritable dis- position duquel l'auteur ne paraît pas avoir eu connaissance des descriptions et des figures publiées sur cette organisation bizarre qui explique si bien, cependant, le mode de déglutition sous l'eau , ainsi que le mécanisme des évens par lesquels s'opè- rent en même temps le rejet de l'eau par luie force hydrodyna- mique et plusieurs actes cie la respiration pneumatique. j,E piEZ. — Anatoniie du Marsouin. 38 1 Le point principal sur lequel la lettre de ]VL le docteur Le Piez a dû exciter Tattention et l'examen de vos commissaires, est le suivant : adoptant l'opinion émise par quelques auteurs, il re- garde la veine azygos, qu'il a trouvée, dit-il, très dilatée, comme un véritable réservoir dans lequel le sang veineux peut séjour- ner impunément et rester en dépôt jusqu'à ce que l'acte de la respiration étant reproduit', ou redevenant libre, permette à ce sang d'arriver dans les poumons pour y reprendre ses pro- priétés artérielles. 11 est vrai , messieurs , que dans le rapport que nous avons eu l'honneur de faire à l'Académie sur le mémoire de M. Breschet, nous ne sommes point entrés dans des détails suffisans , et que, en particulier, nous n'y avons pas présenté l'analyse des para- graphes 1 8 et 19 de ce mémoire, dans lesquels l'auteur fait re- marquer la singulière disposition de ce qui tient lieu de cette veine azygos; car il a dit positivement que ce vaisseau n'est plus à sa place ordinaire , et qu'il ne se voit pas dans la cavité de la poitrine; circonstance importante , puisque la veine, sans cette disposition , aurait été comprimée par l'effet des dilatations qu'é- prouvent les poumons et les plexus artériels pendant la forte inspiration qui précède très probablement l'action de plonger; enfin, que par une structure anatomique toute particulière, les veines qui semblent tenir lieu des azygos sont situées dans le canal rachidien , et que le tronc principal de ces vaisseaux, ainsi que l'a fait représenter M. Breschet dans les planches jointes à son mémoire, traverse la paroi de la poitrine du côté droit vers la quatrième côte, pour venir s'aboucher dans la veine jugulaire du même côté et constituer ainsi la veine-cave supérieure. Il résulte donc pour vos commissaires que la lettre de M. Le Piez énonce deux circonstances qu'il n'a pas assez bien obser- vées : la première, sur la structure du larynx, puisque les Cé- tacés n'ont pas d'épiglotte ; et la seconde , sur laquelle en parti- culier nous devons notre opinion , c'est que la disposition de la veine azygos est tout-à-fait différente de ce qui existe chez les autres mammifères , ainsi que l'a très bien fait connaître M. Breschet. Nous n'aurions pas exprimé colto oj)inion d'tme manière 382 LE PiEz. — ^nalomie du Marsouin. aussi positive, si quelques-uns des journaux qui rendent habi- tuellement compte de nos séances n'avaient inséré l'extrait de la lettre de M. Le Piez dans leurs colonnes, en lui donnant ainsi une sorte de crédit scientifique. Observations sur le Cou de Vj4ï (^Bradypus tridactyluslÀn.) , par M. Thomas Bell. (Extrait), (i) Le nombre nominal des vertèbres cervicales dans les classes des mammifères est, comme chacun le sait, de sept ; dans le cha- meau et dans la girafe où le cou est si long et si flexible , on n'en trouve pas plus que chez les cétacés où la portion du corps com- prise entre la tête et le tronc , mérite à peine le nom de cou. Les anatomistes citaient cependant une exception à cette règle; car chez l'aï ils en comptaient neuf. Les recherches plus récentes de M. T. Bell, prouvent que ce paresseux si singulier par ses mœurs et par d'autres particula- rités de structure ne présente pas cette anomalie. Ce naturaliste a constaté que les deux vertèbres que l'on considérait comme étant la huitième et la neuvième vertèbres cervicales, sont pour- vues de petites côtes et doivent dès-lors être regardées comme appartenant à la région dorsale; mais ces deux premières paires de côtes sont libres parleurs extrémités antérieures et mobiles. Cette disposition avait déjà été soupçonnée par Cuvier et Meckel _, mais n'aurait pu être encore constatée si l'auteur n'avait eu à sa disposition un squelette frais de l'aï. Dans la planche qui accompagne cette note, la portion cervicale de la colonne verté- brale ainsi qu'une portion de thorax se trouvent représentées , et montre les deux paires de fausses côtes en question. (j) Transactions ofthe loological socielj of Londan, vol. i, part, ii, p. 1 1 3 , lab. 17. FIN DU DEUXIÈME VOLUME. TABLE DES MATIERES. Rapport fait à l'Académie des Sciences sur un mémoire de M. Coste, inti- tulé : Recherches sur la génération des Mammifères , par MM. Ser- res, Isidore Geoffroy -Saint-Hilaire , et Dutrochetj rapporteur. . . 5 Recherches sur l'ordre des Acariens, par Ant. Diigès (troisième mémoire). i8 Note sur la découverte des ossemens fossiles de l'Iguanodon, dans la for- mation de Glauconie sableuse (Lower green-sand ) , par M. Gidéon Maniellj membre de la Société royale de Londres (extrait d'une lettre adressée aux rédacteurs par l'auteur ) G5 Mémoire sur les Clymènes et les Goniatites du calcaire de transition du Fichtclgcbirge; ^oar le comte George de Munster '• 65 Lettre de M. Polydore Roux adressée à M. le baron de Férussac, et datée de Bombay, i5 juin j832 9g Nouvelles observations sur les Acariens, extraites d'une lettre adressée aux rédacteurs par M. Dugès 1 o4 Mémoire sur l'embryogénie des Planorbes et des Limnées ; par M. Armand de Qusitrefages . 107 Description de trois espèces nouvelles de coquilles vivantes du départe- ment des Pyrénées-Orientales; /?ar it/. i^ariraes 118 Observations sur le Dragonneau; /jar ilf. CAart^e/ i23 Recherches anatomiques sur un fœtus de baleine; par M. Roussel de Vau- zème 125 Essai sur une nouvelle théorie du bassin; par M. Desvignes 127 Classification nouvelle des Infusoircs, fondée sur leur organisation; par M. Ehrenberg 1 29 et 37 1 Recherches sur la formation et le développement de l'Aselle d'eau douce (Oniscus aqiiaticus }àq.); par M. Rathké iSg Rapport fait à l'Académie des Sciences sur un mémoire de M. le doctenr Charles Leblond, relatif à un embryon monstrueux de la poule ordi- naire ; /?ar iJf. Pii/raeVi/ i58 Rapport verbal fait à l'Académie des Sciences sur une Litroduction à l'En- tomologie de M. Lacordaire ; /jar iW. Duméril 161 Mem. délia Socicta italiana , etc. — Mémoires de la Société italienne des sciences siégeani à Modène ; tome xx , deuxième fascicule des Mémoires de physique (annonce) 162 Rapport verbal fait à l'Académie des Sciences sur un ouvrage de M. F.-J. Pictet, de Genève , ayant pour titre ; Recherches pour servir à l'his- toire et àVanatomie des Phryganides ; par M. Duméril ifi4 lU'chcTchcs anatomii|ucs et |)hysiologiqucs sur les a|»pareils légumentaires des animaux; par MM. G. Breschet et Roussel de Vuuzéme . 167 et 32i Kccherches sur l'.uiatomie comparée des animaux invertébrés; par M. Serrtfs a38 "apport fait à rAcadéniic des Sciences sur un mémoire de M. Couerbc , relatif au ccMveau considéré sous le i)oint de vue chimique cl physiolo- gique; /jar /»/. jy^m»* 2^9 384 Table des matières. Extrait d'un rapport fait à l' Académie des Sciences par M. Dumèric j sur un mémoire ayant pour titre : Considérations sur le nerf facial et sur son inp,uence dans l'acte de la respiration chez le marsouin , par M. Bourjot Sainl-Hilaire Mémoire sur le Moyen Hippopotame fossile de Cuvier, replacé au genre des Dugongs ; par M- Jules de Cl'rislol. . . Extrait des rechercLes sur l'anatomie et la physiologie de la Corneille ( Coniis corona ] , pris comme type de la classe des oiseaux ; présenté à l'Académie des Sciences le 6 octobre i834 , par 31. Emile Jacquemin. Observations sur les jeunes de rOrnitborynque, extraites d'une lettre adres- sée à M. Arago par M. Owen ; lues à l'Académie des Sciences le 3 no- vembre i834 Mémoire sur les Monothrèmes, /jar M. Geoffroy Saint-Hilaire. (Extrait). Sur les Narcines , nouveau genre de raies électriques ; suivi d'un synopsis des raies électriques en général; /jar le docteur P. F.Henle (extrait). Rapport annuel sur les travaux de la Société d'Histoire naturelle de l'île Maurice pendant le courant de Tannée i853; par M- Julien Desjardins. Rapport fait à l'Académie des Sciences par M. Duméril , sur un mémoire intitulé : Description d'un organe vasculaire découvert dans les Cé- tacés j etc. , par M. Breschet Rapport sur une lettre de M. Le Piez relative à l'anatomie du Marsouin ; par M. Duméril Observations sur le Cou de l'Aï j /jarilf. TJiomasBell. (Extrait). . . . 266 277 3o3 3o8 3ii 3i5 376 38o 382 TABLE DES PLANCHES RELATIVES ATTX MEMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. Planche 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7- 8. 9- )o. 11. 12. i3. i4. i5. Clymènes et Goniatitcs. Acariens. Anatomie de la peau. A. Acariens. H. Développement des planorbes et des limnées. C. Développement des aselles. Anatomie de la peau. Dugong fossile. Ostéologie de la Corneille. Jtui- rtiy Jivf/ic- na/' 2'-\fen'c ^ool. Tom. z. ri.l /* /hftit^/ii'/ //if * fVorharJ £M ("/l///u'/u;r . Jtui. Jt\r Jcirnc. nal. J^'r' ^fi'rû- . Zooh Tom. 2 . -1*1. 2 . v%l^ ../ / I' l>unu^,n>ir' i 'fVciMAi Klii( ("/i//iir'fn:r. .1/1/1- i/f,r. Sfieiif /laf, -' Jfr/e /f ('!>/. '/;>/„. :./'/. .i. 'm^:^. •::4 /" Jliminilf llirf i AtMrtn/ J!iht /'/i//iii7ii:i- <■/ {iii/iiii/i/i%r. .Oui' t/c*r J'rtc'nr, nat. J^ alerte y^oo/. Tom. ^ . Vy . ^ • /• A«n^/./ M,' !>vA^nf f'riiiitlife,r. />■." Zo^/. Jhni. 2 ■ PI. .V. oC ^' ^'^ ^ H S\ *^ l' Diuwni/ Du' ' rfM,ii\i '.lit (•i>/iitffi/i; /////. ,„ /' l'ummi/ Pu' (l't'/lIllOfci-, Jmi' Jf^ li'a^jtC' fia/- ^^ i^rr/t* /iu>/ . loni- 2 - PL .irtii'it'iut -■/i.i. i/zM- JWenc. na(. 2fJirrr /^oo/. Yh/ti. Q. /•{. fi. ./itl/irll.r. /■ l>u„„r,.l »/ ^ «s I "V -^ 's^ Cl A %' V -^ 's 'M "■ — 'oV^w ■s 1' i •s ^v .\\\A^ .^ i i \\\\. \v,v '^ V >. \ \ \ v\ I ■er-ef e .v_ •1^ ■- * W' -, 1 ^)1)M\«^i -J T ^ / ";: r eiif =e- s i ^"^r tf «^ ■^^^/v .^ .t. 's' \ N ;ï 1 , I .tnn. i/kr Jrir'nc . nai. '2f Sfrr^ Zool. ïom. 2 , Pl.jl \ .A^i/ii/i- i//M i//r//t;r ,/// ////>•///. W (Eii/.î- t/i- /'/)iiii)r/>i\r ft li/iiiit''t',r . l' ,/r Hl' - .Itin f/i:r .livivif mit. 2'' J'en. Fi g- S. /)///^û//r/ /û.i-.f/A' A't' . Ann. tit Zoof . ToDi . 2 . Vi. z/f- • Kmi/f ,/,ii i/tw/ttui tui- /(.!/. >/<■/ Jtm. decr J'ci^nc ■ ntif. 2 /.ool. Jhm. ■2.pl.i4 />.r/i'ii/<>i!ir lie lu (',i/ri>/o<^ii' rii,-i7/t I I fl I / f I